Sommet France-Afrique : une comédie politique néocoloniale ?

mai 16, 2021 :

La démocratie, ce mot découvert par beaucoup d’Africains au lendemain de la Conférence de la Baule, reste une réalité difficile à palper depuis plus de trois décennies dans la mesure où les systèmes aux commandes de beaucoup de pays à…Load more

La démocratie, ce mot découvert par beaucoup d’Africains au lendemain de la Conférence de la Baule, reste une réalité difficile à palper depuis plus de trois décennies dans la mesure où les systèmes aux commandes de beaucoup de pays à cette époque se sont évertués comme des chefs d’entreprise à s’adapter au nouveau marché sans déclarer faillite. Bien plus ironique, ils se sont si bien adaptés qu’ils sont devenus les principaux bénéficiaires de cette démocratie qui initialement sonnait le glas de leurs privilèges exorbitants qui étaient à la fois illégaux et illégitimes. Je me réfère présentement à la Baule parce que j’ai appris au détour d’une conversation ironique sur la plateforme WhatsApp Droit De Réponse que la ville de Montpellier accueille le 28ème sommet Afrique-France en octobre prochain, l’événement initialement prévu en juillet étant reporté pour cause de covid-19. Un événement organisé tous les trois ans pour mettre en avant les relations étroites en la France et le continent Africain. Un événement qui ne passe pas pour un collectif montpelliérain qui a réuni 70 signataires pour l’annulation de ce sommet, qu’il voit comme une mascarade au vu des réalités quotidiennes des populations africaines.

En effet, il y a lieu de s’interroger sur les retombés de ces rencontres aux allures d’une présentation des vœux au parrain par les différentes familles mafieuses en charge de territoires qu’ils administrent pour le compte de la famille du parrain. Car, en réalité depuis juin 1990, une communication officielle de la France à l’endroit de l’opinion publique visait à croire que pour une fois la France socialiste avait des amis (les populations africaines) et non des intérêts (les richesses de l’Afrique). Pour rappel, le discours de La Baule a été écrit par Erik Orsenna et prononcé par le président de la République française François Mitterrand, le 20 juin 1990, dans le cadre de la 16e conférence des chefs d’État d’Afrique et qui s’est déroulée dans la commune française de La Baule-Escoublac (Loire-Atlantique). Alors que les relations de l’Afrique avec le bloc de l’Ouest étaient fondées, dans le contexte de guerre froide, sur la préservation des régimes anti-communistes et la sécurisation des approvisionnements, en général sans réelle considération pour le respect des droits humains et de la démocratie par ces derniers, le discours de La Baule invite les pays d’Afrique à lancer un processus de démocratisation sous peine, dans le cas contraire, d’être privés du soutien du Nord. Il les invite à développer la démocratie dans leur pays à l’image des Européens de l’Est qui viennent de s’affranchir de la tutelle communiste.

Nous pouvons retenir du bas de nos six ans d’alors et du haut de nos trente-sept ans révolus d’aujourd’hui qu’à la Baule, François Mitterrand apparaît donc soucieux de se défaire de cette image de la Françafrique des réseaux politiques contre les peuples africains. Dans son discours, il lie l’impératif du développement économique du continent à celui de la démocratisation de sa gouvernance : Il ne peut y avoir de démocratie sans développement et, inversement, de développement sans démocratie.

Bref que retenir de cette démocratie annoncée et décrétée avec des tambours presque 31 ans plus tard ? En Afrique depuis le sifflet pour le coup d’envoi du théâtre démocratique a été donné par la puissance néo coloniale en 1990, des élections multipartites régulières se sont tenues bien que l’exercice de la compétition politique ait, à ce jour, souvent dérogé à l’application des idéaux démocratiques et que les droits constitutionnels promis sur papier ne sont pas appliqués avec beaucoup de conviction ou de cohérence. La démocratie électorale en Afrique francophone est simple : vous ne pouvez pas organiser une élection pour la perdre. Seul le Béninois Soglo peut se glorifier aujourd’hui de sa naïveté de l’époque.

L’ironie et le cynisme africain se caractérise par l’inscription en lettres d’or dans les constitutions du caractère universel des principes et règles qui fondent toute démocratie et qui s’articulent autour de la primauté du suffrage universel, de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice, de la garantie des libertés d’expression et du respect des droits de l’homme. Il faut avoir la chance d’avoir vécu la politique togolaise depuis la conférence nationale en passant par le coup d’éclat d’un certain Seyi Memene en 1998 pour aboutir au coup d’état d’un certain Faure Gnassingbé le 05 février 2005 pour comprendre qu’on peut espérer plus facilement le paradis dans l’au-delà que la démocratie au Togo. A l’instar du Togo, dans la plupart des pays du pré carré français, trois aspects emblématiques de l’État de droit sont affectés : la séparation des pouvoirs, l’encadrement juridique du pouvoir et le contrôle de constitutionnalité des lois (justice constitutionnelle). La marche vers la démocratie est confrontée a une résistance légale partisane et opportuniste bénéficiant d’un soutien fort de l’armée comme on a pu le voir à la Télévision Togolaise en Février 2005 et qui a été rediffusé par la Télévision Tchadienne en Avril 2021 sous la formule : Donnez à Gnassingbé ce qui est à Gnassingbé et donnez à Deby ce qui est à Deby au nom de la STABILITOCRATIE. La jurisprudence constitutionnelle est plutôt un égrenage de chapelets à l’allure des cantiques des griots africains. Retrouvez le discours du Président de la Cour Constitutionnelle du Togo lors de la cérémonie d’investiture pour le quatrième mandat de Faure Gnassingbé le 3 Mai 2020 et vous réaliserez qu’après la crucifixion de la justice constitutionnelle togolaise en 1998 par Atsou, elle a été ensevelie par Abdou en 2020. Bref la démocratie a été corrompue en Afrique.

En toute naïveté je ne peux résister à m’interroger à haute et intelligible voix : le discours de la Baule n’était-il pas une manœuvre pour reprendre le contrôle sur des mouvements internes au niveau du continent qui risquaient de mettre hors course les préfets de la France ? Tout comme les indépendances conditionnées des années 1960 qui ont été une réactualisation des paramètres de la colonisation en réponse aux luttes propres qui mobilisaient sur le continent depuis un certain moment ? A juste titre regardons comment est-ce que la réforme du franc CFA a été faite nuitamment par Macron et Ouattara pour déstabiliser la société civile des pays ayant en commun le CFA tout comme les états de la CEDEAO qui voulaient une monnaie communautaire sans arrimage a une devise unique. Bref la France a toujours su intervenir à temps pour récupérer et encadrer les mouvements des citoyens africains qui se sont battus en interne pour reparamétrer la gouvernance non conventionnelle des Etats africains francophones. Au risque de me répéter je peux dire que la DEMOCRATIE a été CORROMPUE en Afrique par les dirigeants avec la complicité active ou passive de la France selon les cas.

Selon Dilhac, dans la plupart des études, la corruption reste comprise dans son acception juridique c’est-à-dire comme un acte qui consiste à utiliser sa fonction pour obtenir des gains personnels. En introduisant les notions de règles et d’échange, on peut définir la corruption comme le fait pour un agent (x), ayant un contrôle sur des règles dans le cadre d’une fonction (publique ou privée), d’utiliser son pouvoir pour favoriser un agent (y) en suspendant l’application des règles en échange d’une faveur de la part de l’agent (y). La catégorie de corruption comprend ainsi des actes que le droit traite séparément comme les pots-de-vin, la collusion, le délit d’initié, le trafic d’influence, le conflit d’intérêt, etc. Mais cette définition réduit la corruption à une violation de règles légales accomplie par des individus, à la moralité personnelle défaillante, dans le cadre de leur fonction. Cela n’intéresse pas beaucoup la philosophie politique qui privilégie l’analyse des institutions et des rapports de pouvoir, et la justification des règles publiques. Cette corruption de la démocratie pour en faire une démocrature se construit officiellement autour du concept sacrosaint de la stabilité et officieusement autour de l’engagement à protéger les intérêts français. La stratégie conçue et mise en place avec l’appui d’experts prédateurs à col blanc se décline comme suit : l’acceptation et l’engagement en faveur de la conservation de l’hégémonie française ; et l’acceptation de la monnaie néo coloniale ; l’engagement pour accompagner la diplomatie militaire française.

L’acceptation et l’engagement en faveur de la conservation de l’hégémonie française. L’Afrique reste la seule zone d’influence où le leadership fort et une influence réelle, à la hauteur de ses ambitions gaulliennes de grande puissance, de possesseur de l’arme nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité. Les trois piliers autour desquels la politique africaine de la France se structure (économique et financier ; politique ; militaire et de sécuritaire). Comme le dit Comi Toulabor, le régime togolais « a su préserver les intérêts d’une caste militaro-affairiste où la France joue un des tout premiers rôles ». Châtaigner fait la même observation à propos des « événements intervenus au Togo depuis le décès en début d’année 2005 du président Gnassingbé Eyadema ont suscité des réactions embarrassées des autorités françaises qui se sont à plusieurs reprises trouvées en décalage par rapport aux positions plus tranchées prises par les organisations régionales (avec des nuances entre l’UA et la CEDEAO) et internationales. Par ses prises de positions plus que modérées dans les différentes étapes de l’évolution de la crise, la France s’est vue accusée de soutenir le mode de succession héréditaire du régime, en faveur du fils du président défunt, Faure Gnassingbé ». Cette particularité française vient d’être rééditée par la France au Tchad. En adoubant au Tchad le fils du défunt président Déby au nom de la stabilité au Sahel, Emmanuel Macron renonce à rompre avec le dernier avatar de la Françafrique. Au lendemain de la mort de l’autocrate, tombé au front face à des rebelles, le général de 37 ans s’est octroyé les pleins pouvoirs, en dépit de la Constitution. L’opposition a beau crier au coup d’Etat, le président français adoube le fils, au nom de la stabilité, dans la plus pure tradition de la Françafrique. Cette fois-ci sur la base des leçons apprises dans le cas togolais, le Président français a fait le choix de ne pas laisser les institutions continentales et régionales s’exprimer avant la France. Il a anticipé pour donner les éléments de langage à utiliser dans le dossier Tchadien. Son tweet est clair : « la transition qui va se mettre en place au Tchad doit être un moment d’unité, pour le peuple tchadien et pour la stabilité de la région. Le G5 Sahel est mobilisé aux côtés du Tchad et le peuple tchadien peut compter sur l’amitié indéfectible de la France ». La démocratie et le respect des règles constitutionnelles a été sacrifiée au Tchad car le pays est la plus grande base militaire extérieure de la France et symbolise le dernier vestige de la Françafrique. Selon le chercheur Roland Marchal, « le problème n’est pas tant que Macron se rende aux obsèques. La France a été un allié de toujours d’Idriss Déby et, vis-à-vis de nos autres alliés en Afrique, il eut été maladroit de le lâcher dans la mort. Le problème est d’avoir entériné un coup d’État sans réserve ». Qui parle de la France doit savoir qu’il y a des intérêts dans les parages.

L’acceptation de la monnaie néo coloniale. Une monnaie grâce à laquelle le pouvoir d’achat des africains est déterminé à Paris et les programmes d’investissement validé préalablement par Paris. Conformément aux termes de l’accord portant à la création de la Communauté financière africaine (CFA), la Banque centrale de chaque pays africain est tenue de conserver au moins 85% de ses réserves de change dans un “compte d’opération” à la Banque centrale française affiliée à la Banque de contrôle des finances. Les pays africains n’ont pas accès à cet argent. La France ne leur permet d’accéder qu’à 15% de cet argent en un an. S’ils ont besoin de plus, ils doivent emprunter de l’argent supplémentaire au Trésor français, de leur propre 85% de dépôts. Le fait que la France fixe également une limite au montant que les pays peuvent emprunter à la réserve rend les choses vraiment tragiques. Le plafond a été fixé à 20% des recettes publiques de l’année précédente. Si les pays demandent plus de 20% de leur propre argent, la France a le droit de veto. La France détient les réserves nationales de 14 pays africains depuis 1961 : Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale et Gabon. Les pays africains doivent également déposer leurs réserves monétaires nationales auprès de la Banque centrale française. Le Trésor français gagne environ 500 milliards de dollars de revenus et profits chaque année en provenance d’Afrique. En conséquence, la France ne veut pas sortir du système monétaire colonial. Les dirigeants africains qui ont tenté de s’opposer à ce système ont été tués ou renvoyés par coups d’État. Et ceux qui obéissent sont généreusement récompensés par la France. Maintenant, la France fait tout pour combattre quiconque veut faire la lumière sur ce côté sombre de son ancien empire. Raison du coup de poignard de l’UEMOA dans le dos de la CEDEAO qui commençait par répondre aux cris des sociétés civiles des pays de l’UEMOA. Les pays de l’UEMOA quitteront le franc CFA et passeront à la monnaie ECO en coupant leurs liens techniques avec la Banque centrale française et sa trésorerie mais la valeur de l’ECO serait adossée à l’euro tout comme c’était le cas avec le franc CFA. Blanc Bonnet, Bonnet Blanc car en revanche, la France resterait le pays garant en cas de crise.

L’engagement pour accompagner la diplomatie militaire française. Juan Emilio Cheyre dans sa contribution au Oxford Handbook of Modern Diplomacy (Cheyre, 2013), défini la diplomatie de défense comme « l’utilisation libre, ou sans contrainte internationale ni nationale pressante, en temps de paix, des ressources de la défense afin d’atteindre des objectifs nationaux spécifiques, principalement par des relations avec d’autres acteurs de défense, situés à l’étranger ». Comme on pourra le constater depuis plusieurs années des dictatures atypiques comme le Togo et le Tchad se sont évertués pour être présents sur plusieurs scènes d’opérations militaires continentales sous le manteau du maintien de la paix mais aussi en faisant de sorte à présenter leurs territoires comme des zones sécurisées à l’abri de toute attaque terroriste. Une stratégie qui consiste à éloigner les yeux des problèmes internes et à inviter les gens à aller voir ce qui se passe ailleurs.

En septembre 2017 le Togo est devenu membre de l’Initiative d’Accra et participe, dans ce cadre, aux opérations militaires conjointes Koudalgou. Le gouvernement togolais a également lancé, en septembre 2018, l’opération Koundjoare dans la région des Savanes. Elle vise à prévenir l’infiltration de terroristes sur son territoire et à renforcer le lien entre la population locale et les forces de défense et de sécurité à travers la conduite d’actions civilo-militaires au profit des communautés. Le Togo a également procédé à l’amendement de deux textes législatifs : la loi sur la décentralisation et les libertés publiques et la loi sur la sécurité intérieure, dans le but d’adapter son dispositif juridique aux menaces émergentes, dont l’extrémisme violent. Aussi innovantes qu’elles puissent paraître, les mesures prises par le Togo pour prévenir et lutter contre l’extrémisme violent sur son territoire ne sont en réalité que des mesures complémentaires pour éviter toute contestation du régime à l’avenir par son opposition ou ses populations comme c’était le cas en 2017. Comme un opérateur économique opportuniste et plus préoccupé par les retombées de son engagement dans la lutte contre le terrorisme en dehors de ses frontières, le Togo a oublié que tout comme les autres pays victimes de terrorisme lui-même a plusieurs facteurs de vulnérabilité existants qui pourraient être exploités par les groupes extrémistes violents pour s’infiltrer sur son territoire. Sa majeure préoccupation reste comment se rendre indispensable à la France dans sa diplomatie de défense en Afrique. Ces vulnérabilités comprennent l’absence ou l’insuffisance de services publics dans certaines régions, les liens relativement distendus entre la population et les forces de défense et de sécurité, ainsi que les anciens conflits mal gérés liés au foncier, à la chefferie traditionnelle, aux tensions communautaires et à la transhumance. À cela s’ajoutent les tensions politiques récurrentes autour des échéances électorales que connaît le pays depuis le lendemain de la conférence nationale souveraine. C’est là tout le pari de la diplomatie de défense que de capitaliser sur les liens tissés ou rendus possibles par la conscience des militaires d’appartenir à une même communauté afin de constituer un canal privilégié à des fins politiques ou diplomatiques. Ainsi en se rendant indispensable dans le schéma des dialogues de sécurité plus multilatéraux sur le continent africain dans lesquels l’accent est mis sur l’interdiction et la répression, deux valeurs partagées les régimes civilo-militaires togolais et tchadiens qui se faisant se savent être à l’abri de toute attaque diplomatique pour leur politique interne. De plus en plus les états africains d’expression française se servent de la diplomatie de défense qui a pour priorité la prévention de conflit et la promotion d’une culture de stabilité. En oubliant qu’ils ne font qu’attiser sur le plan intérieur des conflits qui finiront par imploser. Mais puisque pour le moment ils sont utiles à la France pour contrôler sa zone d’influence, ils peuvent s’offrir le luxe de diriger leur pays comme bon leur semble tant que cela ne met pas en péril les intérêts français.

Le sommet France Afrique aurait-il lieu si ce n’était pas un cadre pour harmoniser les intérêts de la France sur le Continent Africain ? Qui est demandeur de ce sommet entre une société civile africaine de plus en plus hostile à la politique étrangère de la France, les sous-préfets français a la tête de nos Etats et l’Etat Français ? La démocratie en Afrique peut-elle permettre à la France de continuer par avoir ses intérêts ostentatoires sur le continent ? Les premiers français venus en Afrique sont des commerçants. Lorsqu’ils ont encouragé leur Etat à venir en Afrique, c’était pour assurer leur sécurité et protéger leurs intérêts puisque tout ce qu’ils gagnaient en Afrique c’était pour la mère patrie. Quand vous comprenez cela et que vous croisez avec ce dicton populaire qui réitère que la France n’a pas d’amis mais des intérêts vous comprendrez que le sommet France-Afrique n’est qu’une occasion de vérifier si les intérêts restent protégés par ceux a qui la gérance a été confiée. Pourquoi subitement une Afrique démocratique et forte serait la préoccupation de l’Elysée ? Gaston Kelman a juste titre s’indigne de la réaction de ces élites africaines qui pensent que l’ancienne puissance coloniale, la France, « s’est converti à d’autres sentiments ! Qu’est-ce qui aurait changé dans la psychologie du dominant depuis Ruben Um Nyobè pour que nous pensions à lui comme Messie, interlocuteur indispensable pour notre destin ? Dans quelle page de l’histoire ou des mythologies, avons-nous vu le dominant panser les plaies du dominé ? (…) Le politique ne mettra pas cette révolution en œuvre, si l’intellectuel ne le lui apprend pas. Le talon d’Achille de l’intellectuel est d’attendre le salut de l’ancien colon. En cautionnant cette idée de l’Occident dénoncée par Césaire sur l’incapacité de l’Afrique à avoir puissance sur son propre destin, il devient le cheval de Troie de l’ancien maître. Après avoir brocardé les satrapes, il s’en va chez le maître, chercher le chemin du salut ». A l’image de la blague réformatrice de l’Ecole Nationale d’Administration en France, ce sommet France-Afrique de 2021 cherche à endiguer l’émergence des élites opposées a la politique française en Afrique et qui remettent en cause les paramètres de la néo colonisation en les invitant à Montpellier pour donner l’impression que leurs voix comptent et leurs positions prises au sérieux. En effet selon la propagande officielle faite autour du prochain sommet, il mettra au centre du jeu les acteurs de la société civile : entrepreneurs, intellectuels, chercheurs, artistes, sportifs, etc. À travers ce format inédit, il aura pour ambition de poser un regard neuf sur la relation Afrique – France, nourri de ce qui constitue le caractère unique des relations entre l’Afrique et la France : le lien humain. À ce titre, les diasporas franco-africaines et la jeunesse de France auront un rôle particulier à y jouer. Une blague institutionnelle a l’image de celle qui consiste a œuvrer pour le statut de Rome et a se soustraire plus tard à son application.

En réalité face à la contestation de la politique française dans plusieurs pays africains et à la concurrence avec des opportunistes comme la Chine et la Russie, la France organise ce sommet après celui de Pau pour déployer sa nouvelle stratégie qui lui permet de confirmer son rôle d’interface crédible entre l’Afrique et les institutions multilatérales notamment l’ONU. Fort de ces acquis, elle pourrait donc jouer un rôle de premier plan auprès de ses partenaires aux niveaux européen, mondial et même africain non seulement pour aider l’Afrique à rester dans son marasme qui arrange la France, mais surtout aussi pour consolider la sécurité européenne et internationale.

Dans les pays africains sous la tutelle de la France on peut prendre le risque de plagier Harper Perennial pour qui « la démocratie, en tout cas dans la forme qu’elle a prise jusque-là dans les sociétés les plus pauvres, ne semble pas améliorer les chances de la stabilité. Au contraire, elle augmente les risques de violences politiques. Probablement liée à cette incapacité à produire la paix sociale, la démocratie n’est pas encore parvenue à générer des gouvernements responsables devant leurs peuples, et dès lors légitimes ». La France dans ses relations avec l’Afrique même si elle crie à haute voix sa préoccupation pour l’avenir du continent n’a fait que procéder à des arbitrages opportunistes pour protéger ses intérêts menacés au détriment du développement et l’épanouissement des populations africaines. Ce ne sont pas les Togolais, Tchadiens, Ivoiriens et Guinéens qui se battent pour une meilleure gouvernance dans leurs pays qui seront d’avis contraire. Dans cette prise en otage des citoyens africains qui n’est que la suite logique de la colonisation s’organise stratégiquement autour des forces de sécurité et militaires. Cette minorité civile appuyée de la minorité en tenue treillis consolide les positions de la France et se contente de la ristourne qu’elle se redistribue. J’espère que l’Ambassadeur de France et ses collègues qui se retrouvent dans le G5 au Togo ne sortirons pas un communique pour nous accuser d’inciter l’hostilité a l’égard des citoyens français. Sinon j’aime les français mais cela ne m’empêche pas de désapprouver la politique africaine de la France. Même si a l’instar de l’Egypte qui est un don du Nil, la France veut demeurer un don de l’Afrique il faut au moins que l’Afrique puisse exister et comme le Nil ne pas servir seulement l’Egypte mais tous les autres pays pour ne pas dire les africains.

Il est du devoir de la majorité silencieuse africaine de prendre désormais la parole dans l’établissement ou la consolidation de la stabilité en Afrique en redéfinissant le partenariat Afrique-France à partir d’un diagnostic clair des enjeux géopolitiques, démographiques et des perspectives géo-économiques qui s’offrent à l’Afrique.

Mohamed MADI DJABAKATE (Papa Khadidja)

 

 

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