Doctorats dans les universités privées: la sortie de piste de « Sa » Majesté Watéba

juin 15, 2021 :

Les 18 et 21 mai 2021, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et le président de l’université de Lomé ont l’un à la suite de l’autre sorti des écrits qui ont laissé songeur le monde universitaire : ceux…Load more

Les 18 et 21 mai 2021, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et le président de l’université de Lomé ont l’un à la suite de l’autre sorti des écrits qui ont laissé songeur le monde universitaire : ceux d’entre eux qui encadrent des thèses de doctorat dans les établissements privés d’enseignement supérieur sont tenus de signaler les encadrements en cours ou déjà réalisés, sous huitaine. « Passé ce délai, vous serez sanctionnés administrativement ». En tout cas, le décor est planté ; le professeur Kokoroko n’y est pas allé de main molle et le ministre Wateba n’entend pas laisser perdurer la pagaille dans son sous-secteur.

Pendant que le ministre Majesté Ihou Wateba relevait dans un courrier adressé au président de l’université de Lomé qu’il lui a été « donné de constater que certains enseignants des universités publiques du Togo, par leur caution, encouragent la délivrance des diplômes d’études supérieures dans certains parcours, plus précisément le doctorat dans des établissements privés d’enseignement supérieur, y compris les institutions régionales d’enseignement supérieur » et demandait aux enseignants du supérieur « de suspendre leurs interventions, jusqu’à la mise sur pied d’une commission pour étudier les conditions d’ouverture d’une formation doctorale dans lesdits établissements », Dodzi Komla Kokoroko, s’est fendu pour sa part d’une note de service. Dans celle-ci, le président de l’université de Lomé, Son « Excellence » Dodzi Komla Kokoroko rappelle à ses collègues enseignants-chercheurs qui encadrent des thèses de doctorat dans les institutions privées d’enseignement supérieur qu’ils sont « tenus de signaler les encadrements en cours ou déjà réalisés, sous huitaine ». Et de brandir le couperet : « passé ce délai, vous serez administrativement sanctionnés ».

Que sous-entendent les meilleurs amis Wateba et Kokoroko ?

A la lecture des écrits des deux éminents enseignants-chercheurs, il appert que le Professeur Majesté Ihou Wateba, ministre de l’enseignement supérieur, et ses services venaient de constater des « brebis galeuses » dans le sous-secteur de l’enseignement supérieur et tiennent à y mettre de l’ordre.

Faisant suite au courrier de son ministre de tutelle, le président de l’Université de Lomé, s’est voulu très catégorique : il n’est pas question pour lui d’admettre que des enseignants du supérieur se permettent de « foutre » du désordre dans le secteur de son « meilleur ami », « Sa » Majesté Ihou Wateba. Pour ce faire, tout en prenant le soin de ne pas mentionner « les institutions régionales d’enseignement supérieur » dans sa note de service, tel un digne fils du roi Behanzin ou de Chaka Zoulou, Dodzi Komla Kokoroko intime l’ordre à ses administrés : « il est rappelé à votre attention que ceux qui encadrent des thèses de doctorat dans les établissements privés sont tenus de signaler les encadrements en cours ou déjà réalisés, sous huitaine ».

On devrait imaginer la débandade dans les rangs des valeureux et respectables enseignants-chercheurs de l’Université de Lomé. Ils sont en effet nombreux à intervenir dans les établissements privés et institutions régionales d’enseignement supérieur. Les togolais en ont vu sur les images des soutenances de thèse des sieurs Amévi Dabla, ancien directeur de radio Lomé ; Koutéra Bataka, ancien ministre de l’agriculture, Pierre Lamadokou, actuel ministre de la culture et plus récemment, Adolphe Pakaa, journaliste à TVT, etc.

Mais d’où est parti le constat du ministre Wateba ?

De mémoire d’homme, en dehors des écoles ecclésiastiques qui délivrent des parchemins qui n’ont de reconnaissance que dans la sphère de leur confession religieuse, aucune université privée, aucun établissement privé d’enseignement supérieur général ou professionnel, ne délivre de diplôme de doctorat au Togo. Seul l’Institut régional d’enseignement supérieur et de recherche en développement culturel (IRES-RDEC), un établissement régional d’enseignement supérieur qui, fort d’un partenariat avec l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) et la reconnaissance du Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur (Cames), forme et délivre le doctorat de troisième cycle. D’après une source interne au ministère de l’enseignement supérieur, tout est justement parti des soutenances de thèses des apprenants de ces instituts avec l’encadrement des enseignants qui ne sont autres que ceux de l’Université de Lomé. En somme, les Professeurs (Maîtres de conférences et Professeurs titulaires) des universités du Togo ne devraient pas se permettre « ce crime de lèse-majesté ». Voilà donc qui a suscité le courroux de « Sa » Majesté Ihou Wateba, ministre de l’enseignement supérieur!

L’acte criminel est-il établi ?

En réalité, non ! C’est certainement la raison qui a conduit le professeur de droit Komla Dodzi Kokoroko à ne pas mentionner « institut régional d’enseignement supérieur » dans sa note de service.

En effet, les enseignants qui « se sont permis » d’aller encadrer les apprenants de cet institut régional n’ont commis aucune faute professionnelle. Au contraire, leur travail fait suite à une demande d’une organisation sous-régionale : l’Uemoa qui a suggéré et qui appuie la formation et la recherche en développement culturel à l’IRES-RDEC. L’Institut a mis en place (2013-2014) avec le soutien de l’Uemoa, un programme doctoral en « Art, Culture et Développement » dont le diplôme est reconnu par le Cames en novembre 2018, lit-on sur le site internet de l’IRES-RDEC. Il est évident que cet extrait a échappé aux services du ministre de l’enseignement supérieur. Encore faut-il…

Finalement, trop de bruit pour rien alors ?

Absolument ! Sa Majesté Monsieur le ministre de l’enseignement supérieur et son « meilleur ami », monsieur le président de l’Université de Lomé, ont trop tôt crié au loup ! Surtout, pour un rien du tout. On pourrait dire que le ministre de l’enseignement supérieur a poussé le président de l’Université de Lomé à la faute.

L’école doctorale de cet institut est dirigée par Kodjona Kadanga, Professeur Titulaire à l’université de Lomé, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Son comité scientifique est quant à lui, vice-présidé par le Professeur Essoham Assima-Kpatcha, par ailleurs directeur de l’enseignement supérieur au ministère éponyme. Kouméalo Anate, ancienne ministre de la Communication et ancienne directrice de l’Institut des sciences de l’information, de la communication et des arts (Isica) de l’Université de Lomé, y officie tout comme le Professeur Essohanam Batchana, actuel directeur de la recherche et de l’innovation de l’Université de Lomé. Des personnes ressources que le ministre aurait pu consulter. Ce qui lui aurait pu éviter une « sortie de piste ».

Mieux, en plus d’être soutenu par l’Uemoa, d’être un institut inter étatique de l’enseignement supérieur, l’IRES-RDEC a fait reconnaitre ses offres de formation par le Cames qui lui a délivré la reconnaissance en 2012 puis en 2018.

L’Expression n°6 du 13 juin 2021

Titre modifié

 

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