Covid-19 au Togo: Erreur d’appréciation ou dictature vaccinale?

“Nous devons commencer à faire peur.” Ce sont les mots du Premier ministre togolais qui était devant l’Assemblée nationale il y a quelques jours pour obtenir la prorogation de l’état d’urgence décrété dans le cadre de la lutte contre la pandémie du coronavirus. Au lendemain de ce passage de la cheffe du gouvernement qui a déchaîné une avalanche de réactions au sein de l’opinion, c’est le ministre de l’Enseignement supérieur qui est venu mettre les pieds dans le plat. Dans une méprise totale des règles élémentaires de la communication gouvernementale, Pr Majesté Ihou Watéba a achevé de convaincre l’opinion publique togolaise qu’il s’agissait bien d’un “jeu vaccinal” auquel tout le monde doit adhérer, de force.

 Sur une radio de la place la semaine dernière, le professeur d’université Ihou Watéba s’est fendu d’un raisonnement juridique qui frise le ridicule. “Il est inconcevable qu’au Togo, on continue de priver certains de leur totale liberté parce que certaines personnes ne veulent pas jouer le jeu de la vaccination; et par voie de conséquence, les gens qui se sont vaccinés (sic) ou qui adhèrent aux mesures, on ne peut pas les priver de leur liberté à cause de quelques personnes qui ne respectent pas les lois”, s’est-il défendu concernant la nouvelle fermeture des lieux de culte décidée par les autorités. Des arguments qui ne peuvent convaincre que l’auteur lui-même, et pour cause.

En évoquant le respect de la liberté de ceux qui se sont fait vacciner ou qui veulent le faire, le ministre Watéba a royalement oublié le respect de la liberté de choix des personnes. Il s’agit bien là du viol flagrant de cette liberté qu’ont les individus de choisir entre se faire vacciner et non. Donc d’une atteinte grave aux droits humains.

La déontologie de l’administration d’un produit dans le corps d’un être humain ne devrait pas échapper au médecin épidémiologiste. En principe!

Au nom de cette politique basée sur la terreur, le pass sanitaire est désormais exigé dans presque tous les services administratifs. Les nouveaux bacheliers et étudiants ne peuvent pas avoir accès aux universités de Lomé et Kara sans la fameuse carte vaccinale devenue le visa pour aller dans le monde de “Sa” Majesté Watéba et sa patronne. Le comble du ridicule, c’est la traque des personnes non-vaccinées sur les routes par les forces de défense et de sécurité avec un zèle sans pareil. C’est à croire que les quantités de doses de vaccins que le pays a déjà commandées et réceptionnées étaient suffisantes pour vacciner l’ensemble de la population.

Au début du mois, le pays a reçu un lot de 325 200 doses de vaccins Sinovac dans le cadre de l’initiative Covax. Il s’agit du troisième lot de vaccins Sinovac dont a bénéficié le Togo après les 400 000 doses déjà offertes en août et avril derniers par l’État chinois. Au-delà de l’initiative Covax, le gouvernement togolais, qui met l’accent sur la vaccination d’une grande majorité de la population pour atteindre l’immunité collective et sortir de la pandémie, a eu début août, un lot de 118 000 doses du vaccin Johnson and Johnson. Première livraison sur les 4 millions de doses commandées via la plateforme de l’Union africaine (UA). En clair, le Togo est encore loin d’atteindre les doses requises pour vacciner la population cible estimée à un peu plus de 4 millions d’habitants. Dans ces conditions, imposer le pass sanitaire paraît totalement surréaliste.

Par ailleurs, en rendant la vaccination obligatoire avec effet immédiat, le gouvernement semble oublier un détail important:  il faut attendre trois mois après un test PCR positif au virus pour se faire vacciner. Dans ce cas, ce qui est raisonnable serait l’obligation de présenter soit le pass sanitaire soit le résultat d’un test PCR négatif. Et cela dans une approche pédagogique de sorte à emporter l’adhésion d’une plus grande majorité autour de la campagne vaccinale. “C’est même criminel de rendre obligatoire un vaccin qui est dans sa phase expérimentale”, s’indigne un médecin sous le couvert de l’anonymat. “Sur plus de 20 000 personnes contaminées, le Togo a enregistré 216 décès. On ne fera pas une guerre des chiffres en comparant les morts selon les causes, mais je dois quand même rappeler que le nombre de décès par an dans un seul service réanimation comme au CHU Sylvanus Olympio dépasse largement le nombre de décès de Covid-19”, poursuit-il avant d’ajouter que “les priorités pour le secteur de la santé au Togo sont ailleurs, loin de la covid-19”. Et de conclure: “Que celui qui craint de se faire contaminer se fasse vacciner, si les vaccins sont aussi efficaces qu’on veut obliger les gens à les prendre.”

Cette attitude du gouvernement togolais, qui affirme avoir dépensé 20 milliards FCFA pour acheter des vaccins, est à la limite de l’acharnement sur une population réfractaire, qu’on devrait plutôt amener à comprendre les enjeux de la crise sanitaire et l’importance de la vaccination. Il est évident qu’à ce jour, il n’y a aucune garantie de l’innocuité de ces vaccins ni aucune garantie de leur efficacité. Dans ces conditions, comment expliquer l’imposition du pass sanitaire?

Encore que même s’agissant de Janssen (vaccin Johnson & Johnson) à dose unique, des études attestant qu’il serait loin de l’efficacité (66%) que la firme éponyme même revendique dans une annonce faite en début d’année. Voire une efficacité à 85% contre les formes graves du Covid-19, notamment le variant Delta.

Après de nouvelles investigations menées en France, l’Autorité nationale de sécurité des médicaments a établi qu’une seule dose du vaccin Janssen ne suffirait pas à protéger contre le variant Delta, en se basant sur les conclusions des centres régionaux de pharmacovigilance chargés de suivre les effets secondaires du vaccin produit par le laboratoire Johnson &Johnson. Les scientifiques ont mis à jour le rôle du vaccin dans l’apparition d’effets indésirables plus ou moins graves, des thromboses, des convulsions ou des accidents vasculaires cérébraux. Des personnes vaccinées auraient d’ailleurs développé des formes graves de Covid-19.

En définitive, “la Haute autorité de santé (HAS) en France avait recommandé que les personnes vaccinées avec Janssen reçoivent une dose de rappel avec un ARNm (Pfizer ou Moderna) à partir de quatre semaines après leur vaccination”, a rapporté récemment RFI.

La communauté scientifique mondiale est donc en pleins tâtonnements et rien, mais alors absolument rien n’établit à ce jour, l’efficacité absolue d’un vaccin, fût-ce la dose unique de Johnson & Johnson.

Étrangement, au Togo, aucune communication ne semble suggérer, encore moins recommander une dose de rappel Pfizer ou Moderna, voire autre en supplément, aux personnes ayant reçu la dose unique de Janssen.

Devant autant d’incertitudes de la communauté scientifique mondiale, au propre comme au figuré, où les vérités “absolues” d’hier ou d’aujourd’hui sont enclines dans une très forte probabilité à être remises en cause demain, rendre obligatoire le pass vaccinal comme le fait le gouverner autrement de Victoire Tomégah-Dogbé, apparaît comme une grossière erreur d’appréciation si ce n’est de la dictature vaccinale.

Ambroise DAGNON

 

 

 

 

 

Schengen-19 : Le jeu géopolitique du vaccin par une Europe asphyxiée

L’apparition du «Covid-19» en l’an 2019 a fait tomber beaucoup de mythes sur la capacité de plusieurs pays dans le domaine de la recherche scientifique sans toutefois être une opportunité pour l’Afrique de se démarquer positivement. La plus grande chose qu’il faut en retenir, c’est que malgré son handicap de départ, l’Afrique ne subit pas de plein fouet la violence du Covid-19 comme c’est le cas pour plusieurs pays dits développés. Bien au contraire tout comme l’Afrique certains pays démontrent leur incapacité à chercher le vaccin ou le sérum et à l’image de l’Afrique ils sont prêts à tendre la main pour utiliser ce que proposent les autres. La seule différence c’est qu’ils veulent payer alors que l’Afrique attend qu’on paie pour elle. N’en déplaise à tous ceux qui veulent donner l’impression qu’ils gèrent bien la crise sanitaire dans leurs pays, notre mal aimé Covid-19 a servi à nommer un grand nombre de réalités distinctes suivant les contextes particuliers dans lesquels on y répond, les motivations de ceux qui y recourent pour justifier des décisions, aussi bien que le cadre de réponse dans lequel il s’insère. Reconnaissons que pour une fois, les spécialistes ne rassurent pas et se livrent à un spectacle qui ne rassure pas l’opinion car naviguant à vue et se contredisant au fur et à mesure que la situation générale évolue. À cette ambiguïté de sens s’ajoute une tendance de certains pays occidentaux à se prendre pour ceux qu’ils ne sont plus. Depuis quand quelqu’un qui est incapable de fabriquer un vaccin peut se permettre de se prononcer sur des vaccins qui apportent plus de résultats ? Une fois de plus, face à des structures comme l’Organisation Mondiale de la Santé, certains pays européens arrivés à la ménopause de la recherche scientifique veulent décréter les vaccins à utiliser.
En raison de la pandémie de Coronavirus / Covid-19, les frontières extérieures à l’espace européen restaient fermées, sauf exception. Même ouverts depuis peu, les déplacements internationaux sont conditionnés. De nombreux pays prennent des mesures pour limiter la circulation des voyageurs. Les modalités des déplacements en provenance ou à destination de l’espace Schengen dépendent d’une classification et de la vaccination des voyageurs. Par exemple, pour ce qui concerne la France : les voyageurs qui sont en mesure d’apporter la preuve d’avoir reçu la totalité des doses prescrites pour l’un des vaccins reconnus par l’agence européenne des médicaments devront s’engager à respecter un auto-isolement de 7 jours; les voyageurs qui ne sont pas en mesure d’apporter la preuve d’avoir reçu la totalité des doses prescrites pour l’un des vaccins reconnus par l’agence européenne des médicaments seront soumis à une quarantaine obligatoire de 10 jours, contrôlée par les forces de sécurité. Il faut relever que cette règle de la vaccination obligatoire ne s’impose pas à tous les pays mais plutôt se réfère à une classification des pays sur la base des indicateurs sanitaires. Les listes des pays sont susceptibles d’être adaptées selon les évolutions de leur situation épidémique. Loin de vouloir critiquer les mesures, il faut s’interroger sur : pourquoi l’Espace Schengen veut donner l’impression que certains vaccins ne sont pas valides quand l’OMS en donne la garantie ? Pourquoi imposer aux ressortissants d’autres pays les vaccins homologués par Schengen quand on sait que les individus n’ont pas le choix du type de vaccin à prendre dans leurs pays respectifs ? Un tour sur le site (https://www.ema.europa.eu/en/human-regulatory/overview/public-health-threats/coronavirus-disease-covid-19/treatments-vaccines/vaccines-covid-19/covid-19-vaccines-authorised#authorised-covid-19-vaccines-section ) permet de se rendre compte que seuls 4 vaccins sont reconnus : Comirnaty; Covid-19 Vaccine Janssen; Spikevax (previously Covid-19 Vaccine Moderna); et Vaxzevria (previously Covid-19 Vaccine AstraZeneca). Tout porte à croire que l’OMS et la communauté internationale imposent les normes à certains pays et d’autres se permettent de souscrire aux normes de leurs choix.
L’OMS ne dispose ni de pouvoirs de sanction, ni même de pouvoirs d’inspection
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est l’institution spécialisée des Nations Unies pour la santé dans le monde. Constituée de 194 États Membres, elle agit partout sur la planète pour promouvoir le meilleur état de santé possible pour tout être humain, quels que soient sa race, sa religion, son genre, ses opinions politiques et sa situation économique ou sociale. La mission de l’OMS est de promouvoir la santé, de préserver la sécurité mondiale et de servir les populations vulnérables. L’accès à des soins de santé adaptés et économiquement abordables est un droit fondamental de la personne humaine et la couverture sanitaire universelle est un principe cardinal de l’action de l’OMS.
Critiquée dans un récent rapport pour n’avoir pas agi suffisamment tôt quand l’épidémie de Covid-19 s’est déclarée en Chine, l’Organisation mondiale de la santé reste un organe consultatif qui dépend du bon vouloir des États. L’OMS est une agence onusienne intergouvernementale et pas supranationale dont le rôle est essentiellement normatif : l’OMS ne dispose ni de pouvoirs de sanction, ni même de pouvoirs d’inspection, contrairement à d’autres agences comme l’Organisation internationale du travail (OIT) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’action de l’OMS dans la pandémie s’est jouée dans le cadre du règlement sanitaire international (RSI 2005) qui a pour objectif de prévenir les risques graves pour la santé publique et de gérer les crises épidémiques. Comment reprocher à l’OMS de ne pas avoir joué son rôle de coordinateur, de leader face à la pandémie quand ce sont les mêmes pays qui le critiquent qui sont à la base de son échec ? Les critiques de l’OMS, elles sont essentiellement le fait des pays les plus riches, ceux qui ont le moins besoin de l’OMS car ils disposent d’infrastructures et d’agences de santé publique fortes et qui malheureusement emballent l’opinion publique internationale sur des faits qui sont plus politiques et stratégiques que scientifiques. Cette situation résulte d’un cadre dans lequel les États membres ne donnent aucune capacité contraignante à l’OMS tout en sapant ses efforts comme le font les pays de la zone Schengen sur le choix des vaccins. En vérité, l’OMS a joué son rôle de coordinateur et de chef de file en réunissant de nombreuses organisations comme la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI), la GAVI – l’Alliance du vaccin, le Fonds mondial, UNITAID, le Wellcome Trust, ou encore la Fédération internationale de l’industrie du médicament (IFPMA), qui se sont tous engagés à agir ensemble; en pratique les actions parallèles de certains pays occidentaux incapables même de produire un vaccin ne font que fragiliser les initiatives de l’OMS. Et malheureusement dans ce jeu, ce sont les pays dits pauvres qui vont supporter les conséquences dans un contexte où ils sont manipulés pour afficher une hostilité vis-à-vis de l’OMS.
Dans le contexte actuel de tensions sino-américaines, l’Europe choisit la mauvaise méthode pour se repositionner car arrivant à la table des enchères sans aucun produit vaccinal réel. Une fois de plus elle ne doit sa place qu’à la récupération stratégique des efforts scientifiques de la Grande Bretagne dépositaire du vaccin AstraZeneka et qui d’ailleurs n’est plus de la fameuse zone Schengen. La zone euro ferait mieux d’appuyer l’OMS avec des moyens nécessaires pour pouvoir piloter de façon opérationnelle la crise avec des pouvoirs plus forts, et notamment des prérogatives d’inspection. Le multilatéralisme apporte des solutions qu’aucun État ne pourra apporter à lui seul et le rôle de l’OMS est essentiel, notamment pour les pays les plus démunis.

Jeu géopolitique d’une Europe asphyxiée
La pandémie qui sévit à l’échelle mondiale souligne l’importance de la solidarité, qui doit permettre de pouvoir compter sur l’appui et la collaboration de chacun des pays membres des Nations Unies autour de l’entité ayant autorité sur les questions de santé au sein du système des Nations Unies. D’ailleurs, selon les Nations Unies, cinq raisons qui expliquent le rôle essentiel de l’OMS pour lutter contre le Covid-19 : 1) aider les pays à se préparer et à réagir. L’OMS a publié un plan stratégique de préparation et d’intervention face au Covid-19, qui identifie les principales actions que les pays doivent entreprendre et les ressources nécessaires pour les mener à bien ; 2) fournir des informations précises, briser les mythes dangereux. L’Internet est inondé d’informations sur la pandémie, certaines utiles, d’autres fausses ou trompeuses. Au milieu de cette « infodémie », l’OMS produit des conseils précis et utiles qui peuvent aider à sauver des vies. Il s’agit notamment d’une cinquantaine de conseils techniques destinés au public, aux professionnels de la santé et aux pays, avec des indications fondées sur des données probantes concernant chaque élément de la riposte, et de faire exploser des mythes dangereux ; 3) veiller à ce que les fournitures vitales parviennent aux travailleurs de santé. Les équipements de protection individuelle sont essentiels pour que les professionnels de la santé puissent sauver des vies, y compris les leurs ; 4) formation et mobilisation des travailleurs de la santé. L’OMS vise à former des millions de travailleurs de la santé, via sa plateforme OpenWHO. Grâce à cet outil en ligne, l’agence onusienne et ses principaux partenaires transfèrent des connaissances vitales au personnel sur le terrain. Les utilisateurs participent à un réseau mondial d’apprentissage social, basé sur des cours et du matériel interactifs en ligne couvrant une variété de sujets. OpenWHO sert également de forum pour le partage rapide de l’expertise en matière de santé publique, ainsi que pour des discussions approfondies et un retour d’information sur des questions clés ; 5) al recherche d’un vaccin. Ce dernier point est d’ailleurs important et se trouve être l’une des raisons de la méfiance déplacée du continent envers cette institution à travers une campagne d’adeptes de la théorie du complot qui trouve sa source en Europe.
Sur la question du vaccin il faut relever les efforts de coordination de l’OMS pour tenter d’encadrer la course aux vaccins mais surtout d’identifier les priorités de recherche. L’agence a lancé un « essai de solidarité », un essai clinique international auquel participent 90 pays, pour aider à trouver un traitement efficace. L’objectif est de découvrir rapidement si les médicaments existants peuvent ralentir la progression de la maladie ou améliorer la survie. C’est justement à cette occasion que soudainement et collégialement « à la panurge » beaucoup d’Africains se sont indignés du pourquoi les Africains devraient faire partie d’un programme de recherche de vaccination. Comme si la pandémie était une affaire de race ou de religion. Il faut noter que pour mieux comprendre le virus, l’OMS a élaboré des protocoles de recherche qui sont utilisés dans plus de 40 pays, de manière coordonnée, et quelque 130 scientifiques, bailleurs de fonds et fabricants du monde entier ont signé une déclaration dans laquelle ils s’engagent à travailler avec l’OMS pour accélérer la mise au point d’un vaccin contre le Covid-19. Les premiers résultats sont là aujourd’hui et risquent d’être sabotés par les politiques parallèles de l’Union Européenne et son Schengen. Tout ce flou n’est qu’un jeu géopolitique d’une Europe asphyxiée qui cherche à se rendre intéressante dans une compétition où elle est appelée à suivre la suite comme un spectateur. Les spéculations liées à un vaccin distribué en Afrique mais non homologué en Europe n’est que de la géopolitique.
C’est en Afrique que le destin de l’Europe se joue à court et moyen terme
Selon la conception classique reprise par La Chaire Géopolitique du Risque, la géopolitique, en tout cas selon la légende, n’est pas un terme classique. Dans l’antiquité on parle de la politique des peuples, de la tactique de la guerre. Chez Aristote, mais aussi Tacite, Bodin, Montesquieu, on retrouve des réflexions sur l’impact du milieu géographique sur la politique des peuples. Mais, vers la fin du XXe siècle, on constate une transformation importante dans la pratique de la géographie elle-même. Chez von Humboldt et Ritter, la géographie transcende la simple description du monde pour devenir une réflexion sur la manière dont les sociétés s’insèrent dans l’espace. La notion de « géopolitique », telle que l’ont utilisée les hommes politiques, les diplomates ou les militaires, est d’ordre essentiellement stratégique. C’est la politique —et toute politique est une stratégie ; parfois les deux termes se recoupent— qui vise la maîtrise de l’espace géographique, tant au niveau extérieur qu’au niveau intérieur. Au niveau extérieur, la géopolitique vise l’obtention d’un territoire aux dimensions optimales, ou d’une sphère d’influence cumulant le maximum d’atouts. En temps de paix, ce sont les diplomates qui tentent de réaliser les désirs géopolitiques d’une puissance ; en temps de guerre, ce sont les militaires.
Même si c’est un secret de polichinelle, le continent africain s’impose également dans ce renouveau géopolitique. Car c’est en Afrique que le destin de l’Europe se joue à court et moyen terme. L’horizon européen ne peut plus se limiter au voisinage immédiat. On ne peut plus réfléchir, que l’on soit en Europe ou au Sud de la Méditerranée, sans intégrer dans ses prospectives politique et économique l’émergence de l’Afrique, dont la population va doubler d’ici à 2050. Les enjeux sont énormes et vous comprendrez pourquoi malgré ses propres péripéties dans la crise du covid-19, l’Europe et plus précisément la France veut toujours parler pour l’Afrique.
Que la zone Schengen cesse son nombrilisme et s’aligne comme tous les autres pays dans une approche coordonnée et intégrée de la vaccination comme le font déjà les pays sous le leadership de l’OMS.
Comme désormais je fais l’objet d’une dictature de nombre maximal de caractères par le Directeur de publication du Journal L’EXPRESSION, je m’arrête ici avec cette petite interrogation : après l’esclavage et la colonisation que planifie l’Europe pour continuer à vivre de l’Afrique?

L’Expression n°9 du 02/07/2021