Togo / Patrick Lawson: “Nous avons eu tort d’arrêter les manifestations car c’est la seule arme qu’on avait”

Cela fait un mois que la CEDEAO a proposé une pour une sortie de crise au Togo. Mais visiblement tout est au point mort. Comment est-ce que vous l’analysez ?

Je suis inquiet. Je n’ai rien à cacher là-dessus. J’ai cru au départ que la CEDEAO aura le souci de se racheter après tout ce qui s’est passé particulièrement en 2005. Mais tel que les choses évoluent, sans vouloir sérier le groupe des chefs d’Etat, je préfère parler de la CEDEAO globalement : Cela ne nous rassure guère. Des chefs d’Etat de la CEDEAO sont également inquiets, mais ce n’est pas le lieu de citer des noms. Considérons que c’est une organisation qui a pris le problème du Togo en main et elle a le devoir de trouver des solutions. Cela fait un mois que cette feuille de route qui, d’ailleurs insatisfaisante, est sortie. Nous ne comprenons pas que jusqu’à présent, les facilitateurs ou leurs représentants ne soient pas revenus et on a vu même le président de la Commission venir à Lomé tout seul. Tout cela n’est pas rassurant pour nous. Nous avons confié notre sort en partie aux facilitateurs parce que nous avons considéré qu’ils sont conscients du problème togolais. Nous ne voudrions pas que le sort du Togo soit désormais entre les mains d’un fonctionnaire.

Est-ce que cette feuille de route peut permettre au Togo de mettre fin à la crise ?

Je demeure sceptique. En 1990, lorsqu’il y a eu l’insurrection, c’est parce que le pouvoir d’Etat était confisqué par un seul homme, une seule famille, un seul clan. Les Togolais se sont soulevés et comme remède, nous nous sommes prescrits la constitution de 1992, croyant que ça allait réconcilier les filles et fils du Togo. Tel n’a pas été le cas. Le régime ayant tiré des leçons des élections de 1994 et 1998, décida de modifier complètement et unilatéralement la constitution originelle de 1992. En 1994, le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours a permis à l’opposition et singulièrement au CAR et à l’UTD de remporter les élections législatives. En 1998, le fichier électoral moins corrompu, et la vigilance des membres dans les bureaux de vote, ont permis à Gilchrist Olympio de battre à plate-couture le régime déjà trentenaire.
Ainsi donc, ce mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours a été supprimé aussi bien pour les législatives que pour les présidentielles. Plus grave, en 2002, les fondamentaux de la constitution de 1992 ont été modifiés. En 2005, ils l’ont exacerbé en la charcutant un peu plus. Et aujourd’hui nous avons ce que nous avons. Des années ont passé. Le sort des togolais ne sait guère amélioré : Pas de route, pas de pain quotidien, pas d’écoles. Une dictature sournoise a pris la place de celle plus brutale. Les Togolais, mécontents et soucieux de l’avenir de la jeunesse, ne cessent de répondre aux différents appels à manifester des forces démocratiques. Leurs sorties devenaient de plus en plus massives. Je ne citerais pour preuves que celles des 12 Juin et du 03 Août. Cette dynamique populaire va permettre aux togolais de briser le mur artificiel qui voudrait scinder le Togo en deux, le Nord et le Sud. On allait vivre le phénomène social total du 19 Août, date à la quelle, les togolais ont fait écrouler le mur de la honte : dans une symbiose extraordinaire, tous les togolais se sont retrouvés pour dire non au régime cinquantenaire. C’est la grande différence. C’est ce qui s’est passé le 19 août et il est compris de tout le monde que le peuple togolais est seul, uni et indivisible ; que ce peuple refuse le régime tel qu’il est et le dirige aujourd’hui. Ce peuple veut que les choses changent. De 19 août à aujourd’hui, avec le soutien populaire beaucoup de choses ont pu être faites par la C14. Mais, lorsqu’on lutte, c’est la vigilance de tous les temps. Et a cet effet, je nous fais des reproches. Cela n’engage que moi. Cela n’engage pas mon parti. Nous avons eu tort d’arrêter les manifestations parce que c’est la seule arme qu’on avait. Et aujourd’hui, le régime le sait. Il nous fera toutes les entourloupettes pour nous empêcher de reprendre les manifestations, notre arme redoutable et populaire. Si on avait continué les manifestations, en les conjuguant avec notre capacité de négocier, les deux conjuguées auraient pu donner quelque chose d’extraordinaire. Cependant, j’espère que ça va se corriger parce que le régime lui-même pousse à ce que les populations, elles-mêmes se révoltent et ça ne va pas tarder, je suis convaincu.

L’opposition n’a pas de représentant à la commission électorale nationale indépendante mais l’institution fonctionnent et prépare les législatives ?

Avant de vous répondre, je voudrais vous dire : ‘Autres temps, autres mœurs’. Il n’est plus question qu’on nous pousse et qu’on accepte d’aller aux élections dans n’importe quelles conditions. C’est fondamental cette précision. Répondre précisément à votre question, aujourd’hui, nous n’accepterons plus qu’on nous impose les membres de notre quota. On ne peut plus nous choisir notre entité. Si la CENI paritaire comme nous le souhaitons, cela veut dire que sur les 17 membres, l’opposition choisira ses 8 membres et il revient au parti UNIR d’en faire au temps. UNIR ne peut nous imposer le choix de no membres. Et il va de soit que la 17ème personne ne peut et ne doit être qu’un homme de consensus et d’équité. Dans ces conditions, il revient à l’opposition de choisir exclusivement ces 8 membres. Et il faut que cela soit clair pour tout le monde. On ne pourra pas faire autrement parce que nous avons assez concédé sur ces choses et je vous dis : on ne le fera plus. Il y a également le problème du fichier électoral. Ce fichier doit être repris de fond en comble et avec à la clé, la biométrie intégrale. A la C14, dans la société civile et dans la diaspora, nous nous battrons jusqu’au dernier souffle. Je suis sûr que le vaillant peuple togolais prendra une fois encore son destin en main et ne comptera pas uniquement sur les seules forces humaines et limitées des partis de l’opposition. La détermination des populations est la seule arme dont dispose les forces démocratiques.

En ce qui concerne la CEDEAO, je m’interroge, sur ce qui peut encore nous arriver. Qu’aucune organisation ne vienne nous dire que le pouvoir est assez avancé dans les travaux, avec la collaboration avec ZETES, qui a fait trop de mal au Togo. Nous ne l’entendons plus de cette oreille. Je vous dis, la représentation nationale doit être désormais le fait du peuple et non le fait du prince. Il faut que ce soit au cours des élections transparentes et crédibles que le peuple désigne désormais ces représentants. Et non plus par le jeu des fraudes.

C’est pourquoi nous nous battrons pour qu’il ait un fichier électoral clair, une CENI paritaire et indépendante, des experts jouent leurs rôles d’objectivité, une Cour Constitutionnelle recomposée et juste. Et n’oublions pas qu’en dehors des réformes électorales, il y a les réformes constitutionnelles pour lesquelles les Togolais sont allés dans la rue. Nous devrions éviter de nous contenter seulement des réformes électorales. C’est avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles que les Togolais sauront que les choses ont changé, qu’il n’y aura plus d’élections truquées faites de violences. C’est le seul climat dans lequel il n’y aura pas d’abstention, ni de personnes déplacées pour cause d’élections. Nous ferons ainsi des élections, des moments de bilan et d’acte civil.

Vous n’êtes pas d’accord avec la CENI actuelle mais au niveau de la C14 pourrait-on voir une alliance électorale s’il faut nécessairement aller aux élections ?

Je trouve ce débat pour le moment surréaliste, vous savez, je suis l’un de ce qui ont commencé la C14, je suis Vice Président de l’ANC, parti que préside Jean Pierre Fabre. Un parti comme le nôtre ne peut souffrir de dyarchie. Le président lui-même nous représente et fait bien son travail au sein de la C14 ; un travail exténuant qu’il fait avec dextérité. C’est juste pour vous dire que j’ai eu l’avantage de prendre part à certaines réunions fondamentales pour la C14 : Par exemple celle au cours de laquelle nous avons convenu que notre plateforme de travail serait le plus petit dénominateur commun.

Réformes !réformes !réformes ! Les partis ne perdent pas leur autonomie. Une fois que l’environnement politique sera assaini, nous irons aux élections. Il se trouve que, pour avoir travaillé ensemble, cela exige une forme de solidarité et de cohésion. Alors peut on dire, sans coup férir que nos partis politiques peuvent prendre part aux échéances à avenir, sans aucune forme d’alliance électorale, entre les partis de la C14, voire même avec d’autres partis de l’opposition? Non. Personne ne peut le dire. Ce que nous n’acceptons pas, c’est qu’on commence par parler d’alliance électorale alors qu’on n’a pas encore résolu les problèmes des réformes, réformes constitutionnelles, réformes électorales. Parler déjà d’alliance en croyant que celle ci peut permettre de gagner les élections dans n’importe quelles conditions, est un leurre. Écoutez-moi bien. je ne dis pas que le régime RPT /UNIR est plus fort que nous. Non. Nous allons perdre ces élections parce que si nous n’avons pas assaini l’environnement institutionnel et constitutionnel, les Togolais ne seront pas rassurés, ils n’iront pas voter. Si nous n’avons pas de bonnes conditions de participation à ces élections, un fichier fiable, une CENI digne de ce nom avec une Cour Constitutionnelle qui dit vraiment le droit, si nous n’avons pas un découpage (électoral, ndlr) reformulé, il n’y aura pas de transparence. A cela s’ajoute le vote de la diaspora. Ce qui implique et nécessite la création de nouvelles circonscriptions électorales dédiées aux togolais de l’étranger. Juste pour rappel, le vote de la diaspora fait partie de nos revendications, comment allons-nous le faire, si nous ne tenons pas compte de leur existence dans le découpage électoral qui s’impose d’ailleurs.

Une autre préoccupation : S’agissant du mode de scrutin proportionnel à la plus forte moyenne, c’est le mode de scrutin qui permet au parti au pouvoir de par le système communautariste d’avoir 18 voire 31 députés avant même qu’on ne commence la répartition des sièges. C’est pour cela que nous disons que le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours pour les législatives est ce qui est juste aujourd’hui. C’est vrai, je reconnais que cela favorise les personnalités mais lorsqu’on parle des personnalités dans ces conditions, c’est aussi des personnalités locales. Un cultivateur qui se respecte, un bon père de famille est une personnalité dans son milieu et à ce titre est respecté. Est-ce que nous le comprenons ? Voilà comment nous, nous voyons les choses.

Cependant, il ne nous effleure pas l’esprit de refuser une alliance électorale avec des femmes et des hommes avec qui on fait la lutte. Seulement nous disons que sachons raison gardée. Il n’est pas encore temps et il y a des réalités dont il faut tenir compte. Tout le monde connait ces réalités. Lorsqu’on crée un parti et on travaille sur le terrain, ce n’est pas facile de faire table rase du travail fait par les camarades de parti. Et cela n’est pas propre au Togo. Cependant, nous nous faisons un devoir de faire des sacrifices mais on attend de voir les réformes d’abord pour juger du type d’alliance qui peut se faire. Il faut juste que chacun de nous soit raisonnable.

Pour vous président qui êtes de la commission Environnement et changement climatique à l’Assemblée Nationale, comment ces questions sont-elles traitées?

Je me permettrai de faire une petite digression. C’est de moi-même que j’ai choisi d’animer la commission de l’environnement au Parlement. Les miens au parti ont dit mais comment le vice président peut choisir une commission qui n’a pas de prestige comme les autres. Mais vous savez, j’aime la connaissance et j’admire ceux qui en ont particulièrement dans le domaine des énergies renouvelables, de l’environnement. Ce n’est pas mon domaine de prédilection. Mais j’anime, je veux comprendre, j’amène les gens à mieux expliquer parce que c’est une réponse à la pauvreté. Celui qui a l’électricité, a de quoi manger. Par exemple l’électricité rurale intervient dans beaucoup de domaines aujourd’hui. Je vous assure j’ai trouvé des Togolais brillants dans ce domaine. Que ce soit du coté du gouvernement, du parti au pouvoir ou encore de l’opposition et même des particuliers. Je pense qu’il est maintenant important que la volonté politique accompagne toute initiative qui vise la promotion du domaine.

Nous sommes aussi préoccupés dans la commission par l’érosion côtière, ce phénomène me touche particulièrement. Ma ville Aného s’en va, ma ville meurt à cause de l’érosion côtière. Nous sommes entre le fleuve et la mer. Je voudrais interpeller tous les fils d’Aného. Qu’ils soient de UNIR ou de l’opposition, qu’ils prennent conscience parce que pour vivre, il faut avoir des terres, pour vivre ces terres doivent servir à cultiver, à pêcher. Pour faire de la politique à Aného, ces terres doivent exister. C’est la seule promesse politique qui vaille la peine.

Me Tchassona Traoré: « Ce n’est pas parce qu’on aura fait les élections que la crise sera derrière nous »

Cela fait bientôt un mois que la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a proposé aux acteurs politiques togolais une feuille de route pour une sortie de crise. Conformément à ce document qui appelle à des législatives le 20 décembre 2018, la Commission électorale nationale indépendante semble avoir mis sa machine en branle. Ce qui n’est pas du goût de la Coalition de l’opposition. Me Mouhamed Tchassona Traoré, un des responsables de ce regroupement, invite Kodjona Kadanga et ses collaborateurs à revoir leur copie au risque d’organiser un scrutin qui n’aura rien réglé à la fin.

Invité du D12, l’émission hebdomadaire de radio Pyramide Fm, dimanche dernier, le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (MCD) est encore revenu sur la feuille de route de la CEDEAO remise à la classe politique togolaise il y a bientôt un mois. « Malgré tout ce que nous vivons, la feuille de route reste une piste que l’ensemble des Togolais doivent explorer avec plus d’intelligence et de sens de compromis. Nous ne pouvons pas tout faire à la fois, et nous ne pouvons pas tout avoir à la fois. Cette feuille de route-là a apporté un certain nombre de constantes ; et si nous nous investissons à travailler pour que cela puisse aboutir, alors nous ferons du chemin vers une sortie de crise », a déclaré Me Mouhamed Tchassona Traoré.

Et pour que cette feuille de route soit explorée avec « intelligence et sens de compromis », le notaire estime que rien ne doit se faire dans la précipitation. Il invite donc la CENI  à écouter ceux qui ne sont pas contents d’elle, car, soutient-il, il ne sert à rien d’organiser des élections sans consensus surtout dans le contexte actuel. « …Ce n’est pas du tout aisé quand on voit qu’en attendant la mise en œuvre du chronogramme de la CEDEAO et de la mise en place du comité de suivi, la CENI fonce tout droit vers des élections d’une manière unilatérale. Et ça, je ne vois pas quel problème ça peut régler ».  « A quoi serviraient des élections tenues dans cet esprit de défiance permanente ? Ce n’est pas le fait d’avoir des députés élus, fussent-ils d’un camp ou après boycott, qu’on aura réglé le problème ».

Selon Me Tchassona Traoré, il est même techniquement improbable que les élections puissent être organisées le 20 décembre. « Pour aller à des élections, il faut d’abord faire le recensement, est-ce que le recensement des compatriotes de la diaspora est possible dans cet intervalle de temps ? Il y a également le retard pris dans la mise en place du comité de suivi de la feuille de route de la CEDEAO qui a également promis une assistance technique par rapport à ces élections. Va-t-on à ces élections avec un scrutin de liste ou un scrutin uninominal à deux tours ? Si c’est à deux tours, il faudra modifier la loi électorale qui existe aujourd’hui. L’ensemble de ces questions et bien d’autres encore ne sont pas encore réglées. Tout cela nous laisse croire que la tenue des élections le 20 décembre n’est pas possible ».

Ainsi, pour éviter de tourner en rond, le candidat malheureux à la présidentielle de 2015 a émis le vœu que les facilitateurs, ensemble avec le comité de suivi, puissent “rapidement” venir avec « un chronogramme bien détaillé pour nous permettre d’aller de l’avant ».

 

Togo: Une association d’étudiants appelle la classe politique à vite opérer les réformes

Pour la JLEET, c’est l’avenir des jeunes togolais qui est hypothéqué si la situation actuelle doit encore perdurer. Saluant les efforts du pouvoir et de l’opposition qui ont accepté de faire des concessions pour se mettre autour d’une table de discussions, cette association estime que la classe politique peut et doit faire mieux pour mettre fin à cette crise qui plombe l’économie nationale.

C’est une grave situation qui nous interpelle et nous voulons saisir cette occasion pour lancer un appel à tous les protagonistes de cette crise sociopolitique qui devient insupportable pour la jeunesse et qui nous plonge dans un avenir incertain, afin qu’ils puissent trouver dans un meilleur délai une solution pacifique“, a déclaré devant la presse ce samedi à Lomé, Emmanuel Kondo, le président de la JLEET.

Saluant les facilitateurs du dialogue inter-togolais, l’association présidée par Emmanuel Kondo invite les acteurs politiques à “opérer rapidement les réformes urgentes afin que les élections législatives puissent se tenir dans les délais” prévus par la Constitution.

Et attendant que la classe politique puisse trouver une solution à la crise, l’association appelle la jeunesse togolaise à “s’abstenir de tous les actes de violence” susceptibles de “compromettre les efforts de sortie de crise“.

 

Togo: On balise la voie pour le 31 juillet

Les facilitateurs de la CEDEAO l’ont dit et redit: il faut autoriser les manifestations de l’opposition dans les villes en état de siège de fait depuis plusieurs mois.  À partir du 20 juillet,  la coalition de l’opposition expérimentera pour la première fois cette liberté retrouvée dans les villes de Sokodé,  Tchamba,  Bafilo et Mango.

L’autre exigence de Nana Akufo-Addo et Alpha Condé reste la libération de toutes les personnes arrêtées et jetées en prison dans le cadre des manifestations de l’opposition.  Même s’ils sont encore nombreux dans les geôles,  Faure Gnassingbé a accordé mardi la liberté provisoire à de 12 détenus et une remise de peine à 7 autres dans trois centres carcéraux du Togo.  Une grâce présidentielle qui s’analyse comme un signe de bonne volonté pour décanter la crise qui secoue le pays depuis le 19 août.

Dans la foulée,  on annonce pour jeudi une rencontre entre la Coalition présidée par Brigitte Adjamagbo-Johnson et la Commission de la CEDEAO,  en vue de la réouverture du dialogue inter-togolais.

De part et d’autre,  on note une volonté de voir enfin se terminer le statu quo. D’un côté,  le gouvernement se dit “prêt à opérer les réformes“, ainsi que l’a rappelé le ministre Octave Nicoué Broohm.  De l’autre,  la Coalition de l’opposition s’est montrée très prudente en maintenant ses manifestations d’avant le sommet de la Cedeao,  malgré la “désolidarisation” du PNP de Tikpi Atchadam pour des raisons que la C14 dit comprendre tout de même.

Reste à présent que les recommandations qui seront issues de la rencontre des chefs d’État et de gouvernement de l’espace sous-régional soient acceptées et respectées par les deux parties.  Car comme l’a dit l’ambassadeur de France près le Togo,  Marc Vizy, “les recommandations de la CEDEAO sont déterminantes pour le Togo“.

Alpha Condé: “nous n’avons pas appelé à des élections” au Togo

Alpha Condé et Nana Akufo-Addo ont-ils fixé de date pour la tenue des élections législatives au Togo ? Non, répond le premier. Lundi sur France 24, en marge du sommet de l’Union Africaine qui se tient à Nouakchott, le président guinéen a tenu à clarifier les choses. “Nous n’avons pas appelé à des élections au Togo. Le problème qui se pose, c’est que l’opposition reproche au gouvernement de préparer des élections sans consensus. […] Nous avons demandé que le parlement actuel reste en place jusqu’à l’élection d’un nouveau parlement et que le gouvernement arrête la préparation des élections. Évidemment, il serait irresponsable de notre part de ne pas donner une date indicative. Nous avons seulement donné une date indicative. Nous n’avons pas appelé à des élections”, a déclaré Alpha Condé.

Quant à l’issue de la crise,  le facilitateur guinéen a estimé que les positions sont très tranchées malgré quelques acquis. “Il y a eu quelques pas, ceux qui ont été arrêtés dans le cadre des manifestations ont été libérés. Le gouvernement a accepté que l’opposition puisse reprendre ses manifestations en accord avec les forces de sécurité pour que cela n’aboutisse pas à des morts ou à des destructions des biens publics. Au début, après ma rencontre avec les opposants, on a même libéré des imams alors qu’on les accusait de djihadisme. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu de progrès mais nous sommes loin de la solution. Les positions du pouvoir et du gouvernement sont très éloignées. Mais nous ne désespérons pas. Nous pensons que progressivement nous arriverons à les amener au consensus. Déjà, il y a deux acquis fondamentaux : les élections à deux tours et la limitation des mandats à deux“, a-t-il expliqué.

Faure Gnassingbé cherche-t-il à s’accrocher au pouvoir en manipulant la constitution ? À cette question de Marc Perelman, le président Condé répond: “nous faisons confiance au président Faure tout comme nous faisons confiance à l’opposition. Je dis clairement que nous ne sommes pas un syndicat de chefs d’État qui se soutiennent entre eux, mais nous ne sommes pas non plus des pyromanes. Ce qui importe pour nous, c’est qu’on tienne compte de la volonté du peuple togolais et qu’il y ait un gouvernement qui l’accepte et qui représente ses intérêts et que le pays se développe.

Nous ne soutenons ni le président Faure ni l’opposition. J’ai déjà dit au niveau de l’Union européenne qu’au niveau de l’Union africaine, nous ne sommes pas un syndicat de chefs d’État. Nous devons respecter les droits de l’homme et nous devons appliquer la démocratie tel que nous le voyons nous-mêmes, pas comme on nous l’impose. Nous connaissons les règles universelles de la démocratie mais c’est notre responsabilité. Mais nous ne sommes pas complices, nous nous défendons pas les uns les autres”, a conclu Alpha Condé.

Voilà qui a le mérite d’être clair et qui va mettre fin à la polémique autour du communiqué ayant sanctionné les travaux du quatrième round du dialogue la semaine dernière, pouvoir et opposition se livrant une guerre d’interprétation sans merci.

Togo: le parti ADDI en grand meeting de sensibilisation ce samedi à Lomé

“Réformes constitutionnelles et institutionnelles”, “engagement politique des jeunes et des femmes et libertés citoyennes”, “absence de décentralisation, frein au développement”, seront les principaux thèmes sur lesquels portera ce grand meeting de sensibilisation dont le but est d’amener les populations à mieux cerner les vrais enjeux politiques du moment.

Parti parlementaire membre de la Coalition des quatorze partis de l’opposition, ADDI a fait de l’éducation de la masse L’ADN de son combat politique. Le meeting de ce samedi est la suite d’une série de rencontres déjà organisées dans la région des Plateaux notamment dans les préfectures de Danyi et de Wawa.

Depuis quelque temps, le regroupement des quatorze partis, à défaut des manifestations de rue, organise régulièrement des meetings dans différents quartiers de la capitale togolaise pour “garder allumée la flamme de la lutte” pour l’alternance. Ils sont sur tous les fronts. À côté du dialogue politique qui a repris cette semaine et en attendant les recommandations du prochain sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, une délégation de la C14 séjourne depuis mercredi en Europe pour explorer les voies d’une sortie de crise pacifique.

Dialogue politique : les facilitateurs tiennent à la paix et la stabilité du Togo

À l’ouverture des discussions mercredi à l’hôtel du 2 Février à Lomé,  Alpha Condé et Nana Akufo-Addo ont salué les efforts déployés par les parties prenantes togolaises en vue du dénouement heureux de la situation que traverse le pays depuis dix mois.

Tout en exprimant leur satisfaction pour l’esprit qui a prévalu tout au long de ces discussions, les deux présidents disent avoir noté avec satisfaction la disponibilité des principaux acteurs de la crise à “œuvrer ensemble pour parvenir à un climat  sociopolitique décrispé et apaisé dans l’harmonie et la cohésion entre les différentes composantes de la société togolaise“.

Le communiqué final des travaux de ce mercredi montre clairement le prix que les deux hommes attachent à la paix et la stabilité au Togo et dans la sous-région ouest-africaine. Ainsi,  pour que la paix et la stabilité règnent au Togo, “les  facilitateurs invitent instamment tous les partis politiques et toutes les forces vives
togolaises à s’abstenir de tout acte et de tout agissement susceptible de constituer une menace à la paix et à la stabilité du Togo et de la sous-région“.

Pour cela,  ils appellent chaque partie à la retenue et demandent notamment au gouvernement de prendre certaines mesures allant de la libération des personnes arrêtées dans le cadre des manifestations politiques à la suspension du processus électoral jusqu’en novembre,  en passant par l’autorisation des manifestations  dans certaines villes du pays (Sokode,  Bafilo,  Mango,  ndlr) “dans le respect de l’ordre public”. La recherche des “armes emportées” lors des manifestations des 19 et 20 août reste également une priorité pour les deux facilitateurs qui en appellent à la collaboration des populations avec les autorités publiques.

La résolution de la crise politique togolaise ne se fera pas sans tenir compte de la paix et la stabilité qui doivent prévaloir dans le pays et par-delà dans l’espace communautaire. Couper la poire en deux,  voilà sans doute la difficile équation à résoudre par les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao qui se réunissent prochainement en sommet à Lomé.

Ambroise D.

Togo: une délégation de la C14 attendue ce mercredi à Berlin

C’est ce mercredi 27 juin que reprennent à Lomé les discussions sur la crise politique togolaise.  Les deux facilitateurs désignés de la CEDEAO sont attendus dans la capitale togolaise.  Parallèlement à cela, la Coalition des 14 partis d’opposition poursuivent leur offensive diplomatique.

Une délégation de ce regroupement composée de Nathaniel Olympio du Parti des toggolais,  Nicodème Habia, le leader du parti Les Démocrates et Paul Dodji Apevon des FDR, sera reçue ce mercredi même au ministère allemand des affaires étrangères à Berlin, pour évoquer la situation togolaise.

Cette rencontre intervient quelque temps après un voyage d’une délégation de la même coalition, reçue au département d’Etat américain, puis au ministère français des affaires étrangères.

Crise politique togolaise : l’approche ‘‘perdant-perdant’’ de la ‘‘Nouvelle Vision’’ de Kodjovi Thon

Dix mois maintenant que le Togo vit au rythme des manifestations de rue, dix mois de tension politique entre pouvoir et opposition divisés sur la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Entre un dialogue politique à l’agonie et une Communauté de chefs d’Etat qui suivent de près la situation, les Togolais sont partagés entre espoir et résignation. On parle de recommandations qui pourraient être issues du prochain sommet de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédéao. S’achemine-t-on vers une décrispation ou un enlisement de la crise ? Dr Kodjovi Aubin Thon, président de la « Nouvelle Vision » propose une nouvelle thérapie pour une sortie de crise durable.

Déjà en septembre 2017, il indiquait la voie. La philosophie de Dr Kodjovi Aubin Thon n’a pas changé depuis là. Le président de ‘‘Nouvelle Vision’’ s’est encore exprimé sur la crise politique togolaise dans un entretien télévisé, une émission qu’il est utile de revisiter à travers cet article.

D’abord sur l’opportunité ou non des manifestations de rue, il est sans équivoque! « Les Togolais prennent la rue parce qu’ils dénoncent des conditions de vie déplorables. Ils sont dans la rue pour contester la gouvernance. Enfin les manifestations de rue trouvent leur justification en ce que les attentes du peuple n’ont été toutes comblées », a-t-il déclaré dans l’émission New World Forum, présentée par Gilles Bocco. Toutefois, relativise-t-il, « s’il est bon de prendre la rue, il est mieux de réfléchir à des formules pour trouver la solution au problème qui pousse à prendre la rue ». La solution au problème posé, voilà la quadrature du cercle. Et c’est pour cela que Dr Thon pense que « chacun a sa façon d’exprimer son mécontentement ». « Pour certains, poursuit-il, c’est la manifestation de rue, pour d’autres, il faut réfléchir et trouver des idées pour résoudre le problème, tandis que pour d’autres encore, la recherche de moyens pour aider à régler le problème, reste la première préoccupation ».

Identifier tous les acteurs impliqués dans la crise

Pour ce Togolais qui compte faire profiter son expertise acquise essentiellement aux États-Unis, le peuple a déjà fait sa part en exprimant ses aspirations. Il appartient désormais aux leaders politiques de réfléchir à comment résoudre l’équation, car « la rue ne gouverne pas ». Il faut donc des stratégies appropriées qui, d’après ‘‘Nouvelle Vision’’, se déclinent en trois axes. Une première étape qui consiste à identifier tous les acteurs impliqués dans la crise. « Le dialogue aurait pu être un début de solution, mais les gens ont commis l’erreur de n’avoir impliqué que deux acteurs (pouvoir et opposition, ndlr) de la crise », explique-t-il. Il faut ensuite comprendre et maîtriser les inquiétudes de chaque acteur, pour enfin trouver une solution résultante qui satisfasse tout le monde tout en s’assurant la continuité de l’Etat.

Les acteurs impliqués dans la crise sont, selon Dr Thon, le pouvoir, l’opposition, la masse générale, la diaspora, les multinationales et la Communauté internationale. « Tous ces acteurs doivent être pris en compte dans la recherche de solution à la crise parce que chacun d’eux a des intérêts dont il faut absolument tenir compte ».
Quant à l’armée, le patron de ‘‘Nouvelle Vision’’ considère qu’on ne doit pas faire d’elle « un acteur politique mais un outil de la politique », ajoutant que « quoi qu’on dise, l’armée est un outil pour le pouvoir quel que soit celui qui gouverne ».

‘‘Une ambition inappropriée’’

L’autre point d’achoppement des discussions entre pouvoir et opposition reste la question du départ immédiat ou de la non-représentation du président actuel au scrutin de 2020. « Cette exigence est une ambition inappropriée », défend Kodjovi Thon expliquant que cela pourrait amener les gouvernants actuels à pratiquer la politique de la terre brûlée avant 2020. « Si ceux qui sont au pouvoir actuellement se sentent menacés, alors leur réaction sera d’être braqué et ce sont les caisses vides qu’ils laisseront à ceux qui viendront après eux », soutient-il.

Alors concrètement que proposent Dr Thon et sa “Nouvelle Vision” pour une sortie de crise? « Il faut un gouvernement de compétences pour les deux prochaines années, qui s’ouvre à tous les acteurs qui aspirent à diriger les affaires de ce pays », propose-t-il, car « cela aura l’avantage de permettre aux différents acteurs de se connaître et de se rassurer mutuellement ». Une proposition qui résonne comme le souhait d’une période de transition ainsi que le demandent certains acteurs de l’opposition. Dr Kodjovi Thon s’explique: « gouvernement d’union nationale, gouvernement de compétences, ce ne sont que des mots, tout ça. Il faut sortir des concepts politiques pour proposer de véritables alternatives au peuple qui n’a besoin que du pain et de l’eau. La transition suppose qu’il y ait rupture dans le fonctionnement de l’Etat, or nous ne sommes pas dans ce cas. Le président actuel est élu pour un mandat qui court jusqu’en 2020 ». Selon le président de ‘‘Nouvelle Vision’’, en l’état actuel des choses, tous les acteurs impliqués dans la crise togolais ont perdu et devraient le reconnaitre pour « laisser émerger une nouvelle vision ». « Ce serait alors une option qui n’avantage ni le pouvoir ni l’opposition, mais qui avantage le peuple dont l’intérêt est le seul qui compte. On appelle ça une approche perdant-perdant. Ainsi, en fin de compte, tous les acteurs y gagnent même sans s’en rendre compte », a-t-il expliqué.

« Stratégiquement, le travail qui doit se faire aujourd’hui, c’est la sensibilisation. Ce n’est pas de dire quand est-ce que vous partez pour que nous venions, mais c’est assurer la continuité de l’Etat et s’assurer aussi que l’élection de 2020 donne des résultats-solution », a poursuivi le président de Nouvelle Vision, ajoutant que « cela peut se faire avec ou sans le président actuel. Inutile d’approfondir cet angle de la chose. Ça s’appelle des secrets politiques », a conclu celui qui s’est positionné depuis 2016 déjà, comme candidat à ce scrutin.

Ambroise D.

Togo: pour un scrutin apaisé, des OSC demandent une rallonge du délai constitutionnel

Dans une déclaration conjointe signée lundi, les sept Organisations de la Société Civile, tout en félicitant la Cour Constitutionnelle pour son “sens de respect des principes constitutionnels en vue du bon fonctionnement de l’Etat” en invitant récemment la Commission électorale nationale indépendante et le Gouvernement à organiser les élections législatives avant la fin de l’année, expriment des réserves quant à l’heureuse issue d’un processus électoral lancé dans le contexte politique actuel. “Le Groupe des sept Organisations de la société civile prend acte dudit communiqué et félicite M. le Président et ses collaborateurs pour leur sens de respect des principes constitutionnels en vue du bon fonctionnement de l’Etat. Toutefois, le groupe des 7 OSC, mesure les enjeux liés à l’invitation lancée aux acteurs politiques pour la tenue des élections avant la fin de l’année 2018, en l’absence d’un consensus sur les points de discussions prévues au dialogue“, lit-on dans le document.

Les sept OSC suggèrent donc une rallonge du délai constitutionnel car, soutiennent-elles, “les élections au Togo sont souvent source de conflit dû au désaccord autour des préparatifs et de la conduite du processus global“. Elles rappellent aussi que “le règlement intérieur du dialogue prend en compte dans son ordre du jour la question des réformes constitutionnelles et électorales en vue d’en sortir des résolutions pouvant réduire les désaccords autour de ces réformes“.

Ce collectif d’organisations invite en conséquence “les parties prenantes à reprendre le dialogue puisqu’il est nécessaire de trouver une solution politique à la crise avant de planifier les élections à venir et à accélérer les discussions en vue de donner du temps suffisant à la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et électorales.