Oser critiquer

mai 15, 2021 :

Selon Estelle Morin, l’intelligence émotionnelle représente « un ensemble d’habiletés verbales ou non verbales permettant à un individu de générer, reconnaître, exprimer, comprendre et évaluer ses propres émotions et celles des autres de manière à orienter les pensées et les…Load more

Selon Estelle Morin, l’intelligence émotionnelle représente « un ensemble d’habiletés verbales ou non verbales permettant à un individu de générer, reconnaître, exprimer, comprendre et évaluer ses propres émotions et celles des autres de manière à orienter les pensées et les actions permettant d’affronter efficacement les exigences et les pressions de l’environnement ». Depuis un certain temps, il m’a été donné de constater que plusieurs leaders de l’opposition togolaise refusaient de faire usage de leur intelligence émotionnelle et préféraient faire recours au chantage émotionnel. Le chantage émotionnel est une forme de contrôle faisant entrer en jeu la culpabilité, l’obligation, ou la peur. Le but du manipulateur, c’est que l’autre agisse selon ses intérêts. Cette manipulation de la volonté fait naître chez le manipulé des sentiments négatifs, puisqu’il doit se soumettre aux désirs du manipulateur. On est manipulateur dès lors qu’on essaie d’avoir un contrôle sur ce que l’autre peut dire ou faire, dès lors qu’on ne lui laisse pas le choix ou encore qu’on détruit son estime de lui-même. L’objectif du chantage émotionnel, bien souvent, c’est de prendre le dessus en emmenant autrui à accepter les choses comme on voudrait les lui présenter. La dernière trouvaille de l’opposition togolaise face aux critiques se résume en deux points : le premier point, c’est pourquoi laisser le bourreau pour venir se défouler sur la victime ? Le second point, c’est que si vous n’êtes pas satisfaits, créez votre parti politique pour appliquer vos recettes.

Pour parvenir à ses fins, le manipulateur émotionnel se place en victime. Pour ce faire, on inspire aux personnes qui critiquent l’opposition togolaise un sentiment de culpabilité et/ou de responsabilité morale pour faciliter leur coercition. Ce faisant, l’opposition met ses faiblesses sur le dos de ceux qui se hasardent à la critiquer, faisant alors naître chez ces derniers des sentiments négatifs d’affaiblissement de l’opposition au profit de la dictature dépigmentée. Ce qui conduit le critique manipulé à accepter, le plus souvent par peur des conséquences, de se soumettre à la colère de leaders manipulateurs de l’opposition et de leurs défenseurs, ou d’agir sous leurs menaces en s’abstenant de formuler des critiques. Et pourtant dans un contexte de manipulation le mieux, c’est adopter une attitude passive. Ne refusez pas, mais n’acceptez pas non plus toutes les demandes du maître chanteur au nom de la noblesse ou de la légitimité du bord politique qu’il a choisi. Le plus important, c’est de savoir faire preuve d’un esprit critique et d’éviter un esprit de critique.

Il urge que les leaders politiques togolais s’approprient les valeurs telles que l’empathie et la maitrise des relations humaines qui passent par la culture des intelligences émotionnelle et relationnelle. Pour rappel, l’empathie fait appel à des compétences en lien avec la compréhension d’autrui, c’est-à-dire la capacité de capter les sentiments et les points de vue des autres et éprouver un intérêt réel pour leurs préoccupations. La passion du service, c’est-à-dire, anticiper, reconnaître et satisfaire les besoins des Togolais aspirant au changement. En d’autres termes, c’est la capacité à déchiffrer les enjeux des groupes et leurs relations de pouvoir. En ce qui concerne la maîtrise des relations humaines, elle réunit les compétences visant à persuader ; envoyer des messages clairs et convaincants ; inspirer et guider des groupes, des personnes ; initier ou gérer des changements ; négocier et résoudre des conflits ; cultiver des relations ; travailler avec les autres à des objectifs communs et mobiliser une équipe. Les personnes qui savent se rendre populaires aiment diriger efficacement leurs relations. Raison pour laquelle il est inconcevable de se victimiser lorsque des critiques sont formulées par des personnes visant un objectif commun : faire du Togo, l’or de l’humanité.

Qui dit intelligence émotionnelle dit art d’être. Comme tous les arts, celui-là est très précieux pour le développement d’une société responsable et fondamentalement plus humaine. Il suffit juste de se mettre à la place des Togolais après trois décennies de multipartisme agrémentées de promesses non tenues d’une opposition qui a eu tout de même des rendez-vous avec l’alternance qu’elle a soit boycottés ou tenu sans y aller avec les provisions nécessaires pour payer une éventuelle facture. Presque 30 ans à demander au peuple de se mobiliser sans suite. Une mobilisation qui finit par donner l’impression que les Togolais sont « insensés » à force de répéter les mêmes choses pour les mêmes résultats. Il y a lieu de craindre que l’opposition finisse par subir le sort du jeune garçon qui criait au loup, si elle ne se remet pas en cause en noyant les egos de ses leaders présumés ! Voici une des rares choses apprises au cours primaire qui sera utile dans notre vie pratique. En effet, un berger, qui menait son troupeau assez loin du village, se livrait constamment à la plaisanterie que voici : Il appelait les habitants du village à son secours, en criant que les loups attaquaient ses moutons. Deux ou trois fois, les gens du village s’effrayèrent et sortirent précipitamment, puis ils s’en retournèrent mystifiés. Mais à la fin, des loups se présentèrent réellement. Tandis qu’ils saccageaient le troupeau, le berger appelait au secours les villageois ; mais ceux-ci, s’imaginant qu’il plaisantait comme d’habitude, se soucièrent peu de lui. Il arriva ainsi qu’il perdit ses moutons. C’est aussi la perception que beaucoup de Togolais ont de leur opposition qui se présente toujours aux élections dans des conditions défavorables et vient crier après au vol et a la fraude, étalant ainsi ses turpitudes aux yeux des électeurs.

Il faut cesser de se tromper en faisant croire que le peuple est déjà avec l’opposition et point besoin de faire usage de méthode ou de stratégie pour venir à bout d’un système qui a pris la terre de nos Aïeux en otage durant plus d’années que les Allemands et les Français. L’enjeu de fond pour qui cherche à obtenir une alternance qui va au-delà des sigles ou des patronymes est de faire une revue après action des différentes approches usitées par ceux qui se réclament de l’opposition durant les trente dernières années. Ce n’est pas parce que les gens sont obnubilés par un appel à l’union sacrée d’une certaine opposition qu’il faut se montrer hostile à toute critique en voulant s’opposer frontalement à toute voix critique de l’opposition et l’assimiler à des attaques indirectes du parti au pouvoir. La compassion est une bonne chose mais l’empathie permet aux critiques de se mettre à la place de l’opposition et de se projeter plus facilement sur ses manquements tout en articulant des stratégies dont la mise en application serait bénéfique à l’opposition. C’est ça, le rôle d’une élite. L’opposition ne peut pas exiger des élites l’attitude des moutons de panurge comme le fait le système en place depuis 1963.

Au lieu d’accepter les critiques et se remettre en cause, on assiste de plus en plus à une auto-victimisation des leaders de l’opposition qui préfèrent se murer dans le discours d’une vie de sacrifices consentis pour la lutte et qui à leur avis, peut largement excuser leurs échecs. Les sorties récentes de plusieurs leaders des oppositions togolaises courant avril 2021 se résument plus à convoquer au banc des accusés, avec une légèreté surprenante en dépit de quelques précautions oratoires, tous ceux qui ne voient pas les choses de la même façon qu’eux. N’y aurait-il pas là une ficelle bien grossière pour tenter de légitimer une approche encore une fois essentiellement défaitiste et non productive ?

Il paraît donc non ingénieux de continuer par surfer, d’une façon qui n’est pas exempte de démagogie, sur la nécessité d’avoir des oppositions au système en place depuis 1963 parler d’une seule et même voix. Être ensemble ne veut pas dire se taire par solidarité sur les erreurs de l’autre. La critique est un plus pour le meilleur fonctionnement de tout groupe. Il est indispensable de distinguer la pensée critique (qui est une utilisation de la raison avec, pour finalité, d’affiner et de préciser les affirmations sans chercher, par principe, à les discréditer) de la méthode hypercritique (qui vise, pour sa part, à rejeter à tout prix une affirmation). Je ne fais aucunement l’apologie du sophisme auquel se livrent certains critiques de l’opposition tout comme certains leaders de l’opposition. Un sophisme est un procédé rhétorique, une argumentation, à la logique fallacieuse. C’est un raisonnement qui porte en lui l’apparence de la rigueur, voire de l’évidence, mais qui n’est en réalité pas valide au sens de la logique, quand bien même sa conclusion serait pourtant vraie. À la différence du paralogisme, erreur dans le raisonnement d’un émetteur de bonne foi, ne cherchant pas à tromper le récepteur, le sophisme est quant à lui fallacieux : il est prononcé et énoncé avec l’intention cachée de tromper le destinataire ou l’auditoire afin, par exemple, de prendre l’avantage sur lui dans une discussion, dans le cadre d’un désaccord de fond, d’un débat entre deux thèses. Les sophismes peuvent avoir la forme d’un syllogisme (raisonnement qui repose sur des prémisses insuffisantes ou non pertinentes ou qui procède par enthymème, etc.). Ils peuvent aussi s’appuyer sur d’autres mécanismes oratoires ou psychologiques jouant par exemple avec l’émotion de l’auditoire, l’ascendant social du locuteur (argument d’autorité) ou des biais cognitifs (comme l’oubli de la fréquence de base) pour emporter l’adhésion temporaire ou conquérir une position dominante au cours d’une dispute ou d’un désaccord. Bref ce qui se fait entre partis politiques d’opposition depuis trois décennies. Robert H. Ennis définit la pensée critique comme « une pensée raisonnable et réflexive orientée vers une décision quant à ce qu’il faut croire ou faire». Et ce type de pensée ne peut pas faire l’objet d’une censure par l’opposition togolaise car, comme le rappelle Siegel, « le penseur critique est un individu qui pense et qui agit de manière appropriée en s’appuyant sur des raisons ».

L’esprit critique désigne une capacité à s’interroger avec exigence et rationalité sur la réalité ou la probabilité de faits et de relations prétendue, et sur leurs interprétations. En particulier, le fait a-t-il l’importance décisive qu’on lui accorde? Ou, encore, garder à l’esprit que la rencontre de deux faits ne permet pas de conclure à l’existence d’une relation de causalité. La pensée critique a entre autres caractéristiques: le souci d’énoncer clairement le problème ou la position; la tendance à rechercher les raisons des phénomènes; la propension à fournir un effort constant pour être bien informé; l’utilisation de sources crédibles et la mention de celles-ci; la prise en compte de la situation globale; le maintien de l’attention sur le sujet principal; le souci de garder à l’esprit la préoccupation initiale; l’examen des différentes perspectives offertes; l’expression d’une ouverture d’esprit; la tendance à adopter une position (et à la modifier) quand les faits le justifient ou qu’on a des raisons suffisantes de le faire; la recherche de précisions dans la mesure où le sujet le permet; l’adoption d’une démarche ordonnée lorsqu’on traite des parties d’un ensemble complexe; la tendance à mettre en application des capacités de la pensée critique; la prise en considération des sentiments des autres, de leur niveau de connaissance et de leur degré de maturité intellectuelle. Nous vivons dans un monde marqué par les éléments de langage, les mouvements, les modes passagères, les simplifications excessives et la désinformation. On observe cela dans les sphères de la politique, des médias sociaux et des intérêts financiers qui dominent de nombreux domaines de l’information. Cela suppose que l’intellectuel togolais fasse sa part. Il est plus important que jamais de questionner les sources, d’examiner les arguments, d’étayer nos affirmations de preuves solides et d’identifier les partis pris idéologiques qui sous-tendent nos postulats, car nous observons actuellement un durcissement du discours politique, une intensification des positions polarisées, si ce ne sont pas des positions extrémistes, et une utilisation accrue d’arguments persuasifs douteux pour reprendre les idées de Conrad Hughes. Il faut mettre fin a cette pratique de diabolisation de ceux qui exercent des critiques à l’endroit de l’opposition togolaise même si ce rejet peut en effet se comprendre et se justifier lorsqu’il s’agit de ce qu’on nomme « l’esprit de critique», du fait des ravages dont il est effectivement la cause, il serait cependant bien ambigu et tendancieux d’assimiler un tel dévoiement avec ce qu’est l’exercice auquel se livrent plusieurs intellectuels qui questionnent les choix stratégiques de l’opposition togolaise sur les trois dernières décennies, et en particulier dans certaines de ses dimensions idéologiques et éthiques.

L’opposition togolaise, doit veiller à intégrer les critiques dans son fonctionnement et cesser de croire que la noblesse de l’engagement suffit pour tolérer ses errements. Le combat pour un Togo démocratique prend désormais un tournant générationnel avec la fin d’un premier cycle trentenaire du multipartisme. Ce changement doit s’accompagner d’une certaine pensée critique. Pour ce faire, il y a lieu de recommander à tous les acteurs politiques de l’opposition tout comme du pouvoir de développer 5 compétences à défaut de l’instauration d’un Certificat d’Aptitude a la Profession Politique (CAPP) :

  1. La motivation est un moteur interne qui va au-delà de l’argent et du statut, qui sont tous deux des récompenses externes : vision de ce qui est important dans la vie, le plaisir d’accomplir une tâche, la curiosité d’apprendre, le « flow » qui vient de l’immersion dans une activité. Elle contribue à poursuivre des objectifs avec énergie et persistance. Les indicateurs comprennent une forte envie d’accomplissement, de l’optimisme à l’épreuve des échecs et un engagement organisationnel.
  2. La conscience de soi est la capacité d’accueillir nos émotions, de reconnaître leurs effets sur les autres et de construire une image positive de nous-mêmes. Elle permet d’augmenter notre niveau de responsabilité face à nos fonctions et nos décisions. Le développement de la confiance en soi passe également par cette aptitude ;
  3. La gestion de soi (ou maîtrise de soi) consiste à gérer nos émotions et à contrôler nos impulsions. C’est la capacité d’agir de manière responsable et réfléchie. Une citation de Peter Drucker, théoricien américain du management, illustre parfaitement la raison d’être et l’importance de cette aptitude pour le leader : « Celui qui ne peut pas se gérer soi-même ne peut gérer personne. » Cette aptitude nous permet d’inspirer la confiance et d’avoir de l’aisance dans l’ambiguïté ;
  4. La conscience d’autrui (ou empathie) est la capacité de considérer les autres avec sensibilité et empathie. C’est également la capacité d’interagir avec les autres en tenant compte de leur état émotionnel. Cette aptitude permet de développer et de conserver les talents de même que de développer une attitude de « service » envers les autres ;
  5. La gestion des relations (ou aptitudes sociales) est la capacité de gérer les conflits par la collaboration. Les aptitudes sociales permettent donc de construire des réseaux d’affaires pour ensuite définir des objectifs communs. Cette aptitude aura un impact sur l’influence auprès des pairs et sur la capacité de convaincre.

Le développement d’un leadership conscient s’impose plus que jamais dans le contexte politique togolais. Le leadership conscient est le résultat du développement de l’intelligence émotionnelle. Bien plus que la gestion de nos émotions, c’est la capacité de développer notre présence et notre attention au quotidien. Le leadership conscient est donc le résultat d’un long travail interpersonnel et non une compétence en soi. Comme le disait Gandhi : « Le plus grand voyageur n’est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même ». Le leader conscient connaît son pouvoir et ne se permet pas de réagir dans l’ego. Il sait que la dynamique de groupe sera amoindrie si les gens ne sont pas à l’aise de s’exprimer ou d’apporter de nouvelles idées. Cela suppose : Reconnaitre ses émotions et éviter leurs pièges ; Choisir la meilleure stratégie et connaitre son état d’esprit ainsi que ses motivations ; Agir en accord avec ses valeurs et passer de la parole aux actes avec courage.

La génération politique des Ekpémog doit faire sa mue pour s’adapter à la génération des réseaux sociaux.

L’Expression n°001 du 06/05/2021

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