Eco: Simple réhabillage du franc CFA ou changement historique?

Alassane Ouattara et Emmanuel Macron ont officiellement signé l’acte de décès du franc CFA ce 21 décembre 2019, à Abidjan, en Côte d’Ivoire. La déclaration des deux chefs d’État est présentée comme marquant un tournant historique dans les relations entre la France et l’Afrique de l’ouest francophone. Pour autant quelque chose a-t-il changé dans le fond?

La déclaration conjointe des présidents ivoirien et français annonce trois changements majeurs qui ont une “portée importante, symbolique et technique”. D’abord le franc CFA change de nom pour s’appeler en 2020, l’éco, une appellation qui reprend, à en croire l’ancien Premier ministre béninois, Lionel Zinsou, les premières lettres de l’ECOWAS (CEDEAO) exprimant ainsi son identité 100% ouest-africaine. “Le Nigéria qui représente les 2/3 du PIB de toute l’Afrique de l’ouest a participé à toutes les conversations liées au franc CFA et à la nécessité de son remplacement”, rappelle Lionel Zinsou qui assure que l’éco est une monnaie de toute l’Afrique de l’ouest.

Ensuite, le trésor français ne gardera plus dans ses réserves la moitié des devises ouest-africaines. 50% des devises du CFA y sont gardés actuellement.

Enfin, la disparition du franc CFA sonne la fin de carrière pour les fonctionnaires français dans les instances dirigeantes de la politique monétaire de l’UEMOA.

Si ce changement de nom semble être l’aboutissement d’un long combat des peuples, acteurs de la société civile et intellectuels ouest-africains et repris tardivement par certains gouvernants, la valeur de la nouvelle monnaie reste intacte. “Il est très important que la nouvelle monnaie ne représente pas un risque pour les populations. La mise en œuvre de l’éco sera graduelle un peu comme ce fut le cas avec l’euro. La parité fixe va être gardée pendant quelques années. Pour l’instant, il n’y a pas plus de risque qu’il n’y en avait avec le franc CFA”, assure-t-il sur France 24, ajoutant que plus il y aura de pays à l’intérieur de la nouvelle monnaie, plus il y aura des transactions faciles et meilleurs marchés.

Le franc CFA est une facilité d’échanges pour les huit pays ouest-africains l’ayant en commun. Si les 15 pays de l’espace communautaire arrivent à s’intégrer, l’éco pourrait être une chance pour les peuples de la CEDEAO. Mais en attendant, les garanties de transparence et de bonne gouvernance sont-elles réunies à présent que ce sont les pays de la CEDEAO eux-mêmes qui auront la charge de frapper et de garder leur propre monnaie?

La finalité du combat des intellectuels africains comme le Togolais Kako Nubukpo était-elle simplement de voir le franc CFA changer de nom sans s’assurer de ce qui va advenir après ce changement “historique”? Et si Alassane Ouattara avait plutôt courcicuité les anti-CFA pour offrir à ses amis français la possibilité de garder la mainmise sur le franc CFA qui revient sous un nouvel emballage ? En tout cas, l’Afrique centrale, elle, ne se presse pas pour l’instant.

Ambroise DAGNON

Politique française en Afrique : Roch Marc Kaboré tient les câbles

Les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) rencontrent le lundi 16 décembre à Pau, en France, leur homologue français. Roch Marc Christian Kaboré et ses pairs de la zone concernée doivent, à l’occasion, donner des « réponses précises » à Emmanuel Macron quant à l’engagement de leurs pays dans la lutte contre le terrorisme au sahel. Une invitation aux allures de convocation, dénoncée en Afrique comme dans l’Hexagone.

De Ouagadougou à Dakar en passant par Abidjan, Bamako ou même Paris, les réactions sont énergiques après que le président français a, à l’occasion du sommet de l’OTAN, annoncé une rencontre à Pau avec les présidents des pays du G5 Sahel, destinée à mettre les pays face à leurs responsabilités. Dans un contexte où de plus en plus de voix s’élèvent, même au sein des gouvernements africains, pour dénoncer l’opération Barkhane présente depuis 2013.

Aux premières loges des pourfendeurs d’Emmanuel Macron, les journalistes. Alors que la presse africaine considère l’attitude du « monarque présidentiel » français (expression utilisée par Jean-Luc Mélenchon), Libération, en France, qualifie de « maladresse » le rendez-vous du 16 décembre prochain à Pau, ce qui donne « l’impression de convoquer, et non d’inviter […] les présidents concernés pour “clarifier” la situation. »

Accusés d’être au garde-à-vous de la France, l’un de ces chefs d’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, qui n’hésite pas à exprimer publiquement son agacement devant Macron, dénonce les mots utilisés par son homologue français. « La forme et le contenu (de la déclaration de Macron) ont manqué de tact. C’est ça qui fait qu’aujourd’hui cela amène un tollé. Sinon, nous avons eu plusieurs fois des réunions du G5 Sahel avec la France sans que cela ne pose de problèmes », a-t-il déclaré à l’occasion de la célébration du 59e anniversaire de l’indépendance du Burkina-Faso.

« Aujourd’hui des questions sont posées : la force Barkhane est là, le G5 est là. Mais pourquoi n’avons-nous pas de résultats ? Nous devons travailler à clarifier tout cela », a ajouté le président du Faso avant d’annoncer une concertation entre les cinq présidents concernés avant de se rendre à Pau.

Kaboré ne supporte pas « l’arrogance » de Macron

On se souvient de cet incident qualifié de « diplomatique » par certains en 2017. Devant les étudiants de l’université de Ouagadougou, Roch Marc Christian Kaboré avait quitté la salle où Macron répondant à la question d’une étudiante, a tourné en dérision son homologue burkinabé. «Mais moi je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso ! C’est le travail du président […] Du coup, il est parti réparer la climatisation […] Du coup, il s’en va… Reste là !».

Un président qui se moque de son homologue, qui l’humilie, qui le tutoie, ces petites phrases de Macron avaient l’objet de toutes les exégèses en son temps. Le retrait du président Kaboré de la salle ce 28 novembre n’était pas anodin.

Le nœud de la guéguerre

Démocratiquement élu après la transition tumultueuse qui avait suivi la chute du régime de Blaise Compaoré en 2014, Roch Marc Christian Kaboré veut bien faire les choses. Le social, une économie exsangue, la sécurité, bref, les chantiers de l’ancien président de l’Assemblée nationale sous Compaoré étaient énormes. Mais, raconte une source burkinabé à la rédaction de Courrier d’Afrique, sous le regard impuissant de M. Kaboré, l’ancien homme fort déchu et exilé en Côte d’Ivoire était « ramené » jusqu’au palais de Kosyam (palais présidentiel burkinabé », escorté par des soldats français armés jusqu’aux dents. L’objectif de cette opération commando était simple : l’empreinte digitale de l’ex-président était requise pour ouvrir un coffre-fort du palais. Devinez le contenu. L’opération n’avait duré que quelques minutes. Compaoré est retourné dans son exil doré.

Roch Marc Kaboré jura alors de signer l’acte de décès de ces fameux accords de défense au nom desquels la France est militairement présente sur son sol. La France de Macron ou même de Hollande, Sarkozy ou Chirac n’accepte pas ça.

Sur le plan économique, la réhabilitation de la ligne ferroviaire Ouagadougou-Abidjan devenue vétuste divise Kaboré et Macron. En effet, les travaux de réfection de cette voie était confiée au puissant groupe français Bolloré. Dans le même temps, il y a un autre projet de construction de la ligne Ouagadougou-Accra, confiée cette fois à un groupe chinois. La facture pour la réfection de la ligne Abidjan-Ouagadougou se trouve curieusement plus salée que celle de la construction d’Accra-Ouagadougou plus longue par ailleurs. Le président Kaboré décide alors de se passer de ses « amis » français. Crime de lèse-majesté.

Les ambitions de Roch Marc Kaboré sont nobles. Faire comprendre à la France que les temps coloniaux sont révolus, c’est un devoir. Mais comment compte-t-il y arriver sans prendre le risque de voir être lâchés davantage contre son pays, ces chiens enragés, au service des maitres du monde, confusément appelés « terroristes » ?

Ambroise DAGNON

Côte d’Ivoire : De juteux marchés aux entreprises françaises avant la visite de Macron en décembre

Lorsqu’il le recevait à l’Elysée en juillet dernier, Emmanuel Macron avait clairement posé à Alassane Ouattara, les conditions de sa venue en Côte d’Ivoire en décembre prochain. Le président français veut s’assurer que certains marchés juteux soient confiés à des entreprises françaises. Aujourd’hui, c’est chose faite.

En pôle position, Bouygues, croit révèle ‘La Lettre du Continent’.  Écarté du marché d’extension de l’aéroport de Port-Bouët au profit de China Railway International Group, c’est à l’oral que le groupe français a été repêché in extremis. Grâce à l’intervention personnelle du chef de l’Etat Alassane Ouattara. Bouygues se voit donc confier le chantier de construction de la ville nouvelle sur 3700 hectares, adossée à l’aéroport. Comme partenaire, Bouygues travaillera avec Egis, un autre groupe hexagonal. Déjà en juin dernier, Bouygues a réussi à obtenir de l’Etat ivoirien, l’augmentation de 300 millions d’euros le budget de 1,3 milliards d’euros initialement alloué au marché de construction du métro urbain d’Abidjan.

Fin octobre, Bouygues a obtenu un contrat de 40 milliards de F CFA pour la réhabilitation du Centre hospitalier régional de Youpougon, la plus grande commune d’Abidjan.

Par ailleurs le chantier de construction de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Jacquesville, resté sans suite depuis la pose de la première pierre en 2018 par le ministre français des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, a extraordinairement été réactivé. L’attribution de ce marché à GCC, un autre groupe français, a été faite par le ministre d’Etat, Hamed Bakayoko, qui a présenté le projet en septembre à l’ambassadeur français en Côte d’Ivoire, Gilles Huberson. Avec le démarrage rapide des travaux.

Serge N’Guessan

France – Affaire Benalla: Le collaborateur de Macron va être licencié

Coup de théâtre dans l’affaire Benalla, du nom du proche collaborateur d’Emmanuel Macron, qui avait frappé un manifestant le 1er mai dernier. Sous la pression médiatico-politique, l’Elysée a annoncé ce vendredi engager la procédure de licenciement d’Alexandre Benalla.

Selon France Télévision, l’Elysée a annoncé vendredi avoir “pris la décision d’engager la procédure de licenciement d’Alexandre Benalla”, car celui- ci, “aux fins de prouver son innocence, (…) aurait été destinataire d’un document de la préfecture de police qu’il n’était pas autorisé à détenir”. Une décision justifiée par le fait que ce collaborateur du président français fait “l’objet d’une procédure judiciaire”, selon le porte-parole de l’Elysée, Bruno Roger-Petit qui évoque des “faits nouveaux constitutifs d’une faute commise”.

Le 1er mai, Alexandre Benalla était filmé frappant un manifestant. Trois policiers – un contrôleur général, un commissaire et un commandant – ont été suspendus à titre conservatoire pour avoir extrait des images de vidéo-surveillance de la Ville de Paris et les avoir transmises.

Même s’il « condamne lourdement » ces agissements, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb reste dans le collimateur de l’opposition et de la presse française qui se demandent s’il peut encore conserver son portefeuille.

 

 

Crise togolaise – France, CEDEAO, pouvoir et C14 : un vrai cocktail indigeste

L’appel de la C14

«Togolaises et Togolais des villes de Mango, Bafilo, Sokodé, Lomé, Tsévié, Atakpamé et Kpalimé, Organisations de défense des droits de l’Homme, associations de presse, syndicats et associations de la société civile, travailleurs des secteurs publics et privés, revendeuses des marchés, taximen, zémidjans, étudiants, munis de drapelets togolais, une fois encore, soyons tous au rendez-vous les 13, 14, 21, 28 et 29 juillet 2018 aux lieux des meetings pour recevoir les informations appropriées au renforcement de votre détermination ».

C’est par ces mots que la Coalition des 14 partis de l’opposition togolaise a appelé mardi à la reprise de ses manifestations, pour exiger le retour à la Constitution originelle de 1992, les réformes institutionnelles, la révision du cadre électoral y compris le droit de vote des Togolais de la diaspora, la libération des manifestants arrêtés dans l’exercice de leur droit constitutionnel et la levée de l’état de siège de fait dans les villes de Mango, Bafilo, Sokodé, Tchamba, Kara et des quartiers de Lomé, l’arrêt immédiat des rafles dans les quartiers de la capitale et sur toute l’étendue du territoire et le retour des réfugiés et des déplacés.

Boukpessi et le « risque d’une crise institutionnelle »

L’appel à manifester à Sokodé, Bafilo, Tchamba et Mango, quatre villes en état de siège de fait, va-t-il être couronné de succès ? On ne connait pas pour l’heure la position du ministre en charge de l’Administration territoriale. En revanche, on sait ce que pense Payadowa Boukpessi des élections législatives. « Nous courons le risque d’une crise institutionnelle si nous n’organisons pas les élections législatives au Togo avant la fin de l’année 2018 », a déclaré le ministre samedi lors du symposium de la jeunesse organisé à Kara, en marge de la fête traditionnelle Evala.

Ces propos de Payadowa Boukpessi sonnent dans les oreilles des opposants au pouvoir de Lomé comme la « confirmation de la volonté du régime de faire un passage forcé ». « Ce n’est pas étonnant que Boukpessi dise ces choses, puisque cela va dans le fil droit de ce qu’a déjà dit la Cour Constitutionnelle d’Aboudou Assouma aux ordres du prince », a analysé un des responsables de la Coalition.

Qu’est-ce donc qu’une crise institutionnelle ? Me Zeus Atta Messan Ajavon persiste et signe : « le vide constitutionnel n’existe pas ! ». Le ministre et le professeur de Droit parlent-ils de la même chose ?

Macron, le statut quo et le Nigeria

S’exprimant récemment sur la situation politique togolaise, Emmanuel Macron a indiqué que « le statut quo n’est plus possible pour le Togo ». Un bout de phrase interprété par chaque camp selon que cela l’arrange. Pour les partisans du pouvoir, le statut quo signifie la crise actuelle née le 19 août 2017 et « alimentée par l’opposition ». Tandis que dans les rangs de l’opposition, ces propos du président français résonnent comme la « lassitude d’un chef d’Etat français de voir la même famille biologique diriger tout un pays pendant un demi-siècle ».

En tous les cas, le président français compte bien proposer un schéma de sortie de crise qui implique le Nigeria en pole position. “Le président (Muhammadu, ndlr) Buhari entre en période électorale,  et je pense que le Nigeria aura,  après cette période électorale,  un rôle important à jouer à la solution de cette crise “, avait-il déclaré ajoutant que “la France viendra en soutien de ces solutions portées par les chefs d’État africains et l’Union africaine“.

Un politologue togolais, qui a requis l’anonymat, coupe la poire en deux : « Par cette déclaration, Emmanuel Macron veut juste rappeler au Nigeria que la France a la main sur la crise togolaise. Une façon d’éteindre les déclarations tapageuses de Buhari et lui dire que le Nigeria ne peut agir dans la crise togolaise que dans le périmètre que la France aura aménagé pour les acteurs régionaux ». « Entendons-nous bien, les élections au Nigeria, c’est en 2019. Est-ce à dire que les Togolais vont devoir attendre d’ici là ? Moi je pense que la solution à la crise togolaise n’est pas extérieure. Il faut nécessairement une stratégie interne qui sera appuyée par l’extérieur », propose-t-il.

Vivement les recommandations de la CEDEAO !

Les 30 et 31 juillet, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao se réuniront en sommet à Lomé. Des recommandations pour une sortie de crise sont très attendues.  Là encore, pouvoir et opposition tentent de tirer  le drap chacun de son côté. A Lomé II, le discours est presque le même : « le Togo est un Etat souverain, Faure Gnassingbé est un président élu. Il n’appartient pas à ses pairs de la CEDEAO de venir le déloger ou de lui imposer de ne pas être candidat en 2020 », glose un ministre conseiller du chef de l’Etat togolais, un pilier de la vieille garde.

L’opposition, elle, ou tout du moins la Coalition, se montre sereine. Pour Brigitte Adjamagbo-Johnson, présidente de la C14, « la CEDEAO n’irait que dans le sens de la volonté du peuple ». Jean Eklou, le leader de la jeunesse de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), parti membre du regroupement des 14, met en garde contre le « tollé général » qu’il pourrait y avoir au cas où les recommandations de l’Organisation sous régionale ne seraient pas « conformes aux attentes du peuple togolais ».

C’est qui le peuple togolais ? A qui appartient le peuple ? Que veut ce peuple ?  C’est une difficile équation à résoudre pour Alpha Condé, Nana Akufo-Addo et leurs pairs de la sous-région. Mais déjà, Jean-Pierre Fabre est catégorique : « la CEDEAO ferait preuve d’une insoutenable légèreté aujourd’hui si elle proposait, encore une fois, après ce drame, que Faure Gnassingbé soit admis à se présenter pour un 4e mandat, contre la volonté de la majorité des Togolais, comme le confirme le sondage Afro-Baromètre rendu public récemment ». Bon à suivre…

Ambroise D.

 

 

 

Macron sur la crise togolaise: “le Nigeria aura un rôle important à jouer”

Pour la énième fois,  Emmanuel Macron s’est encore exprimé sur la situation politique togolaise. Lors de son déplacement au Nigeria en marge du dernier sommet de l’Union africaine,  le président français a indiqué que la crise ne saurait perdurer. Pour lui,  le Nigeria aura son mot à dire pour une sortie de crise.

Emmanuel Macron a d’abord rappelé la stratégie de son pays,  la France,  qui consiste à accompagner l’Union africaine dans les tentatives de sortie de crise.  “Pour moi,  la stratégie de la France est la même: accompagner l’Union africaine et les leaders régionaux dans la solution de cette crise.  Je souhaite que les dirigeants africains puissent réussir la médiation qui est en cours et arriver à des résultats concrets“, a-t-il déclaré ce matin au micro de RFI.

Pour le président français,  “le statu quo n’est possible pour le Togo” même s’il “n’appartient pas à la France d’expliquer quelle est la solution pour le Togo“.

Saluant les efforts du président ghanéen,  Nana Akufo-Addo,  qui “fait un gros travail de médiation”, Emmanuel Macron compte aussi sur l’implication du Nigeria pour trouver une solution à la crise.  “Le président Buhari entre en période électorale,  et je pense que le Nigeria aura,  après cette période électorale,  un rôle important à jouer à la solution de cette crise “, a-t-il expliqué ajoutant que “la France viendra en soutien de ces solutions portées par les chefs d’État africains et l’Union africaine“.

 

Macron sur le Togo : le grand malentendu

Le récent emballement médiatique occasionné dans le sillage des propos du président français Emmanuel Macron, interpellé dans les rues de Montréal le 7 juin dernier par un activiste de la diaspora togolaise, en marge du sommet du G7, sur la crise qui sévit au Togo fournit une leçon de choses sur l’état de délabrement du débat public dans le pays. Instrumentalisation partisane, déformation et trituration du sens, hyperbolisation de phrases voire lecture sélective du propos. Et le diagnostic n’est pas exhaustif.

Les interprétations de part et d’autre du spectre politique togolais ont nimbé le propos du président français d’un voile d’inintelligibilité, alors même que l’intervention fut brève (trois minutes d’échanges) et les incises assez précises. Il faut néanmoins observer que le président français entretient sur la question togolaise un flou artistique qui a quelque peu brouillé les feux de signalisation ouvrant sur le sens unique de son tour de pensée. Ainsi, au quartier général de la coalition des quatorze (C14) on a cru y entrapercevoir un feu vert en faveur de l’alternance au Togo, alors qu’à Lomé II on s’est plutôt focalisé sur le feu rouge fixé en ce qui concerne la violation de la souveraineté du pays. Pour excaver la substance du propos macronien sur la crise togolaise des nappes discursives sous lesquels les différents partis politiques togolais tentent de l’engoncer, il faudrait commencer par la passer au crible des deux feux croisés, prendre véritablement Emmanuel Macron aux mots et sur les faits.

Prendre macron aux mots

Commençons par une analyse du matériau (c’est-à-dire de l’interview filmée avec un smartphone) et une exploration du contexte de l’énonciation. À toutes fins utiles, il faut rappeler qu’il existe différents registres d’intervention en politique. Une déclaration n’est pas une réaction subito presto à une interpellation, qui, elle-même n’est pas une polémique. Si la première est réfléchie et préparée, la seconde est souvent improvisée, alors que la dernière a une visée purement formelle ou esthétique. À cet égard, les ambivalences apparentes dans l’interprétation des réponses d’Emmanuel Macron ne sont que les reflets de la mauvaise foi des médiateurs ou des conditions circonstancielles de la prise de parole. Pour ce qui concerne le contexte, observons qu’il est difficile de formuler une pensée informée quand on est pris à partie par un inconnu, alors qu’on déambule tranquillement sous un soleil printanier dans le centre de Montréal. Malgré ces conditions inoptimales, le discours est resté fidèle à une certaine « cohérence » revendiquée par le président français. Cela étant dit, on peut souligner l’incroyable connaissance intime du dossier togolais dont a fait preuve Emmanuel Macron qui n’a pas bafouillé ni bégayé, face aux saillies de son interlocuteur.

Afin d’éviter tout biais analytique, il ne faut donc pas prendre cette intervention pour ce qu’elle n’est pas et se garder de surinterpréter une prise de parole non intentionnelle, totalement improvisée et arrachée à brûle-pourpoint. Par exemple, ne pas confondre cette dernière réaction avec les positions fermes formulées en novembre 2017 à Abidjan, dans une interview accordée à France24. Par ailleurs, le discours politique vise trois finalités génériques que sont l’information, la polémique ou la prescription. Dans la réponse à l’apostrophe de Montréal, il y avait plus d’éléments discursifs de commentaire d’une position déjà exprimée in extenso que de nouveaux éléments prescriptifs devant bouleverser radicalement la donne au Togo. De façon intrinsèque, la prose macronienne affleure dans un marais d’ambigüité, au nom de son fameux principe du « en même temps ».

Pris aux mots, Emmanuel Macron diffuse l’impression d’un jeune étudiant indécis, très fort en thèse et en antithèse, mais qui ne tranche que rarement (synthèse) ou débouche parfois sur de la foutaise. Par rationalisation a postériori, il y avait entre son interview d’Abidjan et sa réaction à Montréal un rapport de symétrie relative dans un discours qui souffle le chaud et le froid. Alternativement, de quoi réjouir Kodjindji et de quoi rassurer Lomé Il. Pour ressaisir la teneur de cette parole dérobée et l’associer à un système de référence qui lorgne entre ruptures et continuité, il faut déconstruire le commentaire lui-même après avoir fait de même avec les commentaires du commentaire qui l’obstruent. Depuis une décennie, la politique étrangère de la France en Afrique, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est tenaillée entre deux dilemmes insolubles, d’une part une tradition paternaliste interventionniste, et d’autre part, un devoir de non-ingérence qui reste à inventer.

Prendre macron sur les faits

Le discours de Macron sur la crise togolaise suit imperturbablement depuis novembre 2017 deux lignes de force: (1) la non-ingérence directe et (2) le leading from behind (diriger par l’arrière). La non-ingérence directe, qui n’est pas réductible à un devoir d’indifférence, a été théorisée à Ouagadougou en novembre 2017 à travers la formule : « il n’y a plus de politique africaine de la France ». Cette post-Françafrique repose sur l’idée-force d’une rupture avec effet immédiat du paternalisme postcolonial (les fameuses « erreurs du passé ») et d’un retrait volontaire français des crises africaines au profit de solutions africaines plus volontaristes. À l’épreuve du réel, cette nouvelle « méthode » est mise en pratique pour la première fois dans la résolution de la crise togolaise. Tiendra-t-elle ses lignes de crête et ses promesses ? Trop tôt pour y répondre.

Sans se laisser abuser par des promesses de ruptures répétées et jamais concrétisées, la fin proclamée de l’ingérence directe ne mettra pas un terme à une politique d’influence plus ou moins masquée de la France sur le continent. C’est à cela que répond le leading from behind, substitut et complément de l’ingérence directe, consistant à sous-traiter la crise togolaise à la Cédéao et à l’UA : solutions africaines aux crises africaines ! Seulement en apparences. Si le choix d’une médiation ghanéenne peut donner l’impression d’une rupture, elle n’en reste pas moins encadrée par la Guinée et la Côte d’ivoire, deux pays à même de faire suivre à la résolution de la crise des directives compatibles avec la vision élyséenne. À propos de solutions compatibles orchestrables par Paris, le point fixe dans le discours macronien qui n’a pas fluctué depuis novembre dernier est : une « limitation du nombre mandats dans le temps » devant déboucher sur une élection inclusive et transparente comme moyen privilégié de sortie de crise au Togo.

Dans la perspective d’une « alternance ou d’une confirmation démocratique », une élection inclusive n’excluant pas a priori Faure Gnassingbé, dont la transparence ne doit souffrir aucune contestation est l’option choisie par l’Élysée. Cette position réitérée par le président français à Montréal ne l’autorise donc pas à exaucer le vœu de ceux qui voudraient qu’il passe outre les initiatives sous-régionales pour « dégager » Faure Gnassingbé. Au contraire, la France agissant de « façon cohérente » entend respecter et faire la souveraineté du Togo comme l’a martelé le président français. Autant de positions qui ne vont pas dans le sens souhaité par les partisans d’une alternance à très court terme.

Au surplus, l’insensibilité de Macron face aux suppliques de l’activiste togolais dénote d’une définition particulière du peuple. Quand le « militant de l’opposition » lui oppose l’argument d’autorité de la « volonté du peuple togolais », Emmanuel Macron lui a rétorqué non sans aplomb : « vous n’êtes pas la voix de tous les Togolais ». Cela en dit long sur l’état d’esprit du président français. En des termes moins diplomatiques, c’est une invitation à éviter d’inverser le numérateur (la rue) et le dénominateur (le peuple) dans la fraction politique. La partie n’étant pas extensible au Tout, la fraction ne dominant pas la totalité. Une conception philosophique du peuple qui n’est pas loin de la formule « la démocratie, ce n’est pas la rue » proférée à une journaliste de CNN à l’ONU par Emmanuel Macron en septembre 2017.

De plus, nous vivons un temps d’impuissance des puissants, l’Occident (les Etats-Unis au premier chef) commence par réaliser les coûts politique, économique et stratégique exorbitants de son interventionnisme frénétique, et surtout que le canon n’est pas la panacée face aux défis du monde. Depuis l’avènement d’Emmanuel Macron, la politique étrangère française est en train d’opérer une remise à niveau de ses priorités. Une vision géoéconomique, visant à sécuriser des partenariats stratégiques avec des pays-clés, a pris le pas sur le droit de l’hommisme abstrait des années Hollande et le paternalisme de ses prédécesseurs. La France macronienne assume une défense pragmatique des intérêts français (économiques, sécuritaires, etc.) par la promotion d’un pacte de sécurité global au nom d’une doctrine de projection de forces à l’extérieure pour y contenir les menaces. Cela se traduit par l’exportation de matériels militaires vers des régimes peu recommandables (Égypte, Arabie Saoudite, Togo, etc.), la constitution d’un bloc d’alliance incluant des régimes autoritaires et une diplomatie économique plus offensive. En deux mots, avec Emmanuel Macron la géoéconomique de la croissance prime sur la géopolitique des valeurs universalistes.

Alors faut-il se réjouir ou pleurer de la récente réaction d’Emmanuel Macron sur la crise togolaise, si tant est qu’on y a perçu l’équilibrisme subtil d’une position qui prône le statu quo sous couvert de rupture d’avec d’anciennes pratiques ? Dit autrement, faut-il escompter quoique ce soit de la France dans la lutte du peuple togolais ?

Radjoul MOUHAMADOU

 

Macron sur le Togo: “je soutiens totalement qu’il puisse y avoir alternance”

Au lendemain de son arrivée au Canada, Emmanuel Macron a fait escale à Montréal, jeudi, où il a rencontré le Premier ministre Philippe Couillard avant de se rendre à La Malbaie pour le sommet du G7. Mais pas que !  Le président français a également  rencontré  dans la foule quelques Togolais qui l’ont taclé sur la situation actuelle de leur pays.

Invité à aider “le peuple togolais dans ses revendications légitimes”, Macron a réitéré la même position qu’il exprime depuis le début de cette crise. “Il y a une démarche qui est lancée par l’Union Africaine pour qu’il y ait des élections libres et que la Constitution soit respectée. […] que la Constitution inscrive la limitation des mandats dans le temps, que le peuple puisse s’exprimer et procéder à une transition démocratique”.

Sur la question du retour à la Constitution de 1992, si chère à l’opposition togolaise,  Emmanuel Macron déclare très clairement qu’il est favorable à ce qu’il y ait alternance. “Ce qui est demandé par l’Union Africaine,  c’est qu’il puisse y avoir alternance,  je soutiens totalement cela“, a-t-il répondu à son interlocuteur,  précisant toutefois qu’il ne veut pas tomber dans “des pratiques d’un autre âge où c’est la France qui veuille expliquer à un pays ce qu’il doit faire“.

Je sais qu’un mot de votre part peut le faire partir.  Dites quelque chose à Faure Gnassingbe pour qu’il quitte le pouvoir“. À cette demande,  le président français  n’y est pas allé par le dos de la cuillère.  “Mais non !  Vous vous trompez !  J’agis,  la France agit de manière cohérente depuis le début,  c’est-à-dire que je respecte la souveraineté des États et aux côtés de l’Union Africaine“, a-t-il répondu.  Ajoutant qu’il ne répétera pas “les erreurs du passé“. En soutenant un président africain comme on l’a souvent reproché à ses prédécesseurs ou en lui demandant de quitter le pouvoir après plus de deux mandats ?  Une chose est sûre : Emmanuel Macron suit de près la situation politique togolaise de même qu’il soutient “qu’il puisse y avoir alternance” au sommet des États.

Autre certitude, Macron n’a jamais reçu Faure Gnassingbe ni ne s’est jamais rendu chez lui.  “Est-ce que je l’ai reçu en voyage bilatéral ou est-ce que je m’y suis rendu ? “, a-t-il retourné  à son interlocuteur qui lui demande s’il va “encore le recevoir (Faure Gnassingbe, ndlr), lui et son gouvernement”.

Ambroise D. 

 

 

Viva Technologies: un forum numérique pour réconcilier la France et le Rwanda?

Avant l’ouverture jeudi de ce forum, Paul Kagamé sera reçu ce mercredi à l’Elysée, d’abord pour un déjeuner avec des acteurs du numérique, puis pour un entretien avec son homologue français. Emmanuel Macron et son homologue rwandais tiendront ensuite une conférence de presse commune. Une rencontre qui passe mal aux yeux de l’opposition rwandaise.

« Pour un pays comme la France, il est erroné de rencontrer l’un des plus grands dictateurs et criminels de tous les temps. Et même son ministre des Affaires étrangères, on sait bien que c’est son numéro deux. Pourquoi la France ne devrait pas l’accepter ? Cet homme-là a supprimé le français comme langue officielle au Rwanda. Deuxièmement, on sait bien que l’ambassade de France à Kigali a été fermée et elle reste toujours fermée jusqu’à aujourd’hui. On sait bien que le mot francophonie n’existe plus, n’a plus de sens au régime de Kigali », fustige Paul Rusesabagina, opposant rwandais.

Pour le responsable Afrique de la FIDH, la Fédération internationale des ligues des droits humains, Florent Geel, il faut que cette visite soit l’occasion pour Emmanuel Macron de réaffirmer les valeurs de la France, comme de la francophonie. « Cette rencontre avec le président Kagame demeure pour Emmanuel Macron très clairement un test, affirme-t-il. Il est important de pouvoir défendre les valeurs de démocratie, de respect des droits humains sans donner des leçons à tout le monde mais en essayant de les respecter soit même, la France en premier lieu. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que le Rwanda remplisse les garanties de démocratie qui doit être portée par l’Organisation internationale de la francophonie ».

Mais pour les députés proches du président français, cette visite de Kagame est plutôt le signe que le réchauffement s’accélère entre Paris et Kigali, alors que les relations sont tendues entre les deux capitales depuis 1994 et le génocide rwandais. « De la part des deux présidents et surtout de la part du président de la République français Emmanuel Macron, il y a une volonté affichée que je trouve totalement louable, c’est de se projeter sur les enjeux de demain, de travailler entre les diverses jeunesses, de structurer une relation sur un certain nombre de sujets qui sont importants pour les économies et pour les sociétés de ces deux pays-là », souligne, pour sa part, Hervé Berville, député LREM.

 

 

 

 

 

Sénégal : après le passage de Macron,  des Sénégalaises militent en faveur de la polygamie

Elles sont toutes des femmes mariées. Leur point commun : elles ne trouvent aucun à ce que leur mari prenne jusqu’à trois autres femmes. Bref, cela ne les dérangerait pas d’être quatre épouse sous le même toit. L’association « mon mari a droit à quatre (04) femmes » a pour mission « d’accompagner les époux dans l’accomplissement des saintes écritures du Coran qui permettent à un homme musulman, de prendre au-delà d’une femme ».

Une contestation du modèle occidental

Une nouvelle qui vient renforcer la législation sénégalaise en matière de polygamie. En effet, la loi sénégalaise propose à l’homme de choisir dès son premier mariage entre la monogamie, la polygamie classique (jusqu’à quatre épouses) et la polygamie «limitée» à deux ou trois épouses.

Dans les années 60, le président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, avait interdit à ses ministres d’avoir plus d’une épouse. Aujourd’hui, on assiste à un complet revirement. L’ancien Premier ministre, Abdoul Mbaye, est un polygame revendiqué.

Au Sénégal aujourd’hui, de nombreuses jeunes femmes (même) instruites en quête d’indépendance déclarent. Ce n’est donc plus une polygamie subie mais choisie.

Un pied de nez à Emmanuel Macron

On se rappelle son premier discours l’année dernière en Afrique lorsqu’il déclarait que la cause des malheurs de l’Afrique résidait dans le fait que les familles africaines sont des familles nombreuses. Cette année encore, pour la Conférence Mondiale pour l’Education, le Président français n’a trouvé mieux que la chanteuse américaine, Rihanna, comme invitée d’honneur et ambassadrice pour l’éducation de la jeune fille en Afrique. De quoi provoquer des remous dans les milieux religieux conservateurs sénégalais. Au point même que des intellectuels africains s’en sont pris à Macron, « le jeune homme qui n’a pas honte de s’afficher avec une femme qui a l’âge de sa mère ou de sa grand-mère, et qui n’a aucune leçon de civilisation à donner aux Africains ».

Interrogé sur le sujet, un sociologue togolais déclare : « c’est une question civilisationnelle. L’Occident pense que l’homosexualité va bien avec ses valeurs morales, alors pourquoi condamner la polygamie en Afrique ? ».

Le collectif  « mon mari a droit à quatre (04) femmes » se fait-il le porte-voix de cette silencieuse voix africaine qui en a marre de se faire dicter des conduites par l’Occident ?

Pascal KUAKUVI