Togo : « L’abstention est le premier adversaire de l’opposition», Tchassona Traoré 

Il n’est certainement pas la voix la plus écoutée de l’opposition togolaise mais chacune de ses sorties médiatiques mérite qu’on y fasse un arrêt. Mouhamed Tchassona Traoré analyse le processus électoral en cours. Pour le président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), l’idée de candidature unique de l’opposition est un faux débat qui éloigne des vrais enjeux du scrutin à venir. Comme toujours, il insiste sur la mobilisation des Togolais, condition indispensable selon lui, pour rêver d’une alternance en 2020.

C’est dans un récent entretien à la chaîne YouTube de l’agence de presse Afreepress qu’il s’est exprimé sur le processus électoral en cours. D’abord, s’agissant de la candidature unique de l’opposition, le patron du MCD pense que c’est « une idée très séduite pour épater l’opinion ». « L’idée est bonne mais le problème reste comment y arriver. Il faut des préalables : faire l’inventaire  des forces progressistes qui veulent le changement, définir ensemble les critères objectifs de désignation du candidat unique. Or en politique, la subjectivité prend souvent le dessus sur l’objectivité. C’est ce qui rend l’équation très difficile parce qu’on ne sait jamais ce que l’autre pense, on ne sait pas ce qui fonde la volonté de l’autre ni quels sont ses objectifs », a-t-il analysé.

La candidature unique de l’opposition serait même une entorse à la liberté de choisir des militants de l’opposition dans le contexte actuel, aux yeux de Me Tchassona Traoré. «Nous nous sommes battus pendant longtemps pour obtenir le scrutin à deux tours, assure-t-il. Alors pourquoi ne pas laisser les gens se mobiliser derrière leur candidat au premier tour pour ensuite faire bloc autour du candidat de l’opposition qui viendrait en tête pour le second tour ? »

Une position qui, a priori, contraste avec la participation du MCD à la dernière rencontre initiée par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro au sujet de la désignation d’un candidat unique de l’opposition. « Nous avons répondu à l’appel de Mgr Kpodzro par respect pour l’autorité morale qu’il incarne et aussi pour son rôle à un moment donné de notre histoire politique, explique-t-il. Nous avons écouté, mais nous estimons que ce n’est pas le moment de s’enfermer dans une démarche qui n’aboutira pas. La preuve en est qu’il y a beaucoup de candidatures qui s’annoncent, mais comment convaincre les gens de retirer leur candidature au profit d’un candidat unique, a fortiori un candidat qui ne soit pas politique? »

En effet, le bruit court que la coalition des partis d’opposition chercherait à faire du Prof Kako Nubukpo, son candidat unique pour 2020. « En Afrique, on biaise le problème. Lorsque vous allez chercher des gens qui ne sont pas politiques, qui n’ont pas été pétris dans le débat politique, qui n’ont pas été éprouvés par toute cette expérience que nous avons ; quand vous avez des gens qui arrivent de nulle part pour être au perchoir, ils ont des difficultés à gouverner. On le voit à côté (Patrice Talon au Bénin, ndlr) », analyse Me Tchassona.

Pour une victoire de l’opposition en 2020, il est nécessaire, selon ce notaire, de recentrer le débat. D’abord la bataille pour la transparence du jeu électoral, ensuite la mobilisation des citoyens. « Je ne suis pas un défaitiste qui croit que les choses sont faites d’avance. La victoire à une élection se joue à deux niveaux essentiellement. D’abord au niveau des règles du jeu électoral c’est-à-dire les conditions d’organisation. Voilà un terrain sur lequel  nous, partis politiques, devons nous battre. La deuxième chose qui est indispensable et incontournable, c’est la mobilisation du peuple. Si les discours défaitistes cessent et que le peuple se mobilise massivement pour minimiser l’impact de l’abstention, je crois que le miracle peut se produire en 2020 », assure-t-il.

Car, « le pouvoir ne gagne pas les élections parce qu’il a une certaine assise. Bien sûr, c’est  un vieux parti qui a ses structures, qui a ses éléments sur le terrain mais quand on analyse les scores aux différentes élections depuis 1993 à ce jour, les résultats du pouvoir sont cantonnés dans une fourchette donnée. Alors si les citoyens se font recenser massivement, ont leur carte d’électeur, vont s’exprimer dans les urnes le jour du vote, tout est possible. L’abstention est notre premier ennemi ».

Mouhamed Tchassona Traoré annonce le congrès de son parti pour les prochains jours. Pour annoncer sa candidature ? Demain n’est pas loin.

Togo: Après le recensement, le MCD exige la révision du chronogramme des élections

Après son dernier communiqué qui a suscité une vague de réactions au sein de la Coalition des 14 partis de l’opposition dont il est membre, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD) fait une nouvelle sortie. Alors qu’on croyait qu’il était dans une logique participationniste, le parti de Mouhamed Tchassona-Traoré exige plutôt du gouvernement, la révision du chronogramme électoral en vue d’obtenir un fichier électoral dépourvu de tout germe conflictogène.

Dans un nouveau communiqué de presse rendu public ce lundi, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie “se réjouit de ce que son appel du 14 novembre invitant les populations à saisir cette occasion à titre conservatoire, a été suivi“.

L’étape de la session de rattrapage des opérations de recensement étant passée, Tchassona Traoré et son parti s’attaquent désormais à un autre aspect du processus électoral en cours: le chronogramme des élections. “A présent, le MCD demande au gouvernement de revoir le chronogramme des élections législatives pour permettre à la CENI recomposée et aux experts de la CEDEAO de proposer aux Togolais un fichier électoral acceptable justifiant la convocation d’un corps électoral connu“, peut-on lire dans le document.

A cela s’ajoutent la libération des personnes arrêtées dans le cadre des manifestations politiques et la levée de l’état de siège dans les villes de Mango, Bafilo et Sokodé; ce qui constitue  “le minimum indispensable pour une élection crédible et apaisée“, aux yeux du MCD qui renouvelle par ailleurs son appel à la Communauté internationale, la CEDEAO en particulier, à “continuer à appuyer le Togo dans la quête de solution à la crise actuelle afin que les prochaines élections législatives puissent véritablement combler les attentes de la communauté nationale et internationale“.

Le 14 novembre dernier, le MCD, parti membre de la C14, avait appelé les Togolais à saisir ce qui apparaissait comme la dernière chance donnée par la CENI qui avait prorogé de trois jours, les opérations de recensement électoral. Une sortie qui a provoqué le courroux de la Coalition qui a promis des “sanctions appropriées” au parti de Tchassona Traoré.

Me Tchassona Traoré: « Ce n’est pas parce qu’on aura fait les élections que la crise sera derrière nous »

Cela fait bientôt un mois que la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a proposé aux acteurs politiques togolais une feuille de route pour une sortie de crise. Conformément à ce document qui appelle à des législatives le 20 décembre 2018, la Commission électorale nationale indépendante semble avoir mis sa machine en branle. Ce qui n’est pas du goût de la Coalition de l’opposition. Me Mouhamed Tchassona Traoré, un des responsables de ce regroupement, invite Kodjona Kadanga et ses collaborateurs à revoir leur copie au risque d’organiser un scrutin qui n’aura rien réglé à la fin.

Invité du D12, l’émission hebdomadaire de radio Pyramide Fm, dimanche dernier, le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (MCD) est encore revenu sur la feuille de route de la CEDEAO remise à la classe politique togolaise il y a bientôt un mois. « Malgré tout ce que nous vivons, la feuille de route reste une piste que l’ensemble des Togolais doivent explorer avec plus d’intelligence et de sens de compromis. Nous ne pouvons pas tout faire à la fois, et nous ne pouvons pas tout avoir à la fois. Cette feuille de route-là a apporté un certain nombre de constantes ; et si nous nous investissons à travailler pour que cela puisse aboutir, alors nous ferons du chemin vers une sortie de crise », a déclaré Me Mouhamed Tchassona Traoré.

Et pour que cette feuille de route soit explorée avec « intelligence et sens de compromis », le notaire estime que rien ne doit se faire dans la précipitation. Il invite donc la CENI  à écouter ceux qui ne sont pas contents d’elle, car, soutient-il, il ne sert à rien d’organiser des élections sans consensus surtout dans le contexte actuel. « …Ce n’est pas du tout aisé quand on voit qu’en attendant la mise en œuvre du chronogramme de la CEDEAO et de la mise en place du comité de suivi, la CENI fonce tout droit vers des élections d’une manière unilatérale. Et ça, je ne vois pas quel problème ça peut régler ».  « A quoi serviraient des élections tenues dans cet esprit de défiance permanente ? Ce n’est pas le fait d’avoir des députés élus, fussent-ils d’un camp ou après boycott, qu’on aura réglé le problème ».

Selon Me Tchassona Traoré, il est même techniquement improbable que les élections puissent être organisées le 20 décembre. « Pour aller à des élections, il faut d’abord faire le recensement, est-ce que le recensement des compatriotes de la diaspora est possible dans cet intervalle de temps ? Il y a également le retard pris dans la mise en place du comité de suivi de la feuille de route de la CEDEAO qui a également promis une assistance technique par rapport à ces élections. Va-t-on à ces élections avec un scrutin de liste ou un scrutin uninominal à deux tours ? Si c’est à deux tours, il faudra modifier la loi électorale qui existe aujourd’hui. L’ensemble de ces questions et bien d’autres encore ne sont pas encore réglées. Tout cela nous laisse croire que la tenue des élections le 20 décembre n’est pas possible ».

Ainsi, pour éviter de tourner en rond, le candidat malheureux à la présidentielle de 2015 a émis le vœu que les facilitateurs, ensemble avec le comité de suivi, puissent “rapidement” venir avec « un chronogramme bien détaillé pour nous permettre d’aller de l’avant ».

 

Togo / Me Tchassona Traoré : « L’alternance est possible en 2020 »

Doit-on conclure à une victoire en demi-teinte pour la Coalition de l’opposition après la feuille de route proposée par les chefs d’Etat ouest-africains qui appellent à des élections cette année ? Me Mouhamed Tchassona Traoré pense tout le contraire. Pour le président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD), parti membre de la C14, la CEDEAO a plutôt indiqué la voie à suivre vers l’alternance au sommet de l’Etat en 2020. Dans un entretien avec Courrier d’Afrique, il revient sur les recommandations de la CEDEAO et le rôle que chaque Togolais doit désormais jouer pour voir s’opérer l’alternance dans moins de deux ans.

Courrier d’Afrique : La feuille de route proposée par la Conférence des présidents de la CEDEAO n’a pas pris en compte certaines revendications de la Coalition notamment l’exigence de la démission du chef de l’Etat actuel ou dans le meilleur des cas sa non-représentation à l’élection présidentielle de 2020. Cela ne laisse-t-il pas un goût d’inachevé ?

MouhamedTchassona Traoré : Le combat que mène la Coalition est d’abord un combat citoyen. C’est un combat de l’ensemble des Togolais. C’est un combat pour la construction d’un pays prospère. L’ensemble des Togolais voudraient voir l’alternance arriver assez rapidement dans notre pays. Il n’y a pas un seul acteur politique qui ne rêve pas de cette alternance-là. Le fait que cette revendication ne soit pas prise en compte dans les recommandations peut susciter des débats.

Du coup, beaucoup pensent que c’est encore le Syndicat des chefs d’Etat qui est venu consolider un des leurs. C’est aussi votre avis ? 

Il n’y avait que deux pays qui faisaient l’exception dans la sous-région, le Togo et la Gambie. A la veille de la présidentielle de 2015 au Togo, la question de la limitation des mandats dans tous les pays membres de la CEDEAO était sur le tapis. Qu’il vous souvienne que le président ghanéen, qui dirigeait la Communauté à l’époque, avait dit qu’ils allaient convoquer un sommet extraordinaire au lendemain de l’élection pour régler cette question. Mais le Togo et la Gambie avaient refusé de signer cette obligation de limitation des mandats. Alors, qu’est-ce que ces chefs d’Etat ont à gagner à vouloir maintenir un président au pouvoir ad vitam ? Ce qui manquait à la CEDEAO, ce sont des instruments juridiques qui lui auraient permis de mettre cette revendication sur la feuille de route. Il n’y a donc pas de raison de croire que ces Chefs d’Etat soient venus à Lomé pour consolider le pouvoir du président togolais.

Donc pour vous, avec cette feuille de route, la C14 n’a pas perdu face au pouvoir de Lomé ?

La feuille de route de la CEDEAO nous conforte dans les préoccupations premières du Groupe des 6 et de CAP 2015 et d’autres partis politiques qui pensent qu’avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles, avec ou sans l’obligation pour Faure Gnassingbé de se présenter, nous aurons l’alternance en 2020.  Il y a des réformes institutionnelles qui vont être faites en même temps que les réformes constitutionnelles. Les premières comprennent la recomposition de la CENI, la recomposition de la Cour constitutionnelle, la mise en place des mécanismes d’élections transparentes, le vote de la diaspora. Si chaque Togolais décide de jouer le rôle qui est le sien, d’exercer son droit fondamental pour les élections, il y a de fortes chances que l’alternance puisse arriver en 2020.

Nous croyons plutôt que quand on lit avec beaucoup d’intelligence les recommandations des présidents de la Communauté, si nous travaillons sur les repères qu’ils (les chefs d’Etat de la CEDEAO, ndlr) nous ont donnés, avec la volonté d’aller de l’avant, il y a de fortes chances qu’on puisse arriver à ces résultats ; et ceci avec l’accompagnement des facilitateurs et autres chefs d’Etat qu’ils vont mettre à nos côtés pour pouvoir améliorer cette feuille de route et aboutir aux résultats attendus.

Quelles sont,  selon vous,  les insuffisances de la feuille de route proposée par la CEDEAO ? 

La CEDEAO a joué sa partition, mais il me semble qu’on aurait gagné plus s’il y avait des précisions sur un certain nombre d’aspects. Je relève, au passage, deux essentiellement : celui du découpage électoral qui n’a pas été pris en compte dans la feuille de route de la CEDEAO. Le découpage électoral, dans sa forme actuelle, donne une représentation biaisée des élus à géométries variables ; ce qui ne donne pas une légitimité égale à l’ensemble des élus de la nation. Donc nous pensons que le découpage doit être repris pour qu’on aboutisse au moins à un quasi-équilibre qui respecte le principe de la légalité et de l’égalité. Je note également que le mot ‘possibilité’ qui a été mentionné dans la feuille de route pour nos compatriotes résidant à l’étranger de pouvoir voter, me pose un tout petit peu problème. Nous estimons que ce point aurait dû être exprimé en des termes beaucoup plus impératifs, parce que ‘possibilité’ est une ‘option’. Ça devrait être une obligation faite au gouvernement togolais de prendre toutes les dispositions pour que l’ensemble de nos compatriotes, où qu’ils se trouvent, puissent exercer leur droit de vote. Il est vrai que le droit de vote n’est pas obligatoire mais cela fait partie de nos revendications phares. A partir du moment cette revendication a été portée à la connaissance de la CEDEAO, il aurait été plus indiqué que cela soit exprimé avec fermeté pour éviter toute ambiguïté. Nous avons fort à craindre que le gouvernement n’évoque un certain nombre d’insuffisances au niveau structurel pour ne pas rendre effectif le vote de la diaspora.

La CEDEAO a fixé une date pour les législatives. Réaliste, cette date, selon vous ?

Au regard de la possibilité qui est donnée à nos compatriotes qui vivent à l’étranger de pouvoir voter et des dispositions qui doivent être prises pour acter et rendre effectif le vote de la diaspora, en plus de ce que nous devons faire en interne en termes de recensement, de réorganisation de la CENI, de la Cour constitutionnelle, la modification de la Constitution, il me semble que la date du 20 décembre est trop approximative.

Propos recueillis par Brice EKA

 

Togo: Me Tchassona condamne la violence d’où qu’elle vienne

Réagissant sur le sujet,  le président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD)  se dit profondément choqué. “Permettez-moi d’abord de citer Martin Luther King qui disait que “l’obligation de combattre le mal est aussi forte que l’obligation de faire le bien”. Ceci étant dit,  je condamne ce qui est arrivé à notre compatriote Gerry Taama,  un responsable politique de surcroît“, a-t-il déploré ajoutant que “rien ne saurait justifier que l’on puisse le violenter même si on n’est pas d’accord avec lui”. “C’est d’autant plus déplorable, regrette-t-il, que cette image nous vienne de Bruxelles,  symbole de la démocratie européenne“.

Me Tchassona salue la promptitude avec laquelle la situation a été maîtrisée pour limiter les dégâts. “Je tiens à remercier nos compatriotes qui ont su rapidement s’interposer pour que la situation ne dégénère pas. Je salue leur promptitude et leur sens de responsabilité“, a-t-il ajouté.

Condamnant la violence sous toutes ses formes, Me Tchassona s’insurge notamment contre les rafles policières et militaires dans certains quartiers de Lomé et de l’intérieur du pays.  “C’est inacceptable, ce qui se passe dans nos quartiers où sous prétexte d’un contrôle d’identité,  les forces de l’ordre et de sécurité procèdent à des rafles systématiques.  Il faut que cela cesse car c’est aussi de la violence exercée sur nos concitoyens“, a-t-il poursuivi expliquant que tout cela met à mal la cohésion sociale et porte donc un coup à la construction de la démocratie.

Sur la question des élections, objet de la “discorde” entre Gerry Taama et ceux qui l’ont agressé dans la capitale belge,  le patron du MCD estime que “le principe d’élections ne saurait être un problème pour les démocrates togolais. Mais les conditions d’organisation de ces élections et les résultats qui en sortent ont toujours été sujets à caution au Togo. Leur résolution durable figure au titre des revendications de la classe politique de l’opposition et de la Société civile“.

Exclusif/Me Tchassona Traoré: “l’ouverture du dialogue à d’autres acteurs ne changera rien à la pertinence de nos revendications “

Courrier d’Afrique: Le dernier sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao n’a fait que des recommandations à minima sur le dossier togolais. Le cri de cœur de la coalition des 14 n’a pas été entendu?

Me Mouhamed Tchassona Traoré: Cher ami, la communauté internationale est constituée sur la base du droit et des principes. Elle a sa charte qui fonde son mode d’action. Il est vrai, le cas togolais ne peut laisser personne indifférent. La première analyse : effectivement nous (la coalition des 14, ndlr) avons lancé un appel à la Cedeao pour lui demander de se pencher sur le dossier togolais. A mon avis, si notre demande n’apparaît pas dans la déclaration finale, il n’est pas exclu qu’il soit pas évoqué dans les débats. Ceci peut s’expliquer  et aussi s’analyser au regard de l’ordre du jour du Sommet qui était peut-être déjà arrêté et connu de tous avant la tenue de ce sommet.

Deuxième chose, les partenaires de ces institutions internationales, ce sont les gouvernements. Donc c’est le gouvernement togolais qui est partenaire de la Cedeao. Qui plus est, c’est le président togolais qui est le président en exercice de cette institution. Vous comprendrez que, s’ils ont un ordre du jour déjà arrêté, et surtout que nous (opposition, ndlr) ne sommes pas représentés, (je ne sais même pas de quelle manière nous aurions pu être être invités), ils n’aient pu discuter que sur les seuls faits et rapports qu’ils ont recueillis des différentes missions des partenaires qui se sont intéressés à la crise togolaise et du Gouvernement Togolais .

Quant à la déclaration qui en est issue sur le Togo, ce serait trop hasardeux de croire que c’est un camouflet pour l’opposition togolaise ou un appui au gouvernement togolais. Bien sûr qu’ils nous invitent au dialogue; ça, c’est déjà connu de tous. Ils parlent d’un dialogue inclusif pour qu’on puisse débattre de toutes les questions pour aller vers des réformes politiques et institutionnelles dans l’intérêt supérieur notre pays , pour que la crise puisse être derrière nous.

Il faut également remarquer qu’à la lecture du communiqué final de la Cedeao, il ressort qu’un certain nombre de chefs d’Etat ont été mandatés pour suivre l’évolution du dossier togolais. A l’analyse, la mise en place de cette commission de chefs d’Etat nous écarte de toute médiation ou facilitation directes , nous renvoyant de facto, nous Togolais, vers une solution interne, c’est-à-dire, que prenions en main notre propre destin. C’est à ce niveau que nous devons tous faire preuve d’audace, une audace intelligente qui transcende les clivages, les barrières pour prendre en compte un élément essentiel qu’est l’amour de notre patrie, pour allers à une solution négociée afin de sortir notre pays de la situation actuelle.

Pour vous, c’est quoi prendre en main son propre destin? Bref, qu’entendez-vous par solution négociée?

La Cedeao a montré la voie. Pour elle, la seule et unique voie de sortie de crise, c’est le dialogue. Et quand elle parle de dialogue inclusif, c’est que tous les acteurs se mettent autour d’une table pour discuter.

Permettez-moi de vous interrompre, Me Tchassona. Quand vous parlez de tous les acteurs, vous parlez de qui? La coalition, dont votre parti est membre, n’envisage un possible dialogue qu’entre elle et le parti au pouvoir.

Vous savez, la Cedeao propose que les débats doivent être ouverts à tous ceux qui peuvent contribuer à la résolution de cette crise. Quelle est la finalité du dialogue? Ce sont les réformes. Notre base de revendications reste l’Accord politique global qui préconisait qu’il faut un consensus pour aller à ces réformes-là. Qu’il ne vous échappe pas qu’il y a des mécanismes pour faire les réformes: la phase parlementaire ou celle référendaire. Si les conclusions du dialogue  doivent passer par l’Assemblée nationale, cela suppose que les partis parlementaires puissent d’abord s’accorder sur le contenu du texte. Or dans le schéma actuel, il y a par exemple l’Union des forces de Changement (UFC) qui n’est pas membre de la coalition. Pour  rechercher un large consensus à l’Assemblee Nationale pour l’adoption de la réforme, nous ne pourrons écarter la contribution de l’UFC. Même si un parti parlementaire non membre de la coalition n’a qu’un seul député, nous avons besoin de cette voix pour y arriver. C’est pour cela que je parlais plus haut de la nécessité d’ avoir de l’audace. Nous devons avoir l’audace pour comprendre que le seul intérêt qui vaille, c’est celui du Togo.

Aujourd’hui, le débat se cristallise autour des acteurs du dialogue. Mais le pouvoir, lui, semble prêt à aller à ce dialogue, surtout après ce qu’on peut appeler le blanc-seing de la Cedeao.

Ma crainte, c’est que le gouvernement poursuive le processus du dialogue au cas où il ne s’entendrait toujours pas avec notre coalition, et qu’il aille discuter du projet de loi avec d’autres acteurs, pour soumettre le projet de réforme à la majorité mécanique qu’il a à l’Assemblé nationale puis au référendum. Ce qui conduirait au pourrissement de la situation. La conséquence prévisible pour la coalition pourrait conduire à une montée en puissance par la coalition, dans ses  revendications. Mais au final, qu’est-ce que cela peut apporter si ce n’est que nous créer beaucoup de difficultés sur le calendrier électoral, puisque 2018 est une année électorale avec les législatives et certainement les locales. C’est là où j’ai beaucoup de craintes pour mon pays, car la crise pourrait s’aggraver.

Me Tchassona, à vous entendre parler, on a l’impression que que votre voix est dissonante de celle de la coalition!

Je puis vous rassurer d’une chose, la coalition est composée de gens responsables portés par des convictions fortes pour ce pays et nous savons faire la part des choses. Je tiens à vous dire que je n’ai pas de crainte en cas d’ouverture du dialogue à d’autres acteurs. La coalition pèsera de tout son poids dans l’argumentation et la pertinence de nos revendications dont la légitimité est partagée par l’immense majorité de nos populations, puissent aboutir. Pourquoi? D’abord nous avons eu l’expérience des travaux lors de l’atelier du HCRRUN, les partis supposés proches du pouvoir n’ont pas hésité à se ranger et défendre les revendications légitimes, pertinentes portées par les partis d’opposition lors de cet atelier et il faut ajouter que les revendications ont l’adhésion de la plupart de nos compatriotes. Ce n’est pas parce qu’on aura ouvert le dialogue à d’autres formations politiques que ça changerait grand-chose à la pertinence et à la légitimité de nos revendications. Donc quelle que soit la configuration du dialogue, la coalition gardera toujours ses bonnes ressources pour faire avancer dans le bon sens les discussions pour que les réformes qui seront faites répondent aux attentes des populations.

Le départ de Faure Gnassingbé fera-t-il aussi partie de votre plateforme revendicative lors de ce dialogue?

Je pense que quand on aborde une phase conduisant au dialogue dans la  crise comme la nôtre, il faut bien se garder d’évoquer des sujets qui peuvent être préjudiciables pour la bonne  suite des événements. C’est pour cela que je m’abstiens de me prononcer pour le moment sur cette question. Ce qui est important, c’est que quand on parle de dialogue inclusif, il s’entend non seulement des acteurs, mais également de tous les sujets qui peuvent être débattus. Même s’il y a une telle exigence, rien n’empêche qu’elle puisse être discutée au cours du dialogue. Le contenu du dialogue, s’il faut en parler maintenant, ce ne sera que pure spéculation. Il s’agit d’un dialogue inclusif à double titre, tant au niveau des acteurs que s’agissant des sujets à aborder. Donc le moment venu, quand le dialogue se mettra en place, aucun sujet ne sera tabou.

La revendication relative à la démission de Faure Gnassingbé, élu pour un mandat qui finit en 2020, ne rend-elle pas l’opposition inaudible auprès de la communauté internationale?

Vous savez, nous sommes en politique. A l’opposé des exigences de l’opposition, le pouvoir aussi a exprimé une posture maximaliste. Le président de la république, dans son interview à Jeune Afrique, a déclaré que sa non candidature en 2020 n’est pas encore un sujet de préoccupation . C’est aussi là une posture maximaliste. Nous sommes dans un débat politique où chacun veut tirer le maximum de son côté. Il faut le comprendre ainsi.

Parlant justement de cette interview, pensez-vous que la candidature ou non du chef de l’Etat actuel en 2020 est un sujet prioritaire?

Nonobstant ce que j’ai dit plus haut, en affirmant qu’aucun sujet ne sera tabou au cours du dialogue, il me semble que nous passons à côté d’autres éléments essentiels qui doivent être convoqués dans notre démarche vers l’alternance au sommet de l’Etat. Je parle notamment du changement de mentalités des Togolais à transcender tous les clivages régionalistes, ethniques et religieux. Je pense à la nécessité de peser lors du Dialogue aux modifications institutionnelles pour se doter d’un cadre et processus électoraux fiables et transparents, Je pense à l’éveil de la conscience citoyenne chez tous les Togolais de l’intérieur et de l’extérieur à prendre toute la mesure du droit de vote qui devrait sonner au Togo plus qu’une simple faculté mais qu’une impérieuse obligation, afin d’ aller s’inscrire sur les listes électorales, à ne plus céder au son de cloche tendant à faire croire que les élections ne servent à rien dans notre pays, sous prétexte que les dés seraient pipés d’avance. Plus les Togolais iront s’inscrire massivement sur les listes électorales et s’acquitteront de d’aller voter massivement, plus grandes seront les chances d’une alternance pacifique au Togo. Si nous arrivons, au cours de ce dialogue, à obtenir les conditions d’organisation d’une élection transparente, l’alternance  est possible même si le chef de l’Etat actuel, par extraordinaire, se représente en 2020. Voilà des choses auxquelles nous devons réfléchir, auxquelles la presse doit sérieusement réfléchir pour faire comprendre à nos compatriotes qu’ils doivent déjà se mettre en ordre de bataille pour les élections à venir. Le peuple doit comprendre qu’il est l’arbitre du jeu électoral, et cela se passe lors des élections.

En clair, à côté des manifestions de rue, il faut déjà commencer à mettre en place des stratégies de conquête du pouvoir par les urnes, c’est ça?

Bien sûr, nos  partis politiques travaillent  à cet effet, mais nous avons une difficulté. Vous savez, les réformes sont d’ordre constitutionnel et institutionnel. Dans le deuxième volet, il y a le cadre électoral et tout ce qui concerne les élections au Togo. Tout cela doit faire l’objet de débat lors du dialogue qui est annoncé de sorte que que l’ensemble des questions qui bloquent notre avancée politique puissent être réglées. Il y a également des mesures d’ordre réglementaire qui doivent être prises pour favoriser le vote de nos frères et soeurs  de la diaspora, qui sont très nombreux d’ailleurs, afin qu’ils puissent enfin participer eux aussi au débat politique de leur pays.

Certains acteurs parlent de transition comme passage obligé pour une sortie de crise. Sommes-nous dans ce schéma?

Il ne faut pas s’empresser de poser les résultats du dialogue avant le début du dialogue. Seul le dialogue nous orientera utilement sur ce que sera la suite des événements. Ce pourrait être un gouvernement d’union nationale pour accompagner la mise en oeuvre des réformes. Or quand on parle de gouvernement de transition, cela suppose que toutes mes institutions sont mises en berne, en attendant qu’un arrangement politique puisse être trouvé. Qu’il nous souvienne qu’en 2006, à la suite du dialogue inter Togolais, il y a eu un gouvernement d’union nationale piloté par Me Yawovi Agboyibo, chargé de la mise en oeuvre des réformes. Malheureusement les blocages qui sont intervenus par la suite n’ont pas permis de réaliser ce cahier de charges. Si tant est que nous voulons aller à ce dialogue, avec toute la volonté qui doit caractériser l’ensemble des acteurs, nous devons faire en sorte que cette fois, ce soit le dernier des dialogues.

Une question sur un autre sujet de l’actualité nationale, le ministre de la Sécurité, Damehane Yark, considère vos manifestations comme des foires de commerce de stupéfiants.

Là, ça pose un véritable problème d’organisation de l’Etat togolais. Le ministère de la Sécurité a en charge la lutte contre ce genre de fléaux dans le pays. Nos manifestations se passent-elles hors des frontières de nos villes contrôlées par les forces de sécurité? Si le ministre pense  que c’est lors de nos manifestations que se fait le commerce de ces stupéfiants, cela dénote une faiblesse dans le dispositif sécuritaire du pays. Le gouvernement ne peut pas accuser l’opposition de favoriser le commerce d’un produit dont il a pourtant mission de lutter contre la commercialisation en amont et en aval.