La grève des enseignants et la formule du bâton impitoyable de Kokoroko

novembre 9, 2021 :

La semaine écoulée a été marquée dans le secteur de l’enseignement par une grève de 48 heures à l’initiative de la FESEN (Fédération des syndicats de l’enseignement). Avant même que la grève aille à son terme, le ministre de tutelle, Prof….Load more

La semaine écoulée a été marquée dans le secteur de l’enseignement par une grève de 48 heures à l’initiative de la FESEN (Fédération des syndicats de l’enseignement). Avant même que la grève aille à son terme, le ministre de tutelle, Prof. Kokoroko, a fait parler le bâton. Il a démis de leurs fonctions de directeur d’écoles près de 1400 fonctionnaires du secteur. Cette décision ministérielle a du mérite à un double point de vue : d’une part, elle rappelle violemment aux uns et aux autres la profondeur de la crise qui couve dans le secteur du fait de la répression aveugle de l’initiative de création d’une nouvelle fédération de syndicats l’année dernière et, de l’autre, de porter devant les feux de la rampe les grosses difficultés inhérentes à la gestion des écoles publiques depuis la décision de la gratuité au primaire puis cette année aux deux autres cycles. L’implication de ces directeurs ans le mouvement de grève n’est ainsi que l’arbre qui tentait de cacher une forêt bien épaisse.

C’est un pari perdu d’avance. On a beau étouffer l’air ou l’eau dans un bocal, il/elle finit toujours par se frayer du chemin. Quand cela arrive, l’effet est violent. En réalité, il est très facile de comprendre l’implication des 1400 directeurs d’école publique dans la grève initiée par la FESEN. Selon toute vraisemblance en dehors de l’envie de bénéficier d’une rallonge financière en ce qui concerne les salaires, ces fonctionnaires de l’enseignement public ont juste saisi au bond la balle lancée par la FESEN. Sans doute attendaient-ils l’occasion pour laisser libre cours à leurs frustrations et à leur mécontentement de sorte que la grève est tombée comme carême en mars. Ils n’ont pas hésité à saisir l’occasion pour envoyer le message à l’employeur.

Au vrai, les écoles primaires spécifiquement depuis quelques années, les collèges et lycées cette année, sont devenus un goulot d’étranglement pour ceux qui sont commis à la tâche de les diriger. On a vu des enseignants de lycée cette année se partager une boîte de craie blanche entre deux ou trois collègues, selon le nombre d’enseignants que comporte l’unité pédagogique ; selon nos informations, ces enseignants ont pu obtenir d’autres boîtes de craie après coup, mais le premier scénario est anecdotique. Il nous revient en outre que la situation est aléatoire dans certaines régions où il est mis un embargo sur la perception des cotisations parallèles. Que dire des bruits selon lesquels l’évaluation continue (devoirs) est mise sous hypothèque dans certains collèges et lycées du fait de l’absence de moyens financiers pour les organiser ?

En un mot, sur le terrain, les directeurs d’établissements scolaires publics vivent des moments difficiles. C’est la croix et la bannière et cela est davantage plus difficile au primaire. Ici, depuis la gratuité, ce n’est plus une sinécure que d’être directeur d’école ; « c’est devenu un cadeau empoisonné mais on l’assume avec conscience et patriotisme », a indiqué une source. Selon nos informations, c’est une modique somme de 90 mille F CFA qui est envoyée dans certaines écoles pour couvrir les dépenses de fonctionnement pour une année scolaire. « Vu les besoins, c’est une goutte d’eau dans l’océan pacifique. C’est cela qui explique la scène anecdotique du partage de craies sous un arbre dans une école dans le pays, des collègues en ont été sanctionnés mais c’était une source de malheurs et un goulot pour eux », raconte la source. Dans certaines écoles, nos sources rapportent que cette somme couvre à peine le trimètre 1, les directeurs et leurs adjoints sont obligés de « jongler » jusqu’à la fin de l’année. En ces temps-ci, beaucoup de collèges et lycées seront obligés de se séparer de certains de leurs personnels sous contrat local car il n’y a pas d’argent pour leur payer leur salaire de misère.

Pour tout dire, la grève des 3 et 4 novembre se justifie par des motivations plus sensibles que la nébuleuse gratification exceptionnelle. Est-ce que l’employeur a compris le message ?

Politique de l’autruche

N’en déplaise au ministre Kokoroko, il y a bel et bien une crise dans le secteur de l’enseignement et elle est grosse. On ne peut pas prétendre que prendre une décision de démission de près de 1400 directeurs d’école doit passer inaperçue ou être vue comme quelque chose d’anodin. Il faut donc dire que le ministre Kokoroko, à force de vouloir s’imposer, de se faire respecter ou de montrer que les enseignants ne seraient que des moucherons devant un lion (on sait, grâce à La Fontaine, que les moucherons font souvent du mal au lion), a apporté de l’eau au moulin des enseignants. Il a fait de leurs récriminations et frustrations une affaire d’Etat, elle est d’ailleurs déjà allée au-delà de l’Etat.

Une sagesse togolaise enseigne qu’on ne peut pas se permettre de danser avec une machette même quand on a raison. On a toutes les chances de se blesser. Si le gouvernement peut encore avoir le courage de se juger avec pertinence, il peut reconnaître que sa formule du bâton impitoyable l’a attiré vers les rivages de l’erreur et de la bourde. Quand on frappe au quotidien un enfant, il se radicalise et devient très dangereux. Le ministre Kokoroko sera inspiré de changer d’attitude vis-à-vis de la question enseignante car d’éventuelles imbrications politiques peuvent lui être fatales. C’est le Togo.

En attendant, il est utile de baisser malicieusement la garde et de regarder en face les problèmes de l’école togolaise. Les vrais problèmes attendent toujours et ils se posent en d‘autres termes que la loi rigide qui démissionne à tout bout de champ et à tour de bras. L’homme sage est celui qui sait changer les pas de danse lorsque la musique change. La politique d’autruche sera tôt ou tard périlleuse.

Ambroise DAGNON

(Visited 176 times, 1 visits today)
  • Partenaires & Liens

  • Mivazik - La Plateforme de promotion des musiciens Africains

    Mivazik - La Plateforme de promotion des musiciens Africains

  • Africaone - Le plus grand annuaire professionnel des entreprises de l'Afrique et de la diaspora ...

    Le plus grand annuaire professionnel des entreprises de l'Afrique et de la diaspora ...

  • A Propos

  • - African Social Network - Social Networking sites used in Africa - Africa's top Social Network - Social Network used in Africa - First Social Network for Africa.

    Decouvrez Togosocial - Le reseau social du Togo - Togolese Social network Yaamo - Interest based Social network Djinam - Le moteur de recherche Togoois - Togolese Search Engine Le meilleur site des annonces au Togo - Annonces immobiliers - Annonces a' vendre au Togo Solutions de conception de site web au Togo. Service Cloud hebergement de sites web Togo - Service et Support IT au Togo Best hair braiding in Decatur GA Best hair braiding in Decatur GA Best hair braiding in Decatur GA Yaamo interest-based advertising Yaamo is the Social Network about increasing revenue for you and your Business. JOIN TODAY! We are a proud Member. Yaamo helps you advertise. They make it easy and affordable. Togosocial - Le réseau social du Togo - Togolese Social network BNN(Blog, Nouvelles & notes) actualités Togo est le site Togolais des actualités, nouvelles, blogs et notes du Togo et de la Diaspora. BNN redéfinit le journalisme populaire en donnant aux Journalistes, Blogueurs, Écrivains, Etudiants, Universitaires Togolais ou a tout Togolais le meilleur outil pour partager leurs idées, leurs écrits, leurs expériences et les actualités au Togo et dans la Diaspora. L’application Freewriter BNN Togo actualités est sociale et s’intègre directement sur votre profil Togosocial et aussi sur le fil d’activités de vos amis sur le réseau permettant au monde un accès direct à vos articles.