Rentrée politique : L’ANC à la recherche d’un nouveau souffle le 10 octobre

Cette grande assemblée du principal parti de l’opposition togolaise aura lieu au Foyer du Cinquantenaire de l’Église évangélique presbytérienne de Nyékonakpoè (Lomé). Il s’agira pour l’ANC de définir de nouvelles orientations face aux défis sociopolitiques qui continuent de se heurter « au refus obstiné du pouvoir RPT/UNIR d’ouvrir le pays à l’alternance et au changement démocratiques ».

« Le discours ambiant qui exalte la résignation voire la démission devant l’effort » constitue également une source de motivation pour la formation politique du maire de la commune Golfe 4 par ailleurs revigoré par la détermination des peuples à prendre leur destin en mains pour « assurer l’ancrage de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance ».

Face à l’enlisement de la situation politique togolaise avec la volonté affichée du pouvoir de ne rien céder, et qui a culminé le 22 février dernier à travers une élection présidentielle controversée, l’Alliance nationale pour le changement a un énorme défi à relever : celui de reprendre sa place de locomotive dans la lutte pour l’alternance et le changement démocratiques.

Ambroise DAGNON

Le parti socialiste français réitère son soutien à Jean-Pierre Fabre

Le Parti Socialiste français félicite Jean-Pierre Fabre pour sa reconduction à la tête de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) lors du dernier congrès du parti. Le PS se dit heureux de la candidature de Fabre à la présidentielle de 2020, et lui renouvelle son soutien pour plus de démocratie au Togo.

Dans une lettre en date du 18 novembre 2019, Olivier Faure félicite « chaleureusement » Jean-Pierre Fabre pour sa réélection à la présidence de l’ANC et sa désignation comme candidat au scrutin présidentiel à venir. Pour le premier secrétaire du Parti socialiste, « ces décisions sont le témoignage d’une reconnaissance unanime pour les combats inlassables » que Fabre mène pour « les libertés fondamentales, la justice et la démocratie au Togo ».

Le PS rassure Jean-Pierre Fabre de sa solidarité et de son soutien car, précise la note, « les manifestations durement réprimées qui appellent aux réformes politiques, les restrictions des libertés et les arrestations arbitraires accrues, les adoptions récentes et controversées de la réforme constitutionnelle ou de la loi sur les manifestations en disent long sur les défis que tu (Fabre, ndlr) continues à affronter avec l’ANC » et ses « alliés de l’opposition démocratique ».

Olivier Faure et Jean-Pierre Fabre devraient se rencontrer prochainement pour « renforcer les échanges et les liens » entre l’ANC et le Parti socialiste français, si l’on croit la lettre.

Ambroise DAGNON

Il était une fois une coalition nommée C14!

Il ne manquait plus que ça! La Coalition de l’opposition formée au lendemain des manifestations du 19 août 2017 se vide progressivement de sa substance.  Quarante huit heures après la sortie du Parti des Togolais, c’est l’Alliance nationale pour le changement (ANC) qui crée la surprise en retournant les talons d’un regroupement qui ressemble désormais à une coquille presque vide.

En raison des divergences grandissantes entre sa vision de la lutte de libération héroïque et  courageuse du peuple togolais et les options inexplicables maintes fois retenues à son corps défendant, l’ANC, au cours de la réunion extraordinaire de son Bureau National ce jour 22 mars  2019, après en avoir délibéré, décide de poursuivre, en dehors de la C14, la résistance […] L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) se retire donc de la C14 avec effet immédiat.” C’est en ces termes que le parti de Jean-Pierre Fabre a annoncé ce vendredi soir son retrait de la C4.

Cette annonce de la plus importante formation politique de la Coalition n’est pas une surprise en réalité. Mercredi, une délégation de C14 a rencontré le chef de l’État togolais, Faure Gnassingbé, pour échanger sur l’actualité politique nationale. Aucun membre de l’ANC ne faisait partie de la délégation. Le communiqué du parti Orange porte à croire que tout est lié. “L’ANC demeure ouverte à toutes les forces démocratiques qui partagent la même vision, la même approche, et qui s’engagent à œuvrer avec cohérence et rigueur, avec persévérance et  sérieux, en ayant constamment à l’esprit les aspirations profondes du peuple togolais“.

Le Parti national panafricain (PNP) n’ayant pas lui non plus fait partie de la délégation va-t-il emboîter le pas à l’ANC? Rien n’est moins sûr ! Le retrait de l’ANC porte à trois le nombre de partis ayant officiellement quitté la Coalition sans compter les cinq autres partis qui ont suspendu leur participation aux activités de la C14. En attendant d’autres désertions dans les heures et jours qui viennent. Tout est donc à refaire.

Togo / Patrick Lawson: “Nous avons eu tort d’arrêter les manifestations car c’est la seule arme qu’on avait”

Cela fait un mois que la CEDEAO a proposé une pour une sortie de crise au Togo. Mais visiblement tout est au point mort. Comment est-ce que vous l’analysez ?

Je suis inquiet. Je n’ai rien à cacher là-dessus. J’ai cru au départ que la CEDEAO aura le souci de se racheter après tout ce qui s’est passé particulièrement en 2005. Mais tel que les choses évoluent, sans vouloir sérier le groupe des chefs d’Etat, je préfère parler de la CEDEAO globalement : Cela ne nous rassure guère. Des chefs d’Etat de la CEDEAO sont également inquiets, mais ce n’est pas le lieu de citer des noms. Considérons que c’est une organisation qui a pris le problème du Togo en main et elle a le devoir de trouver des solutions. Cela fait un mois que cette feuille de route qui, d’ailleurs insatisfaisante, est sortie. Nous ne comprenons pas que jusqu’à présent, les facilitateurs ou leurs représentants ne soient pas revenus et on a vu même le président de la Commission venir à Lomé tout seul. Tout cela n’est pas rassurant pour nous. Nous avons confié notre sort en partie aux facilitateurs parce que nous avons considéré qu’ils sont conscients du problème togolais. Nous ne voudrions pas que le sort du Togo soit désormais entre les mains d’un fonctionnaire.

Est-ce que cette feuille de route peut permettre au Togo de mettre fin à la crise ?

Je demeure sceptique. En 1990, lorsqu’il y a eu l’insurrection, c’est parce que le pouvoir d’Etat était confisqué par un seul homme, une seule famille, un seul clan. Les Togolais se sont soulevés et comme remède, nous nous sommes prescrits la constitution de 1992, croyant que ça allait réconcilier les filles et fils du Togo. Tel n’a pas été le cas. Le régime ayant tiré des leçons des élections de 1994 et 1998, décida de modifier complètement et unilatéralement la constitution originelle de 1992. En 1994, le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours a permis à l’opposition et singulièrement au CAR et à l’UTD de remporter les élections législatives. En 1998, le fichier électoral moins corrompu, et la vigilance des membres dans les bureaux de vote, ont permis à Gilchrist Olympio de battre à plate-couture le régime déjà trentenaire.
Ainsi donc, ce mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours a été supprimé aussi bien pour les législatives que pour les présidentielles. Plus grave, en 2002, les fondamentaux de la constitution de 1992 ont été modifiés. En 2005, ils l’ont exacerbé en la charcutant un peu plus. Et aujourd’hui nous avons ce que nous avons. Des années ont passé. Le sort des togolais ne sait guère amélioré : Pas de route, pas de pain quotidien, pas d’écoles. Une dictature sournoise a pris la place de celle plus brutale. Les Togolais, mécontents et soucieux de l’avenir de la jeunesse, ne cessent de répondre aux différents appels à manifester des forces démocratiques. Leurs sorties devenaient de plus en plus massives. Je ne citerais pour preuves que celles des 12 Juin et du 03 Août. Cette dynamique populaire va permettre aux togolais de briser le mur artificiel qui voudrait scinder le Togo en deux, le Nord et le Sud. On allait vivre le phénomène social total du 19 Août, date à la quelle, les togolais ont fait écrouler le mur de la honte : dans une symbiose extraordinaire, tous les togolais se sont retrouvés pour dire non au régime cinquantenaire. C’est la grande différence. C’est ce qui s’est passé le 19 août et il est compris de tout le monde que le peuple togolais est seul, uni et indivisible ; que ce peuple refuse le régime tel qu’il est et le dirige aujourd’hui. Ce peuple veut que les choses changent. De 19 août à aujourd’hui, avec le soutien populaire beaucoup de choses ont pu être faites par la C14. Mais, lorsqu’on lutte, c’est la vigilance de tous les temps. Et a cet effet, je nous fais des reproches. Cela n’engage que moi. Cela n’engage pas mon parti. Nous avons eu tort d’arrêter les manifestations parce que c’est la seule arme qu’on avait. Et aujourd’hui, le régime le sait. Il nous fera toutes les entourloupettes pour nous empêcher de reprendre les manifestations, notre arme redoutable et populaire. Si on avait continué les manifestations, en les conjuguant avec notre capacité de négocier, les deux conjuguées auraient pu donner quelque chose d’extraordinaire. Cependant, j’espère que ça va se corriger parce que le régime lui-même pousse à ce que les populations, elles-mêmes se révoltent et ça ne va pas tarder, je suis convaincu.

L’opposition n’a pas de représentant à la commission électorale nationale indépendante mais l’institution fonctionnent et prépare les législatives ?

Avant de vous répondre, je voudrais vous dire : ‘Autres temps, autres mœurs’. Il n’est plus question qu’on nous pousse et qu’on accepte d’aller aux élections dans n’importe quelles conditions. C’est fondamental cette précision. Répondre précisément à votre question, aujourd’hui, nous n’accepterons plus qu’on nous impose les membres de notre quota. On ne peut plus nous choisir notre entité. Si la CENI paritaire comme nous le souhaitons, cela veut dire que sur les 17 membres, l’opposition choisira ses 8 membres et il revient au parti UNIR d’en faire au temps. UNIR ne peut nous imposer le choix de no membres. Et il va de soit que la 17ème personne ne peut et ne doit être qu’un homme de consensus et d’équité. Dans ces conditions, il revient à l’opposition de choisir exclusivement ces 8 membres. Et il faut que cela soit clair pour tout le monde. On ne pourra pas faire autrement parce que nous avons assez concédé sur ces choses et je vous dis : on ne le fera plus. Il y a également le problème du fichier électoral. Ce fichier doit être repris de fond en comble et avec à la clé, la biométrie intégrale. A la C14, dans la société civile et dans la diaspora, nous nous battrons jusqu’au dernier souffle. Je suis sûr que le vaillant peuple togolais prendra une fois encore son destin en main et ne comptera pas uniquement sur les seules forces humaines et limitées des partis de l’opposition. La détermination des populations est la seule arme dont dispose les forces démocratiques.

En ce qui concerne la CEDEAO, je m’interroge, sur ce qui peut encore nous arriver. Qu’aucune organisation ne vienne nous dire que le pouvoir est assez avancé dans les travaux, avec la collaboration avec ZETES, qui a fait trop de mal au Togo. Nous ne l’entendons plus de cette oreille. Je vous dis, la représentation nationale doit être désormais le fait du peuple et non le fait du prince. Il faut que ce soit au cours des élections transparentes et crédibles que le peuple désigne désormais ces représentants. Et non plus par le jeu des fraudes.

C’est pourquoi nous nous battrons pour qu’il ait un fichier électoral clair, une CENI paritaire et indépendante, des experts jouent leurs rôles d’objectivité, une Cour Constitutionnelle recomposée et juste. Et n’oublions pas qu’en dehors des réformes électorales, il y a les réformes constitutionnelles pour lesquelles les Togolais sont allés dans la rue. Nous devrions éviter de nous contenter seulement des réformes électorales. C’est avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles que les Togolais sauront que les choses ont changé, qu’il n’y aura plus d’élections truquées faites de violences. C’est le seul climat dans lequel il n’y aura pas d’abstention, ni de personnes déplacées pour cause d’élections. Nous ferons ainsi des élections, des moments de bilan et d’acte civil.

Vous n’êtes pas d’accord avec la CENI actuelle mais au niveau de la C14 pourrait-on voir une alliance électorale s’il faut nécessairement aller aux élections ?

Je trouve ce débat pour le moment surréaliste, vous savez, je suis l’un de ce qui ont commencé la C14, je suis Vice Président de l’ANC, parti que préside Jean Pierre Fabre. Un parti comme le nôtre ne peut souffrir de dyarchie. Le président lui-même nous représente et fait bien son travail au sein de la C14 ; un travail exténuant qu’il fait avec dextérité. C’est juste pour vous dire que j’ai eu l’avantage de prendre part à certaines réunions fondamentales pour la C14 : Par exemple celle au cours de laquelle nous avons convenu que notre plateforme de travail serait le plus petit dénominateur commun.

Réformes !réformes !réformes ! Les partis ne perdent pas leur autonomie. Une fois que l’environnement politique sera assaini, nous irons aux élections. Il se trouve que, pour avoir travaillé ensemble, cela exige une forme de solidarité et de cohésion. Alors peut on dire, sans coup férir que nos partis politiques peuvent prendre part aux échéances à avenir, sans aucune forme d’alliance électorale, entre les partis de la C14, voire même avec d’autres partis de l’opposition? Non. Personne ne peut le dire. Ce que nous n’acceptons pas, c’est qu’on commence par parler d’alliance électorale alors qu’on n’a pas encore résolu les problèmes des réformes, réformes constitutionnelles, réformes électorales. Parler déjà d’alliance en croyant que celle ci peut permettre de gagner les élections dans n’importe quelles conditions, est un leurre. Écoutez-moi bien. je ne dis pas que le régime RPT /UNIR est plus fort que nous. Non. Nous allons perdre ces élections parce que si nous n’avons pas assaini l’environnement institutionnel et constitutionnel, les Togolais ne seront pas rassurés, ils n’iront pas voter. Si nous n’avons pas de bonnes conditions de participation à ces élections, un fichier fiable, une CENI digne de ce nom avec une Cour Constitutionnelle qui dit vraiment le droit, si nous n’avons pas un découpage (électoral, ndlr) reformulé, il n’y aura pas de transparence. A cela s’ajoute le vote de la diaspora. Ce qui implique et nécessite la création de nouvelles circonscriptions électorales dédiées aux togolais de l’étranger. Juste pour rappel, le vote de la diaspora fait partie de nos revendications, comment allons-nous le faire, si nous ne tenons pas compte de leur existence dans le découpage électoral qui s’impose d’ailleurs.

Une autre préoccupation : S’agissant du mode de scrutin proportionnel à la plus forte moyenne, c’est le mode de scrutin qui permet au parti au pouvoir de par le système communautariste d’avoir 18 voire 31 députés avant même qu’on ne commence la répartition des sièges. C’est pour cela que nous disons que le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours pour les législatives est ce qui est juste aujourd’hui. C’est vrai, je reconnais que cela favorise les personnalités mais lorsqu’on parle des personnalités dans ces conditions, c’est aussi des personnalités locales. Un cultivateur qui se respecte, un bon père de famille est une personnalité dans son milieu et à ce titre est respecté. Est-ce que nous le comprenons ? Voilà comment nous, nous voyons les choses.

Cependant, il ne nous effleure pas l’esprit de refuser une alliance électorale avec des femmes et des hommes avec qui on fait la lutte. Seulement nous disons que sachons raison gardée. Il n’est pas encore temps et il y a des réalités dont il faut tenir compte. Tout le monde connait ces réalités. Lorsqu’on crée un parti et on travaille sur le terrain, ce n’est pas facile de faire table rase du travail fait par les camarades de parti. Et cela n’est pas propre au Togo. Cependant, nous nous faisons un devoir de faire des sacrifices mais on attend de voir les réformes d’abord pour juger du type d’alliance qui peut se faire. Il faut juste que chacun de nous soit raisonnable.

Pour vous président qui êtes de la commission Environnement et changement climatique à l’Assemblée Nationale, comment ces questions sont-elles traitées?

Je me permettrai de faire une petite digression. C’est de moi-même que j’ai choisi d’animer la commission de l’environnement au Parlement. Les miens au parti ont dit mais comment le vice président peut choisir une commission qui n’a pas de prestige comme les autres. Mais vous savez, j’aime la connaissance et j’admire ceux qui en ont particulièrement dans le domaine des énergies renouvelables, de l’environnement. Ce n’est pas mon domaine de prédilection. Mais j’anime, je veux comprendre, j’amène les gens à mieux expliquer parce que c’est une réponse à la pauvreté. Celui qui a l’électricité, a de quoi manger. Par exemple l’électricité rurale intervient dans beaucoup de domaines aujourd’hui. Je vous assure j’ai trouvé des Togolais brillants dans ce domaine. Que ce soit du coté du gouvernement, du parti au pouvoir ou encore de l’opposition et même des particuliers. Je pense qu’il est maintenant important que la volonté politique accompagne toute initiative qui vise la promotion du domaine.

Nous sommes aussi préoccupés dans la commission par l’érosion côtière, ce phénomène me touche particulièrement. Ma ville Aného s’en va, ma ville meurt à cause de l’érosion côtière. Nous sommes entre le fleuve et la mer. Je voudrais interpeller tous les fils d’Aného. Qu’ils soient de UNIR ou de l’opposition, qu’ils prennent conscience parce que pour vivre, il faut avoir des terres, pour vivre ces terres doivent servir à cultiver, à pêcher. Pour faire de la politique à Aného, ces terres doivent exister. C’est la seule promesse politique qui vaille la peine.

Mohamed MADI DJABAKATE: “Faure peut remercier Gilchrist de lui avoir conseillé de partir en 2020”

Soleil FM a abordé ces questions avec Monsieur Mohamed MADI DJABAKATE, président du Conseil d’administration du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises (CGDPC). L’homme n’a pas manqué de parler du périple africain du président français, Emmanuel Macron. Lecture.

Soleil FM: L’actualité togolaise est marquée cette semaine par la sortie du président de l’Union des Forces de Changement, Gilchrist Olympio, qui annonce sa retraite politique. Que retenez-vous du parcours de l’homme ?
Mohamed MADI DJABAKATE: Un parcours en decrescendo d’un radical incompris au moment où il s’est compris lui-même. Un passé glorieux, un présent poussif et un futur anonyme. Plus profondément, un parcours essentiellement dicté par un entourage d’anciens compagnons de son feu père qui voyaient en son fils une opportunité de revenir aux affaires. Bref, un précurseur de Faure Gnassingbé qui comme lui est pris en otage par les compagnons de son père depuis le 5 février 2005. Tous deux ont une carrière politique intimement liée à leurs patronymes. En d’autres termes, un fils qui a fait les affaires d’un système dont son père a été fondateur jusqu’au moment de son éviction, en 2010, qui s’explique par son désir de s’assumer en remettant en cause une approche qui, selon lui, n’apportait pas les fruits escomptés.
Et c’est normal quand on comprend que son engagement politique était plus un combat entre le présumé assassin de son père et lui. La mort de Gnassingbé Eyadema en 2005 a pris de court Gilchrist qui s’est retrouvé sans adversaire pour poursuivre son combat.
En définitive, malgré la menace politique sérieuse qu’il a constituée au pouvoir d’abord de Eyadema et dans une certaine mesure de Faure, malgré tout ce passé politique bâti sur la dépouille de son père, Gilchrist Olympio a fini sa course politique la queue entre les jambes parce que fragilisé par la non application de l’accord UFC-RPT qui était devenu la justification de son revirement stratégique. Bref, il a été finalement détruit par le système qui a pris la place de celui créé par son père.
Dans sa déclaration, Gilchrist Olympio demande au Chef de l’Etat d’écouter la voie de la sagesse, de saisir l’occasion de rentrer dans l’histoire et de ne pas se présenter à la présidentielle de 2020. Un coup dur pour Faure Gnassingbé?
C’est clair que ce ne sont pas des propos de nature à avantager Faure. Car sans verser dans son ancienne méthode qui consistait à faire le sensationnel, Gilchrist a donné sa position pour le dialogue qui s’annonce : Faure doit terminer son mandat en cours et se retirer du jeu politique. Et pour donner l’exemple lui-même Gilchrist annonce son retrait. Un retrait qui en réalité est un message à tous ceux qui croyaient que le fils de Sylvanus était obsédé par le fauteuil présidentiel.
Gilchrist une fois de plus tend la main à Faure Gnassingbé pour qu’ils écrivent ensemble une nouvelle page de l’histoire du Togo : la fin de la prise en otage des togolais par les familles Gnassingbé et Olympio.
Il ne faut pas croire que cette sortie sonne le glas du divorce entre l’UFC et le régime (RPT d’hier et UNIR d’aujourd’hui). C’est juste une façon pour la victime de Soudou de donner de la voix et rappeler à tous les acteurs qu’il n’est pas devenu un simple trophée d’exhibition. Il  serait donc exagéré de dire que Faure a perdu un soutien de taille car il n’a jamais été dans le programme de Gilchrist de rester indéfiniment dans l’ombre de Faure. En faisant son choix de 2010, il se voyait plus dans la posture d’un Mandela qui faisait un compromis transitoire en attendant de reprendre le pouvoir au dernier président blanc. Sa stratégie a échoué car pris de court par ses lieutenants qui sont allés créer l’ANC version togolaise au moment où il avait besoin de surfer sur son mythe de premier opposant. Bref comme Edem Kodjo mis en minorité par le CAR devant le RPT, Gilchrist a été mis en minorité par les caciques de l’UFC devant le RPT.Cette situation était prévisible à cause de la mauvaise foi caractérisant le pouvoir en place et qui se traduit par le non-respect des accords signés de père en fils.
En revanche, le message de Gilchrist à l’endroit du président Faure au sujet de la présidentielle de 2020 est d’une maturité incontestable. Un repli de Faure en 2020 est sage car il vaut mieux prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge pour paraphraser Winston Churchill. Sinon il finira par voir les oiseaux déféquer sur sa tête à force de trainer sous l’arbre à palabre pour reprendre une pensée africaine.
 Certains diront qu’aucune loi ne l’empêche d’être candidat et que personne ne doit l’en dissuader. Mais il faut tout simplement que ces personnes prennent conscience du fait que cette crise togolaise qui malheureusement traverse les générations, n’a pas sa racine que dans les considérations juridiques de la dévolution et l’exercice du pouvoir, mais aussi a un caractère très historique. C’est un affront national que de se savoir gouverner par une seule famille sur plus d’un demi-siècle alors même qu’on dit être dans une République, un Etat de droit. Et cet affront, les Togolais veulent le laver peu importe leur appartenance politique ethnique ou religieuse.  Pour vous dire que même au sein du parti UNIR, les gens souhaitent ardemment un changement à la tête de l’Etat. Mais la peur de subir peut-être le même sort que les anciens ministres Boko, Bodjona et compagnie résigne plus d’un.
Faure peut remercier son Grand Frère et ami Gilchrist d’avoir pris position pour qu’il quitte le pouvoir en toute dignité.
 Aujourd’hui que Gilchrist Olympio semble lâcher Faure Gnassingbé, pensez-vous que ce soit un tournant décisif dans la crise sociopolitique que traverse le Togo?
Balle à terre. Gilchrist a donné sa position. Il revient au groupe des 14 de savoir comment le capitaliser. Somme toute, cet élément nouveau dans l’atmosphère politique déjà morose, ne peut constituer un tournant décisif dans la crise puisque les protagonistes de la crise sont bien connus et les tractations sont déjà mises en branle pour la tenue d’un dialogue qui puisse s’ouvrir sur une sortie de crise afin de soulager les souffrances des Togolais. La crainte reste l’interprétation que chaque partie fait du dialogue annoncé.
 Parlant de cette crise, des tractations sont en cours pour la tenue prochaine d’un dialogue. On a vu le président guinéen Alpha Condé recevoir les leaders de certains politiques en France ; on a aussi vu des émissaires du président ghanéen et ce dernier lui-même arriver au Togo. Quelle devrait être l’attitude de chacune des deux parties pour que ce dialogue soit le dernier et que l’on connaisse une issue définitive à la crise sociopolitique au Togo?
Effectivement, les tractations sont en cours pour l’ouverture très prochaine d’un dialogue. Mais eu égard aux discours qu’ont tenu certains leaders de la coalition de l’opposition au sujet de l’option du dialogue, on ne peut pas s’attendre à autre chose qu’un dialogue par procuration car les vrais protagonistes ne seront pas autour du dialogue. Il faut également rappeler qu’il y a une grave crise de confiance entre pouvoir et opposition qui trouve ses racines dans le triste sort ornemental qu’ont connu tous les accords politiques passés. C’est un secret de polichinelle. C’est d’ailleurs sur ça que voudrait jouer la coalition en disant que si leur plate-forme revendicative ne pouvait immédiatement être considérée, alors Faure devra démissionner puisqu’au vu de la longueur de la liste des accords et dialogues politiques stériles, rien ne leur garantit la sincérité d’un prochain dialogue.
Heureusement, je puis dire que sur la pression des tiers, les acteurs commencent par faire preuve de volonté et de disponibilité au dialogue, qui, comme on peut le remarquer, n’est pas irréfragable. Mais encore faut-il que déjà les acteurs adoptent une posture d’apaisement pour susciter un climat de quiétude afin de favoriser la convivialité entre les protagonistes. Et je crois que c’est à ce titre que le chef de l’Etat a pris au cours de cette semaine, certaines mesures non négligeables telles que la levée de l’état de siège sur la ville de Sokodé, la libération du docteur Samah, SG du Parti National Panafricain, sans oublier la libération en début de mois d’une quarantaine de personnes arbitrairement arrêtées puis détenues lors des manifestations de l’opposition, de même que la restitution des engins saisis lors de la marche du 7 septembre et aussi la levée de la procédure de contrôle judiciaire qui pesait sur Jean Pierre Fabre relativement au dossier de l’incendie des marchés de Lomé et de Kara.
Il est vrai que ces mesures restent en deçà des attentes formulées, surtout en ce qui concerne la libération des personnes arbitrairement détenues et aussi de la cessation de la chasse aux sorcières et de la répression des manifestations qui malheureusement continue dans certaines localités. Néanmoins il faut reconnaitre qu’un pas a été posé et inciter le chef de l’Etat à faire mieux.
De même du côté de l’opposition, même si la stratégie est désormais d’allier pression de la rue et dialogue, il serait raisonnable de donner un congé technique aux marcheurs et tendre progressivement vers des sit-in stratégiques. Il ne sert à rien de maintenir la tension électrique.
Aussi vais-je ajouter que tous les acteurs doivent revoir leurs discours ainsi que leur stratégie de communication afin de ne plus embraser le pays comme ce fut le cas depuis la veille du 19 août 2017. Un clin d’œil particulier sur ce point au Colonel Yark qui devrait faire plus dans la protection des civils que de jouer au chargé de communication du parti UNIR.
Enfin, j’exhorte tous les acteurs à être raisonnables et pragmatiques dans leurs prétentions et surtout de mettre en premier plan l’intérêt général qui se définit à travers les aspirations légitimes et clairement exprimées par le peuple. Et ces aspirations, je n’ai nul doute, sont contenues dans le rapport de la Commission sur les réformes même si nous pouvons dire qu’elles ne diffèrent en rien aux conclusions de l’APG signé en 2006 et qui n’a pas suffi malgré tout à éviter au Togo la crise actuelle.
Ce qui m’amène donc à insister sur le fait que chaque partie doit faire preuve de sincérité et de bonne foi, tout en mettant un accent particulier sur la part importante de la responsabilité du gouvernement dans l’aboutissement ou non du prochain dialogue. Ce qui n’exclue pas la responsabilité de l’opposition qui devra savoir raison gardée et être pragmatique. Au lieu de chanter la démission de Faure, elle devra plutôt entonner les revendications permettant de corriger un quart de siècle de rendez-vous manqués.
 Pendant ce temps, la coalition des 14 partis de l’opposition continue de manifester et dit utiliser ainsi sa seule arme pour maintenir la pression. Trouvez-vous opportunes ces manifestations ?
Je n’ai pu m’empêcher de le mentionner dans la question précédente. En réalité dire que ces manifestations que continue la coalition des 14 partis sont inopportunes, je ne le puis. Cette stratégie n’est que la résultante de l’histoire politique du pays. La crise de confiance a tellement gangréné la scène politique que l’opposition a peur de tomber encore dans le piège du marché de dupe qui a très longtemps caractérisé le système dépositaire du pouvoir depuis 1967.
Néanmoins je les invite à apprendre des dérapages de la grève générale illimitée tout comme des succès obtenus avant l’adoption de la charte des partis politiques.
Pour finir, abordons la tournée africaine du président français. Emmanuel Macron a prononcé un discours à l’Université de Ouagadougou 1 ; un discours dans lequel il semble appeler les dirigeants africains à plus d’actions à l’égard de leurs populations. Beaucoup ont aussi relevé une « humiliation » à l’endroit de son homologue Christian Kaboré. Une analyse de tout ceci?
 Une humiliation à l’endroit de son homologue Christian Kabore ? Pour moi, c’est une levée de bouclée émotive. S’il a fallu attendre l’arrivée de Macron pour climatiser des amphithéâtres, on ne doit pas être surpris d’être pris pour un technicien du froid. S’il a fallu l’arrivée de Macron pour que le Président se retrouve devant les étudiants, il ne faut pas être surpris de voir les étudiants aborder des questions qui n’ont rien à voir avec le visiteur. Par ailleurs, reconnaissons-le ! Même si les questions étaient contextualisées aux préoccupations de la jeunesse Burkinabè, aussi bien que son discours s’adressait à toute l’Afrique, autant ses ironies visent toute l’Afrique. C’est tout à fait normal quand on a des carences en bonne gouvernance de se voir interpellé. La Chine ne fut-elle pas colonisée ? Que dirons-nous des Etats-Unis ? Dites-moi si c’est leur métropole qui continue par leur dicter leur politique ou leur ligne de gouvernance ? L’Afrique doit se réveiller.
Merci à vous d’avoir répondu à nos questions.
Au-delà de l’honneur que vous me faites en m’invitant, c’est un devoir pour moi de penser l’avenir et le meilleur devenir de mon pays, mon continent et du monde entier. Alors merci à vous aussi de m’avoir donné l’opportunité de m’en acquitter.
 Interview réalisée à Lomé par Arafat DJAONA pour Soleil FM Guinée