Carence d’éthique et absence de déontologie chez certains fonctionnaires togolais

juin 17, 2021 :

De façon générale, l’être humain est toujours plus préoccupé par ses droits que par ses devoirs. Il est assez courant de trouver une excuse pour ne pas avoir accompli ses devoirs mais on devient vindicatif quand nos droits ne sont…Load more

De façon générale, l’être humain est toujours plus préoccupé par ses droits que par ses devoirs. Il est assez courant de trouver une excuse pour ne pas avoir accompli ses devoirs mais on devient vindicatif quand nos droits ne sont pas respectés. Et pourtant, tel que beaucoup de syndicats de fonctionnaires conçoivent que leurs droits sont des obligations que l’Administration doit respecter, ils doivent aussi concevoir que leurs devoirs sont des obligations auxquelles l’Administration doit également veiller. L’administration doit se donner les moyens d’exiger de ses acteurs la mise en valeur des obligations qu’exigent leurs fonctions et punir sévèrement comme il le faut.

Que ce soit dans le secteur privé ou public, il y a trois valeurs fondamentales auxquelles aucun employé ne peut déroger : agir sans se soucier de son intérêt propre ; ne pas commettre d’abus de pouvoir ou d’autorité ; ne pas céder aux pressions politiques.

Le point de départ de nombreuses mesures visant à améliorer l’éthique et la déontologie dans la fonction publique au sens large est très souvent la lutte contre la corruption. Il y a des facteurs qui conduisent à la corruption. Le plus souvent, il y a soit un fonctionnaire qui veut être corrompu avant de rendre le service pour lequel il a été recruté et pour lequel il émarge sur le budget du contribuable chaque fin de mois; de l’autre côté il y a un usager qui veut coûte que coûte être servi et est prêt à payer pour être servi en premier même s’il arrive en dernier ; enfin ces deux scenarii ne doivent pas être confondus avec nos habitudes culturelles qui consistent à faire preuve de gratitude à l’endroit de quelqu’un qui a été disponible pour nous appuyer. Mais ce geste de gratitude finit par ressembler à une obligation et il y a lieu de penser à sa cessation. Le phénomène se manifeste par ce que nous appelons corruption mais il a ses racines plus loin.

Les notions d’éthique et de déontologie dans la fonction publique ne se limitent pas à ce cadre de la lutte contre la corruption à l’égard des usagers du service public, puisqu’elles englobent également des notions telles que la loyauté, le respect, la dignité, le service rendu à l’usager du service public, la neutralité. Toutefois le summum, c’est lorsque ces pratiques sont internes à la fonction publique.

Il urge de clarifier les concepts d’intégrité, de déontologie, de morale et d’éthique. Les contraintes de l’intégrité émanent de l’individu, elles sont personnelles et réfèrent à la conscience individuelle. La déontologie est l’ensemble des obligations qu’une profession s’engage à respecter pour garantir une pratique conforme à l’éthique. La morale est l’ensemble de principes, de règles de conduite relatives au bien et au mal, de devoirs, qu’une société se donne et qui s’imposent autant à la conscience individuelle qu’à la conscience collective. L’éthique se donne pour but de dire comment les êtres doivent se comporter pour agir sereinement entre eux. C’est une réflexion critique sur la moralité des actions.

Le service à l’usager constitue une mission essentielle de l’autorité publique. Un service respectueux de l’usager est, dès lors, une valeur centrale pour les agents. C’est d’ailleurs pour cela que les agents du service public sont soumis à l’évaluation. La note chiffrée globale du fonctionnaire exprimé de 0 à 5 égales au total des points ainsi obtenus pour chacun des quatre éléments de la notation à savoir : connaissance professionnelle et culture générale ; efficacité et soin dans l’exécution du travail ; conduite et discipline ; sens du bien public.

Le constat général au Togo est que la chaîne d’autorité tolère, de façon explicite ou implicite, des comportements illégaux, non éthiques ou inappropriés (normaux dans un système où il y a une confusion entre le parti au pouvoir et l’administration publique) ; deuxièmement l’obligation de corrompre un fonctionnaire ou de le vénérer est devenue une norme coutumière vulgarisée au sein de l’opinion publique ; troisièmement, quand on a un bon parrain à qui on fait de temps en temps un compte rendu pécuniaire ou une assistance dans la mobilisation politique, on peut échapper aux sanctions légales applicables.

En ce qui concerne la connaissance professionnelle et culture générale, je préfère laisser les appréciations à la discrétion de celui qui recrute. Pour ce qui concerne les 3 autres points, en toute humilité, souffrez que je partage la perception des usagers du service public. Le feedback n’est pas du tout positif. Comme c’est l’habitude au Togo, il y a toujours des textes théoriques d’une qualité impeccable dont la mise en œuvre laisse à désirer. Au Togo, au nom du principe de l’obligation de désintéressement et d’honnêteté, le fonctionnaire doit être propre moralement, car il incarne l’administration, la puissance publique, le service public et l’intérêt général, il doit éviter de monnayer ses services sous quelque forme que ce soit, sous peine de sanctions pénales et (ou) disciplinaires. La corruption, le détournement de derniers publics, la fraude, la concussion, le trafic d’influence pour solliciter ou accepter des offres ou des dons en se prétendant capable de faire obtenir des faveurs, sont interdits.

Parlant du sens du bien public, il y a beaucoup à dire quand on assiste au détournement du matériel de travail pour des besoins personnels. Entre l’élève qui est en circulation avec une moto immatriculée avec une plaque verte à la voiture qui va chercher la nourriture pour le bétail on peut relever le peu d’intérêt pour la protection du matériel public. Sans oublier les voitures plaques vertes qui circulent au-delà des heures de service et surtout les week-ends. Les édifices publics sont dans un état de délabrement inquiétant.

En ce qui concerne efficacité et soin dans l’exécution du travail il suffit de voir la qualité du service et la lenteur opposée aux clients surtout en ce qui concerne les sociétés d’Etat. Si vous demandez à la CEET de passer vérifier votre compteur, vous pouvez attendre des mois. Si vous voulez créer une association, assurez-vous que vous aurez affaire à des agents qui vous demanderont de leur donner quelque chose car ils ne sont pas sûrs de vous retrouver lorsque votre association aura un financement pour ses activités. A la justice, tout porte à croire que seuls les démarcheurs savent faire dire le « droit-gauche » aux magistrats. Les malheureuses populations de Gbamakopé en savent quelque chose. En ce qui concerne les forces de l’ordre, on s’interroge quelquefois sur l’utilité de leur présence en circulation en dehors des heures de pointes où ils aident à réguler la circulation. Au niveau de chaque service, chacun trouve un moyen de racketter les usagers. L’enseignant avec ses TD, les agents de la santé et leurs cliniques privées ne sont pas du reste.

Pour clôturer avec le volet de la conduite et discipline, le fonctionnaire togolais croit que l’usager du service public doit quémander sa faveur. Il est toujours incapable d’assimiler qu’il est au service de l’usager. Son portable androïde a plus son attention que celui qu’il est censé venir servir en sortant de sa maison. Parfois quand je vois la façon dont les femmes enceintes sont embêtées dans certaines structures de santé, je me sens abattu. Quiconque disposant d’un petit pouvoir discrétionnaire se croit en droit d’être vénéré. Pour couronner le tout, certains agents, forts de leur activisme et militantisme, se permettent tout quand aussi certains responsables administratifs croient qu’il est de leur devoir de rendre la vie dure à tout collaborateur qui exprime des opinions contraires à celle du régime au pouvoir.

La vérité, s’il en existe une dans notre rectangle national présentement, c’est que les valeurs s’érodent progressivement. L’éthique administrative au Togo, dans son évolution et sous ses divers aspects, est plutôt en recul car chacun est convaincu qu’il doit se privilégier en réitérant fièrement et pompeusement que “la charité bien ordonnée commence par soi-même“. La pratique tend plutôt à réfuter l’éthique au nom d’une laïcité à la dérive.

L’éthique appliquée à l’administration revêt une dimension supplémentaire en ce que, par nature, le cadre référentiel des services publics est porteur de responsabilité civique et de valeurs politico-juridiques : l’intérêt public, l’équité, le respect strict du droit, l’égalité devant les charges publiques, l’accessibilité pour tous. L’éthique administrative est donc plus qu’une éthique professionnelle ; elle représente une des garanties de la protection des libertés collectives et individuelles des citoyens.

Il est de plus en plus clair que dans les relations entre fonctionnaires et usagers du service public, il y a des pratiques et/ou des comportements que l’on souhaite favoriser ou, à l’inverse, que l’on souhaite proscrire dans le cadre de l’exercice des responsabilités et des fonctions des fonctionnaires.

En attendant que les hauts cadres de l’administration donnent l’exemple du comportement éthique, il y a lieu d’inviter les agents à s’approprier les bonnes pratiques pour une utilisation efficace des biens, installations, services et moyens financiers mis à leur disposition dans le cadre de leurs fonctions. A chaque niveau de l’échelle, il faut gérer avec soin les biens, installations et moyens financiers du service. En cas de non-respect il faut promouvoir l’application de toutes les mesures utiles en cas d’infraction.

Le service de l’intérêt public est une des missions essentielles des services publics. Le citoyen s’attend à être traité de façon intègre, objective et impartiale, sans être influencé par les intérêts privés d’un fonctionnaire. La non-gestion ou la gestion inadéquate des conflits d’intérêts est de nature à affaiblir la confiance du citoyen dans les institutions publiques.

L’Expression n°007 du 17/06/2021

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