Togo / Faure Gnassingbé et son 4e mandat : des débuts tumultueux

Lundi 4 mai 2020, un officier de l’armée togolaise au physique assez imposant est retrouvé mort dans son bureau. Les premières informations relayées sur les réseaux sociaux évoquent un couteau retrouvé dans le cou du chef corps du 1er bataillon d’intervention rapide (BIR). Peu de temps après, des sites internet parlent des balles retrouvées dans le corps du lieutenant-colonel Bitala Madjoulba. De quoi cet officier est-il réellement mort ? Les conspirationnistes y voient un règlement de compte entre officiers Nawdba et Kabyè, deux ethnies du nord Togo, qui se livreraient une guerre de leadership au sein de l’armée togolaise. Il n’en fallait pas mieux pour que les populations de la préfecture de Doufelgou, d’où est originaire le défunt, se répandent dans la rue pour réclamer le corps de leur « fils ». « Dans notre tradition, quand une personne meurt assassinée, on ne laisse pas le corps à la morgue. Il y a des rites spéciaux à faire, et on l’enterre immédiatement », commente Gerry Taama, natif et parent de l’officier « assassiné », lui-même ancien officier de l’armée togolaise, reconverti à la politique depuis une dizaine d’années déjà.

Cette manifestation réprimée dans le sang – un mort et des blessés – se passe dans un contexte de crise sanitaire liée au coronavirus. Pendant ce temps, dans la capitale Lomé, ce sont les prisonniers de la principale maison d’arrêt, qui ont fait parler d’eux mardi. Pris dans un tourbillon de psychose suite à la détection de 20 cas positifs au covid 19 dont un décès, ces détenus réclament depuis ce matin leur libération immédiate. Pour se faire entendre, ils n’ont pas hésité à écrouler un mur de la clôture de la prison, obligeant les militaires à intervenir à coup de gaz lacrymogènes. Dans la foulée, Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du chef de l’État togolais, en prison depuis 2009 pour une affaire de tentative de coup d’État, serait introuvable à l’heure actuelle. Il s’agirait, si l’information était avérée, d’une simple exfiltration pour une destination plus sécurisée, affirment certains.

Avant cela, il y a deux semaines, peu avant l’investiture de Faure Gnassingbé, c’est l’arrestation rocambolesque de Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo, qui réclamait sa victoire à la dernière élection présidentielle, qui a mis le Togo à la une de l’actualité dans ce contexte de coronavirus.

Sans compter qu’une enquête est ouverte, selon le ministre en charge de la sécurité, pour faire la lumière sur la mort de deux jeunes Togolais qui auraient succombé entre les mains des agents des forces de sécurité chargés de faire respecter le couvre-feu, une des mesures prises par le chef de l’État dans le cadre de la lutte contre l’épidémie qui a déjà tué 11 personnes.

Après le mandat social diversement apprécié par les Togolais, les uns saluant les prouesses de Faure Gnassingbé à travers le Fonds national de la finance inclusive (Fnfi) et ses dérivés, les autres n’ayant rien vu à l’exception du fameux hôpital Saint Pérégrin resté à l’étape de la pose de la première pierre, le nouveau quinquennat renferme beaucoup de défis pour le président togolais. Mais pour le moment, il faut d’abord calmer les populations de Siou, Baga, Ténéga, Koka, Niamtougou par d’autres moyens que les gaz lacrymogènes et les balles réelles, régler le cas des prisonniers de Lomé, et surtout ne pas baisser la garde face au coronavirus. Quant à Agbéyomé Kodjo et sa dynamique dirigée par Mgr Kpodzro, leur cas semble avoir déjà été réglé : interdiction formelle de dire quoi que ce soit sur le scrutin du 22 février remporté à plus de 70% selon les résultats officiels.

“Tout ça sent pas bon”, balaie un observateur de la vie politique togolaise pour qui, “c’est depuis le 19 août 2017 que le pouvoir (de Faure Gnassingbé, ndlr) a commencé à prendre de sérieux coups”.

Ambroise D.

 

Covid-19: La CEDEAO vient en aide à ses pays membres touchés par la pandémie

Face à l’expansion de la pandémie, la Commission de la CEDEAO réaffirme sa solidarité aux Etats membres et salue l’ensemble des mesures déjà prises pour freiner sa propagation et prendre en charge les malades. Elle reste déterminée à les soutenir dans la lutte contre cette pandémie”, a écrit le président de la commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, dans un communiqué publié lundi.

En effet, la commission de la CEDEAO, à travers  l’Organisation  ouest   africaine   de   la   santé   (OOAS),   son   institution spécialisée de la santé chargée d’assurer la coordination de la riposte au niveau régional, a élaboré avec l’ensemble des Etats membres, un Plan stratégique régional.  Ainsi, l’OOAS a déjà procédé à l’achat et à l’envoi, dans les 15 Etats membres, de 30 500 kits de tests de diagnostics,10 000 équipements de protection individuelle (EPI) (ombinaisons, tabliers, robes, gants, lunettes de protection, chaussures) et 740 000 comprimés de médicaments (chloroquine et azithromycine), à en croire le document.

Par ailleurs, des commandes ont été passées pour l’acquisition au profit des Etats membres de 240 000 kits de diagnostics, 240 000 kits d’extraction, 250 000 équipements de transports des échantillons viraux, 285 100 équipements de protection individuelle (EPI), 268 1000 masques pour le personnel médical dont des masques faciaux, masques chirurgicaux et masques faciaux intégraux), 120 respirateurs, et plusieurs milliers de litres de gels hydro-alcooliques et de désinfectants.

Confiant que “nous gagnerons la bataille contre le Covid-19”, M. Kassi Brou remercie “tous nos partenaires avec lesquels nous travaillons, pour leur soutien financier et technique à la Communauté en ces moments difficiles”.

Sur les 1739 cas testés positifs dans l’espace CEDEAO, environ 95% des décès concernent des patients en situation de comorbidité.

 

Covid-19 au Togo: de la nécessité de revoir la stratégie de riposte

Fermeture des écoles, églises et mosquées, bars et autres lieux de grands attroupements, les autorités togolaises ont pris un certain nombre de mesures, dès les premiers cas positifs de la maladie, pour circonscrire le mal. Mieux, le chef de l’Etat a décrété l’état d’urgence pour une période de trois mois avec un couvre-feu entre 19h et 06h dans une allocution télévisée. Le lendemain, c’est le ministre de la Sécurité, Damehane Yark, intervenant sur la même chaîne, réajuste l’horaire du couvre-feu qui est passé de 19h à 20h pour prendre fin à 06h du matin, et des précisions sur la couverture géographique de la mesure.

Dans la foulée, la ministre en charge des transports publie un communiqué qui interdit aux engins à deux roues et tricycles de transporter des personnes, et limite le nombre de passagers pour les véhicules de transport commun. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un mouvement de protestation chez les conducteurs de taxis-motos dans la ville de Kara. Samedi, le ministre de la Sécurité et sa collègue en charge des Transports, pour faire baisser le thermomètre, sont revenus sur cette mesure pour en redéfinir les contours. Mais 24h après, Mme Zouréhatou a simplement suspendu sa décision qui devrait redevenir effective le 11 avril “en attendant que les mesures d’accompagnement prises en vue de soutenir les différentes couches vulnérables et socioprofessionnelles concernées soient effectives”.

Il est évident que cette pandémie a provoqué un vent de panique générale surtout dans un pays où le système santé est déplorable. La précipitation avec laquelle cette lutte est menée peut donc se comprendre. Mais pour plus d’efficacité dans ce combat, il est important que “ceux qui sont sont à la tête de l’Etat togolais respirent à fond pour prendre de bonnes décisions “, selon Koffi Telli du site d’informations Global Actu.

Il est important de ne pas céder à la panique au risque de prendre des décisions hâtives et contre-productives au final. Pascal Edoh Agbové, très actif dans la recherche de moyens pour venir à bout de cette maladie, propose que “les réflexions et propositions de mesures de lutte contre le Covid-19 soient confiées au comité de coordination de la riposte” mis en place par le gouvernement avec la possibilité de “l’élargir à la société civile, aux confessions religieuses, aux médias, aux chefferies traditionnelles, etc”.

Les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 doivent tenir compte des réalités de chaque pays. Ce qui se fait ailleurs n’est pas automatiquement reproductible ici. En même qu’il faut prendre des mesures pour endiguer ce mal qui frappe le monde depuis décembre dernier, il ne faut pas ignorer que la majorité des Togolais sont économiquement faibles, qu’ils vivent au jour le jour. En attendant de trouver la meilleure formule, les populations ont besoin de masques, désinfectants, de l’eau mais aussi d’informations justes pour se protéger contre la maladie.

Ambroise D.

Couvre-feu autour du Covid-19: violence d’État, paix de cimetière

La photo illustrant l’article n’est pas une photo récente

 

A-t-on besoin de dire que ce que des citoyens ont vécu dans les rues de Lomé, Tsevie et Sokodé est sans doute plus nuisible qu’une infection au Covid-19? Le Covid-19, on peut en guérir, il attaque le corps mais les violences gratuites des forces de sécurité atteignent les citoyens au plus profond de leur pathos, au plus intime de leur ontologique. Cette douleur est inoubliable. À ceux qui sont ainsi éprouvés, la promesse sus-evoquée n’est que du vent.

Violence d’État

L’un des échecs de Faure Gnassingbé depuis 2005, c’est bien la persistance de la violence d’État. En dépit de ses promesses renouvelées de modernisation de l’Etat togolais, c’est son incapacité à humaniser les pratiques des forces de défense et de sécurité.
Peut-on sensément comprendre en effet que des forces de sécurité se permettent de bastonner, de molester et de mutiler des citoyens pour le motif de les avoir surpris à une heure de couvre-feu ? “Au Togo, on violé les droits humains : les forces de l’ordre infligent des mauvais traitements aux citoyens. À chaque fois, les autorités promettent des enquêtes dont les résultats sont très rarement rendus publics. On assure l’opinion que “des sanctions sont prises” mais personne n’est jamais au courant de ces sanctions. Et le cycle de répète semaine après semaine, mois après mois, année après année. L’impunité continue. Ce n’est pas bon. Pas du tout”, a commenté, sur sa page Facebook, André Kangni Afanou, un défenseur des droits de l’homme.

“C’est de la violence gratuite, rien d’autre. Certains policiers et militaires togolais aiment trop montrer leurs muscles, même quand on n’en a pas besoin”, commente un autre défenseur des droits humains bien désabusé. “Ce qui est surprenant, c’est que cela ne change pas. On eût dit qu’il y a un module Terrorisme ou terreur dans la formation de ces forces de sécurité ” ajoute-t-il.

Justement, beaucoup ne comprennent pas pourquoi ces actes de violence gratuite sur les civils deviennent la norme au Togo. Sans que jamais aucun doigt, dans la hiérarchie, ne puisse se lever pour dire “Stop”. Cela suffit pour que certains analystes en tirent la conclusion que la violence est le soubassement du régime en place. “Je pende que Faure Gnassingbé doit travailler pour prouver le contraire “, conclut le défenseur des droits humains.

Pédagogie de la peur

Un contraste assez saisissant saute aux yeux dans ce pays. Dans les écoles et centres d’apprentissage, crise par l’argent des Scandinaves, l’État togolais a formellement interdit les châtiments corporels. L’instituteur, le prof ou le maître artisan qui ose frapper des apprenants tombe sous le coup de représailles justes. Dans le même temps, curieusement, les policiers, gendarmes et militaires se donnent à cœur joie aux violences physiques sur les citoyens.

Dans l’histoire du couvre-feu, des images et vidéos parlent déjà d’elles-mêmes. Sans doute que l’interdiction, maladroite, de la débrouillardise dénommée “zémidjan” révèlera-t-elle son lot de voies de fait. Cela ne surprendra personne dans le pays.
Mais alors, pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi des citoyens peuvent-ils être réduits à s’habituer au droit des forces de sécurité à les gifler, bastionner et pourchasser comme des souris?

C’est ce qu’on appelle la pédagogie de la peur. Imposer la terreur au peuple pour le contraindre à subir sans mot dire, voilà le mode d’emploi. De feu Gnassingbé Eyadema à Faure Gnassingbé, la logique ne change pas. La peur du gendarme qui n’a jamais été le commencement de la sagesse mais bien le développement de la clochardisation’ et de l’infantilisation, est toujours vivace dans la société togolaise. “Si tu fais ça, on va t’arreter”, ” Ce que tu dis là, tu peux reconnaître ta voix?”, “J’ai fait ça ainsi parce que je ne veux pas de problème”, voilà des déclarations dont la subsistance dans ce pays est une marque de déficit démocratique. Le contraire demeure un challenge.

Coronavirus : Les conseils du Réseau des anciens Jécistes d’Afrique au Togo

COMMUNIQUÉ DU RESEAU DES ANCIENS JECISTES D’AFRIQUE AU TOGO (RAJA-TOGO)

Chers concitoyens,
hommes et femmes de bonne volonté,

Le 16 mars 2020, le gouvernement togolais a pris des mesures pour lutter contre la pandémie du Coronavirus (COVID-19) qui sévit dans le monde et qui n’épargne pas notre pays, le Togo.

A sa suite, la Conférence Episcopale du Togo (CET), évoquant un mal aux effets dévastateurs, exhorte tous les concitoyens « à suivre scrupuleusement les consignes que les autorités sanitaires de notre pays ont déjà mises en place et les dispositions qu’elles seront amenées à prendre pour prévenir et lutter contre le Coronavirus ».

Le Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique au Togo (RAJA-Togo), conscient de sa responsabilité et dans sa mission de veille citoyenne, vient mettre ses pas dans ceux de ses pères Evêques pour convier chaque fille et fils de notre communauté à une stricte observance des gestes barrières à la propagation du Coronas virus sur la terre bénie de nos aïeux.

A cet effet, il exhorte chacun à observer les gestes ci-après, recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) :

1. Se laver régulièrement les mains avec de l’eau et du savon, ou se nettoyer régulièrement les mains avec une solution hydro alcoolique ;

2. Éviter les contacts proches en maintenant une distance d’au moins 1 mètre avec les autres personnes, en particulier si elles toussent, éternuent ou ont de la fièvre ;

3. Éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche ;

4. Respecter scrupuleusement les règles d’hygiène respiratoire en se couvrant la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement et jeter le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée et se nettoyer les mains avec une solution hydro alcoolique ou se laver à l’eau et au savon ;

5. Se tenir informé sur les dernières évolutions concernant le COVID-19 et éviter de partager des informations non vérifiées ;

6. Suivre les conseils de son médecin, des autorités de santé nationales et locales ou de son employeur pour savoir comment se protéger et protéger les autres du COVID-19.

Chers frères et sœurs, le temps n’est pas à la panique mais à une réponse concertée dans une discipline citoyenne et civique.

Le RAJA-Togo voudrait réitérer sa disponibilité à appuyer les pouvoirs publics, l’Eglise catholique et toutes initiatives citoyennes dans la riposte au COVID-19.

Il assure toutes et tous de sa fervente prière pour qu’adviennent des jours meilleurs dans notre cher Togo, l’or de l’humanité.

Nous sommes sel de la terre et lumière du monde (Matthieu 5, 13-16)

Fait à Lomé, le 17 mars 2020

Le Bureau National du RAJA-TOGO

Togo: le Coronavirus et autres épidémies et maladies infectieuses au cœur d’une rencontre à Lomé

Au cours de cette 3e édition du séminaire médical initié par ACTS International mardi 18 février 2020, des experts en médecine sont venus de divers horizons comme Taïwan, la Chine, les États-Unis, la France et la Thaïlande.

L’idée est d’expliquer aux participants les mesures de prévention contre ces maladies infectieuses notamment le Coronavirus, faire connaître ses différentes manifestations, comment s’y prendre pour ne pas facilement être atteint par cette maladie qui sévit actuellement dans d’autres pays. Entre autres conseils, le lavage des mains et le sport.

Selon le directeur administratif de ACTS International, Justin Gabiam, les participants à cette formation auront pour mission de relayer l’information auprès de leurs amis, parents et collègues. “Le Coronavirus a pris une ampleur dans d’autres pays et l’objectif est d’éviter qu’il atteigne nos frontières et se propage au Togo”, a t’il déclaré.

ACTS International est à sa troisième scéance de formation, les deux précédentes ont respectivement porté sur les maladies mentales et celles des enfants.

Khaled Bonfoh