Togo: Perte d’un précieux outil de propagande nommé Doing Business!

septembre 26, 2021 :

L’information est tombée le 16 septembre 2021 et continue de faire l’effet d’une bombe, alors que le monde entier attendait toujours la publication de l’édition 2021 du rapport Doing Business (DB), suspendue, à cause de certaines irrégularités dans ses publications…Load more

L’information est tombée le 16 septembre 2021 et continue de faire l’effet d’une bombe, alors que le monde entier attendait toujours la publication de l’édition 2021 du rapport Doing Business (DB), suspendue, à cause de certaines irrégularités dans ses publications de 2018 et 2020 à élucider. Pour Lomé, c’était déjà un coup dur, Faure Gnassingbé et collabos ayant fait des rapports DB, un instrument de propagande et de branding, dans l’espoir d’attirer des investisseurs voire de décrocher des financements pour son plan national de développement (PND 2018-2022), remplacé au pied levé par la feuille de route quinquennale 2020-2025. Avec l’arrêt définitif des publications, le pouvoir togolais vient de perdre. Très gros. Lui qui a mis les petits plats dans les grands, dans une course effrénée aux classements.

Fin du DB, une onde de choc à Lomé !

Déjà prise de court par la suspension de la publication de l’édition 2021 du très prisé rapport auprès d’une certaine frange d’investisseurs qui continuaient de faire de cet outil un baromètre de la facilité à faire des affaires ou de l’attractivité de l’environnement des affaires dans des pays au monde, Lomé va être sérieusement secouée par l’arrêt définitif du Doing Business, et pour cause.

Le pays qui ambitionnait de se lancer début 2018 dans de profondes réformes de son environnement des affaires, après de très mauvais classements dans le Doing Business, afin d’attirer des investisseurs, avait pris le soin de dédier une cellule à la problématique de la réforme du climat des affaires, lancée début 2018. Elle a été confiée à Sandra Ablamba Johnson, jusque-là, peu connue dans le sérail ; quoiqu’elle fût active aux côtés de Bamouni S. Stanislas Baba dans le cadre des réformes – encore ? – à opérer afin de permettre au Togo d’empocher les centaines de millions $ du gouvernement américain pour les pays dans le cadre du Millenium Challenge Account (MCA).

Un média, Togo First a, dans la foulée, été créé, dans l’escarcelle de l’agence internationale Mediamania, éditrice de l’agence Ecofin, afin de faire le branding du pays dans l’univers des médias et sur la toile, notamment en relayant systématiquement l’actualité en lien avec les réformes, les bons ou excellents classements du Togo, bref en couvrant toute actualité qui contribue à ripoliner le Togo et à célébrer un pays qui gagne. Au prix de rondelettes sommes, selon des indiscrétions.

Un agenda prioritaire de réformes à opérer a ainsi été mis en place par la cellule créée et placée sous la supervision du Chef de l’Etat togolais himself. Le challenge de la structure prenait d’ailleurs toute une autre dimension, avec le lancement du Plan national de développement (PND 2018-2022) visant à changer structurellement l’économie togolaise et décliné en trois principaux axes : la mise en place d’une plateforme logistique et d’un hub financier d’excellence, le développement des pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives et la consolidation du développement social et le renforcement des mécanismes d’inclusion. Cette vision de développement estimée à 4 622 milliards FCFA, devait être financée à hauteur de 65% par le secteur privé ; soit 3 000 milliards FCFA

L’opération de charme avait d’ailleurs pris des allures de roadshows présidentiels, de journées économiques consacrées au Togo aux quatre coins de l’univers et au rythme des rencontres internationales d’affaires. Un forum économique Togo-UE a même été organisé en 2019 dans la foulée, alors que le Togo célébrait ses victoires dans le Doing Business.

Même si officiellement, Lomé semble faire dos rond, il est évident que Faure Gnassingbé ne se serait pas investi dans cette démarche, onéreuse au passage, s’il avait pressenti, sinon seulement soupçonné que l’aventure s’arrêterait, en si bon chemin.

D’ailleurs, après l’annonce par la Banque mondiale de l’arrêt définitif du rapport, la ministre conseillère du Président togolais, en charge du climat des affaires, n’a pas daigné relayer l’information ni sur son compte Facebook ni sur son compte twitter, elle qui est plutôt présente sur les réseaux sociaux où elle annonce sinon célèbre les performances du Togo.

Curieuse attitude de celle qui est en charge du climat des affaires, mais qui s’explique aisément sous le prisme d’une grande déception. Car en réalité, elle avait déjà annoncé à la faveur d’une rencontre avec les médias où l’objectif était de présenter la carte des scores MCC du Togo, que la publication du DB 2021 allait se faire « dans les prochaines semaines » car l’audit annoncé, tendait vers sa fin.

DB, un rapport si décrié

Si la Banque mondiale ne faisait pas l’unanimité contre elle dans le cadre du DB, ce rapport essuyait de vives critiques et était très controversé, des pays contestant vertement leurs classements, téléguidés, de leurs propres avis, par des motivations extérieures à l’environnement des affaires, bref aux indicateurs sur lesquels ils étaient évalués à savoir : création d’entreprise, exécution des contrats, paiement d’impôts et taxes, permis de construire, commerce extérieur, raccordement à l’électricité, transfert de propriété, protection des investisseurs, accès aux crédits. Ceux-ci devaient être complétés dans la publication de l’édition 2021 par l’indicateur Passation des marchés publics.

Le Chili, le Cameroun, la RDC, la Tunisie et autres pays ont à tort ou à raison critiqué leurs classements dans le rapport phare de la Banque mondiale. « Je n’ai jamais rencontré les enquêteurs qui réalisent cette étude, et je m’interroge sur leurs sources. Leurs méthodes de collecte d’informations doivent être remises en question. » avait déclaré Albert Yuma Mulimbi, patron des patrons de RD Congo et président de la Gécamines. Avant lui, au Sénégal, c’est Macky Sall lui-même qui est monté au créneau. D’après le chef d’État, l’édition 2014 de ce rapport ne reflète pas la réalité des progrès réalisés par son pays (178e) », avait écrit Jeune Afrique en décembre 2013 sous la titraille : « Doing Business » : pourquoi le rapport fait polémique.

En outre, rapportait le magazine panafricain, sur le fond, les détracteurs du classement soulignent que la Banque mondiale ne peut pas être juge et partie. Notamment en finançant et en conseillant en même temps les gouvernements des pays pauvres ou en crise, en matière de réformes à faire et encore en les évaluant.

Des critiques non fondées, déploraient certaines voix qui reprochaient aux Etats contestataires, africains pour la plupart, d’avoir la défaite amère, plutôt que de se remettre en question pour impulser une véritable dynamique de réformes de leur environnement des affaires afin d’attirer des investisseurs crédibles.

Le rapport « sacrosaint » et inviolable de la Banque mondiale, sinon la « Bible » en matière de climat des affaires au monde, sera pourtant en 2018, au cœur d’un scandale monstre, à la suite d’une critique virulente de l’économiste américain en chef de la Banque mondiale, Paul Romer, sur la dégringolade du Chili dans le classement :

Paul Romer, le point d’orgue !

Si les critiques des pays pour la plupart mal notés et mécontents ont été passées par pertes et profits, celles de l’américain Paul Romer, seulement 15 mois après sa prise de poste en tant qu’économiste en chef de la Banque mondiale feront tache d’huile.

Tout était parti de doutes émis par l’Américain sur l’un des économistes auteurs du rapport qu’il accusa d’avoir changé de méthodologie pour des raisons politiques à propos des performances du Chili. Ce qui aurait fait perdre 23 places au Chili, durant les trois premières années de présidence de la socialiste Michèle Bachelet. Improbable que ce pays d’Amérique latine ait pu subir en si peu de temps une telle détérioration de son environnement des affaires. Selon Paul Romer, le Chili n’aurait perdu que deux places sans cette modification de méthode.

Tout ceci, sans compter la pétition de plus de 300 ONG demandant en mars 2021, l’abolition de cet outil de jauge des économies mondiales, devenu un moyen de règlement des comptes ou de promotion des régimes politiques, selon qu’ils sont dans les bonnes grâces ou déclarés des parias.

Il ne s’agissait ni plus ni moins alors que d’un rapport qui avait perdu l’essentiel du crédit qu’il pouvait avoir, au moment où le Togo s’engageait dans ce challenge d’amélioration du climat des affaires.

Pourtant, un outil de propagande de Faure et collabos

Alors que le Doing Business faisait face à de sérieux doutes sur sa crédibilité, Faure Gnassingbé était encore l’un des irréductibles à se fier à ce classement qui venait valider les réformes du climat des affaires, mises en œuvre au Togo.

En effet, c’était un Faure Gnassingbé, très triomphaliste qui avait pris part à la présentation des succès du Togo dans le DB 2020 : « Nous avons le triomphe modeste au Togo et nous n’aimons pas fêter nos victoires, mais aujourd’hui, nous laissons nos disputes et nos querelles de côté pour célébrer le Togo ».

Célébrer le Togo, oui, sinon célébrer ses victoires personnelles, c’était ce dont il s’agissait, en réalité. La suite, on la connaît. Réformes du climat des affaires, le Togo, Top performer dans le DB 2020, et 3è meilleur réformateur au plan mondial, les laudateurs ne rataient aucune occasion, bonne ou mauvaise pour rebattre les oreilles aux Togolais des performances si chèrement – sic- réalisées.

Boris Johnson, Emmanuel Macron pour ne citer que ces dirigeants occidentaux, apprécieront également à l’applaudimètre, les réformes réalisées par le régime togolais pour attirer les investisseurs.

Par ailleurs, pour le régime togolais, ceci prenait simplement l’allure d’une course effrénée aux classements, surtout après la publication de l’édition 2020 où le pays a réalisé un bond de 40 Places pour figurer dans le Top 100 mondial (97è place), devenant le Top performer africain et le 3ème performer sur les 190 pays sondés. « Nous sommes en compétition, nous devons maintenir le cap et accélérer le mouvement, faisons-le et bien ! », encouragera-t-il. Des propos du président togolais, qui laissaient transparaître davantage une idée de compétition qu’autre chose.

Ainsi, l’assouplissement des formalités de création d’entreprises avec en toile de fond la création en ligne, la libéralisation du montant minimum pour les Sarl, la réduction des coûts et des délais, les réductions des coûts de raccordement à l’électricité, la création du Guichet foncier unique pour faciliter l’immatriculation ou les mutations de propriété, l’automatisation de la saisine des tribunaux commerciaux et de la gestion des plaintes entre autres, ne sont que des avantages subsidiaires de la dynamique réformatrice.

Certes, le pouvoir aura beau jeu de déclarer à son corps défendant que la dynamique des réformes va se poursuivre, car le pays ne ferait pas une course aux classements. « Nous ne travaillons pas pour les classements ou les observateurs. Nous agissons pour le Togo et pour les Togolais. L’amélioration du climat des affaires au Togo est un combat de tous les instants. C’est notre combat à tous autour du Chef de l’État. Et nous sommes en train de réussir », avait déclaré Sandra Johnson, après la suspension du rapport DB 2021.

Mais chacun pourrait jouer aux devinettes pour entrevoir le sort qui aurait été réservé à la problématique d’amélioration de l’environnement des affaires au Togo, s’il n’y avait pas les classements DB. Faure Gnassingbé et compagnie auraient-ils mobilisé autant d’énergies autour ?

En tout état de cause, il est important de se demander trivialement quelle réelle portée pourrait avoir un classement en matière de facilité à faire des affaires, qui n’intègre pas la lutte contre la corruption. Dès lors qu’il est notoire qu’en dehors de la célérité, les investisseurs ont besoin de la sécurité juridique (déjà offerte par le droit Ohada) et judiciaire de leurs investissements. Or cette dernière préoccupation est fortement compromise, la justice togolaise étant notoirement aux premières loges des institutions les plus corrompues au Togo.

L’Expression n°17 du 24 septembre 2021

 

(Visited 32 times, 1 visits today)
  • Partenaires & Liens

  • Mivazik - La Plateforme de promotion des musiciens Africains

    Mivazik - La Plateforme de promotion des musiciens Africains

  • Africaone - Le plus grand annuaire professionnel des entreprises de l'Afrique et de la diaspora ...

    Le plus grand annuaire professionnel des entreprises de l'Afrique et de la diaspora ...

  • A Propos

  • - African Social Network - Social Networking sites used in Africa - Africa's top Social Network - Social Network used in Africa - First Social Network for Africa.

    Decouvrez Togosocial - Le reseau social du Togo - Togolese Social network Yaamo - Interest based Social network Djinam - Le moteur de recherche Togoois - Togolese Search Engine Le meilleur site des annonces au Togo - Annonces immobiliers - Annonces a' vendre au Togo Solutions de conception de site web au Togo. Service Cloud hebergement de sites web Togo - Service et Support IT au Togo Best hair braiding in Decatur GA Best hair braiding in Decatur GA Best hair braiding in Decatur GA Yaamo interest-based advertising Yaamo is the Social Network about increasing revenue for you and your Business. JOIN TODAY! We are a proud Member. Yaamo helps you advertise. They make it easy and affordable. Togosocial - Le réseau social du Togo - Togolese Social network BNN(Blog, Nouvelles & notes) actualités Togo est le site Togolais des actualités, nouvelles, blogs et notes du Togo et de la Diaspora. BNN redéfinit le journalisme populaire en donnant aux Journalistes, Blogueurs, Écrivains, Etudiants, Universitaires Togolais ou a tout Togolais le meilleur outil pour partager leurs idées, leurs écrits, leurs expériences et les actualités au Togo et dans la Diaspora. L’application Freewriter BNN Togo actualités est sociale et s’intègre directement sur votre profil Togosocial et aussi sur le fil d’activités de vos amis sur le réseau permettant au monde un accès direct à vos articles.