Togo : « L’abstention est le premier adversaire de l’opposition», Tchassona Traoré 

Il n’est certainement pas la voix la plus écoutée de l’opposition togolaise mais chacune de ses sorties médiatiques mérite qu’on y fasse un arrêt. Mouhamed Tchassona Traoré analyse le processus électoral en cours. Pour le président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), l’idée de candidature unique de l’opposition est un faux débat qui éloigne des vrais enjeux du scrutin à venir. Comme toujours, il insiste sur la mobilisation des Togolais, condition indispensable selon lui, pour rêver d’une alternance en 2020.

C’est dans un récent entretien à la chaîne YouTube de l’agence de presse Afreepress qu’il s’est exprimé sur le processus électoral en cours. D’abord, s’agissant de la candidature unique de l’opposition, le patron du MCD pense que c’est « une idée très séduite pour épater l’opinion ». « L’idée est bonne mais le problème reste comment y arriver. Il faut des préalables : faire l’inventaire  des forces progressistes qui veulent le changement, définir ensemble les critères objectifs de désignation du candidat unique. Or en politique, la subjectivité prend souvent le dessus sur l’objectivité. C’est ce qui rend l’équation très difficile parce qu’on ne sait jamais ce que l’autre pense, on ne sait pas ce qui fonde la volonté de l’autre ni quels sont ses objectifs », a-t-il analysé.

La candidature unique de l’opposition serait même une entorse à la liberté de choisir des militants de l’opposition dans le contexte actuel, aux yeux de Me Tchassona Traoré. «Nous nous sommes battus pendant longtemps pour obtenir le scrutin à deux tours, assure-t-il. Alors pourquoi ne pas laisser les gens se mobiliser derrière leur candidat au premier tour pour ensuite faire bloc autour du candidat de l’opposition qui viendrait en tête pour le second tour ? »

Une position qui, a priori, contraste avec la participation du MCD à la dernière rencontre initiée par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro au sujet de la désignation d’un candidat unique de l’opposition. « Nous avons répondu à l’appel de Mgr Kpodzro par respect pour l’autorité morale qu’il incarne et aussi pour son rôle à un moment donné de notre histoire politique, explique-t-il. Nous avons écouté, mais nous estimons que ce n’est pas le moment de s’enfermer dans une démarche qui n’aboutira pas. La preuve en est qu’il y a beaucoup de candidatures qui s’annoncent, mais comment convaincre les gens de retirer leur candidature au profit d’un candidat unique, a fortiori un candidat qui ne soit pas politique? »

En effet, le bruit court que la coalition des partis d’opposition chercherait à faire du Prof Kako Nubukpo, son candidat unique pour 2020. « En Afrique, on biaise le problème. Lorsque vous allez chercher des gens qui ne sont pas politiques, qui n’ont pas été pétris dans le débat politique, qui n’ont pas été éprouvés par toute cette expérience que nous avons ; quand vous avez des gens qui arrivent de nulle part pour être au perchoir, ils ont des difficultés à gouverner. On le voit à côté (Patrice Talon au Bénin, ndlr) », analyse Me Tchassona.

Pour une victoire de l’opposition en 2020, il est nécessaire, selon ce notaire, de recentrer le débat. D’abord la bataille pour la transparence du jeu électoral, ensuite la mobilisation des citoyens. « Je ne suis pas un défaitiste qui croit que les choses sont faites d’avance. La victoire à une élection se joue à deux niveaux essentiellement. D’abord au niveau des règles du jeu électoral c’est-à-dire les conditions d’organisation. Voilà un terrain sur lequel  nous, partis politiques, devons nous battre. La deuxième chose qui est indispensable et incontournable, c’est la mobilisation du peuple. Si les discours défaitistes cessent et que le peuple se mobilise massivement pour minimiser l’impact de l’abstention, je crois que le miracle peut se produire en 2020 », assure-t-il.

Car, « le pouvoir ne gagne pas les élections parce qu’il a une certaine assise. Bien sûr, c’est  un vieux parti qui a ses structures, qui a ses éléments sur le terrain mais quand on analyse les scores aux différentes élections depuis 1993 à ce jour, les résultats du pouvoir sont cantonnés dans une fourchette donnée. Alors si les citoyens se font recenser massivement, ont leur carte d’électeur, vont s’exprimer dans les urnes le jour du vote, tout est possible. L’abstention est notre premier ennemi ».

Mouhamed Tchassona Traoré annonce le congrès de son parti pour les prochains jours. Pour annoncer sa candidature ? Demain n’est pas loin.

Tchassona Traoré: “Faure a beau être candidat en 2020, si le peuple se mobilise, on peut créer le miracle”

Après le boycott des législatives du 20 décembre 2018, l’opposition togolaise, réunie entre-temps au sein d’une coalition, n’est plus prête à commettre la même erreur. Pour les élections locales dont les opérations de révisions des listes électorales débutent ce jeudi 16 mai, tous veulent y aller et appellent l’ensemble des Togolais à se faire enrôler. Un scrutin qui va intervenir après les réformes constitutionnelles opérées par l’actuelle Assemblée nationale décriée par l’opposition dite radicale. Comme il l’a fait pour le 20 décembre, Me Mouhamed Tchassona Traoré, le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (MCD), insiste sur la nécessité pour les citoyens de se faire enregistrer sur les listes électorales. Dans cette longue interview accordée à Courrier d’Afrique, il salue les réformes, compte sur la mobilisation du peuple togolais pour l’alternance au sommet de l’Etat. Le notaire dénonce par ailleurs l’instrumentalisation du Plan national de développement (PND) par le pouvoir de Lomé.

 Courrier d’Afrique : La limitation à deux du nombre de mandats présidentiels est maintenant une réalité au Togo. Bravo à l’Assemblée nationale actuelle, non ?

Me Mouhamed Tchassona Traoré : Oui, écoutez, il faut quand même commencer à mettre fin à ce vieux débat sur la révision de notre Constitution. Nous savions tous que depuis que les modifications sont intervenues en 2002, ce que nous recherchions à travers nos revendications était trois choses fondamentales auxquelles s’est ajoutée celle liée au vote des Togolais de l’étranger depuis le 19 août 2017. Qu’on ramène la limitation des mandats à deux, que l’élection présidentielle soit faite à deux tours et la troisième revendication  qui préoccupait les Togolais, c’était qu’on remette les prérogatives du Premier ministre, qui étaient prévues lors de la conférence nationale. Voilà les trois questions  essentielles qui étaient l’os dur de la revendication de l’opposition. Donc, qu’on les obtienne aujourd’hui, on peut se dire que c’est un bon début .Quelque chose de fait.

Donc pour vous, il n’est jamais trop tard pour bien faire?

 Mais écoutez, c’est comme si aujourd’hui vous étiez noyés et que vous recherchez une solution pour vous sauver de la  noyade dans un puits et qu’à un moment donné la seule main qui vous soit tendue c’est celle du lépreux, vous allez rester dans le puits en attendant que ce soit une main saine qui vienne vous sortir de là?

Donc ces réformes-là vous satisfont?

 Au moins, nous avons obtenu une partie non moins  essentielle, c’est-à-dire la limitation des mandats à deux, les deux tours des élections présidentielles; c’est déjà quelque chose d’acquis.  Ce n’est déjà pas mal.

Mais du côté de vos amis de l’opposition notamment celle de la C14 et de l’ANC par exemple,  on estime que ce sont des revendications au rabais.

 Oui, c’est vrai qu’il y a toujours cette membrane  de phrase “En aucun cas” qui revient mais dans les commentaires. Nous nous comportons parfois comme si les textes suffisaient à eux-mêmes pour apporter des changements. Les changements majeurs dans tous les pays du monde ne sont intervenus que par le fait des citoyens. C’est leur prise de conscience de sortir de leur situation et de leur propension à réfléchir et agir avec les moyens autorisés légalement qui conduisent enfin à modifier leur situation et s’offrir actuelle et les moyens qu’ils s’offrent des changements, clé du succès. Ce n’est pas les textes ne suffisent pas. Nous savons que les textes dans tous les pays du monde ont été codifiés par celui qui se sent le plus fort à un instant T. On aurait pu dire de ça du feu  Eyadema, quant au temps du parti unique il a fait des constitutions sur mesure. Par la suite, le même Eyadema a reproché ça à nous les démocrates au sortir  de la conférence nationale sous prétexte qu’on lui a imposée une constitution qu’il n’a  accepté que du bout des lèvres en 1992.

Donc c’est une question de rapport de force. Si nous devons nous enfermer dans ce débat, on ne s’en sortira pas. Mais l’essentiel du discours que nous devons porter et  la démarche que nous devons développer vis-à-vis de nos concitoyens, c’est celle de travailler à faire reconnaître la confiance chez nos concitoyens, les informer, les libérer de ce poids des pesanteurs de tout ce qui a pu freiner notre élan pour le développement, pour qu’il  se prenne en main. Imaginez un seul instant, comme je le dis tout le temps, que le 20 décembre nous n’ayons pas boycotté ces élections, que des togolais soient allés prendre leurs cartes d’électeurs, avec cette mobilisation conjuguée à cette conscience des Togolais du désir du changement à cet instant T, nous aurions posé les premières bases de l’alternance le 20 décembre. Si on n’avait pas demandé le boycott du recensement qui a entraîné également le boycott des élections du 20 décembre, si ce peuple était mobilisé non seulement à prendre sa carte d’électeur, à aller voter et à surveiller son vote, la configuration de l’Assemblée Nationale serait autre chose que ce que nous voyons aujourd’hui.  Donc l’appel au boycott des élections du 20 décembre fait par l’opposition est une erreur politique que l’opposition doit regretter aujourd’hui.  Si tel est le cas pourquoi alors se plaint-elle des réformes qui ont été faites et qu’elle qualifie de réforme au rabais?

De toutes les façons on est sur le champ politique. Un homme politique, normalement ne se satisfait pas toujours  de ce que son adversaire fait. On a toujours à redire. Pas seulement parce que nous sommes de mauvaise foi  mais il ne faut pas que l’adversaire politique se complaise dans la situation dans laquelle il se trouve. Par la critique de ce qu’il fait, on doit l’amener à améliorer et à aller plus loin. Donc c’est le jeu politique normal. Quel que soit ce qui a pu être fait aujourd’hui à l’Assemblée nationale, nous trouverons toujours à redire pour que nous obtenions mieux. Donc c’est un jeu normal. Cette critique  est normale. Elle n’a rien d’anormal, c’est le jeu politique normal.

Maître, on a aujourd’hui la limitation à Dieu du nombre de mandats présidentiels avec la remise des compteurs à zéro. Il n’y a pas cette fameuse portion de phrase “En aucun cas”. Est-ce que vous pensez aujourd’hui que ces détails-là doivent encore faire objet de débats politiques pour crisper davantage les choses?

Non, ça peut être un débat tout simplement de posture politique puisque c’est ce qui a été demandé à un moment donné. On ne l’a pas obtenu, c’est normal qu’on en revendique. Mais ça ne doit pas être un frein. L’essentiel, comme je le dis, c’est de revenir à ce peuple qui semble aujourd’hui désemparé, désabusé. De revenir à ce peuple,  qu’on lui dise la vérité, qu’on l’instruise; qu’on lui donne les moyens de son action, qu’on ne brûle pas sa conscience par de faux débats;  pour que le peuple se prenne en main pour dessiner son destin. Nous ne sommes que des guides mais on ne peut pas devenir des dieux. Nous avons nos faiblesses. Mais nous devons conjuguer avec ce peuple et nous tracer la voie.

Il y a certains qui pensent notamment au sein de l’opposition traditionnelle que par cette réforme de la limitation du mandat présidentiel à deux, Faure Gnassingbé sera au pouvoir jusqu’en 2030. Est-ce qu’il faut déjà à ce moment précis se projeter dans l’avenir jusqu’en 2030 ? Pourquoi ne pas parler du présent?

Vous savez c’est un débat vieux. Je me rappelle ce qui s’est passé au Burkina Faso il y a de cela quelques années lorsqu’il s’était agît de modifier la constitution burkinabé pour limiter le mandat à deux. À l’époque, les partisans du Président Blaise Compaoré vent debout, disaient la limitation ne saurait être acceptée qu’à la condition que l’opposition accepte de mettre le compteur à zéro. L’opposition disait qu’il n’en était pas question; Que Blaise Compaoré qui a régné sur le Burkina Faso pendant des années ne doit pas faire acte de candidature. Et ça a failli faire capoter la réforme constitutionnelle à cette époque-là. N’eût été  la sagesse du Roi burkinabé, le Mohro Naba qui a interpellé l’opposition en disant que la vie d’une nation ne se résume pas à dix ans. Si c’est le prix à payer pourquoi pas? S’il doit être candidat, laissez-le être candidat. Organisez-vous, aux élections vous allez le battre. Si vous ne le battez pas, dix ans ce n’est pas loin. Donc Mohro Naba, en agissant ainsi, il a sauvé le Burkina à cette époque-là. Et c’est ça qui a justifié ce que nous appelons aujourd’hui “la révolution burkinabé”. Malheureusement, Blaise Campaoré et ses amis ont gagné successivement les deux élections qui ont suivi cette réforme mais à la fin de son deuxième mandat, il a voulu rouvrir la constitution pour se donner encore un troisième mandat. Mais ses propres amis qui étaient avec l’opposition chez Mohro Naba au moment où celui-là avait conjuré l’opposition à accepter cette réforme, ont dit non; pour ne pas trahir la sagesse  de leur roi. Ils sont restés  fidèles à l’arbitrage du Roi.  Et c’est ça qui les a amenés à quitter les rangs du parti au pouvoir pour se mettre en retrait et combattre Blaise Compaoré lui-même. On reconnaît là la valeur de la parole donnée au Burkina Faso. Au Togo, bien sûr, on n’a pas l’équivalent du Mohro Naba mais on a plus que le Mohro Naba

C’est notre peuple, et c’est Dieu. On a deux instruments  qu’aucun pouvoir humain ne peut transcender.  Notre propre constitution fait des références à Dieu. Pourquoi voulons-nous par de petits calculs croire que nous sommes les faiseurs de rois?  Je dis tout simplement, faisons confiance à ce peuple qui nous fait confiance, et en Dieu. Donnons à  nos concitoyens de bonnes informations sans démagogie et  laissons-le prendre en main son destin, il peut créer des miracles avec l’aide de Dieu.

Aujourd’hui donc vous pensez que l’essentiel, ce n’est pas de savoir si Faure Gnassingbé va être candidat en 2020, s’il va remporter en 2020, s’il sera  encore candidat en 2025; pour vous l’essentiel, c’est de prendre les réformes qui viennent d’être arrêtées et de s’organiser au niveau de l’opposition, en comptant sur le peuple et Dieu pour produire le miracle?

C’est tout ce qu’il y a lieu de faire. Monsieur Faure Gnassingbé a beau être candidat en 2020, si pour le recensement qui est en vue  et éventuellement celui d’avant la présidentielle de 2020,  le peuple se mobilise massivement pour prendre sa carte et n’entend plus les sirènes qui le découragent à aller aux élections, on peut créer le miracle.

Avant d’aborder la question des réformes, il y a une question qui est très importante, c’est celle relative aux garanties que doivent avoir les dirigeants actuels parce qu’il y a la peur de l’inconnu,  la chasse aux sorcières, cette peur-là?

 Voilà vous posez là le véritable nœud du problème togolais. Je vous le dis, le problème du Togo plusieurs paramètres et cette question est essentielle.  Ceux qui sont au pouvoir depuis Eyadema à ce jour, ont une soif de garantie mais que par pudeur politique ils ne peuvent réclamer. Revisitons tous les écrits, depuis le coup d’Etat de 1963 à ce jour, tout ce qui a été dit par rapport au régime depuis le Président  Gnassingbé au Président Faure, vous comprendrez que cette question est centrale. Sans le demander, nous pourrons imaginer que les tenants du régime   ont soif de garantie. C’est des togolais qui savent ce que pensent leur concitoyens de leur long règne  et du système qui le soutient. Certainement que beaucoup auraient bien voulu qu’il n’en soit pas ainsi mais ils sont dans l’engrenage du système. Même si  pendant des années, nous avons entendu de part et d’autres des gens poser les questions de garanties, aucune démarche sérieuse n’est à ce jour entreprise. Dans nos formations politiques respectives, donnez-moi un seul exemple de type de garantie qu’un parti politique de l’opposition, le mien y compris, ait formulé de manière claire pour dire que  ce qu’il faut pour que ce pays renoue avec la sérénité, dire que le coup d’État de 1963 et ce qui est arrivé après le décès d’Eyadema sont des accidents de l’histoire et qu’il faut dans certaines mesures regarder vers l’avenir, faire en sorte que les Togolais se réconcilient entre eux.

Malheureusement, on en parle mais sur les bout de lèvres. Voici le premier des problèmes. Le deuxième problème qui est né depuis 1956 à Hô mais qui fait qu’aujourd’hui il y a une peur de ceux qui règnent, c’est  le clivage que des gens ont fabriqué et entretenu de la division  Nord-Sud.

Il n’y a pas à ce jour une véritable démarche politique dessinant  une ébauche de solutions essentielles à la fois d’autre structurelles et fonctionnelles pour pouvoir minimiser l’impact même si dans les discours l’on tente de minimiser la portée. Certainement que la tenue des élections locales servira de leviers pour commencer à soigner cette plaie .Quand on voit comment le pays est conduit et développé depuis plus de cinquante ans, à part Lomé qui donne l’allure d’une véritable ville, tout le reste du pays n’est que du désert économique.  Quand vous voyez la misère endémique dans laquelle baigne cette jeunesse, quand vous voyez cette économie embryonnaire qui végète, qui ne trouve pas de chemin pour s’ouvrir au monde, malgré que le Togo appartient à des espaces économiques; quand vous voyez notre culture mourir alors que le Togo est un pays de cultures, quand vous voyez tout cela, aujourd’hui il faut plutôt avoir une autre réflexion sur l’avenir de ce pays qui intègre une réflexion d’ordre structurel, qui prenne en compte le besoin de réconciliation des Togolais à partir de l’économie et du social. Besoins de reformuler la cartographie nationale qui s’adosse à un plan de développement économique et social qui permettent que les Togolais commencent par s’imbriquer et de par leur vie commune, leur cheminement commun, oublient ces réflexes qui nous ont toujours retardés.

Et c’est dans ce contexte là qu’est intervenu ce qu’on appelle le Plan National de Développement (PND).

 Malheureusement, le PND, quand tu le lis, ce n’est pas mauvais en soit mais les auteurs du PND en font un instrument aujourd’hui qui le détache de son essence fondamentale.

Qu’est-ce que vous voulez dire par là, Maître Tchassona?

 On a comme l’impression quand on voit tout le tapage autour du PND qui devrait être un programme comme le dit son nom “National”, qu’on doit faire en sorte que l’ensemble de la classe politique le prenne en compte mais c’est devenu comme un projet du parti UNIR. Ils sont les seuls à parler PND, organiser des folklores.

Mais c’est parce que vous de l’opposition vous ne voulez pas vous associer à cela.

 Pas du tout. Un programme, pour que l’ensemble de la classe politique se l’approprie, il faut que ce soit un programme de gouvernement comme nous avons cru comprendre au lancement. Mais en réalité on a pu comprendre  dès le premier mouvement que ce qui devait être un programme  du gouvernement est devenu  un projet UNIR.

C’est vous qui le qualifiez ainsi !

 Non mais regardez tout le folklore qui est organisé autour. Le gouvernement gagnera à réorienter sa politique de communication en mettant  ce programme au centre des préoccupations  de l’ensemble des citoyens; pas seulement des partis politiques. La communication devra être repensée de sorte que le programme en lui-même inspire la curiosité et l’intérêt chez l’ensemble des Togolais afin que les tous se l’approprient. On ne peut pas me vendre quelque chose qui m’appartient. Mais quand le parti UNIR et les membres du gouvernement font de ce programme  qui normalement est un programme national, un instrument de communication partisan, ça devient un problème. Les gens se posent des questions, est-ce que c’est notre plan à nous tous ou c’est le projet de société du parti au pouvoir et de son gouvernement.

Est-ce que ce n’est pas le moment choisi pour lancer ce plan qui vous fait dire tout ça?

Ce n’est pas seulement le moment, c’est la communication autour. Il n’y a jamais un temps bon pour bien faire. On a souvent décrié ce régime, qu’il a navigué à vue, qu’ils n’ont pas de projet. Pour une fois, que  le gouvernement propose un projet, et quelles que soient ses faiblesses, le gouvernement doit savoir le mettre au niveau de la communauté nationale, avec la réserve bien-entendu que  ce dernier  ne saurait suffire pour juguler l’ensemble des problèmes et préoccupations des togolais comme notre Vitago national.

Mais pour une fois qu’un programme de cette envergure est  lancé, l’information, c’est bon. Mais la mauvaise  communication nuit à l’information faisant en sorte que les Togolais aujourd’hui se posent la question si en réalité ce projet peut être réalisable du moment où des gens en font tellement un folklore, on ne peut pas me vendre quelque chose qui m’appartient.

Bientôt les élections locales. Maître, on voit tous les partis de l’opposition qui le 20 décembre n’ont pas participé à ces élections législatives parce que ayant appelé les Togolais à les boycotter, aujourd’hui s’agiter. Est-ce que ce n’est pas trop tard?

Non, écoutez, c’est ça le jeu politique togolais. Ça fait réfléchir. Vous vous imaginez qu’à l’époque, avant le 20 décembre, avec l’encouragement de la CEDEAO, et tous ceux qui voulaient nous aider à aller à ces élections, on avait la possibilité d’avoir au moins 7 membres de notre coalition au sein de la Ceni. Mais nous avons trouvé  moyen de boycotter notre existence à la Ceni, qui a conduit au boycott du recensement et des élections de  2018, pour nous retrouver dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui où la coalition est tombée en lambeaux, elle a éclaté, elle n’existe plus. Mais ce qui fait aujourd’hui l’unanimité, des treize sur les quatorze partis qui ont pu travailler ensemble pour le boycott, c’est leur appel unanime pour aller aux locales dans des conditions moins généreuses que celles qu’on aurait pu avoir avant décembre 2018.

Pourquoi parlez-vous de conditions moins généreuses?

 Écoutez, quelle garantie nous avons par rapport à la Ceni? La Ceni qui existait à l’époque  des quatorze partis qui pouvaient avoir sept membres à la Ceni, il n’y a que deux aujourd’hui, le CAR et ADI qui sont extra-parlementaires et qui ne sont même pas regroupés. Chacun va pour son compte. , c’est bien là  des conditions moins généreuses que celles qu’on aurait pu obtenir avant le 20 décembre. Donc ça c’est le ridicule, malheureusement, en politique, le ridicule ne tue pas. L’essentiel de la question est de savoir et connaître les vraies raisons du boycott. Ne me posez pas la question des raisons du boycott parce que je ne les connais pas.  À l’époque déjà j’avais appelé les Togolais à aller se recenser. Donc si c’était plus pour des conditions de transparence je ne vois pas ce que chercherait l’ensemble de mes amis dans ces élections.

La C14 doit regretter aujourd’hui de ne vous avoir pas écouté?

 Oui, parce que si c’était pour des raisons de transparence, les raisons qui les ont poussés au boycott comparées à notre situation  d’après  Décembre 2018,  eux seuls connaissent les raisons que j’ignore.

Me Tchassona, qu’est-ce qui explique que vous n’ayez pas été écouté à l’époque?

 Vous savez, de toutes les façons, que je sois écouté ou pas, moi j’ai fait le choix de ne jamais mentir à mon peuple.  Parce que ce peuple a trop enduré. Je mesurais la conséquence. Je vous l’ai dit, Ambroise, vous étiez avec moi ce jour-là où je faisais ma communication. Même certains de mes  collaborateurs dans ce bureau n’étaient pas d’accord avec moi pour lancer cet appel parce qu’on allait prendre des coups. Mais j’ai dit que s’il fallait prendre des coups je les prendrai mais je dirai la vérité à mon peuple. Et les coups n’ont pas raté. Des menaces d’exclusion, des menaces de mort et insultes n’ont pas tardé. Sanctions qui ne sont jamais arrivées, d’ailleurs même elles ne devraient pas arrivées parce qu’elles n’ont jamais existé.   Apprenons à respecter notre peuple. Disons-lui la vérité même si elle est cruelle.

Alors en ligne de mire de tout cela, les élections législatives, les élections locales, il y a la présidentielle de 2020. Est-ce que le terrain n’a pas déjà été préparé par l’opposition elle-même pour échouer en 2020?

 Non, tout est encore permis. Je dis encore une fois que celui qui a les clés de demain c’est le peuple togolais et Dieu. Il suffit que nous sachions aujourd’hui revenir à la norme, à la bonne norme, dire la vérité à ce peuple, le conduire…

C’est quoi dire la vérité à ce peuple?

 On a menti à ce peuple, on lui a dit qu’on va empêcher les élections, est-ce qu’on a pu le faire? Le peuple a cru en nous. On a transformé ce peuple en bébé auquel on dit ‘on va amener la lune’ alors qu’on ne peut même pas soulever la poussière.

Quand vous parlez de “On”, vous parlez de qui?

 Je parle de l’opposition, de mes amis, nous avons péché par manque de réalisme et de vision. Donc, il faut dire la vérité à ce peuple,  le mobiliser, lui donner les moyens. Les seuls moyens que l’opposition est en droit de donner au peuple c’est ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui en demandant au peuple à l’unanimité, d’aller se faire recenser. Ça c’est le premier moyen. Le deuxième moyen c’est de leur dire quels que soient les cris de sirène, quel que soit ce que vous entendrez, mobilisez-vous massivement à aller voter et la troisième chose, après le vote, ne rentrez pas chez vous, organisez-vous pour défendre votre vote.

Alors Maître Tchassona on sait que, pour qui vous connaît, depuis le début de la crise, vous avez été cohérent dans vos analyses politiques et vous avez souvent insisté sur le plafond de verre. Vous dites que si les Togolais peuvent massivement aller se faire enrôler pour aller aux élections, il n’y a pas de moyen que l’adversaire UNIR puisse passer devant vous. Aujourd’hui, quels sont les moyens dont vous disposez vous en tant que Me Tchassona et votre parti le MCD pour que finalement, une fois au moins, vous soyez écouté?

Le seul moyen c’est vous les médias. Combien de médias relaient mes interviews. On dirait que beaucoup de journalistes font de la rétention d’information. Ils font le tri. C’est ça qui fait mal. Quand le journaliste fait plus que le politique. Le journaliste c’est un homme qui n’a pas de coloration. Il peut avoir une ligne éditoriale qui conduit son journal. Mais quand il se conduit comme un homme politique, il y a problème. Sinon, ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui est essentiel. Expliquer à ce peuple que c’est lui seul qui détient la clé de demain. Le régime peut être surpris. Regardez ce qui se passe aujourd’hui en Turquie. Erdogan, qui a été maire de la ville d’Istanbul, qui a tout fait pour modifier les lois de la Turquie à son seul profit; qui a muselé la presse, mais a perdu Istanbul alors qu’il est sensé gagner. Même si on reprend les élections il sera encore battu parce que le peuple est mobilisé pour lui barrer la route. Donc c’est des signes.

Donc vous croyez à l’alternance que par les urnes, ce n’est pas la première fois que vous le dites. Et vos amis de l’opposition, qui ont fait pendant longtemps croire au peuple que par la rue l’alternance est possible?

 La rue n’est qu’un moyen légal et constitutionnel pour exprimer un point de vue politique, réclamer et faire la pression. Mais ce n’est pas une fin en soi. Quand on veut utiliser la rue comme la seule arme politique, on a tout faux. Je suis d’accord que la rue est indispensable pour mobiliser le peuple mais ça ne suffit pas. Il faut avoir un plan stratégique.

Comment dois-je pouvoir obtenir ce que je veux, ou si je n’ai pas tout ce que je veux, l’essentiel de ce que je veux. Mais c’est ce qui a manqué. On a cru que par la rue seule on peut faire tomber le régime.

Je n’ai pas vu dans un seul pays dans les quelques livres d’histoires que j’ai lus, mais de mémoire d’homme, je n’ai pas vu un seul pays où les partis politiques ont  mené une révolution et l’ont vu aboutir.

Cette unicité de candidature de l’opposition, parce que souvent les gens disent que c’est parce que l’opposition va aux élections en rang dispersé qu’elle les perd. Est-ce que dans la perspective de 2020 il y a la possibilité ou l’éventualité que vous y alliez en rang soudé ?

Voilà encore des mirages qu’on veut servir au peuple. Il ne faut pas se tromper. Il peut avoir des alliances qui peuvent se constituer sur des bases idéologiques, et sur les bases des programmes d’action ou de projets de société. Parlant d’une unicité avec des partis aussi diverses sur le plan idéologique, faut-il encore que des idéologies existent au sein des partis politiques, parce que trop peu en ont.

Donc, qu’il y ait des programmes bien lisibles et  sur notre pays, il faut les connaître, les analyser, pour voir s’ils sont compatibles, si on peut les mettre de bout en bout pour faire sortir quelque chose de commun. Malheureusement, tant qu’on n’arrivera pas à ça, c’est un marché de dupes.

Ça fait la deuxième fois que ce scénario humiliant arrive. Nos compatriotes de la diaspora s’en prennent à des délégations venant du Togo, qui leur rendent visite soit pour leur expliquer leur programme politique, Soit pour autres choses. Je veux parler de la délégation conduite par Germain Méba, le Directeur de la chambre de commerce, enfariné à Paris le weekend passé; comment vous réagissez à cela? Un peu comme l’histoire d’œufs pourris sur Gerry Taama.

Vous comprendrez que nous condamnons ce type d’attitude et de comportement qui peut venir de la part de nos compatriotes fussent-ils de la diaspora, la violence n’est pas du tout une solution pour nos problèmes. Quelle que soit sa forme d’expression. Vous savez, en matière de violences celui qui en a la meilleure des maîtrises c’est celui que nous combattons parce que lui, a les moyens de l’État. Mais nous, quel type de violence nous pouvons leur opposer? Donc, inutile d’essayer. Mais au-delà de la condamnation de ce qui s’est passé sur la délégation qui était à Paris par rapport au PND, je reviens encore sur ce que j’ai dit sur le PND. Quand vous analysez bien la composition de la délégation, ça pose problème. Que la chambre de commerce aille vendre le PND, on comprend. Mais que cherche le représentant de l’ambassadeur du Togo à ce niveau ?  Il n’a pas besoin d’être là pour que la chambre de commerce explique à ses interlocuteurs la pertinence du projet. Que cherche le représentant UNIR dans la délégation? Est-ce que c’est un projet Unir ou c’est un programme du gouvernement? Donc là également il faut que le gouvernement redresse la barre.

Nous avons tous besoin de connaître, de nous approprier le PND et de l’intégrer à nos   projets communs de société pour pouvoir dessiner le Togo de demain. Mais quand on en fait une propriété privée, et qu’on veut nous vendre notre propre chose, il y a problème comme je le dis. Donc il est temps que le gouvernement redresse la barre. C’est vrai que c’est un bon programme  avec les limites qu’on lui connaît. Un projet ne peut pas être totalement parfait. Il reste un projet. A tout le moins, si c’est un programme du gouvernement  qu’il devienne le  programme de tous les Togolais et non du parti au pouvoir.
Pour finir, je pense qu’on doit revenir sur ce qu’on a déjà fait il y a sept mois, c’est-à-dire appeler l’ensemble de nos concitoyens cette fois-ci que nous parlons tous à l’unisson, à ne pas rater les trois jours de recensement, de sortir nombreux à aller se faire recenser et à se préparer activement à aller à ces élections.

Trois jours c’est suffisant?

Écoutez, c’est déjà quelque chose. On ne s’attendait même pas à les avoir. Mais on les a eus, c’est tant mieux. Il faut profiter au maximum pour enrôler le maximum de nos compatriotes qui ont raté le coche  il y a sept mois. C’est tout le souhait que je peux faire.

Propos recueillis et transcris par Coco AKPAKA 

Togo: Après le recensement, le MCD exige la révision du chronogramme des élections

Après son dernier communiqué qui a suscité une vague de réactions au sein de la Coalition des 14 partis de l’opposition dont il est membre, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD) fait une nouvelle sortie. Alors qu’on croyait qu’il était dans une logique participationniste, le parti de Mouhamed Tchassona-Traoré exige plutôt du gouvernement, la révision du chronogramme électoral en vue d’obtenir un fichier électoral dépourvu de tout germe conflictogène.

Dans un nouveau communiqué de presse rendu public ce lundi, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie “se réjouit de ce que son appel du 14 novembre invitant les populations à saisir cette occasion à titre conservatoire, a été suivi“.

L’étape de la session de rattrapage des opérations de recensement étant passée, Tchassona Traoré et son parti s’attaquent désormais à un autre aspect du processus électoral en cours: le chronogramme des élections. “A présent, le MCD demande au gouvernement de revoir le chronogramme des élections législatives pour permettre à la CENI recomposée et aux experts de la CEDEAO de proposer aux Togolais un fichier électoral acceptable justifiant la convocation d’un corps électoral connu“, peut-on lire dans le document.

A cela s’ajoutent la libération des personnes arrêtées dans le cadre des manifestations politiques et la levée de l’état de siège dans les villes de Mango, Bafilo et Sokodé; ce qui constitue  “le minimum indispensable pour une élection crédible et apaisée“, aux yeux du MCD qui renouvelle par ailleurs son appel à la Communauté internationale, la CEDEAO en particulier, à “continuer à appuyer le Togo dans la quête de solution à la crise actuelle afin que les prochaines élections législatives puissent véritablement combler les attentes de la communauté nationale et internationale“.

Le 14 novembre dernier, le MCD, parti membre de la C14, avait appelé les Togolais à saisir ce qui apparaissait comme la dernière chance donnée par la CENI qui avait prorogé de trois jours, les opérations de recensement électoral. Une sortie qui a provoqué le courroux de la Coalition qui a promis des “sanctions appropriées” au parti de Tchassona Traoré.

Togo: Le MCD et la stratégie du recensement électoral à titre conservatoire

Dans un communiqué de presse ce mercredi, le parti de Me Mouhamed Tchassona Traoré appelle “ses militants ainsi que l’ensemble de la population togolaise à aller se faire recenser à titre conservatoire aux dates et lieux indiqués par la CENI“. Une démarche plutôt surprenante pour un parti membre de la Coalition des 14 partis de l’opposition. Le MCD justifie son choix par la position de la CEDEAO et du Groupe des 5 qui, en plus d’appeler la classe politique togolaise à jouer, chacun en ce qui le concerne, sa partition pour une sortie de crise, s’engagent à accompagner le Togo vers la réussite des prochaines élections.

Ces appels de l’organisation sous régionale et des chancelleries occidentales sont assortis de leur engagement à accompagner le Togo vers des élections crédibles. Le MCD prend donc au mot la CEDEAO et le G5 non seulement pour cet engagement devant l’histoire mais aussi pour leur appel au gouvernement togolais de libérer toutes les personnes détenues dans le cadre des manifestations politiques“, souligne le communiqué.

Par ailleurs, le parti demande au gouvernement togolais de “s’approprier, dans leur forme et teneur, les communiqués de la CEDEAO et du G5 pour faire cesser toutes sortes de violence et l’exhorte à lever  l’état de siège de fait imposé dans les villes de Sokodé, Bafilo et Mango“.

Pour finir, Me Tchassona Traoré et les liens invitent le gouvernement à “libérer, dans les meilleurs délais, toutes les personnes arrêtées dans le cadre des manifestations politiques et qui sont encore détenues dans les prisons togolaises“.

 

 

 

Togo / Me Tchassona Traoré : « L’alternance est possible en 2020 »

Doit-on conclure à une victoire en demi-teinte pour la Coalition de l’opposition après la feuille de route proposée par les chefs d’Etat ouest-africains qui appellent à des élections cette année ? Me Mouhamed Tchassona Traoré pense tout le contraire. Pour le président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD), parti membre de la C14, la CEDEAO a plutôt indiqué la voie à suivre vers l’alternance au sommet de l’Etat en 2020. Dans un entretien avec Courrier d’Afrique, il revient sur les recommandations de la CEDEAO et le rôle que chaque Togolais doit désormais jouer pour voir s’opérer l’alternance dans moins de deux ans.

Courrier d’Afrique : La feuille de route proposée par la Conférence des présidents de la CEDEAO n’a pas pris en compte certaines revendications de la Coalition notamment l’exigence de la démission du chef de l’Etat actuel ou dans le meilleur des cas sa non-représentation à l’élection présidentielle de 2020. Cela ne laisse-t-il pas un goût d’inachevé ?

MouhamedTchassona Traoré : Le combat que mène la Coalition est d’abord un combat citoyen. C’est un combat de l’ensemble des Togolais. C’est un combat pour la construction d’un pays prospère. L’ensemble des Togolais voudraient voir l’alternance arriver assez rapidement dans notre pays. Il n’y a pas un seul acteur politique qui ne rêve pas de cette alternance-là. Le fait que cette revendication ne soit pas prise en compte dans les recommandations peut susciter des débats.

Du coup, beaucoup pensent que c’est encore le Syndicat des chefs d’Etat qui est venu consolider un des leurs. C’est aussi votre avis ? 

Il n’y avait que deux pays qui faisaient l’exception dans la sous-région, le Togo et la Gambie. A la veille de la présidentielle de 2015 au Togo, la question de la limitation des mandats dans tous les pays membres de la CEDEAO était sur le tapis. Qu’il vous souvienne que le président ghanéen, qui dirigeait la Communauté à l’époque, avait dit qu’ils allaient convoquer un sommet extraordinaire au lendemain de l’élection pour régler cette question. Mais le Togo et la Gambie avaient refusé de signer cette obligation de limitation des mandats. Alors, qu’est-ce que ces chefs d’Etat ont à gagner à vouloir maintenir un président au pouvoir ad vitam ? Ce qui manquait à la CEDEAO, ce sont des instruments juridiques qui lui auraient permis de mettre cette revendication sur la feuille de route. Il n’y a donc pas de raison de croire que ces Chefs d’Etat soient venus à Lomé pour consolider le pouvoir du président togolais.

Donc pour vous, avec cette feuille de route, la C14 n’a pas perdu face au pouvoir de Lomé ?

La feuille de route de la CEDEAO nous conforte dans les préoccupations premières du Groupe des 6 et de CAP 2015 et d’autres partis politiques qui pensent qu’avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles, avec ou sans l’obligation pour Faure Gnassingbé de se présenter, nous aurons l’alternance en 2020.  Il y a des réformes institutionnelles qui vont être faites en même temps que les réformes constitutionnelles. Les premières comprennent la recomposition de la CENI, la recomposition de la Cour constitutionnelle, la mise en place des mécanismes d’élections transparentes, le vote de la diaspora. Si chaque Togolais décide de jouer le rôle qui est le sien, d’exercer son droit fondamental pour les élections, il y a de fortes chances que l’alternance puisse arriver en 2020.

Nous croyons plutôt que quand on lit avec beaucoup d’intelligence les recommandations des présidents de la Communauté, si nous travaillons sur les repères qu’ils (les chefs d’Etat de la CEDEAO, ndlr) nous ont donnés, avec la volonté d’aller de l’avant, il y a de fortes chances qu’on puisse arriver à ces résultats ; et ceci avec l’accompagnement des facilitateurs et autres chefs d’Etat qu’ils vont mettre à nos côtés pour pouvoir améliorer cette feuille de route et aboutir aux résultats attendus.

Quelles sont,  selon vous,  les insuffisances de la feuille de route proposée par la CEDEAO ? 

La CEDEAO a joué sa partition, mais il me semble qu’on aurait gagné plus s’il y avait des précisions sur un certain nombre d’aspects. Je relève, au passage, deux essentiellement : celui du découpage électoral qui n’a pas été pris en compte dans la feuille de route de la CEDEAO. Le découpage électoral, dans sa forme actuelle, donne une représentation biaisée des élus à géométries variables ; ce qui ne donne pas une légitimité égale à l’ensemble des élus de la nation. Donc nous pensons que le découpage doit être repris pour qu’on aboutisse au moins à un quasi-équilibre qui respecte le principe de la légalité et de l’égalité. Je note également que le mot ‘possibilité’ qui a été mentionné dans la feuille de route pour nos compatriotes résidant à l’étranger de pouvoir voter, me pose un tout petit peu problème. Nous estimons que ce point aurait dû être exprimé en des termes beaucoup plus impératifs, parce que ‘possibilité’ est une ‘option’. Ça devrait être une obligation faite au gouvernement togolais de prendre toutes les dispositions pour que l’ensemble de nos compatriotes, où qu’ils se trouvent, puissent exercer leur droit de vote. Il est vrai que le droit de vote n’est pas obligatoire mais cela fait partie de nos revendications phares. A partir du moment cette revendication a été portée à la connaissance de la CEDEAO, il aurait été plus indiqué que cela soit exprimé avec fermeté pour éviter toute ambiguïté. Nous avons fort à craindre que le gouvernement n’évoque un certain nombre d’insuffisances au niveau structurel pour ne pas rendre effectif le vote de la diaspora.

La CEDEAO a fixé une date pour les législatives. Réaliste, cette date, selon vous ?

Au regard de la possibilité qui est donnée à nos compatriotes qui vivent à l’étranger de pouvoir voter et des dispositions qui doivent être prises pour acter et rendre effectif le vote de la diaspora, en plus de ce que nous devons faire en interne en termes de recensement, de réorganisation de la CENI, de la Cour constitutionnelle, la modification de la Constitution, il me semble que la date du 20 décembre est trop approximative.

Propos recueillis par Brice EKA

 

Togo: Me Tchassona condamne la violence d’où qu’elle vienne

Réagissant sur le sujet,  le président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD)  se dit profondément choqué. “Permettez-moi d’abord de citer Martin Luther King qui disait que “l’obligation de combattre le mal est aussi forte que l’obligation de faire le bien”. Ceci étant dit,  je condamne ce qui est arrivé à notre compatriote Gerry Taama,  un responsable politique de surcroît“, a-t-il déploré ajoutant que “rien ne saurait justifier que l’on puisse le violenter même si on n’est pas d’accord avec lui”. “C’est d’autant plus déplorable, regrette-t-il, que cette image nous vienne de Bruxelles,  symbole de la démocratie européenne“.

Me Tchassona salue la promptitude avec laquelle la situation a été maîtrisée pour limiter les dégâts. “Je tiens à remercier nos compatriotes qui ont su rapidement s’interposer pour que la situation ne dégénère pas. Je salue leur promptitude et leur sens de responsabilité“, a-t-il ajouté.

Condamnant la violence sous toutes ses formes, Me Tchassona s’insurge notamment contre les rafles policières et militaires dans certains quartiers de Lomé et de l’intérieur du pays.  “C’est inacceptable, ce qui se passe dans nos quartiers où sous prétexte d’un contrôle d’identité,  les forces de l’ordre et de sécurité procèdent à des rafles systématiques.  Il faut que cela cesse car c’est aussi de la violence exercée sur nos concitoyens“, a-t-il poursuivi expliquant que tout cela met à mal la cohésion sociale et porte donc un coup à la construction de la démocratie.

Sur la question des élections, objet de la “discorde” entre Gerry Taama et ceux qui l’ont agressé dans la capitale belge,  le patron du MCD estime que “le principe d’élections ne saurait être un problème pour les démocrates togolais. Mais les conditions d’organisation de ces élections et les résultats qui en sortent ont toujours été sujets à caution au Togo. Leur résolution durable figure au titre des revendications de la classe politique de l’opposition et de la Société civile“.

Exclusif/Me Tchassona Traoré: “l’ouverture du dialogue à d’autres acteurs ne changera rien à la pertinence de nos revendications “

Courrier d’Afrique: Le dernier sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao n’a fait que des recommandations à minima sur le dossier togolais. Le cri de cœur de la coalition des 14 n’a pas été entendu?

Me Mouhamed Tchassona Traoré: Cher ami, la communauté internationale est constituée sur la base du droit et des principes. Elle a sa charte qui fonde son mode d’action. Il est vrai, le cas togolais ne peut laisser personne indifférent. La première analyse : effectivement nous (la coalition des 14, ndlr) avons lancé un appel à la Cedeao pour lui demander de se pencher sur le dossier togolais. A mon avis, si notre demande n’apparaît pas dans la déclaration finale, il n’est pas exclu qu’il soit pas évoqué dans les débats. Ceci peut s’expliquer  et aussi s’analyser au regard de l’ordre du jour du Sommet qui était peut-être déjà arrêté et connu de tous avant la tenue de ce sommet.

Deuxième chose, les partenaires de ces institutions internationales, ce sont les gouvernements. Donc c’est le gouvernement togolais qui est partenaire de la Cedeao. Qui plus est, c’est le président togolais qui est le président en exercice de cette institution. Vous comprendrez que, s’ils ont un ordre du jour déjà arrêté, et surtout que nous (opposition, ndlr) ne sommes pas représentés, (je ne sais même pas de quelle manière nous aurions pu être être invités), ils n’aient pu discuter que sur les seuls faits et rapports qu’ils ont recueillis des différentes missions des partenaires qui se sont intéressés à la crise togolaise et du Gouvernement Togolais .

Quant à la déclaration qui en est issue sur le Togo, ce serait trop hasardeux de croire que c’est un camouflet pour l’opposition togolaise ou un appui au gouvernement togolais. Bien sûr qu’ils nous invitent au dialogue; ça, c’est déjà connu de tous. Ils parlent d’un dialogue inclusif pour qu’on puisse débattre de toutes les questions pour aller vers des réformes politiques et institutionnelles dans l’intérêt supérieur notre pays , pour que la crise puisse être derrière nous.

Il faut également remarquer qu’à la lecture du communiqué final de la Cedeao, il ressort qu’un certain nombre de chefs d’Etat ont été mandatés pour suivre l’évolution du dossier togolais. A l’analyse, la mise en place de cette commission de chefs d’Etat nous écarte de toute médiation ou facilitation directes , nous renvoyant de facto, nous Togolais, vers une solution interne, c’est-à-dire, que prenions en main notre propre destin. C’est à ce niveau que nous devons tous faire preuve d’audace, une audace intelligente qui transcende les clivages, les barrières pour prendre en compte un élément essentiel qu’est l’amour de notre patrie, pour allers à une solution négociée afin de sortir notre pays de la situation actuelle.

Pour vous, c’est quoi prendre en main son propre destin? Bref, qu’entendez-vous par solution négociée?

La Cedeao a montré la voie. Pour elle, la seule et unique voie de sortie de crise, c’est le dialogue. Et quand elle parle de dialogue inclusif, c’est que tous les acteurs se mettent autour d’une table pour discuter.

Permettez-moi de vous interrompre, Me Tchassona. Quand vous parlez de tous les acteurs, vous parlez de qui? La coalition, dont votre parti est membre, n’envisage un possible dialogue qu’entre elle et le parti au pouvoir.

Vous savez, la Cedeao propose que les débats doivent être ouverts à tous ceux qui peuvent contribuer à la résolution de cette crise. Quelle est la finalité du dialogue? Ce sont les réformes. Notre base de revendications reste l’Accord politique global qui préconisait qu’il faut un consensus pour aller à ces réformes-là. Qu’il ne vous échappe pas qu’il y a des mécanismes pour faire les réformes: la phase parlementaire ou celle référendaire. Si les conclusions du dialogue  doivent passer par l’Assemblée nationale, cela suppose que les partis parlementaires puissent d’abord s’accorder sur le contenu du texte. Or dans le schéma actuel, il y a par exemple l’Union des forces de Changement (UFC) qui n’est pas membre de la coalition. Pour  rechercher un large consensus à l’Assemblee Nationale pour l’adoption de la réforme, nous ne pourrons écarter la contribution de l’UFC. Même si un parti parlementaire non membre de la coalition n’a qu’un seul député, nous avons besoin de cette voix pour y arriver. C’est pour cela que je parlais plus haut de la nécessité d’ avoir de l’audace. Nous devons avoir l’audace pour comprendre que le seul intérêt qui vaille, c’est celui du Togo.

Aujourd’hui, le débat se cristallise autour des acteurs du dialogue. Mais le pouvoir, lui, semble prêt à aller à ce dialogue, surtout après ce qu’on peut appeler le blanc-seing de la Cedeao.

Ma crainte, c’est que le gouvernement poursuive le processus du dialogue au cas où il ne s’entendrait toujours pas avec notre coalition, et qu’il aille discuter du projet de loi avec d’autres acteurs, pour soumettre le projet de réforme à la majorité mécanique qu’il a à l’Assemblé nationale puis au référendum. Ce qui conduirait au pourrissement de la situation. La conséquence prévisible pour la coalition pourrait conduire à une montée en puissance par la coalition, dans ses  revendications. Mais au final, qu’est-ce que cela peut apporter si ce n’est que nous créer beaucoup de difficultés sur le calendrier électoral, puisque 2018 est une année électorale avec les législatives et certainement les locales. C’est là où j’ai beaucoup de craintes pour mon pays, car la crise pourrait s’aggraver.

Me Tchassona, à vous entendre parler, on a l’impression que que votre voix est dissonante de celle de la coalition!

Je puis vous rassurer d’une chose, la coalition est composée de gens responsables portés par des convictions fortes pour ce pays et nous savons faire la part des choses. Je tiens à vous dire que je n’ai pas de crainte en cas d’ouverture du dialogue à d’autres acteurs. La coalition pèsera de tout son poids dans l’argumentation et la pertinence de nos revendications dont la légitimité est partagée par l’immense majorité de nos populations, puissent aboutir. Pourquoi? D’abord nous avons eu l’expérience des travaux lors de l’atelier du HCRRUN, les partis supposés proches du pouvoir n’ont pas hésité à se ranger et défendre les revendications légitimes, pertinentes portées par les partis d’opposition lors de cet atelier et il faut ajouter que les revendications ont l’adhésion de la plupart de nos compatriotes. Ce n’est pas parce qu’on aura ouvert le dialogue à d’autres formations politiques que ça changerait grand-chose à la pertinence et à la légitimité de nos revendications. Donc quelle que soit la configuration du dialogue, la coalition gardera toujours ses bonnes ressources pour faire avancer dans le bon sens les discussions pour que les réformes qui seront faites répondent aux attentes des populations.

Le départ de Faure Gnassingbé fera-t-il aussi partie de votre plateforme revendicative lors de ce dialogue?

Je pense que quand on aborde une phase conduisant au dialogue dans la  crise comme la nôtre, il faut bien se garder d’évoquer des sujets qui peuvent être préjudiciables pour la bonne  suite des événements. C’est pour cela que je m’abstiens de me prononcer pour le moment sur cette question. Ce qui est important, c’est que quand on parle de dialogue inclusif, il s’entend non seulement des acteurs, mais également de tous les sujets qui peuvent être débattus. Même s’il y a une telle exigence, rien n’empêche qu’elle puisse être discutée au cours du dialogue. Le contenu du dialogue, s’il faut en parler maintenant, ce ne sera que pure spéculation. Il s’agit d’un dialogue inclusif à double titre, tant au niveau des acteurs que s’agissant des sujets à aborder. Donc le moment venu, quand le dialogue se mettra en place, aucun sujet ne sera tabou.

La revendication relative à la démission de Faure Gnassingbé, élu pour un mandat qui finit en 2020, ne rend-elle pas l’opposition inaudible auprès de la communauté internationale?

Vous savez, nous sommes en politique. A l’opposé des exigences de l’opposition, le pouvoir aussi a exprimé une posture maximaliste. Le président de la république, dans son interview à Jeune Afrique, a déclaré que sa non candidature en 2020 n’est pas encore un sujet de préoccupation . C’est aussi là une posture maximaliste. Nous sommes dans un débat politique où chacun veut tirer le maximum de son côté. Il faut le comprendre ainsi.

Parlant justement de cette interview, pensez-vous que la candidature ou non du chef de l’Etat actuel en 2020 est un sujet prioritaire?

Nonobstant ce que j’ai dit plus haut, en affirmant qu’aucun sujet ne sera tabou au cours du dialogue, il me semble que nous passons à côté d’autres éléments essentiels qui doivent être convoqués dans notre démarche vers l’alternance au sommet de l’Etat. Je parle notamment du changement de mentalités des Togolais à transcender tous les clivages régionalistes, ethniques et religieux. Je pense à la nécessité de peser lors du Dialogue aux modifications institutionnelles pour se doter d’un cadre et processus électoraux fiables et transparents, Je pense à l’éveil de la conscience citoyenne chez tous les Togolais de l’intérieur et de l’extérieur à prendre toute la mesure du droit de vote qui devrait sonner au Togo plus qu’une simple faculté mais qu’une impérieuse obligation, afin d’ aller s’inscrire sur les listes électorales, à ne plus céder au son de cloche tendant à faire croire que les élections ne servent à rien dans notre pays, sous prétexte que les dés seraient pipés d’avance. Plus les Togolais iront s’inscrire massivement sur les listes électorales et s’acquitteront de d’aller voter massivement, plus grandes seront les chances d’une alternance pacifique au Togo. Si nous arrivons, au cours de ce dialogue, à obtenir les conditions d’organisation d’une élection transparente, l’alternance  est possible même si le chef de l’Etat actuel, par extraordinaire, se représente en 2020. Voilà des choses auxquelles nous devons réfléchir, auxquelles la presse doit sérieusement réfléchir pour faire comprendre à nos compatriotes qu’ils doivent déjà se mettre en ordre de bataille pour les élections à venir. Le peuple doit comprendre qu’il est l’arbitre du jeu électoral, et cela se passe lors des élections.

En clair, à côté des manifestions de rue, il faut déjà commencer à mettre en place des stratégies de conquête du pouvoir par les urnes, c’est ça?

Bien sûr, nos  partis politiques travaillent  à cet effet, mais nous avons une difficulté. Vous savez, les réformes sont d’ordre constitutionnel et institutionnel. Dans le deuxième volet, il y a le cadre électoral et tout ce qui concerne les élections au Togo. Tout cela doit faire l’objet de débat lors du dialogue qui est annoncé de sorte que que l’ensemble des questions qui bloquent notre avancée politique puissent être réglées. Il y a également des mesures d’ordre réglementaire qui doivent être prises pour favoriser le vote de nos frères et soeurs  de la diaspora, qui sont très nombreux d’ailleurs, afin qu’ils puissent enfin participer eux aussi au débat politique de leur pays.

Certains acteurs parlent de transition comme passage obligé pour une sortie de crise. Sommes-nous dans ce schéma?

Il ne faut pas s’empresser de poser les résultats du dialogue avant le début du dialogue. Seul le dialogue nous orientera utilement sur ce que sera la suite des événements. Ce pourrait être un gouvernement d’union nationale pour accompagner la mise en oeuvre des réformes. Or quand on parle de gouvernement de transition, cela suppose que toutes mes institutions sont mises en berne, en attendant qu’un arrangement politique puisse être trouvé. Qu’il nous souvienne qu’en 2006, à la suite du dialogue inter Togolais, il y a eu un gouvernement d’union nationale piloté par Me Yawovi Agboyibo, chargé de la mise en oeuvre des réformes. Malheureusement les blocages qui sont intervenus par la suite n’ont pas permis de réaliser ce cahier de charges. Si tant est que nous voulons aller à ce dialogue, avec toute la volonté qui doit caractériser l’ensemble des acteurs, nous devons faire en sorte que cette fois, ce soit le dernier des dialogues.

Une question sur un autre sujet de l’actualité nationale, le ministre de la Sécurité, Damehane Yark, considère vos manifestations comme des foires de commerce de stupéfiants.

Là, ça pose un véritable problème d’organisation de l’Etat togolais. Le ministère de la Sécurité a en charge la lutte contre ce genre de fléaux dans le pays. Nos manifestations se passent-elles hors des frontières de nos villes contrôlées par les forces de sécurité? Si le ministre pense  que c’est lors de nos manifestations que se fait le commerce de ces stupéfiants, cela dénote une faiblesse dans le dispositif sécuritaire du pays. Le gouvernement ne peut pas accuser l’opposition de favoriser le commerce d’un produit dont il a pourtant mission de lutter contre la commercialisation en amont et en aval.