Togo : Faut-il dire Madame la ou le Premier ministre ?

octobre 1, 2020 :

Victoire Tomegah-Dogbé a été nommée à la tête du gouvernement au Togo ce 27 septembre 2020. Elle devient la première femme dans l’histoire de ce pays d’Afrique de l’Ouest à occuper ce poste. La nomination d’une femme à la Primature fait suite à la désignation de Yawa Djigbodi Tségan comme première femme au perchoir de l’Assemblée nationale en 2019.

Cette ascension d’une femme à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République togolaise avait été vue comme une victoire en demi-teinte car la parité entre les sexes n’est pas encore effective dans l’hémicycle. Un an plus tard, la nomination coup sur coup de Victoire Tomegah-Dogbé et de Sandra Johnson au Secrétariat général de la Présidence de la République confirme la tendance à la féminisation du personnel politique et alimente l’espoir de voir se former un gouvernement paritaire avec autant de ministres femmes qu’hommes.

Cette nécessaire féminisation de la vie politique pose la question de la féminisation des titres de fonctions, grades et appellations face à un conservatisme sociolinguistique rétif aux changements morphosyntaxiques. On sait les monarchies tatillonnes avec l’étiquette et la particule, un mauvais usage pouvant être considéré comme un crime de lèse-majesté ; en République le maniement des titres est plus démocratique et flexible. Néanmoins, il vaut toujours mieux faire l’économie de la confusion des genres pour ne pas froisser des susceptibilités et éviter de reproduire des discriminations genrées.

 […] la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe.

En grammaire française, il existe une forte polarisation autour de la question de la neutralité ou non du genre « masculin » dont la domination était symboliquement incarnée par la règle du « masculin l’emporte sur le féminin ». Dans le sillon de ces considérations purement grammaticales, des motivations idéologiques tenaces et des disparités géographiques affleurent sur le terreau de la langue française. Certains puristes et conservateurs, certes de plus en plus rares, estiment qu’il n’y a en français ni genre « masculin » ni genre « féminin » et restent défensivement attachés à la préservation de la belle langue contre les évolutions sociétales. Ceux-ci soutiendront sans peine qu’il faille dire « Madame le Premier ministre », parce que seul le genre masculin traduit la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. L’Académie française campe la même posture, car pour elle, la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe. En suivant cette lecture, les termes députée, sénatrice, médiatrice, officière, etc., sont impropres.

[…] la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme de la langue.

Dans le camp d’en face, on considère que postuler la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme d’une langue qui reproduit une vision androcentrique, binaire et discriminante du monde. Contre le plafond de verre linguistique et pour l’égalité des sexes, beaucoup militent en faveur de l’adaptation de la langue aux évolutions de la société grâce notamment à la féminisation systématique des appellations professionnelles. De l’abolition de la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » à la promotion de l’écriture inclusive (ex : les étudiant.e.s, les acteur.trice.s), ils traquent l’androcentrisme dans ses derniers retranchements. En France, une instruction du bureau de l’Assemblée prise en 1998 fait obligation de féminiser les fonctions exercées par des femmes dans l’Assemblée. Ainsi, les signifiants « féminins » comme «Madame la députée» ou «Madame la présidente» (de commission, de séance, etc.) y sont de rigueur. Hors de l’hémicycle, on voit fleurir des avocate, médiatrice, bâtonnière, cheffe dans les courriers et conversation. En revanche, cette règle ne s’applique pas aux fonctions ministérielles en France où l’on peut encore dire « Madame le ministre » sans tomber sous le coup de la sanction.

[…] il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime [togolais] 

Dans les autres pays francophones du Nord, le paysage linguistique se féminise sans beaucoup d’obstacles. En Belgique, en Suisse, au Canada (et au Québec), on donne sans complexe du « Madame la Première ministre » et du « Madame la Présidente ». Pauline Marois, femme politique canadienne du Québec, est reconnue comme la première femme Première ministre de la province francophone. Première ministre du Royaume de Belgique depuis 2019, Sophie Wilmès ne souffre aucun affront de misogynie sur l’article défini qui doit précéder son titre. Et l’Afrique n’est pas du reste. En tout et pour tout, une dizaine de femmes ont occupé le fauteuil présidentiel. En francophonie africaine, Le Burundi, le Gabon et la Centrafrique ont dirigée par des femmes, certaines n’étant que des présidentes par intérim. Au Togo, pour accompagner cette vague féministe dont l’empreinte politique doit être prudemment évaluée à ses résultats, il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime à bout de souffle, il convient de féminiser les titres pour briser le plafond de verre. Pour que les prochaines générations de jeunes filles n’aient pas à briser de plafond de verre, il faut donner du « Madame la Présidente de l’Assemblée nationale » à Yawa Djigbodi Tsègan et du « Madame la Première ministre » Victoire Tomegah-Dogbé. La langue française ne connaissant pas le bonheur de contenir des formulations inclusives de tous les genres, la sexualisation des titres de fonctions, grades et appellations est la meilleure garantie contre la fausse neutralité du genre « masculin ».

Source: L’Échiquier 

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