Présidentielle au Togo : une campagne électorale à deux vitesses

Accusée d’utiliser les moyens de l’Etat en faveur de son candidat, l’Union pour la république (UNIR) se défend. “Que ceux accusent UNIR d’utiliser les moyens de l’Etat apportent la preuve de leurs accusations”, réagissait récemment le ministre Trimua. Il est donc de bon aloi que certains exemples soient cités pour convaincre Christian Trimua qui a expliqué que ce sont des militants et cadres de UNIR qui ont personnellement mis leurs propres moyens dans la campagne de Faure Gnassingbé.

Le code électoral togolais, en son article 92, dispose que “pendant la durée de la campagne électorale, des emplacements spéciaux seront réservés dans chaque circonscription électorale par l’autorité compétente pour l’apposition des affiches électorales. Dans chacun des emplacements, une surface égale est attribuée à chaque candidat ou liste de candidats; tout affichage relatif aux élections, même par affiches timbrées, est interdit en dehors de ces emplacements ou sur les emplacements réservés aux autres candidats”.

La mairie de Lacs 1 dirigée par, Alexis Aquereburu, un cadre de UNIR, est-elle un bien privé ou public? Le personnel qui y travaille le fait-il pour un parti politique ou pour l’Etat togolais? Que dire des affiches de campagne de Faure Gnassingbé placardées sur la clôture de la mairie de Kloto 1 ? Quid des écoles publiques dont les bâtiments ont été soudainement peintes en bleu et blanc en lieu et place du jaune et marron habituels? Le bâtiment du nouveau collège d’enseignement général jouxtant l’école primaire publique de Soviépé, dans la commune d’Aflao Gakli en est une illustration.

Il est aussi loisible de constater que des écoles sont fermées avec des élèves habillés aux couleurs du parti au pouvoir. Une violation de l’article 36 de la Constitution togolaise qui dispose que “l’Etat protégé la jeunesse contre toute forme d’exploitation ou de manipulation”.

Pourquoi la cérémonie d’inauguration du centre médico-social d’Akoumapé dans la préfecture du Vo récemment par le chef de l’Etat ressemblait-elle plus à une activité politique du parti UNIR qu’à une cérémonie officielle qui engage l’Etat togolais? L’hôpital de Kpendjal peint aux couleurs du parti au pouvoir et récemment inauguré ne participe-t-il pas des moyens de l’Etat qui servent de publicité électorale?

Même le sport est mis à contribution. Samedi à Atakpamé, Faure Gnassingbé a inauguré la nouvelle pelouse synthétique du stade de la ville. A ses côtés, il y avait le président de la Fédération togolaise de football (FTF), Guy Akpovy, et des gardes du corps habillés en militants UNIR.

Les fonctionnaires qui sont militants de l’ANC, MPDD, MCD, PSR, Santé du Peuple, ADDI, peuvent-ils venir au bureau habillés en t-shirts du candidat de leurs partis respectifs, ainsi que le font ceux qui soutiennent Faure Gnassingbé? Pis, il a été demandé aux fonctionnaires de l’Etat de “descendre sur le terrain”.  Actuellement, beaucoup battent campagne pour le candidat de UNIR.

Quand la télévision nationale fait de “grands dossiers” sur les réalisations du gouvernement en période électorale, il s’agit d’un déséquilibre du temps d’antenne accordé aux candidats et donc d’une mise à profit d’un moyen de l’Etat au profit d’un candidat.

Lors des meetings de campagne du parti au pouvoir, il n’est pas rare de voir des agents des forces de sécurité nationales habillés aux couleurs de UNIR. Sont-ils des agents de sécurité privés avec des outils de l’Etat ou des fonctionnaires de la Grande muette soutenant un candidat comme on a pu le voir lors de l’investiture du candidat Faure Gnassingbé, avec des forces de défense et de sécurité, hilaires, scander “un coup KO”?

Le financement public n’est pas une faveur du gouvernement

Aucun des sept candidats n’a encore eu les fonds du financement public promis par le gouvernement.  “On a dû réduire les meetings, déclare-t-il. Au lieu de faire des grands meetings, on fait des petits meetings. Chaque candidat aujourd’hui fait avec les moyens du bord. Il s’agit souvent de la participation des amis. Il y a des gens généreux parfois qui apportent leur soutien à des candidats”, s’est plaint lundi Mouhamed Tchassona Traoré, candidat du Mouvement citoyen pour la démocratie (MCD).

Même Christian Trimua, qui joue le porte-parole de Faure Gnassingbé, le président sortant, s’en plaignait ce lundi. “Nous demandons au gouvernement de faire en sorte que nous puissions rentrer dans nos fonds”, s’est lamenté le ministre des Droits de l’homme. Une façon en réalité assez ironique pour lui de répondre à ceux qui accusent le président-candidat de rouler sur les moyens de l’Etat.

La campagne électorale a officiellement démarré le 06 février, mais les fonds du financement public dorment toujours au trésor public. Or, la loi n° 2013-013 du 07 juin 2013 portant financement public des partis politiques et des campagnes électorales dispose que “l’Etat contribue au financement des campagnes électorales des partis et regroupements de partis politiques ainsi que des candidats ou listes de candidats dans le cadre des élections législatives et présidentielles. Le montant de cette contribution est inscrit dans la loi de finances de l’année de l’élection visée. S’il n’a pas été prévu dans la loi de finances de l’exercice en cours, ce montant est fixé par décret en conseil des ministres”.

Le conseil des ministres du 5 décembre 2019 a fixé à 500 millions de francs CFA le montant du financement de la campagne électorale de la présidentielle du 22 février. Ce décret n’ayant pas encore été mis en application, c’est à une campagne à deux vitesses qu’on assiste depuis le début.

A trois jours de la fin de la campagne, même s’ils reçoivent le financement public, les candidats de l’opposition partent à une compétition sans armes égales. Dans ce cas, est-il envisageable que Jean-Pierre Fabre, Agbéyomé Kodjo, Mouhamed Tchassona Traoré, Aimé Gogué, Komi Wolou et Georges Kuessan, dans un élan de solidarité, décident de suspendre leur campagne et exiger que les pendules soient remises à l’heure? Qui des six candidats pour oser le pas vers les autres? L’opposition togolaise est à l’épreuve de son leadership.

Ambroise D.

 

 

 

 

 

 

 

Présidentielle au Togo: Tchassona Traoré face à la jeunesse ce mardi

“La jeunesse à l’écoute des candidats”, c’est le thème de cette rencontre organisée par le CNJ et les réseaux de jeunes partenaires, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans le cadre de dialogue constructif entre les jeunes et les leaders politiques.

Il s’agit pour les jeunes venus de divers bords politiques et horizons professionnels de poser des questions aux sept candidats aux élections présidentielles, sur les grandes lignes de leurs projets de société respectifs et surtout la place qu’occupe la jeunesse dans ces programmes politiques.

Occasion toute trouvée pour Tchassona Traoré d’exposer les grands axes de son programme électoral qui met un accent particulier sur l’adéquation formation-emploi, la paix et sécurité, les droits de l’homme, l’environnement et la santé, l’équité genre.

“Je ne serai pas le président qui fera tout pour la jeunesse; je serai le président qui créera les conditions d’autonomisation de la jeunesse pour qu’elle se prenne en charge elle-même”, a dit Tchassona Traoré qui estime que “la lutte contre la corruption est une source énorme de richesse pour le Togo”.

Cet après-midi, ce sera le tour d’Agbéyomé Kodjo, candidat du MPDD avant le passage mercredi du candidat de l’ANC, Jean-Pierre Fabre, qui va se prêter à l’exercice suivant le programme du Conseil national de la jeunesse.

Présidentielle au Togo: Tchassona Traoré et son ambitieux projet de société

Réforme de l’administration publique et des forces de défense et de sécurité, renforcement de la décentralisation, emploi des jeunes à travers une réforme ambitieuse du système éducatif, lutte contre l’extrémisme religieux…, le projet de Mouhamed Tchassona Traoré se structure autour des secteurs clés susceptibles de redorer le blason du Togo et de redonner aux Togolais, des raisons de croire en une vie meilleure.

Réconcilier les Togolais 

S’il est élu le 22 février prochain, ce notaire promet d’œuvrer à l’unité et la réconciliation nationale à travers la mise en place d’une grande Commission de réconciliation nationale qui parachève les travaux de la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR). Son slogan de campagne en dit long sur sa volonté de raccommoder le tissu social en lambeaux du fait de l’injustice sociale érigée en mode de gouvernance au Togo : “brisons les murailles, remblayons les fossés, construisons des ponts”.

Fusionner la police et la gendarmerie

Sous la présidence Tchassona Traoré, la police et la gendarmerie ne formeront qu’un seul corps, c’est-à-dire une police spéciale, le reste des effectifs actuels devant être reversé au corps des sapeurs pompiers dont les services seront démultipliés dans les préfectures et communes du pays pour répondre en temps réel et plus efficacement aux besoins des populations.

L’emploi des jeunes

L’emploi des jeunes figure également en bonne place dans ce projet de société qui s’étale sur une cinquantaine de pages. Le candidat entend, à cet effet, s’assurer de l’adéquation entre la formation et le marché de l’emploi en redéfinissant les curricula de formation et en mettant un accent particulier sur la formation technique et professionnelle tout en créant des mécanismes de partenariat efficace entre le secteur de l’enseignement public et privé.

Lutte contre l’extrémisme religieux

Quant à l’extrémisme religieux, devenu un phénomène international qui n’épargne aucune nation, Me Tchassona Traoré fait des propositions assez intéressantes. Il envisage par exemple la création d’un Conseil national des cultes qui réunit les responsables de toutes les religions du Togo, pour garantir le caractère laïc de l’État togolais.

Finances publiques, justice, équité genre…

L’assainissement des finances publiques, la revalorisation du secteur minier, la relance de l’industrie culturelle et artistique, le combat pour l’égalité homme – femme constituent autres idées forces du programme électoral de celui qui veut aussi réformer la justice togolaise dont il est lui-même un professionnel en convoquant les états généraux de la justice pour asseoir les bases d’une nouvelle justice qui garantisse véritablement au service de chaque justiciable.

Pour avoir le mandat du peuple afin de réaliser son rêve pour le Togo, le candidat malheureux à la présidentielle de 2015 et son équipe de campagne entendent faire du porte-à-porte pour expliquer aux populations la nécessité pour elles de sortir massivement le 22 février pour aller voter.

 

Le coup KO de UNIR est un acharnement psychologique”, Tchassona Traoré

Comment l’opposition togolaise compte-t-elle battre Faure Gnassingbé, le candidat du parti au pouvoir, déjà donné grand vainqueur du scrutin du 22 février, par ses supporters qui crient au “coup KO” ? Il n’y a pas de magie; les Togolais doivent sortir massivement pour aller voter. “Quelles que soient les élections, UNIR n’a jamais gagné au-delà d’un certain nombre de voix. Dans la commune Tchaoudjo 1 lors des dernières élections municipales par exemple, sur les 68.000 inscrits, seuls 20.000 électeurs ont voté effectivement. Le parti au pouvoir a obtenu 11.000 voix pour avoir 8 sièges. Vous imaginez ce que UNIR aurait obtenu si au moins 50.000 électeurs étaient sortis pour aller voter?”, s’est interrogé le président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD) sur Victoire FM ce lundi matin.

D’après Me Tchassona Traoré, les Togolais ne doivent pas céder à cet “acharnement psychologique savamment orchestré par UNIR pour saper leur moral”. “Ils (UNIR, ndlr) nous disent qu’ils ont fait ci, ils ont fait ça, alors que nous tous savons très bien que ce n’est pas vrai. Donc le refrain “un coup KO” participe d’une stratégie dont on connaît le dessein”, a-t-il expliqué.

Pour cela, l’initiative du ‘Front du consensus’ de Me Zeus Ata Messan Ajavon qui veut amener les candidats de l’opposition à mutualiser leurs moyens, est à saluer. “C’est erroné de croire que l’opposition a laissé le terrain politique au parti au pouvoir. Nous travaillons, à notre manière, à mettre en place des structures sur l’ensemble du territoire pour amener un plus grand nombre à aller voter. Si les candidats de l’opposition que nous sommes, se mettent ensemble sur le terrain en termes de présence dans les bureaux de vote, en plus d’une grande mobilisation des Togolais, il n’y a pas de bonnes raisons pour que l’alternance ne soit pas possible”, a-t-il expliqué.

Par ailleurs, le natif de Sokodé demande la levée de l’état de siège imposé à Sokodé, Bafilo, Mango depuis le 19 août 2017, pour le bon déroulement de la campagne électorale et pour permettre aux citoyens de ces localités d’exercer leur droit de vote.

Répondant à ceux qui l’accusent de s’en prendre à Agbéyomé Kodjo, candidat de Mgr Kpodzro, le candidat du MCD s’explique : “Agbéyomé Kodjo est un frère togolais. Je n’ai aucune récrimination contre sa personne. Loin de là ! Ce que je reproche dans le choix d’Agbéyomé Kodjo, c’est le processus conduit par Mgr Kpodzro qui viole le principe de la laïcité du Togo”.

Togo | Présidentielle 2020: Vers une mutualisation des moyens des candidats de l’opposition

 

La photo a fait le tour des réseaux sociaux mardi soir. On y voit Jean-Pierre Fabre, le candidat de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), entouré de Pr Komi Wolou, porte-flambeau du Pacte socialiste pour le renouveau (PSR), Aimé Tchabouré Gogué qui défend les couleurs de l’Alliance pour la démocratie et le développement intégral (ADDI) et un représentant de Mouhamed Tchassona Traoré, candidat du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD).

Pour beaucoup, il s’agit des prémices d’une fusion de ces candidatures au profit sûrement de Jean-Pierre Fabre. Mais en réalité, il n’en est rien. Néanmoins, les quatre candidats en plus de Georges Kouessan du parti ‘Santé du Peuple’ pourraient se soutenir sur le terrain de la campagne électorale.

Cette initiative portée par Me Zeus Ata Messan Ajavon et qui est adressée à l’ensemble des candidats de l’opposition, consistera, si elle aboutissait, pour chaque candidat d’œuvrer, dans son fief, à la victoire de toute l’opposition.

En effet, n’ayant pas les moyens de se faire représenter dans tous les bureaux de vote, les candidats de l’opposition pourront compter sur les délégués de chacun de leurs partis. En d’autres termes, là où il est absent, le MCD par exemple peut compter sur le délégué de l’ANC et inversement. L’objectif étant de veiller à la transparence du scrutin.

Candidat désigné par Mgr Kpodzro, Agbéyomé Kodjo a déjà enregistré des soutiens. Brigitte Adjamagbo Johnson, coordinatrice de la défunte Coalition des 14, est actuellement la porte-parole de l’ancien premier ministre. Dans cette situation, monsieur Kodjo pourra-t-il se mettre dans la dynamique de Me Ajavon? En tout cas, le patron du MPDD ne considère pas Jean-Pierre Fabre comme un adversaire.

Une chose est sûre, il ne s’agit pas de fusionner les candidatures derrière un seul candidat. L’alternance étant l’objectif de chacun des six candidats de l’opposition, l’initiative de Zeus Ajavon ne devrait pas avoir des difficultés à prospérer. Face au pouvoir en face dont le candidat est déjà donné vainqueur par ses soutiens.

Ambroise DAGNON

Candidature unique de l’opposition : Ce que Me Tchassona et Mgr Kpodzro se sont dit jeudi

Exactement six jours après l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle du 22 février 2020, Mouhamed Tchassona Traoré a rencontré Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, jeudi 26 décembre 2019. Les deux hommes ont de nouveau échangé autour de la problématique de la candidature unique de l’opposition si chère au prélat.

“Je me sens vraiment honoré de votre présence chez moi ce soir. Malgré votre âge et mon instance à me déplacer moi-même, vous avez tenu à venir ici”, a déclaré d’emblée Me Tchassona Traoré qui compare “le patriarche” au Moro Naba. “Le Burkina a le Moro Naba; le Togo a Mgr Kpodzro”, a-t-il dit.

Pour le candidat du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), l’ancien président de la Conférence nationale est un “symbole du combat pour l’alternance” qui a repris son bâton de pélerin, à moins de deux mois des élections, pour que le Togo sorte de “l’ornière”.

Le prélat a rappelé que Tchassona Traoré fait partie de “ceux qui veulent le bien de ce pays” et qu’il a tenu à rencontrer, expliquant que la foi en Dieu est “l’élément nouveau” qui doit faire naître l’espoir en chaque Togolais en l’alternance l’année prochaine.

Abordant l’objet de leur rencontre, Marc Mondji a expliqué que “la candidature unique de l’opposition a le mérite de permettre un maillage du terrain politique” et que Mgr Kpodzro n’a pas “renoncé à son objectif de départ, celui de réunir toute l’opposition derrière un candidat unique”. Il a insisté sur la nécessité pour le probable futur candidat unique de l’opposition d’être un homme expérimenté. “Si celui qui viendra après UNIR n’a pas l’étoffe nécessaire, il lui sera difficile de gouverner ce pays étant donné le gouffre que ce régime est en train de creuser avant de s’en aller. Ce sera plus facile pour lui de quitter le pouvoir puisqu’à ce moment, UNIR sera dans l’opposition avec tous les moyens qu’il a amassés”, a expliqué le bras du prélat.

Me Tchassona, qui ne “rejette pas la démarche du prélat”, s’interroge sur les critères objectifs de désignation de cet oiseau rare dont il faudra convaincre la base électorale. Il a également convoqué quelques faits historiques pour expliquer que la candidature unique de l’opposition n’est pas une invention de 2019 et que cela a déjà montré ses limites notamment pour les élections présidentielles de 1993 avec l’affaire Djobo Boukari et le désistement in extremis d’Edem Kodjo, alors candidat du COD II.

Le patron du MCD propose en revanche “une mutualisation des moyens de l’opposition” de sorte à avoir des représentants dans tous les bureaux de vote. “Il faut signer une charte de mutualisation de nos moyens. Si nous arrivons à faire cela, il n’y a pas de raison qu’un candidat de l’opposition ne se dégage pas pour être soutenu par l’ensemble des partis d’opposition en vue d’une victoire au second tour”, a-t-il indiqué.

Lors de son investiture comme candidat de son parti à la présidentielle de 2020, Me Tchassona a rendu hommage à Mgr Kpodzro dont il salue la sagesse la force et l’abnégation pour l’avènement d’un Togo nouveau.

Ambroise DAGNON

Présidentielle 2020: Me Tchassona Traoré, le candidat qui se dresse contre le défaitisme

Mouhamed Tchassona Traoré est candidat à l’élection présidentielle du 22 février 2020. Il a été investi par son parti, le MCD, Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement, à l’issue d’un conseil national organisé samedi à Lomé, autour du thème “Pour un autre Togo, brisons les murailles, remblayons les fossés, construisons les ponts”.

Me Tchassona Traoré est bien conscient que la présidentielle de 2020 “intervient dans un contexte assez particulier où la colère du peuple devient de plus en plus grande”.

Les événements qu’a connus notre pays depuis le 19 août 2017 doivent servir de leçon aux uns et aux autres pour que, celui qui aura la lourde charge de diriger les Togolais pour le prochain quinquennat, comprenne qu’il n’a pas droit à l’erreur”, a-t-il déclaré après avoir fait le diagnostic de la situation politique du Togo marquée par “l’absence de véritables programmes de développement qui prennent en compte les aspirations profondes du peuple, injustices sociales érigées en mode de gouvernance, déséquilibre profond entre les couches sociales, absence d’une justice équitable, manque de confiance entre les gouvernants et les gouvernés, climat de méfiance et de suspicion généralisé” creusant davantage le fossé “entre les Togolais considérés comme à part entière et les Togolais qui ont le sentiment d’être des citoyens de seconde zone”.

Une 17e candidature qui pourrait interroger ceux qui soutiennent que l’émiettement des voix est une chance donnée au candidat du parti au pouvoir. “Même si le passé électoral du Togo est suffisant pour incliner le peuple au défaitisme et au fatalisme, nous devons reconnaître que la gouvernance durant les cinq prochaines années ne peut plus se faire comme avant. Cela est une nécessité voire une obligation. C’est même incourtounable”, se défend le candidat malheureux à la présidentielle de 2020. Et d’ajouter qu’“aucune victoire écrasante n’est possible en 2020. Oui, il y aura un vainqueur; mais les autres ne seront pas des vaincus. Ils auront leur mot à dire dans la gestion des affaires.”

Pour cela, Me Tchassona Traoré insiste, comme à son habitude, sur l’indispensable “mobilisation massive” des Togolais pour barrer la voir au parti au pouvoir qui “ne gagne que sur le fil du rasoir”.

Convaincu que l’alternance est possible l’année prochaine grâce à une forte mobilisation des électeurs, le porte-flambeau du MCD a rendu hommage à Msg Kpodzro qui, malgré le poids de l’âge, a pris sur lui de rassembler les forces progressistes autour d’un candidat commun. “Même si cet idéal n’est pas atteint dans la perspective du premier tour de la présidentielle, les efforts de Mrg Kpodzro ne seront pas vains pour l’issue du scrutin et la suite du combat pour l’alternance”, a-t-il conclu.

Juanita KUAKUVI

 

 

 

Togo : « L’abstention est le premier adversaire de l’opposition», Tchassona Traoré 

Il n’est certainement pas la voix la plus écoutée de l’opposition togolaise mais chacune de ses sorties médiatiques mérite qu’on y fasse un arrêt. Mouhamed Tchassona Traoré analyse le processus électoral en cours. Pour le président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), l’idée de candidature unique de l’opposition est un faux débat qui éloigne des vrais enjeux du scrutin à venir. Comme toujours, il insiste sur la mobilisation des Togolais, condition indispensable selon lui, pour rêver d’une alternance en 2020.

C’est dans un récent entretien à la chaîne YouTube de l’agence de presse Afreepress qu’il s’est exprimé sur le processus électoral en cours. D’abord, s’agissant de la candidature unique de l’opposition, le patron du MCD pense que c’est « une idée très séduite pour épater l’opinion ». « L’idée est bonne mais le problème reste comment y arriver. Il faut des préalables : faire l’inventaire  des forces progressistes qui veulent le changement, définir ensemble les critères objectifs de désignation du candidat unique. Or en politique, la subjectivité prend souvent le dessus sur l’objectivité. C’est ce qui rend l’équation très difficile parce qu’on ne sait jamais ce que l’autre pense, on ne sait pas ce qui fonde la volonté de l’autre ni quels sont ses objectifs », a-t-il analysé.

La candidature unique de l’opposition serait même une entorse à la liberté de choisir des militants de l’opposition dans le contexte actuel, aux yeux de Me Tchassona Traoré. «Nous nous sommes battus pendant longtemps pour obtenir le scrutin à deux tours, assure-t-il. Alors pourquoi ne pas laisser les gens se mobiliser derrière leur candidat au premier tour pour ensuite faire bloc autour du candidat de l’opposition qui viendrait en tête pour le second tour ? »

Une position qui, a priori, contraste avec la participation du MCD à la dernière rencontre initiée par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro au sujet de la désignation d’un candidat unique de l’opposition. « Nous avons répondu à l’appel de Mgr Kpodzro par respect pour l’autorité morale qu’il incarne et aussi pour son rôle à un moment donné de notre histoire politique, explique-t-il. Nous avons écouté, mais nous estimons que ce n’est pas le moment de s’enfermer dans une démarche qui n’aboutira pas. La preuve en est qu’il y a beaucoup de candidatures qui s’annoncent, mais comment convaincre les gens de retirer leur candidature au profit d’un candidat unique, a fortiori un candidat qui ne soit pas politique? »

En effet, le bruit court que la coalition des partis d’opposition chercherait à faire du Prof Kako Nubukpo, son candidat unique pour 2020. « En Afrique, on biaise le problème. Lorsque vous allez chercher des gens qui ne sont pas politiques, qui n’ont pas été pétris dans le débat politique, qui n’ont pas été éprouvés par toute cette expérience que nous avons ; quand vous avez des gens qui arrivent de nulle part pour être au perchoir, ils ont des difficultés à gouverner. On le voit à côté (Patrice Talon au Bénin, ndlr) », analyse Me Tchassona.

Pour une victoire de l’opposition en 2020, il est nécessaire, selon ce notaire, de recentrer le débat. D’abord la bataille pour la transparence du jeu électoral, ensuite la mobilisation des citoyens. « Je ne suis pas un défaitiste qui croit que les choses sont faites d’avance. La victoire à une élection se joue à deux niveaux essentiellement. D’abord au niveau des règles du jeu électoral c’est-à-dire les conditions d’organisation. Voilà un terrain sur lequel  nous, partis politiques, devons nous battre. La deuxième chose qui est indispensable et incontournable, c’est la mobilisation du peuple. Si les discours défaitistes cessent et que le peuple se mobilise massivement pour minimiser l’impact de l’abstention, je crois que le miracle peut se produire en 2020 », assure-t-il.

Car, « le pouvoir ne gagne pas les élections parce qu’il a une certaine assise. Bien sûr, c’est  un vieux parti qui a ses structures, qui a ses éléments sur le terrain mais quand on analyse les scores aux différentes élections depuis 1993 à ce jour, les résultats du pouvoir sont cantonnés dans une fourchette donnée. Alors si les citoyens se font recenser massivement, ont leur carte d’électeur, vont s’exprimer dans les urnes le jour du vote, tout est possible. L’abstention est notre premier ennemi ».

Mouhamed Tchassona Traoré annonce le congrès de son parti pour les prochains jours. Pour annoncer sa candidature ? Demain n’est pas loin.

Togo: Après le recensement, le MCD exige la révision du chronogramme des élections

Après son dernier communiqué qui a suscité une vague de réactions au sein de la Coalition des 14 partis de l’opposition dont il est membre, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD) fait une nouvelle sortie. Alors qu’on croyait qu’il était dans une logique participationniste, le parti de Mouhamed Tchassona-Traoré exige plutôt du gouvernement, la révision du chronogramme électoral en vue d’obtenir un fichier électoral dépourvu de tout germe conflictogène.

Dans un nouveau communiqué de presse rendu public ce lundi, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie “se réjouit de ce que son appel du 14 novembre invitant les populations à saisir cette occasion à titre conservatoire, a été suivi“.

L’étape de la session de rattrapage des opérations de recensement étant passée, Tchassona Traoré et son parti s’attaquent désormais à un autre aspect du processus électoral en cours: le chronogramme des élections. “A présent, le MCD demande au gouvernement de revoir le chronogramme des élections législatives pour permettre à la CENI recomposée et aux experts de la CEDEAO de proposer aux Togolais un fichier électoral acceptable justifiant la convocation d’un corps électoral connu“, peut-on lire dans le document.

A cela s’ajoutent la libération des personnes arrêtées dans le cadre des manifestations politiques et la levée de l’état de siège dans les villes de Mango, Bafilo et Sokodé; ce qui constitue  “le minimum indispensable pour une élection crédible et apaisée“, aux yeux du MCD qui renouvelle par ailleurs son appel à la Communauté internationale, la CEDEAO en particulier, à “continuer à appuyer le Togo dans la quête de solution à la crise actuelle afin que les prochaines élections législatives puissent véritablement combler les attentes de la communauté nationale et internationale“.

Le 14 novembre dernier, le MCD, parti membre de la C14, avait appelé les Togolais à saisir ce qui apparaissait comme la dernière chance donnée par la CENI qui avait prorogé de trois jours, les opérations de recensement électoral. Une sortie qui a provoqué le courroux de la Coalition qui a promis des “sanctions appropriées” au parti de Tchassona Traoré.

Me Tchassona Traoré: « Ce n’est pas parce qu’on aura fait les élections que la crise sera derrière nous »

Cela fait bientôt un mois que la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a proposé aux acteurs politiques togolais une feuille de route pour une sortie de crise. Conformément à ce document qui appelle à des législatives le 20 décembre 2018, la Commission électorale nationale indépendante semble avoir mis sa machine en branle. Ce qui n’est pas du goût de la Coalition de l’opposition. Me Mouhamed Tchassona Traoré, un des responsables de ce regroupement, invite Kodjona Kadanga et ses collaborateurs à revoir leur copie au risque d’organiser un scrutin qui n’aura rien réglé à la fin.

Invité du D12, l’émission hebdomadaire de radio Pyramide Fm, dimanche dernier, le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (MCD) est encore revenu sur la feuille de route de la CEDEAO remise à la classe politique togolaise il y a bientôt un mois. « Malgré tout ce que nous vivons, la feuille de route reste une piste que l’ensemble des Togolais doivent explorer avec plus d’intelligence et de sens de compromis. Nous ne pouvons pas tout faire à la fois, et nous ne pouvons pas tout avoir à la fois. Cette feuille de route-là a apporté un certain nombre de constantes ; et si nous nous investissons à travailler pour que cela puisse aboutir, alors nous ferons du chemin vers une sortie de crise », a déclaré Me Mouhamed Tchassona Traoré.

Et pour que cette feuille de route soit explorée avec « intelligence et sens de compromis », le notaire estime que rien ne doit se faire dans la précipitation. Il invite donc la CENI  à écouter ceux qui ne sont pas contents d’elle, car, soutient-il, il ne sert à rien d’organiser des élections sans consensus surtout dans le contexte actuel. « …Ce n’est pas du tout aisé quand on voit qu’en attendant la mise en œuvre du chronogramme de la CEDEAO et de la mise en place du comité de suivi, la CENI fonce tout droit vers des élections d’une manière unilatérale. Et ça, je ne vois pas quel problème ça peut régler ».  « A quoi serviraient des élections tenues dans cet esprit de défiance permanente ? Ce n’est pas le fait d’avoir des députés élus, fussent-ils d’un camp ou après boycott, qu’on aura réglé le problème ».

Selon Me Tchassona Traoré, il est même techniquement improbable que les élections puissent être organisées le 20 décembre. « Pour aller à des élections, il faut d’abord faire le recensement, est-ce que le recensement des compatriotes de la diaspora est possible dans cet intervalle de temps ? Il y a également le retard pris dans la mise en place du comité de suivi de la feuille de route de la CEDEAO qui a également promis une assistance technique par rapport à ces élections. Va-t-on à ces élections avec un scrutin de liste ou un scrutin uninominal à deux tours ? Si c’est à deux tours, il faudra modifier la loi électorale qui existe aujourd’hui. L’ensemble de ces questions et bien d’autres encore ne sont pas encore réglées. Tout cela nous laisse croire que la tenue des élections le 20 décembre n’est pas possible ».

Ainsi, pour éviter de tourner en rond, le candidat malheureux à la présidentielle de 2015 a émis le vœu que les facilitateurs, ensemble avec le comité de suivi, puissent “rapidement” venir avec « un chronogramme bien détaillé pour nous permettre d’aller de l’avant ».