Éditorial: « On est de la maison! » 

« On est de la maison », ou comment des plaisantins dressent un rapport accablant de la situation du Togo plus que n’importe quelle ONG des droits de l’homme.

Depuis des semaines, dans des directs Facebook, des individus en temps normal, dont le rôle devrait se limiter à se couvrir le visage de farine – attention la farine de maïs est devenue très chère-, ou à ronchonner un cocktail de mots sans queue ni tête, ont choisi non plus de jouer à l’âne (il transporte les livres mais ne sera jamais savant), mais de nous peindre la situation réelle du Togo en matière d’État de droit, de droits de l’homme et de démocratie.

Dans leur refrain tourné sur leur langue velue, reviennent sans cesse, des attelages de mots et de phrases dont la désinvolture revendiquée lui dispute la proximité vantée avec une institution hautement sacrée mais désincarnée.

Voici un petit florilège des phrases ou de syntagmes utilisés : « on est de la maison », « le haut lieu ».

A première vue, on aurait cru à un conseil des ministres d’un gouvernement d’égout, tant le nom du chef de l’Etat est cité avec une frénésie quasi-déroutante. Ensuite, le tutoiement du chef de l’Etat Faure Essozimna Gnassingbé – premier magistrat du Togo – donne l’impression que ces individus appartiendraient à une coopérative dans laquelle ils élèvent des cochons ensemble. Enfin, dans un pays toujours en coupes réglées où on ne s’amuse pas avec un certain nombre de personnes, ces individus allègrement, défient Directeur général de la police, de la gendarmerie, Mme le Premier Ministre, des DG très craints des deux sexes, Procureurs etc, qu’on encourage les internautes à tagger.

Dans leur zèle et faisant preuve d’un manque d’intelligence criard, nos amis se sont adonnés à des déclarations et aveux aussi croustillants les uns que les autres qui ont plus valeur qu’un rapport à charge d’une ONG de défense des droits de l’homme.

Pendant que d’aucuns ont démontré qu’ils ont des parrains, ont des entrées directes chez le chef de l’Etat et à un certain nombre de chefs d’institutions, par lesquels ils peuvent passer pour par exemple collecter des données personnelles sans passer par les autorités judiciaires, d’autres ont bombé le torse, comme Dieu, décidant du jour et de l’heure, où sera scellé le sort de leurs protagonistes.

Grâce à eux, on découvre qu’on peut être un individu sans aucun statut particulier au Togo, et collecter des informations personnelles à TogoCom, donner des ordres d’arrestation et de libération, donner des instructions aux Officiers de Police Judiciaire (OPJ), au parquet, et aux grands officiers, continuer de plastronner et de narguer les gens même quand un processus judiciaire est en cours. Tout cela, au nom de la proximité supposée ou réelle avec le Chef de l’Etat.

Diantre ! Malgré la toute-puissance des Barry Moussa Barqué et leur accès au Chef de l’Etat, on n’a jamais assisté de mémoire d’hommes, à un degré aussi vil, à pousser le nom du président de la République dans un précipice aussi abyssal de bassesse et d’excréments.

Si nous n’y prenons garde, des individus dignes des cartels de drogue mexicains pourraient aussi, quelque jour, pourquoi pas ! débarquer dans nos murs et nous raconter comment ils fument des joints ensemble avec notre président, et comment ils font des choses pas pour enfants après.

Dans un Etat de droit, de droits de l’homme et de démocratie, associer le nom du chef de l’Etat à ces égaiements de bas prix, avouer que des individus sans aucune fonction officielle sont plus puissants que les institutions sécuritaires et judiciaires, on devrait ouvrir une enquête. Bon Dieu de bon sang !

L’Expression n°10 du 8 juillet 2021

Une succession sans tambour ni trompette

Les paris sur l’incapacité du fils, Faure Gnassingbé, à tenir la barque pour longtemps, ont pris le dessus. Pour certains, il n’a pas été préparé pour le job, pour d’autres, il n’aura pas les “couilles nécessaires” pour tenir le fort, ce bien public devenu indivis.. La suite de l’histoire nous a démontré le contraire. Non seulement, il n’a pas changé d’un iota par rapport à sa discrétion, mais il a refondé le parti du père, en instillant du sang neuf dans son appareil politique.

Seize ans après la mort du Général Eyadéma, Faure Gnassingbé semble avoir opté pour le mentoring par rapport à sa succession.

Ils sont jeunes, brillants peut-être et pas tous, universitaires et autres, autour de lui, et s’imposent aujourd’hui par leurs œuvres, réalisations, et leur capacité à traduire de façon concrète la politique de leur chef, voire à assurer l’héritage au cas où le chef penserait à leur passer la main. À une date à fixer sur les calendes grecques.

Très révoltés contre la succession dynastique après la « catastrophe nationale » du 5 février, la plupart ont très vite tourné casaque. Certainement convaincus qu’en réalité, le fils n’est pas le père. Leur responsabilité dans le difficile enfantement de l’Union pour la République (UNIR) par l’ancêtre Rassemblement du peuple togolais (RPT) n’est pas neutre.

Ainsi, dans une démarche de mentoring, Faure Gnassingbé préfère les mettre en avant, en leur facilitant un accès frénétique aux médias, aux plateaux internationaux, etc. Dans nos sociétés africaines où la transmission du vivant pose quelquefois problème, il est important d’encourager une telle option, qui renforce même la continuité de l’Etat et la transmission de flambeau en termes de qualité. L’omniprésence de ceux-ci dans le champ politico-médiatique fait dire à certains que ce sont des jeunes « ambitieux ».

A cet effet, pourquoi ne pas les propulser encore plus fort à des postes où ils auront à faire leur preuve en détenant les pouvoirs constitutionnels ? Le choix de la jeunesse a été souvent un slogan sous Eyadéma, il a été promu sous Faure et renforcé avec le genre. Léguer son héritage politique de son vivant aux jeunes, que ça doit procurer étonnamment du plaisir !

Ambroise D.

Déclaration des biens et avoirs des gouvernants : On avance à pas de tortue

Et si le tout premier Conseil des ministres du gouvernement de Victoire Tomégah-Dogbé a examiné un avant-projet de loi organique qui habilite le Médiateur de la République à recevoir la déclaration des biens et avoirs de hautes personnalités, hauts fonctionnaires et agents publics, l’opinion pourra saluer un bon début et une dynamique vertueuse. Mais, la prudence semble de mise, préconisent plusieurs observateurs avertis qui pointent une surprenante lenteur du processus.

Déclaration de patrimoine : les Gnassingbé en porte-à-faux avec la Constitution

L’article 145 de la Constitution togolaise de 1992 impose aux hautes personnalités et hauts fonctionnaires notamment

Monsieur le président de la République, à vous la parole !

Plan National de Développement ou « PND » ! On nous en aura rebattu les oreilles, le temps d’un temps. Tant et si bien que le Togolais lambda ne pourra l’oublier …de sitôt, même si la communication présidentielle voire gouvernementale se structure de plus en plus autour d’une nouvelle vision quinquennale dite 2020-2025. Une vision en appelle une autre, dirait-on.

La feuille de route quinquennale, nouveau bréviaire, fait suite à une autre dont l’échéance s’annonce dans deux ans et dont les Togolais ne retiendront davantage que roadshows présidentiels, business forums, la très controversée caravane « pour le PND », forum économique Togo-UE et des audiences présidentielles avec des hommes d’affaires.

Décliné en trois axes qui traduisent la vision de développement du Togo sur la période 2018-2022, le PND, s’il n’a pas totalement disparu de la rhétorique gouvernementale, semble en effet relégué en arrière plan. Mais le hic, et c’est, semble-t-il, la preuve que les habitudes de la maison ont la vie dure, c’est qu’aucun point n’a été dressé de sa mise en œuvre.

Le saut d’une vision inachevée à une autre, sans une pause « Bilan », non seulement reste symptomatique d’une gouvernance qui ignore tout du principe de redevabilité, mais aussi la preuve par mille que le « Leader nouveau » qui nous avait été annoncé tel un messie, roule plutôt à l’ancienne. Etait-il besoin qu’il se lie par des objectifs chiffrés si à l’arrivée, il ne devrait rendre aucun compte à ses concitoyens ?

A l’heure où les autorités togolaises parlent de contrats d’objectifs pour les membres du gouvernement, des interrogations somme toute légitimes taraudent les esprits :

Qu’est-ce qui a été fait ? Quels sont aujourd’hui les acquis visibles du PND ? Des 500 000 emplois projetés à l’horizon 2022, combien de décents ont été créés?

Evidemment, personne hormis le ministre prestidigitateur « Christian Trimua » n’aura trouvé réponse à cette question. Il réussira le tour de magie de décompter deux cents mille emplois créés par le PND. Hallucinant ! Il n’énoncera pas en revanche – attitude prudentielle ou simple omission ? – les secteurs qui ont stimulé la création d’autant d’emplois.

Certes, le tableau n’est pas totalement noir. Mais le Togolais sait pertinemment quelle opinion se faire des déclarations de ce ministre, visiblement coutumier de ces déclarations. Aucun Togolais n’attend non plus un point du gouvernement pour se rendre à cette évidence, sinon à cette réalité qui crève les yeux, que l’inclusion sociale, l’objectif ultime du PND, est demeuré au stade de bonnes intentions.

Mais…les principes de bonne gouvernance mettent à la charge des dirigeants, l’obligation de rendre compte à leurs concitoyens, pour ne pas laisser l’impression d’évoluer dans une omerta totale et de faire du pilotage à vue, malgré l’existence de bons référentiels. Peut-être serions-nous allés trop vite en besogne. Dans ce cas, Monsieur le président de la République, à vous la parole !

Giovanni KOFFI 

La valse des indéboulonnables

Dans leur infatuation, les vuvuzelas, qui applaudissent des quatre membres la renaissance du matriarcat gouvernemental assaisonné à la juvénilité poisson électrique, n’ont pas jugé bon d’avoir la décence d’encourager au parachèvement de l’œuvre, à aller plus loin que la fioriture et la pluie de confetti.

Trois semaines après, le sifflement acariâtre de la couardise du chef de l’Etat incise sévèrement nos attentes envers le gouvernement qui, à chaque recommencement, n’a jamais été privé du bonbon du bénéfice du doute. La complicité des services du cadastre dans l’octroi d’un titre foncier sur le poste de directeur de cabinet de la présidence à Mme Dogbé remet au goût du jour la citation qui dit, qu’un bon conseil suivi d’un mauvais exemple est une incitation à mal faire. Qui pour mâchouiller aux tympans de nos gouvernants que l’efficacité ne se cache pas dans les banderoles, affichant fièrement l’écriteau de séminaire gouvernemental, mais plutôt dans la façon d’oxygéner les hommes et les postes, et non dans la malsaine capacité de les réfrigérer?

La désinvolture dans l’appréhension de l’immensité de la tâche d’un Premier ministre, et par la concernée et par le président de la République, fait froid dans le dos. La gloutonnerie peut pousser à vouloir accaparer tout. Mais, quand le moment arrive que Dame nature vous hisse à un niveau, on développe de nouvelles aptitudes parmi lesquelles le détachement et la concentration sur l’essentiel. Charles de Gaulle ne disait-il pas à juste titre que « l’autorité ne va pas sans le prestige, ni le prestige sans l’éloignement » ? Le parcours prestigieux et lumineux de Mme Dogbé, devenue tout un symbole de ce pays détonne avec cet égoïsme qui devrait normalement caractériser l’humain normal à vider son armoire de ce vieux fringue de Directrice de cabinet de la présidence.

Il est peut-être trop tôt pour s’inquiéter du non-pourvoi de ce poste. Faure Gnassingbé a la réputation de sortir de son chapeau magique des tours dont lui seul a le secret. Mais, comment comprendre que les longs mois passés à la recherche de la perle rare pour occuper la Primature et former l’équipe gouvernementale n’aient pas permis de trouver le remplaçant de Victoire Dogbé? Cette situation écarquille les yeux du peuple et gonfle le ballon des rumeurs sur l’incapacité du chef à pisser debout. A charge pour lui de nous démontrer que le «Lui c’est lui, et Moi c’est Moi», n’est pas une inclination à s’affirmer au rabais.

Le moment est propice. Avec la hardiesse dont il a fait preuve en exorcisant enfin le poste hanté de ministre de la Défense, il devrait continuer avec son encensoir bien dopé de désenvouter et débarrasser le pays des cumulards.
Avec Faure à la présidence, Dogbé à la Primature, assiste-t-on à la valse des indéboulonnables ?

Ambroise DAGNON

Nouveau gouvernement ou l’art de faire du neuf avec du vieux

Fin du suspense! Le président de la république et son nouveau Premier ministre ont dévoilé jeudi 1er octobre la composition du gouvernement. Une équipe de 34 membres dont 10 femmes, avec 14 nouvelles entrées, quelques indéboulonnables ayant conservé leurs postes.

Des jeunes et des femmes

Dans cette nouvelle équipe, même si beaucoup de places ne leur ont pas été accordées, les femmes occupent néanmoins quelques postes clés. Le ministère de la Défense a été ressuscité sous l’appellation ministère des Armées, avec une femme aux commandes, Marguerite Gnakadè, une belle-soeur du Chef de l’État que l’on dit très proche de ce dernier.

Les sports togolais, actuellement plongés dans un profond coma, auront probablement de l’oxygène sous le médecin-commandant Lidi Bessi Kama. Les locaux du Développement à la base, laissés vides par Victoire Tomégah-Dogbé, seront désormais occupés par une de ses proches amies, Myriam Dossou, jusque-là directrice générale de l’Institut national d’assurance maladie (INAM).

Mieux, à seulement 29 ans, Mme Mawougno Aziablé, ingénieure en exploitation gazière, sera chargée des Mines et de l’énergie, en tant que Ministre déléguée auprès du Chef de État, dans le sillage de Sandra Johnson et Mazamesso Assih, respectivement Secrétaire générale de la présidence et ministre déléguée chargée de l’inclusion financière et du secteur informel.

Universitaires et “technocrates”

En sus de la promotion de la femme, Faure Gnassingbé veut miser sur la jeunesse et la compétence. Ainsi, Komla Dodzi Kokoroko va devoir quitter son bureau de la présidence de l’université de Lomé pour s’introduire dans le bouillant monde des enseignements primaire et secondaire. Le Professeur titulaire sera très attendu sur le chantier de la réforme de l’éducation à la base qui végète dans un archaïsme déconcertant de même que sur la suite à donner aux conséquences financières du Protocole d’accord (PA) pour lesquelles les enseignants montrent déjà des signes de nervosité.

Professeur agrégé en droit public, Akoda Ayéwuadan, présenté comme un jeune compétent, ayant le sens de la mesure et de la tenue dans ses propos comme dans ses écrits, devient le patron des journalistes et des gens de la communication, un domaine où les nombreux défis à relever requièrent plus que la simple maîtrise du droit. Le professeur Majesté Ihou Watéba, fortement engagé dans la riposte anti-covid, prend les rênes de l’Enseignement supérieur.  Une consécration pour celui qui, il y a quelques années, avait traversé des moments de tourmente dans une affaire de notes à l’université de Lomé.

L’économie bleue a aussi un ministère à part entière. Il est confié au directeur général de Maersk Line Togo, Edem Kokou Tengue, un technocrate en matière de commerce international.

Des caciques pour marquer les ouvriers de la dernière heure  

S’il a voulu jouer la carte de l’ouverture, Faure Gnassingbé a pris le soin d’avancer freins en main et ainsi de garder “ses hommes” à des ministères stratégiques.

Le sécurocrate Yark Damehame reste le maître des lieux sur la rue de l’Ocam. Très attendu par la société civile sur le plan des droits de l’homme, le président de la République a préféré conserver Christian Trimua et Payadowa Boukpessi, promu ministre d’Etat, qui excelle bien dans la restriction des libertés individuelles et collectives. Le désormais N°2 du gouvernement aura un rôle à jouer dans l’hypothèse où l’éternel Simfétchéou Pré ne serait pas reconduit. Sans être dans son cabinet, Boukpessi constituera l’arrête dans la gorge de Mme Tomégah-Dogbé. Cina Lawson, fantomatique durant le précédent mandat, conserve aussi son portefeuille de l’Economie numérique. De même que Gilbert Bawara qui devra continuer le dialogue avec les syndicats. Le président n’a pas trouvé mieux pour remplacer le Professeur Robert Dussey à la tête de la diplomatie. Entre scandales et improductivité, Mustapha Mijiyawa est maintenu au ministère de la Santé.

Un partage de butin 

A l’analyse du casting fait par Victoire Tomégah Dogbé, il est clair que UNIR continue de harper de nouvelles figures qui ne sont pas forcément des militants zélés, mais des sympathisants et technocrates situés à la périphérie du parti présidentiel ou tout simplement des amis de Faure Gnassingbé qu’il courtise et récupère. Beaucoup d’universitaires et de technocrates, femmes et jeunes, on aurait dit un gouvernement issu d’une alternance. Certaines de ces nominations, en effet, tendent à faire croire que le pouvoir n’est pas la propriété exclusive d’un groupe géo-ethnique mais que le pays est géré par les Togolais de différents horizons. Mais en fait, il s’agit simplement d’une apparence et d’une arnaque politico-morale. À certaines sources, on s’est demandé par exemple si le statut de Ministre d’État conféré à M. Boukpessi est dénué de calculs ethnogéopolitiques ou si c’est fait pour contrebalancer voire embarrasser le nouveau Premier Ministre. D’autres sources font également remarquer que le vent du nouveau venu est resté curieusement bien loin de portefeuilles tels la sécurité, l’économie, l’administration territoriale et les armées. Peut-on gager que tout cela est gratuit? À tout le moins, on peut parler d’un partage de butin entre amis selon l’effort de chacun, pour des résultats facilement devinables déjà.

Ambroise DAGNON

 

Faure et les Dalila

Claude François avait ses Claudettes, Faure Gnassingbé a ses Faurettes. A l’instar de la vedette de la chanson adulée par la “génération yéyé”, Faure Gnassingbé a choisi d’incorporer ses danseuses à paillettes à son équipe pour continuer d’assurer le show. Ce casting n’a pas été fait sans que les candidates se soient donné des griffes auparavant. Reckya Madougou et son clan ont réussi à évincer tous leurs concurrents de la présidence. Désormais, elle devient la maîtresse incontestée des lieux. 

Fin de piste ou piste de fin ?

La nomination de Mme Victoire Tomégah Dogbé au poste de Premier ministre est un coup politique magistral, signé Faure Gnassingbé et ressemble fort aux deux visages de Janus. En effet, si le chef de l’Etat s’illustre ces derniers temps par la promotion de la femme aux vraies instances décisionnelles, il n’en demeure pas moins qu’en portant Mme Tomégah Dogbé au pinacle, cette consécration, comme la célébration des anniversaires dans la vie des humains, la rapproche plus d’une porte de sortie.

Quel caillou dans les chaussures de la nouvelle PM ?

L’accueil de la nomination de Mme Dogbé et les commentaires qui s’en sont suivis ont fourni les premiers indicateurs d’un bon casting en suivant les règles du politiquement correct. Pour ne surtout pas être soupçonnés de misogynie face à cette gynécocratie à tout-va, les hommes ont particulièrement fait bonne figure à travers leurs réactions. Si la saison semble bonne pour les opportunistes et les laudateurs de tout acabit, le vrai challenge qui attend Mme Dogbé n’est pas du fait de la prédation des hommes mais des femmes, des nombreuses femmes qui constituent la constellation autour du chef de l’Etat.  Il n’est un secret pour personne qu’une guerre des femmes a toujours couvé au palais de la Marina. Comme des coépouses, elles n’hésitent pas à redoubler d’ardeur pour capter l’attention du président de la République, quitte à se donner des coups, à jouer des coudes ou à se griffer le visage par personnes ou fan-clubs interposés.

A ce jeu, Mme Dogbé s’en est jusqu’ici bien sortie. Sauf qu’avec son déménagement à la primature, elle perdra sûrement la bataille spatio-temporelle qui veut que celui qui est à côté du chef de l’Etat, est susceptible de lui chuchoter vite à l’oreille et d’influencer les choses. Nul n’ignore que dans la configuration politique de nos “démocraties en construction”, un PM n’existe habituellement que de nom et ne vaut pas plus qu’une potiche. Un effacement qui ne sera pas du goût de Mme Dogbé qui a connu ce que c’est qu’influencer les décisions du plus puissant des Togolais, dans son rôle indéboulonnable de directrice de cabinet de la présidence, et photographe débonnaire du chef de l’Etat à ses heures perdues. La publication de la liste des futurs membres du gouvernement donnera une idée de ce que seront les pugilats multiformes entre femmes aux Conseils des ministres, dans les relations inter-institutionnelles et dans l’animation de la vie du parti présidentiel.

A quoi s’attendre au bout du rouleau ?

Soit Mme Dogbé portera son costume plein de PM et en profitera pour écraser la concurrence, soit elle ne durera pas à son poste, sous les tirs croisés et nourris de ces rivales. Au finish, l’opposition togolaise n’a aucun poids pour briser Faure Gnassingbé, mais la guerre des femmes, pourrait faire le boulot à sa place. La multitude de Dalila sonnera-t-elle le glas ?

Ambroise DAGNON

 

Gestion du 4e mandat : Faure Gnassingbé enterre le RPT, console UNIR et promeut le genre

Deux décrets ont été pris lundi par le président togolais. Le premier nomme Victoire Sidemeho Djidudu Tomegah Dogbe comme Premier ministre du Togo. Elle était jusqu’à cette nomination, directeur de cabinet du président de la République, poste qu’elle cumulait avec le ministère du Développement à la base où elle avait été nommée en 2009.

Le second décret nomme Sandra Ablamba Ahoéfavi Johnson au Secrétariat général de la présidence en remplacement de Patrick Daté Têvi-Benissan décédé. Elle était ministre déléguée, conseillère du chef de l’Etat en charge du climat des affaires. Elle était, pour faire simple, « l’ange gardien » des entreprises du Togo.

Dans le même temps, Kanka-Malick Natchaba quitte son poste de ministre délégué, conseiller du chef de l’Etat et Coordonnateur de la cellule présidentielle d’exécution et de suivi des projets prioritaires (CPES) pour poser ses valises au Secrétariat général du Gouvernement.

Inhumation du RPT, petite consolation pour UNIR

L’ancien parti présidentiel était enterré depuis le 14 avril 2012. Juridiquement du moins. Mais malgré sa dislocation, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) était toujours présent dans le jeu politique togolais. Les pratiques anciennes à travers des figures tutélaires de l’ex-parti unique avaient encore la vie dure. L’un des derniers symboles de l’ancien parti unique à occuper un poste aussi important dans l’appareil étatique reste Selom Klassou, un militant de la première heure qui a fait toutes ses armes et gravi les échelons au sein du parti créé par Gnassingbé Eyadema.

Les vieux caciques de l’ancêtre d’UNIR sont aujourd’hui soit fatigués par le poids de l’âge, soit tombés en disgrâce, soit contraints de déambuler dans les couloirs du palais de Lomé II sans vraiment avoir de l’influence sur le locataire des lieux qui a pris des galons au fil des années. Il a fallu la crise du coronavirus pour sortir l’ancien Secrétaire général du RPT Esso Solitoki du trou. Barry Moussa Barqué et Aboudou Assouma restent les dernières figures chargées de rappeler que le RPT est encore en embuscade.

La nomination du fils de Fambaré Natchaba est une petite consolation pour l’Union pour la République. Même s’ils appartiennent à la même famille politique, la plupart de ceux qui occupent aujourd’hui les principaux postes au sommet de l’Etat ne sont des militants de première heure. Victoire Tomegah est venue trouver le parti en tant que fonctionnaire du Programme des nations unies pour le développement (PNUD). Elue à la présidence de l’Assemblée nationale, Chantal Djigbodi Yawa Tsègan est une ouvrière de la cinquième heure. L’effacement de Mémounatou Ibrahima, qui n’a pas facilement digéré l’ascension de l’actuelle présidente de l’Assemblée nationale, est une autre illustration que le RPT appartient au passé.

Ces nominations cachent mal aussi une évidence : la rareté des compétences clefs à UNIR. En effet, en dehors de Selom Komi Klassou, le premier ministre démissionnaire, Dama Dramani, ancien président de l’Assemblée nationale togolaise, et Pascal Bodjona, ancien bras droit du président togolais, Faure Gnassingbé s’est très peu confié aux ténors du RPT, voire d’UNIR qui semblent n’être que des déserts de compétences. Ou bien, il manque de compétences clefs dans sa famille politique, ou bien il y a une crise de confiance entre lui et les ténors de sa formation politique. En tous les cas, dès son arrivée au pouvoir, Faure Gnassingbé n’a pas caché son intention de rompre avec l’héritage politique de son géniteur. La fameuse phrase « lui, c’est lui, moi, c’est moi » résonne encore dans les esprits. Même s’il y a des éléments irréfutables de la continuité, le président togolais a quand même réussi à ébranler les fondements de l’ancien système en se constituant un nouveau portefeuille d’amis et de fidèles qui occupent désormais les postes stratégiques de l’Etat. Gilbert Bawara et Christian Trimua sont les symboles de cette génération qui porte le pouvoir politique de Faure.

Le pouvoir aux femmes et à la jeunesse

En nommant Victoire Tomegah Dogbe à la Primature, Faure Gnassingbé a d’abord réglé un problème, celui des humeurs de deux amies devenues des rivales au palais présidentiel où toute cohabitation était devenue presque impossible. Reckya Madougou peut désormais respirer un grand coup, elle qui a été introduite dans le circuit par Dame Tomegah. Fini donc « les scènes de ménage » au sommet de l’Etat !

Mais, à vrai dire, la nomination du désormais ex-directeur de cabinet comme chef du gouvernement togolais est une consécration pour la gent féminine. On a désormais un pouvoir exécutif homme-femme et un législatif coiffé par une femme. C’est la fin de la phallocratie au sommet de l’Etat.

Cela se concrétise également par le poste qui vient d’être attribué à Ablamba Johnson. C’est une première. Une femme Secrétaire générale de la présidence de la République. Economiste de formation, Sandra Johnson, la quarantaine, s’est évertuée à dépoussiérer l’administration togolaise et à faciliter le business des entreprises privées. Femme et jeunesse sont donc deux atouts essentiels pour celle qui est devenue depuis ce lundi la cheville ouvrière de la présidence togolaise.

Kanka-Malick Natchaba fait partie de la jeune garde du parti présidentiel. Fils de l’ancien président de l’Assemblée nationale togolaise et pilier important du pouvoir de Gnassingbé Eyadema, le tout nouveau Secrétaire général du gouvernement est une petite victoire pour UNIR.

Quelle va être la physionomie de la nouvelle équipe gouvernementale ? Faure Gnassingbé va-t-il miser davantage sur le leadership féminin et la jeunesse ? L’évidence est que les militants ne savent que faire la politique politicienne, les ouvriers sont de purs technocrates qui n’ont pas la stratégie politique dans leur ADN. Et c’est précisément ces derniers qui semblent mieux remplir les critères d’embauche définis par le premier des Togolais, spécialiste des surprises.

Ambroise DAGNON

 

 

La visite de Faure Gnassingbé chez Ali Bongo vue par la presse gabonaise

Tout d’abord, le report du voyage du numéro un togolais était abondamment commenté dans a presse gabonaise. Pour Gabon Review, il s’agissait d’une “annulation”, signe donc de l’incapacité du président gabonais à diriger son pays. Tandis que La Libreville y voyait plutôt un “report” dû à un calendrier hyper chargé d’Ali Bongo qui a nommé une femme Premier ministre, conduit le Conseil des ministre. Le président gabonais aussi présider le 17ème sommet ordinaire de la CEEAC, le tout dans l’effervescence des préparatifs du 60e anniversaire de l’indépendance du Gabon.

Faure Gnassingbé et Ali Bongo “ont évoqué les questions de développement économique, de paix, de sécurité et celles liées à la pandémie du Covid-19. Ils ont également abordé la problématique du renforcement de l’axe bilatéral Libreville-Lomé, ainsi que les grands sujets de l’heure sur la scène continentale et internationale“, pointe Gabon Review.

Troisième visite du Togolais au Gabon en un an, Gabon Media Time, qui cite une source proche de la présidence gabonaise, présente Faure Gnassingbé comme faisant partie “des trois chefs d’Etat africains dont Ali Bongo Ondimba est très proche”, les deux autres étant “le Roi du Maroc, Mohamed VI, et le président rwandais, Paul Kagame “.

Annulation ou report, Faure Gnassingbé a fini par fouler le sol gabonais pour la 11e fois alors que son homologue n’est arrivé à Lomé qu’une fois; c’était en octobre 2016, quelques jours après le sommet de l’Union africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes tenu dans la capitale togolaise.

Togo / Faure Gnassingbé et son 4e mandat : des débuts tumultueux

Lundi 4 mai 2020, un officier de l’armée togolaise au physique assez imposant est retrouvé mort dans son bureau. Les premières informations relayées sur les réseaux sociaux évoquent un couteau retrouvé dans le cou du chef corps du 1er bataillon d’intervention rapide (BIR). Peu de temps après, des sites internet parlent des balles retrouvées dans le corps du lieutenant-colonel Bitala Madjoulba. De quoi cet officier est-il réellement mort ? Les conspirationnistes y voient un règlement de compte entre officiers Nawdba et Kabyè, deux ethnies du nord Togo, qui se livreraient une guerre de leadership au sein de l’armée togolaise. Il n’en fallait pas mieux pour que les populations de la préfecture de Doufelgou, d’où est originaire le défunt, se répandent dans la rue pour réclamer le corps de leur « fils ». « Dans notre tradition, quand une personne meurt assassinée, on ne laisse pas le corps à la morgue. Il y a des rites spéciaux à faire, et on l’enterre immédiatement », commente Gerry Taama, natif et parent de l’officier « assassiné », lui-même ancien officier de l’armée togolaise, reconverti à la politique depuis une dizaine d’années déjà.

Cette manifestation réprimée dans le sang – un mort et des blessés – se passe dans un contexte de crise sanitaire liée au coronavirus. Pendant ce temps, dans la capitale Lomé, ce sont les prisonniers de la principale maison d’arrêt, qui ont fait parler d’eux mardi. Pris dans un tourbillon de psychose suite à la détection de 20 cas positifs au covid 19 dont un décès, ces détenus réclament depuis ce matin leur libération immédiate. Pour se faire entendre, ils n’ont pas hésité à écrouler un mur de la clôture de la prison, obligeant les militaires à intervenir à coup de gaz lacrymogènes. Dans la foulée, Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du chef de l’État togolais, en prison depuis 2009 pour une affaire de tentative de coup d’État, serait introuvable à l’heure actuelle. Il s’agirait, si l’information était avérée, d’une simple exfiltration pour une destination plus sécurisée, affirment certains.

Avant cela, il y a deux semaines, peu avant l’investiture de Faure Gnassingbé, c’est l’arrestation rocambolesque de Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo, qui réclamait sa victoire à la dernière élection présidentielle, qui a mis le Togo à la une de l’actualité dans ce contexte de coronavirus.

Sans compter qu’une enquête est ouverte, selon le ministre en charge de la sécurité, pour faire la lumière sur la mort de deux jeunes Togolais qui auraient succombé entre les mains des agents des forces de sécurité chargés de faire respecter le couvre-feu, une des mesures prises par le chef de l’État dans le cadre de la lutte contre l’épidémie qui a déjà tué 11 personnes.

Après le mandat social diversement apprécié par les Togolais, les uns saluant les prouesses de Faure Gnassingbé à travers le Fonds national de la finance inclusive (Fnfi) et ses dérivés, les autres n’ayant rien vu à l’exception du fameux hôpital Saint Pérégrin resté à l’étape de la pose de la première pierre, le nouveau quinquennat renferme beaucoup de défis pour le président togolais. Mais pour le moment, il faut d’abord calmer les populations de Siou, Baga, Ténéga, Koka, Niamtougou par d’autres moyens que les gaz lacrymogènes et les balles réelles, régler le cas des prisonniers de Lomé, et surtout ne pas baisser la garde face au coronavirus. Quant à Agbéyomé Kodjo et sa dynamique dirigée par Mgr Kpodzro, leur cas semble avoir déjà été réglé : interdiction formelle de dire quoi que ce soit sur le scrutin du 22 février remporté à plus de 70% selon les résultats officiels.

“Tout ça sent pas bon”, balaie un observateur de la vie politique togolaise pour qui, “c’est depuis le 19 août 2017 que le pouvoir (de Faure Gnassingbé, ndlr) a commencé à prendre de sérieux coups”.

Ambroise D.