Crise politique togolaise : Plaidoyer pour une inversion du calendrier électoral

« Je ne sortirai pas ma réserve de haine », écrivait Léopold Sédar Senghor dans Neige sur Paris. Ce vers du poète-président m’accompagne depuis le début de la crise fulgurante qui menace ruine le corps politique togolais. Il m’aide à rester lucide, réfléchi et alerte. Depuis le 19 août 2017, mon cœur est ainsi resté immaculé face au choc des images violentes et à la bêtise humaine. Visages ensanglantés. Jambes cassées. Flancs déchirés. Dos matraqués. Flots de sang. Des gisants. Des réfugiés. Des cadavres offerts aux mouches. Quand on y songe, le petit Yacoubou Abdoulaye, fauché par balle à Mango en septembre 2017, aurait eu dix ans cette année. Le cliché de sa poitrine perforée, où se laissait deviner un caillot de sang coiffé d’une nappe de plasma, n’a cessé de hanter mes nuits depuis un an.

À la comptabilité macabre des victimes de cette crise sans fin qui dévore les enfants du Togo, il faut désormais inscrire Idrissou Moufidou, apprenti mécanicien tué par balle le 8 décembre 2018 à Togblékopé. J’ai (eu) mal à mon Togo. La mort d’un enfant est toujours une tragédie. Elle laisse un goût amer face à l’affligeant spectacle de la brutalité ordinaire du pouvoir togolais. Pour l’ordre de la force, banalité du mal et violence illégitime s’exercent arbitrairement et impunément sur des populations désarmées. Le temps de la justice viendra… Nous n’en sommes pas encore là. Ni pardon ni talion.

Le sentiment de haine étant étranger à mon cœur, à chaque fois que je doive prendre position politiquement, je suspends tout jugement moral. Je ne vais donc pas ici hurler avec les loups ou appeler l’échafaud pour les auteurs de ces bavures récurrentes. Pour mettre fin à cette série noire, j’en appelle à la refonte de la doctrine sécuritaire en usage dans l’encadrement des manifestations publiques ainsi qu’au sens de la mesure, de la proportion et de la retenue de la part des forces de sécurité. Je demande également l’arrêt immédiat du déploiement des forces de défense sur le théâtre de maintien de l’ordre ainsi qu’un bannissement des armes létales et engins lourds. J’émets aussi le vœu pieux que nos policiers et gendarmes recourent prochainement à l’objection de conscience en refusant de réprimer des manifestants pacifiques. Ce maintien au forceps d’un ordre injuste, à coût humain élevé, donne une piètre image du pays et de son armée. Seule l’admirable courage démocratique du peuple togolais sauve un peu les apparences, par ces temps moroses. Toute mort est une tragédie… Il n’y a pas à établir de hiérarchie entre les victimes. Là n’est pas le propos.

Au-delà des circonstances similaires de leurs meurtres, Abdoulaye et Moufidou sont devenus à leur corps défendant des symboles de la dégradation du climat politique au Togo. En m’autorisant de leurs mémoires, je joins ma voix à celles qui appellent non à suspendre mais à reporter les législatives du 20 décembre 2018. Contre la fétichisation de cette date, des nuages noirs obstruant l’horizon politique et les prévisions plus que sombres commandent une extrême prudence. Dans les conditions actuelles, le maintien d’un scrutin non inclusif représente un danger pour la stabilité du pays et éloignerait un dénouement de la crise par des voies consensuelles et pacifiques.

Il serait préférable que les partis politiques d’opposition associés au processus électoral reconsidèrent leurs positions. De façon globale, je ne vais pas me contenter de demander formellement un report de quelques semaines, mais une inversion complète du calendrier électoral afin que les législatives se tiennent après l’élection présidentielle. L’intérêt de cette manœuvre est clairement d’éviter, en cas d’alternance en 2020, une dissolution post-présidentielle voire une cohabitation belliqueuse qui équivaudrait à poursuivre la crise actuelle par institutions interposées. De plus, l’alignement des législatives sur la présidentielle mettra le Togo au diapason du modèle du quinquennat présidentiel tel qu’il se pratique en France depuis la révision constitutionnelle du 24 septembre 2000.

Par ailleurs, le report du scrutin législatif donnera plus de temps et de champ pour arbitrer les réformes préconisées (Constitution, Cour constitutionnelle, CENI etc.) par la Conférence des chefs d’Etat de la Cédéao. Le laps de temps, qui court de décembre 2018 au premier semestre 2020, offrira la possibilité aux différents acteurs de s’accorder sur la teneur, l’amplitude et les équilibres des réformes constitutionnelles et institutionnelles à apporter aux systèmes politique et électoral togolais. En partant de la projection que la présidentielle aura lieu au plus tard entre mars et juin 2020, il apparait que la date du 16 juillet 2020, correspondant à celle du troisième jeudi du mois, serait la plus indiquée pour lesdites législatives. En attendant, les parlementaires de la législature en cours conserveront leurs sièges et les obligations afférentes. Situation de crise oblige !

Il ne faut pas désespérer qu’un sursaut de décence ordinaire touche les cœurs de ceux qui se sont jetés à corps perdus dans une fuite en avant et une surenchère qui nous confinent à l’impasse et l’affrontement. Il est clair que des élections non inclusives ne sont pas une solution durable à la crise actuelle. Le coût d’un report du scrutin (prévu le 20 décembre) sera beaucoup moins onéreux que celui d’une guerre civile. L’avantage coût-bénéfice d’une inversion du calendrier électoral est sans commune mesure avec le maintien de cette date. La crise togolaise est arrivée à un de ces moments décisifs où, dans l’évolution d’un processus incertain, une fenêtre d’opportunité s’entrouvre. Il faut de l’audace et du courage politique pour s’y engouffrer. Afin de sauver la patrie en péril, il faut stopper la mécanique du chaos et la politique de l’impasse. Il n’y a pas de solution unilatérale à la tragédie togolaise.

Radjoul MOUHAMADOU

Togo : Les Cadres Musulmans demandent le report des législatives

Dans une déclaration jeudi, l’ACMT se dit préoccupée par la situation politique actuelle faite de manifestations politiques avec leur lot de conséquences. « Combien de Togolais qui ne subissent pas les conséquences désastreuses de cette crise à travers une limitation des mouvements dans leurs localités avec des villes assiégées, une activité économique en veille à travers des marches répétées, une angoisse pour ses enfants partis à l’école ou le traumatisme psychologique dont fait l’objet la population? », s’interroge l’Association.

Une situation envenimée, selon l’ACMT, par la perspective des élections législatives maintenues au 20 décembre. Car, soutient-elle, la médiation de la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), même « si elle a permis un dialogue, n’a pas encore résolu le problème lui-même ».

Ainsi, la solution à cette crise reste le report des législatives. « Nous demandons humblement mais avec conviction au gouvernement de reporter ces élections législatives du 20 décembre 2018 pour l’intérêt de tout le peuple Togolais », plaide-t-elle, ajoutant que les croyants musulmans du Togo ne sauraient se taire devant la situation actuelle alors même que l’Islam leur enseigne « ne pas réveiller la “fitna” (Troubles) » qui dort et surtout de s’en méfier « parce que quand elle survient elle ne se limite pas seulement à la tête des protagonistes, mais à toute la population».

« Nous ne pouvons pas nous taire ni devant Dieu, ni devant l’histoire », affirme l’association qui demande également à « l’opposition togolaise de ne pas réduire simplement cette crise à un simple changement de régime, celle-ci étant bien plus profonde ».

Elle lance in fine un appel aux chefs d’Etat du Ghana et de la Guinée en leur qualité de facilitateurs, afin qu’ils d’œuvrent « inlassablement et dans l’urgence pour stopper l’hémorragie, en faisant recours à tous les canaux diplomatiques, pour exhorter les parties prenantes de la crise togolaise, à sauver la barque qui est sur le point de chavirer ».

 

Aminata Toungara : “Il ne faut pas précipiter les élections” au Togo

Voilà qui va relancer le débat au niveau de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Alors que le gouvernement togolais se dit prêt à aller aux élections législatives le 20 décembre conformément à la feuille de route de la CEDEAO, une voix et non des moindres vient de s’élever pour demander le report des scrutins pour préserver la paix déjà fragile dans le pays de Faure Gnassingbé.

Dans une interview à BBC ce dimanche, la vice-présidente du Parlement de la CEDEAO a mis en garde contre les risques d’embrasement si les élections étaient maintenues au 20 décembre. “Le Togo est un petit pays de la sous-région. S’il s’embrase, le Ghana, le Bénin, la Côte prendront un coup“, s’inquiète Aminata Kamara Toungara qui se demande si “on a besoin de cet embrasement“.

La députée ivoirienne du RDR, le parti d’Alassane Ouattara, se dit surprise par la fermeté de l’opposition togolaise qui n’entend pas participer à ces élections qu’elle considère comme frauduleuses. “On n’a jamais pensé que l’opposition (la C14, ndlr) allait avoir une position aussi radicale. On s’est dit qu’ils ont discuté et qu’ils allaient prendre ce qui leur revient comme place (leurs sièges à la CENI, ndlr)“, explique-t-elle.

Il ne faut pas précipiter les élections. Moi, je pense en âme et conscience qu’il faut attendre“, a-t-elle ajouté promettant qu’elle discutera avec le président de la Commission de la CEDEAO pour attirer son attention sur la gravité de la situation togolaise.

Aminata Kamara Toungara souhaite par ailleurs que les chefs d’État ouest africains puissent parler à leur homologue togolais. “Je souhaite que les chefs d’État puissent se retrouver et qu’ils disent au président de mettre balle à terre, […] et qu’on reporte la date de ce élections, “, a-t-elle plaidé.

Plaidant pour un report de ces élections, elle estime que mars-avril serait la période raisonnable pour permettre à l’opposition de se présenter, “afin qu’on puisse aller dans un pays normal” car “rien ne vaut la paix“.

Samedi, Gilbert Bawara, le ministre togolais de la Fonction publique, a estimé que la campagne commence mardi et que les élections auront lieu le 20 décembre. Pendant ce temps, l’opposition coalisée continue de manifester dans tout le pays pour arrêter le processus électoral. La sortie médiatique de la vice-présidente du Parlement de la CEDEAO devrait ajouter à l’incertitude qui plane déjà sur la tenue de ces scrutins.

Togo/Bawara : “Mardi, la campagne commence et le scrutin aura lieu le 20 décembre”

Les élections législatives auront-elles vraiment lieu le 20 décembre ? Rien ne pourrait empêcher cela, selon Gilbert Bawara. Invité de l’émission ‘Le monde en 7’ sur la chaîne de télévision New World Info ce samedi, le bras droit de Faure Gnassingbé ne semble pas ébranlé par les manifestations de l’opposition coalisée qui assure qu’elle passera par “tous les moyens” pour barrer la route à ce qu’elle considère comme une mascarade électorale.

Mardi, la campagne commence, et le scrutin aura lieu le 20 décembre. Je ne vois pas de raison de vous dire le contraire“, a déclaré le ministre togolais de la Fonction publique qui, à la question de savoir si les élections auront lieu sans les partis membres de la Coalition, répond : “en démocratie, il faut savoir respecter les droits et les libertés des uns et des autres notamment les droits et libertés des partis politiques de décider ou non de participer à des scrutins électoraux“. Et de mettre en garde contre les conséquences du boycott sur les échéances post-législatives.

Si pour certains, le boycott aiderait à préserver toutes les chances pour les échéances futures que certains considèrent comme majeures, c’est leur droit. Mais tout le monde sait aussi quelle sera la conséquence de la non-participation aux législatives. En n’étant pas dans l’opposition parlementaire, on ne fait pas partie automatiquement de la CENI”, a-t-il insisté.

Une assurance qui contraste avec la détermination de la C14 à se mettre en travers des rails du train électoral. Depuis vendredi en effet, à l’appel de ce regroupement, des manifestations sont observées dans plusieurs villes du Togo rappelant le souvenir de celles du 19 août 2017. Gilbert Bawara persiste et signe: “ je le répète, il n’y aura pas un nouveau 19 août au Togo“.

Qui doit céder? Les citoyens ou l’État ? Qu’est-ce qui doit prévaloir? La volonté de chacun de nous ou la loi? Nous sommes en République, et en République, ce qui est important, c’est que la loi soit respectée. Et nous en tant que gouvernement, nous ferons respecter la loi. Nous ferons prévaloir l’autorité de l’État”, a-t-il insisté avant de relativiser: “vous allez encore dire que je menace, non, ce n’est pas une menace“.

Abordant la question des réformes, l’ancien ministre de l’administration territoriale a voulu lever l’équivoque : “La feuille de route n’a jamais dit qu’il faut faire les réformes avant les élections législatives”, ajoutant que les chefs d’Etat de la CEDEAO, en invitant la classe politique togolaise à privilégier la voie référendaire, étaient conscients que les réformes (par voie référendaire) n’étaient pas faisables en même temps que les législatives.

Quid du débat entourant la proposition de l’avant-projet de réforme constitutionnelle d’Alioune Badara Fall? “La désignation d’un expert constitutionnaliste n’a pas été prévue par la feuille de route de la CEDEAO, explique Gilbert Bawara. C’est la Commission de la CEDEAO, qui exécute généralement les recommandations de la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement, qui a décidé, à titre d’appui technique et d’accompagnement du gouvernement et des acteurs politiques, de commettre un expert pour nous proposer un texte. […] Et même lorsqu’un État signe une convention, le gouvernement a la latitude d’apporter des amendements avant la ratification par les députés qui gardent eux aussi leur liberté d’amendement”

Le 22 décembre, il y aura le Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO. La Conférence appréciera le comportement et l’attitude des uns et des autres, les actes et les mesures qui ont été engagés dans le sens du respect de la mise en œuvre de la feuille de route de la CEDEAO”, conclut le ministre Bawara

 

Togo/Réforme de l’article 59 : Les nouveaux habits d’un vieux projet

Sur le plan purement juridique, l’article 59 nouveau du « texte final proposé » par l’expert constitutionnaliste commis par la CÉDÉAO donne beaucoup de matières à penser, à condition de dépassionner le débat. En effet, Alioune Badara Fall y livre deux nouveaux outils juridiques (la clause d’éternité et les dispositions transitoires) aux législateurs togolais, ainsi qu’une reformulation originale des clauses de limitation des mandats dans le temps par un astucieux déminage du débat autour de la polémique « en aucun cas » et l’introduction de la problématique de la non-prorogation des mandats présidentiels.

Clause limitative dans le temps : La formulation de la clause de limitation des mandats présidentiels dans le temps (« Nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels ») devrait conformer le Togo aux standards de la sous-région et refermer une brèche ouverte par la révision de la Saint-Sylvestre 2002. De plus, pour éviter un scénario à la congolaise où Joseph Kabila se maintient abusivement à la tête de l’État depuis le 20 décembre 2016 par refus d’organiser les élections qui lui désigneront un successeur (maintien fondé sur l’alinéa, « A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu », tiré de l’article 70 de la Constitution de la République démocratique du Congo), l’article 59 nouveau prévoit également une clause de non-prorogation du mandat présidentiel stipulant que nul ne peut « proroger le mandat pour quelque motif que ce soit ». Aux termes de cette clause, à défaut d’organiser d’élections devant lui désigner un successeur, tout président de la République togolaise sortant devra céder le pouvoir à son dauphin constitutionnel, à la fin de son mandat. Le débat sur l’efficacité dissuasive ce dernier point est loin de faire l’unanimité.

Polémique autour de « en aucun cas » : Dans la note explicative qui accompagne la proposition de l’expert constitutionnaliste mandaté par la CÉDÉAO, ce dernier souligne le caractère « superfétatoire » (c’est-à-dire redondant, inutile ou superflu) de la formule « en aucun cas nul ne peut… » (formulation inspirée de l’article 59 originel de la Constitution togolaise du 14 octobre 1992) et suggère un substitut fonctionnel respectant le principe de la clause limitative des mandats présidentiels dans le temps. Ainsi la formule « Nul ne peut » a été retenue et certifiée par la C14 pour éviter l’enfumant débat sur la formule « en aucun cas nul ne peut…». Comme quoi, il suffit parfois d’un bon Bescherelle, d’un peu d’imagination et de miser sur la plasticité de la langue pour résoudre certains casse-têtes juridiques.

La « clause d’éternité ou d’intangibilité » : Comme son nom l’indique, est sensée verrouiller pour l’éternité les dispositions d’un article ou d’une série d’article dans le cadre d’une architecture constitutionnelle donnée. En contexte togolais, une révision prenant en compte cet outil juridique (« Cette disposition ne peut faire l’objet d’une révision ») interdit toute modification ultérieure de tout ou partie de l’article 59. Sous l’empire d’une telle clause, il serait dorénavant, par exemple, impossible d’envisager d’instituer un mandat unique de 7 ans dans le cadre de la Constitution de 1992, sans changer de République au Togo. Avec ce genre de clause, l’expression gravé dans le marbre de la loi prend tout son sens. Mais appartient-il à la CÉDÉAO de décider de l’intangibilisation de ces paramètres de la vie politique togolaise ?

La disposition transitoire : En droit, il s’agit d’un instrument juridique inséré dans un texte de loi afin de prévoir les conditions d’entrée en vigueur de celui-ci ainsi que son articulation avec le droit existant. Il permet donc d’éviter des conflits des normes entre l’ancien et le nouveau régime de loi. En l’absence de disposition transitoire, comme c’est le cas dans le « texte final proposé » par la CÉDÉAO et authentifié par la C14, deux règles générales du droit s’appliquent concurremment par défaut : le principe de non rétroactivité de la loi ou le principe d’application immédiate de la nouvelle loi. Dit explicitement, l’article 59 nouveau défendu par la C14 ne tranche définitivement pas le sort de Faure Gnassingbé. Tout au contraire, il soumet l’avenir politique de l’actuel chef de l’État aux affres des interprétations juridiques complaisantes de la Cour constitutionnelle. A moins qu’il ne s’agisse pour la C14 d’un petit tas de ruses pour poursuivre la querelle d’interprétation par d’autres voies, au risque de provoquer la ruine de son combat. Il faut observer que moyennant quelques amendements superficiels, ce texte pourrait très bien faire également le jeu du pouvoir togolais.

Insidieusement, une loi ne pouvant avoir un effet rétroactif/immédiat que si le législateur s’est expressément prononcé sur ce point, l’adoption en l’état de l’article 59 nouveau revient non pas à exclure immédiatement Faure Gnassingbé du jeu présidentiel ni lui concéder une dernière candidature en 2020 (ce que prévoyait la disposition transitoire suggérée par Alioune Badara Fall), mais offrir la possibilité à la Cour constitutionnelle (recomposée ou pas aux termes de l’article 100 nouveau) en âme et conscience de lui autoriser à se représenter en 2020 et 2025. Tant et si bien qu’en prenant la défense à la lettre près de la proposition de l’avant-projet de loi suggéré par la CÉDÉAO, l’opposition n’est-elle pas en train de jouer l’enjeu des réformes constitutionnelles à quitte ou double… et perd ? A chacun de se faire son avis !

Radjoul MOUHAMADOU

Togo: La CEDEAO condamne toute forme de violence à l’étape actuelle de la crise

Dans un communiqué en date du lundi 26 novembre 2018, la CEDEAO dit être informée de la diffusion des “écrits et des propos pour appeler à des initiatives susceptibles de créer le désordre et de susciter la violence au Togo“. Des messages que l’organisation sous régionale considère comme étant de “nature à compromettre les efforts qui sont en cours pour mettre fin à la à la situation difficile que connaît le pays“.

Par conséquent, elle renvoie les parties prenantes de la crise togolaise à la Feuille de route du 31 juillet qui, en ses articles 39 et 40, a condamné tout recours à la violence, conformément à “l’esprit et la lettre du Protocole de la CEDEAO relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement de conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, ainsi que son Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance“.

Le communiqué de la CEDEAO désapprouve donc ces écrits et propos qui, selon elle, “vont à l’encontre du souci d’apaisement” si cher à la Facilitation entreprise par les chefs d’Etat.

Par ailleurs, la CEDEAO se montre plus ferme en lançant un appel “pressant à toutes les parties prenantes à la crise pour qu’elles s’abstiennent de recourir à la violence et s’inscrivent résolument dans la voie du dialogue et de la concertation“.

Réaffirmant leur détermination à “tout mettre en oeuvre en vue de l’application de la feuille de route du 31 juillet 2018“, la CEDEAO espère pouvoir compter sur la collaboration de la société civile et des médias en vue d’une résolution pacifique de la crise actuelle.

Les élections législatives sont prévues pour se dérouler le 20 décembre selon la feuille de route de la CEDEAO. L’opposition coalisée a appelé au boycott des opérations de recensement électoral. Elle entend employer “tous les moyens” pour empêcher la tenue de ces élections qu’elle considère comme frauduleuses. Une série de manifestations est même prévue à partir de ce jeudi 29 novembre. Le ministre de la Sécurité, Damehame Yark, a prévenu ceux qui tenteront d’empêcher la tenue de ces scrutins, déclarant qu’il n’y aura pas de pardon pour « ceux qui se mettraient au travers de ces élections ».

Togo / Patrick Lawson: “Nous avons eu tort d’arrêter les manifestations car c’est la seule arme qu’on avait”

Cela fait un mois que la CEDEAO a proposé une pour une sortie de crise au Togo. Mais visiblement tout est au point mort. Comment est-ce que vous l’analysez ?

Je suis inquiet. Je n’ai rien à cacher là-dessus. J’ai cru au départ que la CEDEAO aura le souci de se racheter après tout ce qui s’est passé particulièrement en 2005. Mais tel que les choses évoluent, sans vouloir sérier le groupe des chefs d’Etat, je préfère parler de la CEDEAO globalement : Cela ne nous rassure guère. Des chefs d’Etat de la CEDEAO sont également inquiets, mais ce n’est pas le lieu de citer des noms. Considérons que c’est une organisation qui a pris le problème du Togo en main et elle a le devoir de trouver des solutions. Cela fait un mois que cette feuille de route qui, d’ailleurs insatisfaisante, est sortie. Nous ne comprenons pas que jusqu’à présent, les facilitateurs ou leurs représentants ne soient pas revenus et on a vu même le président de la Commission venir à Lomé tout seul. Tout cela n’est pas rassurant pour nous. Nous avons confié notre sort en partie aux facilitateurs parce que nous avons considéré qu’ils sont conscients du problème togolais. Nous ne voudrions pas que le sort du Togo soit désormais entre les mains d’un fonctionnaire.

Est-ce que cette feuille de route peut permettre au Togo de mettre fin à la crise ?

Je demeure sceptique. En 1990, lorsqu’il y a eu l’insurrection, c’est parce que le pouvoir d’Etat était confisqué par un seul homme, une seule famille, un seul clan. Les Togolais se sont soulevés et comme remède, nous nous sommes prescrits la constitution de 1992, croyant que ça allait réconcilier les filles et fils du Togo. Tel n’a pas été le cas. Le régime ayant tiré des leçons des élections de 1994 et 1998, décida de modifier complètement et unilatéralement la constitution originelle de 1992. En 1994, le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours a permis à l’opposition et singulièrement au CAR et à l’UTD de remporter les élections législatives. En 1998, le fichier électoral moins corrompu, et la vigilance des membres dans les bureaux de vote, ont permis à Gilchrist Olympio de battre à plate-couture le régime déjà trentenaire.
Ainsi donc, ce mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours a été supprimé aussi bien pour les législatives que pour les présidentielles. Plus grave, en 2002, les fondamentaux de la constitution de 1992 ont été modifiés. En 2005, ils l’ont exacerbé en la charcutant un peu plus. Et aujourd’hui nous avons ce que nous avons. Des années ont passé. Le sort des togolais ne sait guère amélioré : Pas de route, pas de pain quotidien, pas d’écoles. Une dictature sournoise a pris la place de celle plus brutale. Les Togolais, mécontents et soucieux de l’avenir de la jeunesse, ne cessent de répondre aux différents appels à manifester des forces démocratiques. Leurs sorties devenaient de plus en plus massives. Je ne citerais pour preuves que celles des 12 Juin et du 03 Août. Cette dynamique populaire va permettre aux togolais de briser le mur artificiel qui voudrait scinder le Togo en deux, le Nord et le Sud. On allait vivre le phénomène social total du 19 Août, date à la quelle, les togolais ont fait écrouler le mur de la honte : dans une symbiose extraordinaire, tous les togolais se sont retrouvés pour dire non au régime cinquantenaire. C’est la grande différence. C’est ce qui s’est passé le 19 août et il est compris de tout le monde que le peuple togolais est seul, uni et indivisible ; que ce peuple refuse le régime tel qu’il est et le dirige aujourd’hui. Ce peuple veut que les choses changent. De 19 août à aujourd’hui, avec le soutien populaire beaucoup de choses ont pu être faites par la C14. Mais, lorsqu’on lutte, c’est la vigilance de tous les temps. Et a cet effet, je nous fais des reproches. Cela n’engage que moi. Cela n’engage pas mon parti. Nous avons eu tort d’arrêter les manifestations parce que c’est la seule arme qu’on avait. Et aujourd’hui, le régime le sait. Il nous fera toutes les entourloupettes pour nous empêcher de reprendre les manifestations, notre arme redoutable et populaire. Si on avait continué les manifestations, en les conjuguant avec notre capacité de négocier, les deux conjuguées auraient pu donner quelque chose d’extraordinaire. Cependant, j’espère que ça va se corriger parce que le régime lui-même pousse à ce que les populations, elles-mêmes se révoltent et ça ne va pas tarder, je suis convaincu.

L’opposition n’a pas de représentant à la commission électorale nationale indépendante mais l’institution fonctionnent et prépare les législatives ?

Avant de vous répondre, je voudrais vous dire : ‘Autres temps, autres mœurs’. Il n’est plus question qu’on nous pousse et qu’on accepte d’aller aux élections dans n’importe quelles conditions. C’est fondamental cette précision. Répondre précisément à votre question, aujourd’hui, nous n’accepterons plus qu’on nous impose les membres de notre quota. On ne peut plus nous choisir notre entité. Si la CENI paritaire comme nous le souhaitons, cela veut dire que sur les 17 membres, l’opposition choisira ses 8 membres et il revient au parti UNIR d’en faire au temps. UNIR ne peut nous imposer le choix de no membres. Et il va de soit que la 17ème personne ne peut et ne doit être qu’un homme de consensus et d’équité. Dans ces conditions, il revient à l’opposition de choisir exclusivement ces 8 membres. Et il faut que cela soit clair pour tout le monde. On ne pourra pas faire autrement parce que nous avons assez concédé sur ces choses et je vous dis : on ne le fera plus. Il y a également le problème du fichier électoral. Ce fichier doit être repris de fond en comble et avec à la clé, la biométrie intégrale. A la C14, dans la société civile et dans la diaspora, nous nous battrons jusqu’au dernier souffle. Je suis sûr que le vaillant peuple togolais prendra une fois encore son destin en main et ne comptera pas uniquement sur les seules forces humaines et limitées des partis de l’opposition. La détermination des populations est la seule arme dont dispose les forces démocratiques.

En ce qui concerne la CEDEAO, je m’interroge, sur ce qui peut encore nous arriver. Qu’aucune organisation ne vienne nous dire que le pouvoir est assez avancé dans les travaux, avec la collaboration avec ZETES, qui a fait trop de mal au Togo. Nous ne l’entendons plus de cette oreille. Je vous dis, la représentation nationale doit être désormais le fait du peuple et non le fait du prince. Il faut que ce soit au cours des élections transparentes et crédibles que le peuple désigne désormais ces représentants. Et non plus par le jeu des fraudes.

C’est pourquoi nous nous battrons pour qu’il ait un fichier électoral clair, une CENI paritaire et indépendante, des experts jouent leurs rôles d’objectivité, une Cour Constitutionnelle recomposée et juste. Et n’oublions pas qu’en dehors des réformes électorales, il y a les réformes constitutionnelles pour lesquelles les Togolais sont allés dans la rue. Nous devrions éviter de nous contenter seulement des réformes électorales. C’est avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles que les Togolais sauront que les choses ont changé, qu’il n’y aura plus d’élections truquées faites de violences. C’est le seul climat dans lequel il n’y aura pas d’abstention, ni de personnes déplacées pour cause d’élections. Nous ferons ainsi des élections, des moments de bilan et d’acte civil.

Vous n’êtes pas d’accord avec la CENI actuelle mais au niveau de la C14 pourrait-on voir une alliance électorale s’il faut nécessairement aller aux élections ?

Je trouve ce débat pour le moment surréaliste, vous savez, je suis l’un de ce qui ont commencé la C14, je suis Vice Président de l’ANC, parti que préside Jean Pierre Fabre. Un parti comme le nôtre ne peut souffrir de dyarchie. Le président lui-même nous représente et fait bien son travail au sein de la C14 ; un travail exténuant qu’il fait avec dextérité. C’est juste pour vous dire que j’ai eu l’avantage de prendre part à certaines réunions fondamentales pour la C14 : Par exemple celle au cours de laquelle nous avons convenu que notre plateforme de travail serait le plus petit dénominateur commun.

Réformes !réformes !réformes ! Les partis ne perdent pas leur autonomie. Une fois que l’environnement politique sera assaini, nous irons aux élections. Il se trouve que, pour avoir travaillé ensemble, cela exige une forme de solidarité et de cohésion. Alors peut on dire, sans coup férir que nos partis politiques peuvent prendre part aux échéances à avenir, sans aucune forme d’alliance électorale, entre les partis de la C14, voire même avec d’autres partis de l’opposition? Non. Personne ne peut le dire. Ce que nous n’acceptons pas, c’est qu’on commence par parler d’alliance électorale alors qu’on n’a pas encore résolu les problèmes des réformes, réformes constitutionnelles, réformes électorales. Parler déjà d’alliance en croyant que celle ci peut permettre de gagner les élections dans n’importe quelles conditions, est un leurre. Écoutez-moi bien. je ne dis pas que le régime RPT /UNIR est plus fort que nous. Non. Nous allons perdre ces élections parce que si nous n’avons pas assaini l’environnement institutionnel et constitutionnel, les Togolais ne seront pas rassurés, ils n’iront pas voter. Si nous n’avons pas de bonnes conditions de participation à ces élections, un fichier fiable, une CENI digne de ce nom avec une Cour Constitutionnelle qui dit vraiment le droit, si nous n’avons pas un découpage (électoral, ndlr) reformulé, il n’y aura pas de transparence. A cela s’ajoute le vote de la diaspora. Ce qui implique et nécessite la création de nouvelles circonscriptions électorales dédiées aux togolais de l’étranger. Juste pour rappel, le vote de la diaspora fait partie de nos revendications, comment allons-nous le faire, si nous ne tenons pas compte de leur existence dans le découpage électoral qui s’impose d’ailleurs.

Une autre préoccupation : S’agissant du mode de scrutin proportionnel à la plus forte moyenne, c’est le mode de scrutin qui permet au parti au pouvoir de par le système communautariste d’avoir 18 voire 31 députés avant même qu’on ne commence la répartition des sièges. C’est pour cela que nous disons que le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours pour les législatives est ce qui est juste aujourd’hui. C’est vrai, je reconnais que cela favorise les personnalités mais lorsqu’on parle des personnalités dans ces conditions, c’est aussi des personnalités locales. Un cultivateur qui se respecte, un bon père de famille est une personnalité dans son milieu et à ce titre est respecté. Est-ce que nous le comprenons ? Voilà comment nous, nous voyons les choses.

Cependant, il ne nous effleure pas l’esprit de refuser une alliance électorale avec des femmes et des hommes avec qui on fait la lutte. Seulement nous disons que sachons raison gardée. Il n’est pas encore temps et il y a des réalités dont il faut tenir compte. Tout le monde connait ces réalités. Lorsqu’on crée un parti et on travaille sur le terrain, ce n’est pas facile de faire table rase du travail fait par les camarades de parti. Et cela n’est pas propre au Togo. Cependant, nous nous faisons un devoir de faire des sacrifices mais on attend de voir les réformes d’abord pour juger du type d’alliance qui peut se faire. Il faut juste que chacun de nous soit raisonnable.

Pour vous président qui êtes de la commission Environnement et changement climatique à l’Assemblée Nationale, comment ces questions sont-elles traitées?

Je me permettrai de faire une petite digression. C’est de moi-même que j’ai choisi d’animer la commission de l’environnement au Parlement. Les miens au parti ont dit mais comment le vice président peut choisir une commission qui n’a pas de prestige comme les autres. Mais vous savez, j’aime la connaissance et j’admire ceux qui en ont particulièrement dans le domaine des énergies renouvelables, de l’environnement. Ce n’est pas mon domaine de prédilection. Mais j’anime, je veux comprendre, j’amène les gens à mieux expliquer parce que c’est une réponse à la pauvreté. Celui qui a l’électricité, a de quoi manger. Par exemple l’électricité rurale intervient dans beaucoup de domaines aujourd’hui. Je vous assure j’ai trouvé des Togolais brillants dans ce domaine. Que ce soit du coté du gouvernement, du parti au pouvoir ou encore de l’opposition et même des particuliers. Je pense qu’il est maintenant important que la volonté politique accompagne toute initiative qui vise la promotion du domaine.

Nous sommes aussi préoccupés dans la commission par l’érosion côtière, ce phénomène me touche particulièrement. Ma ville Aného s’en va, ma ville meurt à cause de l’érosion côtière. Nous sommes entre le fleuve et la mer. Je voudrais interpeller tous les fils d’Aného. Qu’ils soient de UNIR ou de l’opposition, qu’ils prennent conscience parce que pour vivre, il faut avoir des terres, pour vivre ces terres doivent servir à cultiver, à pêcher. Pour faire de la politique à Aného, ces terres doivent exister. C’est la seule promesse politique qui vaille la peine.

Me Tchassona Traoré: « Ce n’est pas parce qu’on aura fait les élections que la crise sera derrière nous »

Cela fait bientôt un mois que la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a proposé aux acteurs politiques togolais une feuille de route pour une sortie de crise. Conformément à ce document qui appelle à des législatives le 20 décembre 2018, la Commission électorale nationale indépendante semble avoir mis sa machine en branle. Ce qui n’est pas du goût de la Coalition de l’opposition. Me Mouhamed Tchassona Traoré, un des responsables de ce regroupement, invite Kodjona Kadanga et ses collaborateurs à revoir leur copie au risque d’organiser un scrutin qui n’aura rien réglé à la fin.

Invité du D12, l’émission hebdomadaire de radio Pyramide Fm, dimanche dernier, le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (MCD) est encore revenu sur la feuille de route de la CEDEAO remise à la classe politique togolaise il y a bientôt un mois. « Malgré tout ce que nous vivons, la feuille de route reste une piste que l’ensemble des Togolais doivent explorer avec plus d’intelligence et de sens de compromis. Nous ne pouvons pas tout faire à la fois, et nous ne pouvons pas tout avoir à la fois. Cette feuille de route-là a apporté un certain nombre de constantes ; et si nous nous investissons à travailler pour que cela puisse aboutir, alors nous ferons du chemin vers une sortie de crise », a déclaré Me Mouhamed Tchassona Traoré.

Et pour que cette feuille de route soit explorée avec « intelligence et sens de compromis », le notaire estime que rien ne doit se faire dans la précipitation. Il invite donc la CENI  à écouter ceux qui ne sont pas contents d’elle, car, soutient-il, il ne sert à rien d’organiser des élections sans consensus surtout dans le contexte actuel. « …Ce n’est pas du tout aisé quand on voit qu’en attendant la mise en œuvre du chronogramme de la CEDEAO et de la mise en place du comité de suivi, la CENI fonce tout droit vers des élections d’une manière unilatérale. Et ça, je ne vois pas quel problème ça peut régler ».  « A quoi serviraient des élections tenues dans cet esprit de défiance permanente ? Ce n’est pas le fait d’avoir des députés élus, fussent-ils d’un camp ou après boycott, qu’on aura réglé le problème ».

Selon Me Tchassona Traoré, il est même techniquement improbable que les élections puissent être organisées le 20 décembre. « Pour aller à des élections, il faut d’abord faire le recensement, est-ce que le recensement des compatriotes de la diaspora est possible dans cet intervalle de temps ? Il y a également le retard pris dans la mise en place du comité de suivi de la feuille de route de la CEDEAO qui a également promis une assistance technique par rapport à ces élections. Va-t-on à ces élections avec un scrutin de liste ou un scrutin uninominal à deux tours ? Si c’est à deux tours, il faudra modifier la loi électorale qui existe aujourd’hui. L’ensemble de ces questions et bien d’autres encore ne sont pas encore réglées. Tout cela nous laisse croire que la tenue des élections le 20 décembre n’est pas possible ».

Ainsi, pour éviter de tourner en rond, le candidat malheureux à la présidentielle de 2015 a émis le vœu que les facilitateurs, ensemble avec le comité de suivi, puissent “rapidement” venir avec « un chronogramme bien détaillé pour nous permettre d’aller de l’avant ».

 

Togo : Feuille de route de la CEDEAO, une poudre de Perlimpinpin aux yeux de Djimon Oré

Djimon Oré persiste et signe : seule une transition politique permettra au Togo de sortir de la crise politique actuelle. Le président du Front des Patriotes pour la Démocratie (FPD) l’a répété mardi dans une émission sur radio Nana Fm. L’ancien ministre de la Communication se dit médusé devant l’enthousiasme que suscitent les dernières recommandations de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui, à ses yeux, ne sont qu’une poudre de Perlimpinpin proposée par des impérialistes qui continuent de faire main basse sur le Togo.

 La feuille de route que propose la CEDEAO  pour une sortie de crise au Togo n’est pas du goût de Djimon Oré. Mardi, le président du Front des Patriotes pour la Démocratie a estimé que « les recommandations de la CEDEAO ne pourront pas sortir le pays de sa crise ». Le député Oré s’inscrit dans la logique selon laquelle l’alternance est la condition sine qua non pour une résolution durable de la crise togolaise. Et pour arriver à cette fin, il faut une transition politique car « on ne peut jamais passer d’une dictature à la démocratie vraie, sans passer par la transition politique », a dit M. Djimon Oré.

Ses propos n’ont accordé aucun crédit aux travaux effectués par l’ensemble des chefs d’Etat et rendus publics le soir du 31 juillet 2018. « Les recommandations de la CEDEAO rendues publiques sont un non-évènement. C’est de la foutaise. Quel est l’élément consistant dans ces recommandations ? J’ai toujours dit qu’il ne faut rien attendre de la CEDEAO. Aucun chef d’Etat de la CEDEAO ne se permettrait de prendre le risque de se mettre à dos les impérialistes qui font main basse sur le Togo depuis plus de 50 ans déjà. Vous avez vu les tralalas, Paris-Abuja, Accra-Abidjan, tout cela pour sortir ces conneries-là. Je pèse bien mes mots parce que c’est la vie des Togolais qui est en danger »,  a pesté l’ancien ministre de la Communication.

Togo – Mise en oeuvre des recommandations de la CEDEAO : Quel rôle pour Buhari?

Porté à la présidence tournante de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) le 31 juillet dernier, à l’occasion du 53e sommet de la Conférence des Chefs d’Etat de la Communauté tenu à Lomé, Muhammadu Buhari aura-t-il un rôle à jouer dans la mise en œuvre des recommandations de la CEDEAO pour une sortie de crise au Togo ? Lui pour qui « les transitions politiques pacifiques ne sont plus négociables en Afrique de l’ouest » et sur qui Emmanuel Macron compte pour jouer un rôle dans la situation togolaise.

« L’instabilité au Togo aura des conséquences régionales », disait Muhammadu Buhari dès le début de cette crise qu’il ne souhaite pas voir s’enliser au risque d’avoir des répercussions sur les autres pays de la sous-région. C’était lors du sommet UA-UE tenu en février dernier à Abidjan. Le président nigérian était catégorique : « Les transitions politiques pacifiques ne sont plus négociables en Afrique de l’ouest » !

Ne nous y méprenons pas ! Muhammadu Buhari ne débarquera pas au Togo avec une armée pour imposer la « transition politique pacifique ». C’est une certitude. Mais c’est également une certitude que le Nigérian ne supporte pas de voir la crise politique togolaise perdurer.

‘Le Nigeria aura un rôle important à jouer

Lors de sa récente visite au Nigéria, Emmanuel Macron avait laissé entendre que Muhammadu Buhari avait un rôle à jouer dans la résolution de la crise politique togolaise.  « Le président Buhari entre en période électorale,  et je pense que le Nigeria aura,  après cette période électorale,  un rôle important à jouer à la solution de cette crise », dixit le président français.  

Quel est le rôle que la France entend assigner au président nigérian pour une sortie de crise au Togo ? Emmanuel Macron est clair : « la France viendra en soutien de ces solutions portées par les chefs d’État africains ». Et comme solution, la CEDEAO a proposé une feuille de route qui encourage la poursuite du dialogue en vue des réformes consensuelles, encourage la poursuite du dialogue en vue des réformes consensuelles, préconise la recomposition de la Cour constitutionnelle ainsi que la limitation des mandats à deux et le mode de scrutin à deux tours.

Des recommandations diversement appréciées par les acteurs politiques togolais. En tout cas, quand on fait des recommandations par rapport à une crise, c’est pour mettre fin à celle-ci. Une feuille de route n’a donc de sens que lorsqu’elle est suivie, respectée et appliquée. Et c’est maintenant que le plus dur commence pour l’ensemble de la classe politique togolaise, au regard des nombreuses recommandations déjà formulées par différents organes qui ont jonché l’histoire politique récente du Togo. Et comme l’a si bien dit Me Paul Dodji Apévon, président des Forces Démocratiques pour la République (FDR), parti membre de la Coalition de l’opposition, « c’est maintenant que commence le vrai dialogue avec le pouvoir ». Sous le regard bienveillant de Muhammadu Buhari ?