Une succession sans tambour ni trompette

Les paris sur l’incapacité du fils, Faure Gnassingbé, à tenir la barque pour longtemps, ont pris le dessus. Pour certains, il n’a pas été préparé pour le job, pour d’autres, il n’aura pas les “couilles nécessaires” pour tenir le fort, ce bien public devenu indivis.. La suite de l’histoire nous a démontré le contraire. Non seulement, il n’a pas changé d’un iota par rapport à sa discrétion, mais il a refondé le parti du père, en instillant du sang neuf dans son appareil politique.

Seize ans après la mort du Général Eyadéma, Faure Gnassingbé semble avoir opté pour le mentoring par rapport à sa succession.

Ils sont jeunes, brillants peut-être et pas tous, universitaires et autres, autour de lui, et s’imposent aujourd’hui par leurs œuvres, réalisations, et leur capacité à traduire de façon concrète la politique de leur chef, voire à assurer l’héritage au cas où le chef penserait à leur passer la main. À une date à fixer sur les calendes grecques.

Très révoltés contre la succession dynastique après la « catastrophe nationale » du 5 février, la plupart ont très vite tourné casaque. Certainement convaincus qu’en réalité, le fils n’est pas le père. Leur responsabilité dans le difficile enfantement de l’Union pour la République (UNIR) par l’ancêtre Rassemblement du peuple togolais (RPT) n’est pas neutre.

Ainsi, dans une démarche de mentoring, Faure Gnassingbé préfère les mettre en avant, en leur facilitant un accès frénétique aux médias, aux plateaux internationaux, etc. Dans nos sociétés africaines où la transmission du vivant pose quelquefois problème, il est important d’encourager une telle option, qui renforce même la continuité de l’Etat et la transmission de flambeau en termes de qualité. L’omniprésence de ceux-ci dans le champ politico-médiatique fait dire à certains que ce sont des jeunes « ambitieux ».

A cet effet, pourquoi ne pas les propulser encore plus fort à des postes où ils auront à faire leur preuve en détenant les pouvoirs constitutionnels ? Le choix de la jeunesse a été souvent un slogan sous Eyadéma, il a été promu sous Faure et renforcé avec le genre. Léguer son héritage politique de son vivant aux jeunes, que ça doit procurer étonnamment du plaisir !

Ambroise D.

Monsieur le président de la République, à vous la parole !

Plan National de Développement ou « PND » ! On nous en aura rebattu les oreilles, le temps d’un temps. Tant et si bien que le Togolais lambda ne pourra l’oublier …de sitôt, même si la communication présidentielle voire gouvernementale se structure de plus en plus autour d’une nouvelle vision quinquennale dite 2020-2025. Une vision en appelle une autre, dirait-on.

La feuille de route quinquennale, nouveau bréviaire, fait suite à une autre dont l’échéance s’annonce dans deux ans et dont les Togolais ne retiendront davantage que roadshows présidentiels, business forums, la très controversée caravane « pour le PND », forum économique Togo-UE et des audiences présidentielles avec des hommes d’affaires.

Décliné en trois axes qui traduisent la vision de développement du Togo sur la période 2018-2022, le PND, s’il n’a pas totalement disparu de la rhétorique gouvernementale, semble en effet relégué en arrière plan. Mais le hic, et c’est, semble-t-il, la preuve que les habitudes de la maison ont la vie dure, c’est qu’aucun point n’a été dressé de sa mise en œuvre.

Le saut d’une vision inachevée à une autre, sans une pause « Bilan », non seulement reste symptomatique d’une gouvernance qui ignore tout du principe de redevabilité, mais aussi la preuve par mille que le « Leader nouveau » qui nous avait été annoncé tel un messie, roule plutôt à l’ancienne. Etait-il besoin qu’il se lie par des objectifs chiffrés si à l’arrivée, il ne devrait rendre aucun compte à ses concitoyens ?

A l’heure où les autorités togolaises parlent de contrats d’objectifs pour les membres du gouvernement, des interrogations somme toute légitimes taraudent les esprits :

Qu’est-ce qui a été fait ? Quels sont aujourd’hui les acquis visibles du PND ? Des 500 000 emplois projetés à l’horizon 2022, combien de décents ont été créés?

Evidemment, personne hormis le ministre prestidigitateur « Christian Trimua » n’aura trouvé réponse à cette question. Il réussira le tour de magie de décompter deux cents mille emplois créés par le PND. Hallucinant ! Il n’énoncera pas en revanche – attitude prudentielle ou simple omission ? – les secteurs qui ont stimulé la création d’autant d’emplois.

Certes, le tableau n’est pas totalement noir. Mais le Togolais sait pertinemment quelle opinion se faire des déclarations de ce ministre, visiblement coutumier de ces déclarations. Aucun Togolais n’attend non plus un point du gouvernement pour se rendre à cette évidence, sinon à cette réalité qui crève les yeux, que l’inclusion sociale, l’objectif ultime du PND, est demeuré au stade de bonnes intentions.

Mais…les principes de bonne gouvernance mettent à la charge des dirigeants, l’obligation de rendre compte à leurs concitoyens, pour ne pas laisser l’impression d’évoluer dans une omerta totale et de faire du pilotage à vue, malgré l’existence de bons référentiels. Peut-être serions-nous allés trop vite en besogne. Dans ce cas, Monsieur le président de la République, à vous la parole !

Giovanni KOFFI 

Le mirage d’un apaisement politique

Si cette option semble se justifier par la carrure et le profil de la nouvelle cheffe du gouvernement, elle semble confortée par l’hégémonie et l’emprise totales du parti Union pour la République (UNIR) sur la gestion des affaires de la Cité dans un contexte de déconfiture totale de l’opposition.

C’est exact, Victoire Tomégah-Dogbé est un pur produit du Système des Nations Unies (SNU). A la base, ce n’est pas tant son militantisme au sein du parti UNIR qui a favorisé son ascension au sein du régime. Moulée dans la technocratie messianique onusienne, elle a pris le Togo pour champ de duplication de la gouvernance par les projets.

Nul besoin de revenir sur la liste, oui la bien longue liste de programmes, projets et institutions qu’elle a déroulée depuis son entrée au gouvernement, L’OCDE dira à ce propos que: « Le foisonnement de programmes et projets pilotés par des structures autonomes, et dont certaines actions s’entremêlent sans véritable coordination, constitue un goulot d’étranglement ».

Pour Victoire Tomegah-Dogbé, c’est le développement avec « D » qui va être amorcé, ce qu’elle-même appelle : « gouverner autrement ». Moins de politique sinon pas de politique du tout. D’ailleurs en ne faisant aucun clin d’œil à son allié l’UFC, UNIR a démontré clairement son intention de gouverner, bien seule.

C’est également exact que le contexte politique actuel est sans commune mesure avec celui qui prévalait il y a encore quelques mois.

Sous un autre angle de vue, aujourd’hui, le pouvoir bien aidé en cela par la crise sanitaire qui lui offre le prétexte de proroger ad vitam aeternam l’état d’urgence sanitaire, a réussi à annihiler toute velléité de contestation ou de mobilisation.

Le nouveau gouvernement peut encore se frotter les mains pour une raison bien simple : les frères ennemis de l’opposition n’ont pas encore fini de dégainer les uns sur les autres.

Par ailleurs, hormis les coups sporadiques de la Dynamique Monseigneur Kpdodzro qui ressemblent davantage à des pétards mouillés, aucune action structurée n’est en place du côté de l’opposition. De mùeme, les quelques rares sorties sur les réseaux sociaux de l’inspirateur du mouvement du 19 août depuis son exil, destinées davantage à chauffer à blanc des militants avides d’actions, semblent ne plus trop émouvoir du côté d’UNIR qui roule désormais, en roue libre.

Pour autant, prétendre qu’au Togo, la démocratie fonctionne à merveille et que toutes les questions politiques ont déjà été tranchées par les instruments de régulation existants qui souffrent pourtant de légitimité aux yeux de nombreux Togolais, est un pied du nez.

Victoire Tomégah Dogbé gagnerait à ne pas s’estimer en territoire totalement conquis au moment où l’ANC la dément et estime que compte tenu des conditions peu rassurantes dans lesquelles le scrutin présidentiel s’était déroulé, il est à reprendre. L’absence de guerre n’est pas toujours synonyme de paix. Ce n’est peut-être que le calme avant une nouvelle tempête dont les conséquences pourraient ne pas être prévisibles. Les « insoumis » rentrent souvent très difficilement dans le rang.

Giovanni KOFFI

 

Togo : Faut-il dire Madame la ou le Premier ministre ?

Cette ascension d’une femme à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République togolaise avait été vue comme une victoire en demi-teinte car la parité entre les sexes n’est pas encore effective dans l’hémicycle. Un an plus tard, la nomination coup sur coup de Victoire Tomegah-Dogbé et de Sandra Johnson au Secrétariat général de la Présidence de la République confirme la tendance à la féminisation du personnel politique et alimente l’espoir de voir se former un gouvernement paritaire avec autant de ministres femmes qu’hommes.

Cette nécessaire féminisation de la vie politique pose la question de la féminisation des titres de fonctions, grades et appellations face à un conservatisme sociolinguistique rétif aux changements morphosyntaxiques. On sait les monarchies tatillonnes avec l’étiquette et la particule, un mauvais usage pouvant être considéré comme un crime de lèse-majesté ; en République le maniement des titres est plus démocratique et flexible. Néanmoins, il vaut toujours mieux faire l’économie de la confusion des genres pour ne pas froisser des susceptibilités et éviter de reproduire des discriminations genrées.

 […] la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe.

En grammaire française, il existe une forte polarisation autour de la question de la neutralité ou non du genre « masculin » dont la domination était symboliquement incarnée par la règle du « masculin l’emporte sur le féminin ». Dans le sillon de ces considérations purement grammaticales, des motivations idéologiques tenaces et des disparités géographiques affleurent sur le terreau de la langue française. Certains puristes et conservateurs, certes de plus en plus rares, estiment qu’il n’y a en français ni genre « masculin » ni genre « féminin » et restent défensivement attachés à la préservation de la belle langue contre les évolutions sociétales. Ceux-ci soutiendront sans peine qu’il faille dire « Madame le Premier ministre », parce que seul le genre masculin traduit la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. L’Académie française campe la même posture, car pour elle, la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe. En suivant cette lecture, les termes députée, sénatrice, médiatrice, officière, etc., sont impropres.

[…] la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme de la langue.

Dans le camp d’en face, on considère que postuler la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme d’une langue qui reproduit une vision androcentrique, binaire et discriminante du monde. Contre le plafond de verre linguistique et pour l’égalité des sexes, beaucoup militent en faveur de l’adaptation de la langue aux évolutions de la société grâce notamment à la féminisation systématique des appellations professionnelles. De l’abolition de la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » à la promotion de l’écriture inclusive (ex : les étudiant.e.s, les acteur.trice.s), ils traquent l’androcentrisme dans ses derniers retranchements. En France, une instruction du bureau de l’Assemblée prise en 1998 fait obligation de féminiser les fonctions exercées par des femmes dans l’Assemblée. Ainsi, les signifiants « féminins » comme «Madame la députée» ou «Madame la présidente» (de commission, de séance, etc.) y sont de rigueur. Hors de l’hémicycle, on voit fleurir des avocate, médiatrice, bâtonnière, cheffe dans les courriers et conversation. En revanche, cette règle ne s’applique pas aux fonctions ministérielles en France où l’on peut encore dire « Madame le ministre » sans tomber sous le coup de la sanction.

[…] il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime [togolais] 

Dans les autres pays francophones du Nord, le paysage linguistique se féminise sans beaucoup d’obstacles. En Belgique, en Suisse, au Canada (et au Québec), on donne sans complexe du « Madame la Première ministre » et du « Madame la Présidente ». Pauline Marois, femme politique canadienne du Québec, est reconnue comme la première femme Première ministre de la province francophone. Première ministre du Royaume de Belgique depuis 2019, Sophie Wilmès ne souffre aucun affront de misogynie sur l’article défini qui doit précéder son titre. Et l’Afrique n’est pas du reste. En tout et pour tout, une dizaine de femmes ont occupé le fauteuil présidentiel. En francophonie africaine, Le Burundi, le Gabon et la Centrafrique ont dirigée par des femmes, certaines n’étant que des présidentes par intérim. Au Togo, pour accompagner cette vague féministe dont l’empreinte politique doit être prudemment évaluée à ses résultats, il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime à bout de souffle, il convient de féminiser les titres pour briser le plafond de verre. Pour que les prochaines générations de jeunes filles n’aient pas à briser de plafond de verre, il faut donner du « Madame la Présidente de l’Assemblée nationale » à Yawa Djigbodi Tsègan et du « Madame la Première ministre » Victoire Tomegah-Dogbé. La langue française ne connaissant pas le bonheur de contenir des formulations inclusives de tous les genres, la sexualisation des titres de fonctions, grades et appellations est la meilleure garantie contre la fausse neutralité du genre « masculin ».

Source: L’Échiquier 

Edem Kodjo, un génie qui n’a jamais réussi à se faire comprendre chez lui

Pour le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, “la disparition de ce diplomate remarquable qui a oeuvré sans relâche en faveur de la paix et de l’unité du continent est une perte pour l’Afrique”.

Roch Marc Christian Kaboré présente ses condoléances à la famille de l’illustre disparu, à son homologue Faure Gnassingbé et au peuple togolais.

Edem Kodjo était un intellectuel togolais hors-norme. Ministre sous Gnassingbé Eyadéma, il fut l’artisan du creuset national voulu par l’ancien président togolais à travers la création du Rassemblement du peuple togolais (RPT). Secrétaire général de l’OUA (1978-1982), il avait pris ses distances vis-à-vis du pouvoir de Lomé, et n’est revenu au pays qu’après la conférence nationale de 1991.

Son “grand pardon” restera de mémoire l’une de ses actions politiques les plus fortes dans un Togo alors déchiré par les divisions politiques et ethniques. Il crée l’Union togolaise pour la démocratie (UTD) devenue plus tard la Convergence patriotique panafricaine (CPP). Premier ministre entre 1994 et 1996 puis en 2006 après la mort de Gnassingbé Eyadéma, les relations entre Edem Kodjo et Lomé II, où il était à la fois respecté et craint, ont cessé de briller a partir de 2011. À en croire son entourage, l’ancien SG de l’OUA s’était farouchement à l’idée d’un troisième mandat de Faure Gnassingbé.

En République démocratique du Congo, on se souviendra de lui comme étant celui dont la médiation a permis l’alternance politique entre Joseph Kabila et Félix Tsisekedi.

Un génie trop distant du peuple

Edouard Edem Kodjovi Kodjo avait le verbe haut. Il avait son auditoire, et pour percer sa pensée, il fallait appartenir à la galaxie des élus de la rhétorique politique. Déjà, quand il prônait le “grand pardon”, il disait la même chose que son compère Léopold Messan Gnininvi plutôt favorable à “la démocratie d’abord, multipartisme après”. L’accord politique conclu entre le RPT et l’Union des forces de changement (UFC) de Gilchrist Olympio en 2010 n’était qu’une conséquence lointaine du discours prononcé par Kodjo bien des années plus tôt. Mouhamed Tchassona Traoré et son Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), en proposant de “briser les murailles, remblayer les fossés et construire des ponts” en 2020, ne font que marcher sur un chemin déjà tracé par l’homme de Noépé.

Malheureusement, à l’image d’autres hommes politiques nationaux, Edem Kodjo était plutôt bon, très bon sur des sujets très pointus, dans les studios de radio et sur les plateaux de télévision. Sa rhétorique n’était pas comprise par la masse. Il n’a jamais réussi à expliquer à cette masse le fond de sa pensée politique et le bien-fondé de son action politique dans un Togo marqué par le manichéisme et les discours populistes. Ami de la France, respecté dans les sphères internationales, très en avance sur son époque, Edem Kodjo n’a pas su adapter son action politique aux réalités de son pays.

Homme d’État de grande carrure, intellectuel accompli, Edem Kodjo avait des qualités et compétences incontestables mais aussi le goût du détail, ce qui le mettait parfois sinon assez souvent sur ces grands chevaux, selon ses contemporains.

Auteur du célèbre ouvrage “Et demain l’Afrique” dans lequel il pense le devenir du continent qui lui tenait tant à cœur, Edem Kodjo est passé de l’autre côté du rideau, à 82 ans, sans jamais avoir eu le temps nécessaire pour parachever son œuvre de réforme de l’Union africaine qu’il accomplissait dans l’ombre avec des présidents comme Paul Kagamé.

Ambroise Dagnon

Covid-19 au Togo: de la nécessité de revoir la stratégie de riposte

Fermeture des écoles, églises et mosquées, bars et autres lieux de grands attroupements, les autorités togolaises ont pris un certain nombre de mesures, dès les premiers cas positifs de la maladie, pour circonscrire le mal. Mieux, le chef de l’Etat a décrété l’état d’urgence pour une période de trois mois avec un couvre-feu entre 19h et 06h dans une allocution télévisée. Le lendemain, c’est le ministre de la Sécurité, Damehane Yark, intervenant sur la même chaîne, réajuste l’horaire du couvre-feu qui est passé de 19h à 20h pour prendre fin à 06h du matin, et des précisions sur la couverture géographique de la mesure.

Dans la foulée, la ministre en charge des transports publie un communiqué qui interdit aux engins à deux roues et tricycles de transporter des personnes, et limite le nombre de passagers pour les véhicules de transport commun. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un mouvement de protestation chez les conducteurs de taxis-motos dans la ville de Kara. Samedi, le ministre de la Sécurité et sa collègue en charge des Transports, pour faire baisser le thermomètre, sont revenus sur cette mesure pour en redéfinir les contours. Mais 24h après, Mme Zouréhatou a simplement suspendu sa décision qui devrait redevenir effective le 11 avril “en attendant que les mesures d’accompagnement prises en vue de soutenir les différentes couches vulnérables et socioprofessionnelles concernées soient effectives”.

Il est évident que cette pandémie a provoqué un vent de panique générale surtout dans un pays où le système santé est déplorable. La précipitation avec laquelle cette lutte est menée peut donc se comprendre. Mais pour plus d’efficacité dans ce combat, il est important que “ceux qui sont sont à la tête de l’Etat togolais respirent à fond pour prendre de bonnes décisions “, selon Koffi Telli du site d’informations Global Actu.

Il est important de ne pas céder à la panique au risque de prendre des décisions hâtives et contre-productives au final. Pascal Edoh Agbové, très actif dans la recherche de moyens pour venir à bout de cette maladie, propose que “les réflexions et propositions de mesures de lutte contre le Covid-19 soient confiées au comité de coordination de la riposte” mis en place par le gouvernement avec la possibilité de “l’élargir à la société civile, aux confessions religieuses, aux médias, aux chefferies traditionnelles, etc”.

Les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 doivent tenir compte des réalités de chaque pays. Ce qui se fait ailleurs n’est pas automatiquement reproductible ici. En même qu’il faut prendre des mesures pour endiguer ce mal qui frappe le monde depuis décembre dernier, il ne faut pas ignorer que la majorité des Togolais sont économiquement faibles, qu’ils vivent au jour le jour. En attendant de trouver la meilleure formule, les populations ont besoin de masques, désinfectants, de l’eau mais aussi d’informations justes pour se protéger contre la maladie.

Léonie Dégboé

Couvre-feu autour du Covid-19: violence d’État, paix de cimetière

La photo illustrant l’article n’est pas une photo récente

 

A-t-on besoin de dire que ce que des citoyens ont vécu dans les rues de Lomé, Tsevie et Sokodé est sans doute plus nuisible qu’une infection au Covid-19? Le Covid-19, on peut en guérir, il attaque le corps mais les violences gratuites des forces de sécurité atteignent les citoyens au plus profond de leur pathos, au plus intime de leur ontologique. Cette douleur est inoubliable. À ceux qui sont ainsi éprouvés, la promesse sus-evoquée n’est que du vent.

Violence d’État

L’un des échecs de Faure Gnassingbé depuis 2005, c’est bien la persistance de la violence d’État. En dépit de ses promesses renouvelées de modernisation de l’Etat togolais, c’est son incapacité à humaniser les pratiques des forces de défense et de sécurité.
Peut-on sensément comprendre en effet que des forces de sécurité se permettent de bastonner, de molester et de mutiler des citoyens pour le motif de les avoir surpris à une heure de couvre-feu ? “Au Togo, on violé les droits humains : les forces de l’ordre infligent des mauvais traitements aux citoyens. À chaque fois, les autorités promettent des enquêtes dont les résultats sont très rarement rendus publics. On assure l’opinion que “des sanctions sont prises” mais personne n’est jamais au courant de ces sanctions. Et le cycle de répète semaine après semaine, mois après mois, année après année. L’impunité continue. Ce n’est pas bon. Pas du tout”, a commenté, sur sa page Facebook, André Kangni Afanou, un défenseur des droits de l’homme.

“C’est de la violence gratuite, rien d’autre. Certains policiers et militaires togolais aiment trop montrer leurs muscles, même quand on n’en a pas besoin”, commente un autre défenseur des droits humains bien désabusé. “Ce qui est surprenant, c’est que cela ne change pas. On eût dit qu’il y a un module Terrorisme ou terreur dans la formation de ces forces de sécurité ” ajoute-t-il.

Justement, beaucoup ne comprennent pas pourquoi ces actes de violence gratuite sur les civils deviennent la norme au Togo. Sans que jamais aucun doigt, dans la hiérarchie, ne puisse se lever pour dire “Stop”. Cela suffit pour que certains analystes en tirent la conclusion que la violence est le soubassement du régime en place. “Je pende que Faure Gnassingbé doit travailler pour prouver le contraire “, conclut le défenseur des droits humains.

Pédagogie de la peur

Un contraste assez saisissant saute aux yeux dans ce pays. Dans les écoles et centres d’apprentissage, crise par l’argent des Scandinaves, l’État togolais a formellement interdit les châtiments corporels. L’instituteur, le prof ou le maître artisan qui ose frapper des apprenants tombe sous le coup de représailles justes. Dans le même temps, curieusement, les policiers, gendarmes et militaires se donnent à cœur joie aux violences physiques sur les citoyens.

Dans l’histoire du couvre-feu, des images et vidéos parlent déjà d’elles-mêmes. Sans doute que l’interdiction, maladroite, de la débrouillardise dénommée “zémidjan” révèlera-t-elle son lot de voies de fait. Cela ne surprendra personne dans le pays.
Mais alors, pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi des citoyens peuvent-ils être réduits à s’habituer au droit des forces de sécurité à les gifler, bastionner et pourchasser comme des souris?

C’est ce qu’on appelle la pédagogie de la peur. Imposer la terreur au peuple pour le contraindre à subir sans mot dire, voilà le mode d’emploi. De feu Gnassingbé Eyadema à Faure Gnassingbé, la logique ne change pas. La peur du gendarme qui n’a jamais été le commencement de la sagesse mais bien le développement de la clochardisation’ et de l’infantilisation, est toujours vivace dans la société togolaise. “Si tu fais ça, on va t’arreter”, ” Ce que tu dis là, tu peux reconnaître ta voix?”, “J’ai fait ça ainsi parce que je ne veux pas de problème”, voilà des déclarations dont la subsistance dans ce pays est une marque de déficit démocratique. Le contraire demeure un challenge.

Présidentielle 2020: Pourquoi tant de mystère autour du candidat d’UNIR?

Dans trois jours, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) va clôturer les dépôts de dossiers de candidature à l’élection présidentielle du 22 février. Si l’organe de gestion des élections au Togo affirme ne pas encore avoir reçu de dossier officiel malgré le retrait de 24 formulaires de candidature, le cas du candidat du parti au pouvoir continue de faire débat.

S’il a habitué les Togolais aux annonces de dernière minute, le silence de Faure Gnassingbé quant à sa probable candidature à la présidentielle de cette année est une curiosité. Pour certains, le président togolais, au pouvoir depuis quinze ans, sera bel et bien au rendez-vous du 22 février. Sa fameuse phrase – en vernaculaire – prononcée lors du lancement officiel du rapport pays Doing Business l’année dernière serait une déclaration de candidature. “Je pense déjà à l’année prochaine (2020, ndlr). Ne me couvrez pas de honte”, avait lâché Faure Gnassingbé.

D’autres, embêtés par un possible quatrième mandat du chef de l’État togolais, pensent qu’il serait sous pression et qu’il pourrait renoncer à se présenter à cette élection. Pour les défenseurs de cette thèse, la France d’Emmanuel Macron ne serait pas favorable à un quatrième mandat du fils de Gnassingbé Éyadéma. Ils estiment même que des chefs d’État des pays de la CEDEAO seraient contre cette idée. Ils ajoutent que, même dans le camp présidentiel, il y aurait des remous quant à celui qui doit porter l’étendard bleu pour le scrutin à venir. On évoque le nom d’Emmanuel Kodzo Adédzé, l’actuel ministre chargé du commerce, comme le choix de Faure Gnassingbé pour être son dauphin. Un choix que les caciques du pouvoir auraient rejeté. Et les supputations vont bon train.

C’est dans cette foulée que les réseaux sociaux annoncent un congrès du parti UNIR pour ce dimanche 5 janvier 2020 dans la ville de Kara (plus de 400 km au nord de Lomé) pour acter la candidature de Faure Gnassingbé. Mais aux dernières nouvelles, et toujours selon les médias sociaux, le congrès annoncé et qui aurait drainé une foule immense de cadres du parti, aurait été reporté voire annulé. La désignation devrait se faire en toute discrétion, croit savoir le confrère Atlanticinfos.com.

Dans cet embrouillamini, il est difficile de faire confiance à quelque information que ce soit. Une certitude cependant, l’annonce de la candidature de Faure Gnassingbé cette année ne se fera pas comme un couteau dans du beurre. L’idée même d’une quatrième candidature de “l’homme simple” courrouce l’opposition et une frange de la population qui y voient de la “provocation”. Par ailleurs, Faure Gnassingbé et Yahya Jammeh étaient les seules curiosités de l’espace CEDEAO où l’expérience de l’alternance a été faite par tous les pays. Mais depuis 2017, le Gambien a surpris le monde entier laissant seul, son ex-homologue togolais, sur ce chemin que même Pierre Nkurunziza ne veut plus emprunter.

Ambroise DAGNON

Journée internationale des personnes âgées: Les Séniors au coeur du PND

Le Togo a célébré mardi la journée Internationale des personnes âgées. « Vers une égalité entre les tranches d’âge », c’est le thème retenu par la communauté internationale pour commémorer cette journée initialement dédiée chaque 1er Octobre.

Pour le gouvernement togolais, à travers son ministère de l’action sociale et de la promotion de la femme, c’est l’occasion d’améliorer la protection à la prise en charge et à la valorisation du potentiel des personnes âgées au Togo.

À en croire la ministre de l’action sociale, Tchabinondji Yentchare, le thème de cette année s’aligne donc sur l’Objectif de développement durable numéro 10 (ODD10) qui met l’accent sur la réduction des inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre et indique également le rôle que peuvent jouer ces séniors dans le développement du pays en général et dans l’atteinte des objectifs du Plan national de développement (PND) lancé en début d’année par le gouvernement togolais.

Selon les Nations unies, les inégalités fondées sur les revenus, le sexe, l’âge, le handicap, l’orientation sexuelle, la race, la classe sociale, la religion et les inégalités de chance persistent à travers le monde, dans les pays et d’un pays à l’autre. Les inégalités constituent une menace pour le développement économique et social. Elles ont aussi des effets sur la réduction de la pauvreté et sapent le sentiment d’accomplissement et l’estime de soi des individus.

Pour Tchabinondji Yentcharé, le plus important est d’améliorer les conditions d’intégration sociale des personnes âgées de 60 ans et plus et à renforcer leur autonomie en vue de la capitalisation de leur contribution à l’effort de développement de notre nation.

«Je remercie le chef de l’État pour sa politique d’inclusion grâce à laquelle les personnes âgées se voient offrir de nouvelles perspectives pour leur épanouissement et davantage de place dans les programmes de développement», a t’elle martelé.

Au menu de cette journée, des causeries débats, des forras, des séances de conscientisation et des activités de réjouissance.

Les inégalités entre personnes âgées et jeunes se traduisent souvent à travers des éléments comme le lieu de résidence, le sexe, le statut socio-économique, la santé, les revenus, etc.
Selon le conseiller technique de la ministre de l’action sociale, Philippe Kodjo Yodo, les personnes âgées ont beaucoup de connaissance et d’expérience qu’elles peuvent partager avec les jeunes.
«Les personnes âgées peuvent continuer à encadrer la jeunesse en partageant avec elle leur savoir-faire et leur savoir-être. Elles peuvent apporter beaucoup dans la réalisation du PND», a t’il expliqué.

Entre 2015 et 2030, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus devrait passer de 901 millions à 1,4 milliard d’individus. Le vieillissement rapide de la population, qui vient s’ajouter à d’autres changements sociaux et structurels, peut exacerber ces inégalités et, par conséquent, limiter la croissance économique et la cohésion sociale , indiquent les Nations unies.

Cette année, la journée internationale des personnes âgées entend attirer l’attention sur l’existence d’inégalités liées au vieillissement, qui sont souvent le résultat d’inégalités accumulées tout au long de la vie, et mettre en avant les risques que posent ces inégalités en termes de solidarité intergénérationnelle.

Cette journée veut également sensibiliser l’opinion et rappeler qu’il est urgent de prévenir les inégalités liées au vieillissement et de lutter contre celles-ci. Ils s’agira aussi d’explorer des changements sociétaux et structurels en termes de politiques de développement (apprentissage tout au long de la vie, politiques du travail proactives et adaptées, protection sociale et couverture maladie universelle) et de réfléchir aux bonnes pratiques, mettre en avant les progrès accomplis en ce qui concerne l’élimination des inégalités à l’égard des personnes âgées et contribuer à faire changer les discours négatifs ou les stéréotypes à leur sujet.

Le gouvernement togolais renouvelle son engagement à œuvrer davantage pour améliorer l’accès des personnes âgées aux services sociaux de base.

Khaled Bonfoh

Tournée de l’UCT sur l’appropriation des ODD pour la mise en œuvre du PND: L’étape de Tsevié

64 elus locaux de la région maritime ont été conviés à un atelier de sensibilisation et d’information sur les objectifs de développement durable (ODD) lundi à Tsevie (35 km au nord de Lomé).

C’est une initiative de l’Union des Communes du Togo (UCT) qui vise à renforcer les capacités des élus locaux en matière d’appropriation locale des ODD pour la mise en oeuvre efficace du Plan national de développement.

Selon Tcha-Kolow Esso, chargé de mission de l’UCT, les élus locaux doivent s’imprégner d’une meilleure connaissance des ODD pour une meilleure structuration de leurs actions de développement afin d’atteindre les cibles prioritaires de ces objectifs pour leur communauté respective.

Pour sa part, Etse Kodjo, préfet du Zio, a expliqué que le thème central de cette rencontre «ODD, enjeux et defis», consiste à créer et renforcer la solidarité entre les élus locaux afin de lutter convenablement pour l’émancipation et le développement des différentes communes.
«C’est un projet à fort impact qui doit contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations. Les élus locaux doivent mieux maitriser les ODD afin d’impulser un nouvel élan qui impacte considérablement les Togolais de toutes les couches sociales», a t’il déclaré.

Le rôle des élus locaux s’avère donc indispensable dans la réalisation du PND. Il consiste à identifier sur le terrain les personnes vivant dans la pauvreté, cibler les ressources et les services qui les aideront à s’en sortir, assurer les services de base au niveau local tels que l’eau et l’assainissement et développer une stratégie locale de développement économique pour la création d’emploi. Au sortir des travaux, Tcha-Kolow espère que les participants à cette rencontre pourront concilier les ODD et le PND, outil de développement des communautés locales et des collectivités territoriales.

Après Tsevié, cette tournée d’information et de sensibilisation va s’étendre sur Atakpamé, Sokodé, Kara et Dapaong.

Khaled Bonfoh