Exclusif! Pour vous, nous avons lu “Pour (vraiment) conclure la lutte “, le livre événement

novembre 26, 2018 :

Dans Pour (vraiment) conclure la lutte*, un essai d’intervention politique paru cette semaine, l’écrivain-journaliste Radjoul Mouhamadou se propose, après une lettre ouverte adressée à toute la classe politique togolaise en juillet dernier, d’« armer intellectuellement » l’interminable combat des forces d’opposition pour…Load more

Dans Pour (vraiment) conclure la lutte*, un essai d’intervention politique paru cette semaine, l’écrivain-journaliste Radjoul Mouhamadou se propose, après une lettre ouverte adressée à toute la classe politique togolaise en juillet dernier, d’« armer intellectuellement » l’interminable combat des forces d’opposition pour l’alternance. Contre l’impuissance stratégique des oppositions et la lassitude qui succèdent mécaniquement aux mouvements de contestation populaire, l’auteur oppose le scénario de la rupture d’avec « l’hémiplégie analytique qui, d’après lui, prohibe toute pensée critique de la pratique oppositionnelle ». C’est en diagnosticien qu’il dresse « un inventaire, un audit voire un diagnostic clinique de la gestion de la crise par les oppositions togolaises ». Il s’autorise d’une telle méthode parce que comme il s’en défend : « le diagnosticien du cancer n’est pas celui par qui le mal arrive. Il ne préside guère à la survenue qu’il ne consent, ne se réjouit, voire, ne se complait des métastases. Le médecin ne crée pas la pathologie, il la révèle par le diagnostic et la soigne par des traitements adaptés ». La tonalité contre-intuitive de cet essai déstabilisera plus d’un, parce ce que son auteur prend à rebrousse-poil les discours et « la coutume consistant à payer un tribut à l’anti-Faurisme primaire ». Cependant, s’il ne ménage pas l’opposition, il se défend de toute complaisance inverse à l’égard du régime de Faure Gnassingbé. La plume de Radjoul Mouhamadou ne tremble pas dans cet essai, conscient qu’il marche sur des œufs. En multipliant les diagnostics, déplaçant le regard et interrogeant les stratégies pour hâter l’avènement de l’« ère post-Gnassingbé » et « sortir le Togo de la longue nuit », l’essayiste ne se gêne visiblement pas pour casser du sucre sur le dos du pouvoir togolais. Bref, l’ouvrage se tient à la fois à une distance critique avec les « forces dites démocratiques » et assume une opposition frontale avec le système RPT/UNIR.

Courrier d’Afrique vous propose en exclusivité de découvrir 10 (dix) extraits choisis du livre, à travers cette petite boîte à idées rassemblant quelques concepts clés du livre :

  1. « L’évènement 19 août 2017 »

« S’il faut prendre dates, le 19 août 2017 ne suffit certainement pas à expliquer le 19 août 2017 et ses conséquences. Une exploration rigoureuse de la portée historique et politique du moment actuel ne peut faire l’économie de sa généalogie complète. Le plus souvent, tout discours sur un événement le borne, le déforme, le reforme, le déborde ou manque parfois à le saisir. (…) En inversant la perspective, on peut transférer la charge symbolique du 19 août au 7 septembre 2017, en notant que cette dernière date accomplie puissamment la promesse de convergence des forces politiques et de coagulation du peuple de l’opposition que la première ne pouvait que rêver. À cet égard, le 7 septembre 2017 est, aux termes de l’analyse événementielle, un prétendant sérieux au titre de date historique. Dit autrement, par une sorte de généalogie à rebours, c’est le 7 septembre qui aurait engendré la légende du 19 août 2017. » (p. 18-19)

  1. « Crise chronopolitique »

« La politique n’est pas qu’un affrontement, plus ou moins civilisé, pour le pouvoir de contrainte légale mais également et avant tout une question de temps. Il en va du “gouvernement du temps” comme de la gestion d’une denrée précieuse. Essentiellement, les hommes politiques sont en compétition pour l’administration des hommes par la conquête et l’exploitation du temps. Dans cette perspective chronopolitique, le peuple fait double office de détenteur du chronomètre et d’arbitre des élégances. En fait, les véritables ressorts du malaise togolais sont de l’ordre d’une crise chronopolitique : la dynastisation du pouvoir correspond à une confiscation du temps que la tentative de limitation du nombre des mandats vise à borner et si possible endiguer. Il s’agit de limiter le coût exorbitant de la chronophagie politique des Gnassingbé qui a pris en otage l’avenir de trois générations de Togolais. » (p. 15-16)

  1. « Dynastie démocratoriale »

« En procédant par élimination, il faut signaler que le régime togolais n’est plus la dictature abrutie qu’il a été sous Eyadema Gnassingbé, il n’est pas non plus une démocratie aboutie, depuis l’effraction de Faure Gnassingbé. Il n’est pas une véritable République, car le pouvoir s’y conquiert par la force, se conserve par la violence et se transmet via des élections régulièrement truquées. Assurément, il est une « dynastie démocratoriale » dans laquelle le pouvoir se transmet génétiquement depuis 1967. » (p. 34)

  1. « Obsession légicentrique » et « droit mal-à-droit »

« Face à ce complexe militaro-politique, opposer un légicentrisme méthodologique, (…) en ne se battant que sur le seul terrain législatif, l’opposition togolaise se trompe non seulement d’arme, mais également de champ de bataille et d’adversaire. Cette méprise tire sa rationalité dans les effets pervers générés par l’extension du domaine du droit mal-à-droit. Elle opère à travers le brouillage des frontières internes de la discipline juridique et la saturation de tout l’espace politique en marginalisant toute autre approche analytique. Prosaïquement, le droit tend à dominer l’orthodoxie et l’orthopraxie de l’opposition togolaise. Et comment ? D’une part, par une prolifération incontrôlée de discours juridiques qui tend à abolir les découpages sous-disciplinaires du champ : des privatises marchent sur les plate-bandes des publicistes, lesquels se prennent pour des constitutionnalistes, et ces derniers braconnent sur le territoire des internationalistes. D’autre part, l’hégémonie de l’analyse juridique, se reflétant dans le légicentrisme, occulte les autres grilles explicatives des sciences sociales (science politique, économie, sociologie, histoire, etc.) et obstrue la complexité d’une ‘‘crise totale’’ qui aimante des espaces symboliques multiples. L’étendue, les effets et les frontières qu’attrape le phénomène coûtent extrêmement chers à la lutte pour le renversement du régime togolais. »  (p. 53-54)

  1. « L’action par abstention » de la France au Togo

« La réserve de la France sur le dossier togolais obéit à une lecture réaliste de la géopolitique africaine voulant que la dictature de régimes forts soit une meilleure garantie contre les radicalités islamistes et les divers trafics criminalisés. (…) Vu de Paris, on s’attend à deux issues de sortie de crise au Togo : (1) le régime de Lomé II gagne à l’usure le bras de fer et s’en sort plus renforcé que jamais ou (2) il s’effondre et risque de tomber dans la zone grise des « États faillis ». Dans le premier cas, la meilleure action de la France, c’est l’abstention. La ligne que suivent depuis le début de la crise le quai d’Orsay et l’Élysée. Dans le second cas, ce sera l’inverse, l’action après l’abstention, pour consolider l’éventuelle transition démocratique et empêcher l’effondrement des structures de l’État togolais. » (p. 74)

  1. « Démocratie instrumentale »

« Les acteurs politiques africains (oppositions et pouvoirs compris) n’ont pas toujours joué et ne jouent pas forcément franc-jeu démocratique. Le mimétisme adroit ou maladroit, résulte de stratégies délibérées et de jeux d’acteurs locaux/nationaux visant à en tirer des profits symboliques, sociaux et politiques. Beaucoup contre-utilisent la démocratie, par un processus d’imitation falsificatrice de l’idéal démocratique, au profit d’appétits concrets de conquête ou de conservation du pouvoir. Pour les dictateurs, la mal-élection et le mal gouvernement sont restés des armes de choix pour se pérenniser. Avec ou sans complicités extérieures, vider la démocratie de sa substance est devenu une stratégie de maintien au pouvoir quand basculer vers ce modèle politique est devenu inévitable. » (p. 125)

  1. « Agnosticisme dialogique »

« En matière de dialogue, les Togolais sont paradoxalement des pratiquants de peu de foi. À force de pratiquer sans croyance, il s’en est résulté une forme d’agnosticisme dialogique généralisé. Depuis près de trois décennies, les différents acteurs politiques du pays se sont retrouvés à près de trente reprises autour d’une table de négociation. (…) Sans doute, cette pratique sans conviction du dialogue a évité au pays de recourir à la force pour régler ses différends. Seulement, si les parties togolaises ont la vertu de toujours se retrouver au vestibule, il reste qu’ils ont le vice de ne jamais respecter intégralement ni l’esprit ni le contenu des accords signés. » (p. 130-131)

  1. « Alternative »

« L’alternance est une finalité, l’alternative est un moyen. Une rupture non précédée et anticipée de mesures appropriées est vouée aux affres des incertitudes transitionnelles et post-transitionnelles. On sait d’expérience, que le type de la rupture conditionne la nature des changements postérieurs à sa survenue. En appeler à l’alternance sans prévoir une alternative relève d’une insoutenable simplicité d’esprit voire d’une faute politique. Un engagement politique et intellectuel en faveur d’objectifs transformationnels, quels qu’ils soient, ne peut faire l’économie d’exhiber ses principes actifs. » (p. 147)

  1. « L’à-venir »

« L’à-venir, au sens de ce-qui-est-à-venir, ce n’est pas ce que l’on subit fatalement, mais ce que l’on construit avec nos espérances. L’à-venir, ce présent encore dans la brume qui s’éclaire à l’aune de l’action, c’est l’autre nom de l’horizon d’attente. Sous réserve des imprévus, les possibles de demain sont les produits des choix présents. La marge d’action d’une société sur elle-même en période de transition et de consolidation démocratiques dépend de son intelligence prospective et de sa force de projection. » (p. 157-158)

  1. Les « deux monologues » togolais

« La teneur de la feuille de route de la CÉDÉAO, livrée le 31 juillet 2018 à Lomé, qui écarte l’attracteur transitionnel atteste de l’échec d’un dialogue politique rendu impossible par la persistance des « deux monologues » togolais, pendant dialogique des « deux solitudes » ethnopolitiques, qui a empêché un véritable compromis négocié. (…) La feuille de route de la CÉDÉAO balise une ligne de crête qui instaure des équilibres instables et fragiles entre les « deux monologues » togolais. Deux insularités cognitives forment la mentalité de ces « deux monologues » : d’une part, le désir maître de domination sans partage ; et de l’autre, l’utopie de l’impuissance d’agir. Il s’agissait pour la CÉDÉAO de faire dialoguer ces deux continents qui se toisaient à distance et d’en construire des ponts de confluence sur des enjeux clivants. » (p. 172)

*    *   *

Cette boîte à outils conceptuels éclaire sous un jour nouveau LA crise togolaise et débouche sur analyse froide de la pratique dysfonctionnelle des oppositions togolaises. Pour (vraiment) conclure la lutte ouvre largement le champ des possibles politiques en proposant des perspectives lucides.  L’auteur s’attelle dans la conclusion-programme de l’ouvrage à explorer les options stratégiques (hypothèses révolutionnaire et interventionniste, puis l’approche électorale) affleurant à la lisière d’une possible alternance pacifique au Togo. Sans rien minorer de l’effet pervers des spectres (coup d’Etat, collapsus étatique et guerre civile) qui pourraient émerger après la retombée de poussière subséquente à la chute du régime des Gnassingbé.

Enlevé mais agréable à lire, l’ouvrage propose à tous ses étages une stimulante déconstruction des crises sous LA crise qui passe par une clarification sémantique de notions comme alternance, crise, évènement, opposition, transition, démocratie, dialogue etc.  Une clarification nécessaire, car selon l’auteur : « penser la crise, c’est avant tout panser les mots du politique, réparer les mots usés, désuets et pollués. (…) Réparer la langue du politique au Togo, c’est réconcilier le mot, l’idée et l’action efficace ».

* Radjoul Mouhamadou (2018). Pour (vraiment) conclure la lutte, Editions AGO, 186 p.

 

 

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