Fin de mission du FMI au Togo: Le bilan général indique une chute considérable de la dette publique

Au titre de la 6e et dernière revue semestrielle du programme de Facilité Élargie de Crédit (FEC), le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a livré mardi 18 décembre 2019 à la presse son rapport sur l’économie togolaise.

Au terme de trois ans de collaboration autour du programme FEC, le Togo s’en sort avec une réduction significative du déficit budgétaire et de la dette publique ainsi que des réformes structurelles importantes.

Selon Rasafimahefa Fizara, cette performance économique se traduit par les efforts menés par le pays pour se conformer aux critères de convergence de l’UEMOA en matière de déficit budgétaire.

L’assainissement budgétaire entamé en 2017 reste soutenu, le deficit budgétaire global étant estimé à 2,2% du PIB à fin septembre 2019. Le recouvrement de la dette a été conforme aux prévisions, le niveau élevé des recettes douanières ayant compensé les faiblesses constatées dans le recouvrement des impots, la dette publique totale qui s’élevait à 81% du PIB à la fin de 2016 est en baisse et devrait tomber à 70% du PIB à la fin de 2019», a t’il déclaré.

En termes de reformes réalisées par le FMI au cours de sa mission, hormis la réduction de la dette publique, on note entre autres la mise en oeuvre de mesures liées à l’administration des recettes, la rigueur dans l’évaluation et la sélection des projets d’investissement public, l’instauration des téléprocedures dans le but de garantir le recouvrement des recettes, les contrôles internes pour lutter contre la corruption et la réduction des exonérations fiscales et l’amélioration du climat des affaires.

Ce dernier rapport indique également que la croissance économique devrait s’accélérer de 4,9% en 2018 à 5,5% en 2020.

Un bilan positif et un pari gagné selon Sani Yaya, ministre de l’économie et des finances. «L’objectif du gouvernement est de parvenir à un développement plus inclusif. Nous allons poursuivre les efforts de mobilisation des recettes pour réduire au maximum la dette publique. Mais il faut rappeler que cette mission du FMI s’est déroulée dans de très bonnes conditions, dans un esprit d’ouverture avec la coopération et la collaboration entre les services techniques nos deux services techniques.Ce qui traduit l’excellence des relations entre le FMI et le Togo dans un partenariat qui s’est fait dans la confiance, la transparence et le respect mutuel», s’est-il rejouit.

À ce jour, la mission du FMI est à terme. Les responsables de l’institution de Breton Woods ont énuméré des performances louables mais soulignent que des incidences électorales pourraient empiéter sur la situation macroéconomique intérieure du pays.

Khaled Bonfoh

Développement de l’Afrique : Les failles des études internationales mises à nu par un réseau de chercheurs

De quel mode de gouvernance l’Afrique a-t-elle besoin ? De quelle façon aborder la démographie du continent ? Comment mesurer le bien-être et le progrès sur le continent? Comment réhabiliter l’objet Afrique ? Un réseau de chercheurs propose une nouvelle grille de lecture des indicateurs de développement de l’Afrique qui s’affranchit des biais épistémologiques économiques et culturels par lesquels les rapports européens et américains analysent le continent.

Ils sont une quarantaine de chercheurs réunis au sein du  réseau international Enda Tiers-Monde à avoir lancé le 25 juillet à Dakar,  le Rapport alternatif sur l’Afrique (RASA). Le secrétaire exécutif d’Enda Tiers-Monde, Moussa Mbaye, décline la mission du RASA, sur le Monde.fr : « La Banque mondiale, le FMI, l’OCDE et l’OMC déploient sur le continent leur vision du développement sans prendre  en compte les réalités africaines. Ils ont du mal à déchiffrer les mutations et les transformations qui s’opèrent en Afrique ou à définir les véritables priorités du continent. Nous avons cherché un moyen qui permette aux Africains de consigner leur histoire, d’exprimer leur avenir et de revendiquer leur souveraineté dans un projet commun de société. C’est de ce besoin qu’est né le RASA ».

Elaboré durant deux ans, ce rapport est divisé en cinq axes et aborde des questionnements fondamentaux auxquels les prochaines éditions, prévues une fois tous les deux ans, devront apporter des réponses scientifiques.

« Ce premier rapport est un numéro de positionnement, nous voulons qu’il soit l’instrument des gens qui veulent transformer l’Afrique, avance Cheikh Gueye, secrétaire permanent du RASA. Nous visons le renversement idéologique et épistémologique des analyses habituelles d’un continent trop souvent considéré par la communauté internationale à la fois comme un puits de ressources naturelles, un maillon faible des réseaux de pouvoir et un partenaire éternellement assisté. Nous voulons nous départir d’une vision libérale et occidentale du développement, questionner les indicateurs habituellement utilisés pour mesurer le développement, afin de voir le progrès à travers la cosmogonie des Africains. Nous voulons permettre la construction de notre propre métaphore. »

Le RASA perçoit également le produit intérieur brut (PIB) comme un indicateur « très insuffisant », un « appareillage idéologique pour que le marché puisse s’organiser »« C’est une lecture libérale de l’économie basée sur le consensus de Washington, poursuit Cheikh Gueye. A la standardisation des sociétés, nous souhaitons opposer un calcul économique plus lié au relationnel, à la solidarité, qui sont très importants en Afrique. »

Loin de ne formuler que des griefs à l’encontre de l’Europe ou des Etats-Unis, écartant toute victimisation, le RASA se veut surtout, à en croire Cheick Gueye,  une réponse aux insuffisances des capacités prospectives des institutions africaines.

Cependant, on note un paradoxe dans la démarche du RASA. Le réseau est financé par les fondations américaine Rockefeller et allemande Rosa-Luxemburg. Moussa Mbaye répond, quelque peu gêné, qu’une campagne de financement public sera lancée pour le prochain numéro.