L’étrange idylle entre Lomé et les putschistes

Au moment où les coups d’Etat ressurgissent sur le continent africain, comme un rempart des peuples opprimés contre la boulimie des despotes assoiffés d’un pouvoir illimité, l’opinion africaine voire internationale assiste, non sans curiosité, à un rapprochement entre le régime de Lomé et celui des nouveaux maîtres. Dans le rôle d’émissaire tout terrain de Faure Essozimna Gnassingbé, Robert Dussey. Que se cache-t-il derrière cette nouvelle diplomatie que déploie le pouvoir togolais vis-à-vis des nouveaux «seigneurs des anneaux» qui défont les pouvoirs sur le continent ?

« Je remercie le col Assimi Goita, Président de la Transition et Chef de l’État du Mali pour l’audience et les échanges touchant à la sécurité dans le Sahel », avait tweeté le patron de la diplomatie togolaise, le 06 septembre 2021. Une suite logique en réalité des échanges entre l’Exécutif togolais et celui malien incarné par Assimi Goïta, après le coup d’Etat perpétré par la junte au Mali, qui a renversé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020.

Quelques jours seulement après la prise du pouvoir inconstitutionnelle par le fils du défunt Idriss Deby Itno, le Général Mahamat Idriss Déby, Président du Conseil Militaire de Transition du Tchad qui a suspendu la constitution, a reçu en audience le patron de la diplomatie togolaise. Officiellement, l’émissaire de Faure Gnassingbé devait présenter la compassion du peuple togolais et de son président envers le peuple tchadien, à la suite du décès d’Idriss Déby Itno, exprimer la disponibilité du Président de la République à accompagner le peuple tchadien et le Conseil Militaire de la Transition en vue de l’organisation d’une transition pacifique et inclusive. Et surtout, pour une transition réussie. Ce ne serait pas renversant de voir le même Robert Dussey parader aux côtés des nouveaux maîtres de la Guinée.

Mais Faure Gnassingbé serait-il altruiste à ce point ? Les initiatives visant à rapprocher le régime de Lomé et ceux des putschistes seraient-elles motivées dans l’absolu, par la posture pacificatrice de Faure Gnassingbé qui ne rechercherait que la paix et la stabilité dans les autres pays ? Qu’est ce qui fait tant courir Lomé vers es putschistes ?

Au-delà des déclarations officielles, Faure Gnassingbé qui cumule lui-même, trois mandats au pouvoir et qui est toujours contesté dans son pays, recherche une certaine légitimité de la communauté internationale, ayant conscience d’avoir perdu la bataille de la légitimité que le peuple reconnaît à ses dirigeants réellement élus démocratiquement, croit dur comme fer un sympathisant de la cause de l’alternance. Feu Eyadéma l’avait fait de son vivant, avec maestria alors qu’il voulait se refaire une certaine virginité politique.

Lomé, se souvient-on, s’impliquait dans les crises qui naissaient en Afrique, offrant d’assurer des médiations dont la plupart se soldaient par des échecs. Effacé un temps des questions africaines, le fils d’Eyadéma, requinqué par sa méthode de gestion de la crise bissau-guinéenne au moment où il était président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement ouest africains, marche désormais dans les pas de son père. Le jeune président voudrait ainsi s’assurer sur la scène africaine, un leadership qui fera de lui, une pièce incontournable dans la sous-région ouest africaine, le Sahel ou autres sur les questions en rapport avec la paix et la sécurité. Déjà que les Forces de Défense et de Sécurité togolaises sont réputées pour assurer, avec professionnalisme leur mission sous le couvert des Nations Unies, partout où elles interviennent.

Mais d’après une partie de l’opposition togolaise, la stratégie de Faure Gnassingbé consistant à offrir de l’expertise, des conseils ou à développer une certaine diplomatie avec les putschistes viserait in fine à offrir au régime de Lomé, une protection contre d’éventuels coups, et pour cause.

Les oppositions dans certains pays ont tendance à nouer des relations privilégiées avec les putschistes, histoire de bénéficier de l’expertise et de l’art de ces derniers pour répliquer l’expérience de coup de’Etat face aux dictatures qui les empêchent de conquérir le pouvoir par la voie des urnes. Certains thuriféraires du pouvoir togolais n’avaient-ils pas révélé des liaisons qu’ils disaient trouver suspectes entre les éminences grises de la chute du pouvoir de Blaise Compaoré notamment le Mouvement « Le Balai Citoyen » et certains activistes réputés proches de l’opposition togolaise ?

La stratégie visant à assister les nouveaux maîtres dans les pays où des coups d’Etat surviennent sur le continent, cache en réalité très mal, la volonté du pouvoir togolais de couper l’herbe sous les pieds de ses opposants qui seraient tentés par l’aventure des coups d’Etat. Et en outre, de contraindre les putschistes à un devoir de loyauté vis-à-vis de lui. Ce qui implique que ceux-ci ne fassent rien qui soit de nature à nuire à leur partenaire des premières heures, Faure Gnassingbé ou encore l’assistent dans les renseignements, au besoin.

Si l’élimination physique des meneurs de coups d’Etat salvateurs ou des porteurs de projets révolutionnaires n’est plus d’actualité, or les militaires qui perpétuent les idées de Thomas Sankara ou celles de Jerry John Rawlings se font toujours aussi menaçants face aux pouvoirs en pleine dérive totalitaire, la stratégie payante visiblement pour le pouvoir Faure Gnassingbé est de s’acoquiner avec eux, plutôt que de les avoir en horreur. Histoire d’éviter la contagion qui pourrait l’emporter, à son tour. Car de toute évidence, il est préférable de les avoir comme amis. C’est la vraie raison sous-jacente derrière ces courses folles de Robert Dussey vers les putschistes, sous le prétexte de mission de bons offices.

L’Expression n°16 du 9 septembre 2021

 

 

 

Prisons togolaises: 70% de détenus n’ont jamais été jugés !

Alors qu’ils projetaient de porter dans la rue la contestation du quatrième mandat de Faure Gnassingbé, usurpé selon eux, et d’exiger toute la lumière dans le Pétrolegate, du nom de cette affaire de présumé détournement de 500 milliards FCFA survenu dans le cadre de la commande des produits pétroliers au Togo, Gérard Djossou et Brigitte Adjamagbo, leaders de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) ont été arrêtés et accusés de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Placés en détention le 27 novembre 2020, ils ont été libérés le 17 décembre 2020, moins d’un mois plus tard. Ils l’ont échappé belle, comme on dit. Sans doute à cause de leur statut de personnalités politiques qui plus est, de l’opposition qui leur a fait bénéficier d’une hyper médiatisation de leur affaire et d’une bonne défense, solidement menée par Me Darius Atsoo, pas un inconnu du barreau togolais.

Contrairement à eux, ce sont des milliers de personnes qui, envoyées en détention préventive, se retrouveront véritablement en « prison » et à « purger des peines privatives de liberté » auxquelles ils n’ont jamais été condamnés, car n’ayant jamais bénéficié d’un procès équitable ou d’un procès tout court, à l’issue duquel leur sort a été scellé. Une situation qui conforte de nombreuses voix au sein des Organisations de la société civile (Osc) ici et ailleurs de ce que le Togo navigue à plein temps, dans le non-droit et les violations systématiques des droits des détenus. Au Togo, déplorent celles-ci, non sans caricature, le principe est la présomption de culpabilité. Et les chiffres concernant la proportion de la population carcérale n’ayant jamais été jugée au Togo, d’après la Commission nationale des droits de l’homme (Cndh) qu’il y a eu en 2020 sont renversants, après des visites dans six prisons au Nord-Togo.

La présomption de culpabilité plutôt que la présomption d’innocence ?

« Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie… », prévoient les instruments juridiques internationaux, repris par de nombreux pays dont le Togo. Le principe est en effet affirmé par l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789: « tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable… » à l’issue d’un procès équitable. Mais le Togo rame depuis plusieurs années à contre-courant de cette règle, tant et si bien que le principe de la présomption d’innocence s’en trouve non seulement galvaudé mais aussi et surtout vidé de tout son sens. Le taux élevé de détenus non jugés et qui croulent dans les geôles togolaises illustre cette anormalité qui est très vite interprétée par les défenseurs des droits humains, comme une présomption de culpabilité.

Aussi effarant que cela puisse paraître, et alors que la surpopulation carcérale a été identifiée comme faisant le lit à de nombreux maux dont souffrent les détenus, 70% de ceux qui vivent privés de liberté au Togo n’ont jamais bénéficié d’un procès.

Ainsi, sur 100 personnes détenues, seules 30 sont jugées et condamnées. Les autres qui y sont gardées, soit les 70 personnes sont soit des prévenus soit des inculpés. Une statistique d’autant plus alarmante qu’elle traduit la violation flagrante et de façon régulière, du principe de présomption d’innocence.

Alors que le principe, c’est la liberté et l’exception la privation de la liberté, le Togo semble avoir, de facto, inverser les règles. D’après les informations recueillies, le recours à la détention préventive n’est légitime que lorsqu’il existe des motifs raisonnables de croire qu’une personne a commis une infraction, et que la détention est nécessaire et proportionnée afin d’empêcher cet individu de prendre la fuite, de commettre une autre infraction, ou d’interférer avec le cours de la justice dans le cadre de procédures en instance ou encore que la sécurité de l’accusé soit menacée.

Or la détention préventive, elle-même, peine à faire l’unanimité dans la mesure où elle consiste à mettre en « prison », un simple accusé qui, en principe devrait bénéficier de la présomption d’innocence. Mais si la pratique résiste partout, le taux de personnes en détention préventive tourne en revanche autour de 30% de la population carcérale. Les statistiques dévoilées par la Cndh permettent de conclure que le juge togolais prononce deux fois plus que ses pairs de par le monde, la détention préventive ; occasionnant des situations aux conséquences jusqu’ici non résolues : le surpeuplement carcéral, la sous ou la mauvaise alimentation, les problèmes d’hygiène en milieu carcéral.

Plus grave, c’est que les durées de la détention préventive sont surréalistes au Togo.

Des durées de détention préventive surréalistes

Si le recours à la détention préventive est quasi-automatique au Togo en violation des pratiques et des textes internationaux qui confirment que le principe reste la liberté, la durée de la détention suscite davantage de controverses et une levée de boucliers.

De fait, elle oscille de 8 à 20 mois, de deux ans à 5 ans voire 6 ans. Six ans d’une vie à attendre un hypothétique procès à l’issue duquel on peut être, du moins en théorie, déclaré « non coupable » des faits pour lesquels on est poursuivi ! Une perspective que les juges togolais écartent de manière assez astucieuse mais non moins cruelle, et qui consiste au final lorsque le procès a lieu, à condamner le détenu au moins à l’équivalent de la durée de sa détention préventive. Ce qui pose un autre problème en termes de bonne administration de la justice. La détention provisoire compromet la garantie d’un procès équitable et remet en cause la présomption d’innocence.

Au final, bien que non condamnées, les personnes détenues sont quasiment amenées à « purger des peines » dont elles n’ont pas écopé.

Se prononçant sur la question, le Sous-Comité pour la prévention de la torture des Nations unies estime que « la durée de la détention avant jugement est telle qu’elle contribue au surpeuplement carcéral, exacerbant ainsi les problèmes existants au niveau des conditions de détention et des relations entre les détenus et le personnel ; elle alourdit aussi le fardeau des tribunaux. Du point de vue de la prévention de la maltraitance, elle suscite de sérieuses préoccupations face à un système déjà surchargé ».

Une raison parmi tant d’autres pour lesquelles la Cndh tire la sonnette d’alarme quant à la nécessité d’envisager des mesures visant à accélérer les procédures d’instruction et de jugement des personnes inculpées. Mais ça, c’est une tout autre histoire.

L’Expression n°007 du 17/06/2021

Une succession sans tambour ni trompette

Les paris sur l’incapacité du fils, Faure Gnassingbé, à tenir la barque pour longtemps, ont pris le dessus. Pour certains, il n’a pas été préparé pour le job, pour d’autres, il n’aura pas les “couilles nécessaires” pour tenir le fort, ce bien public devenu indivis.. La suite de l’histoire nous a démontré le contraire. Non seulement, il n’a pas changé d’un iota par rapport à sa discrétion, mais il a refondé le parti du père, en instillant du sang neuf dans son appareil politique.

Seize ans après la mort du Général Eyadéma, Faure Gnassingbé semble avoir opté pour le mentoring par rapport à sa succession.

Ils sont jeunes, brillants peut-être et pas tous, universitaires et autres, autour de lui, et s’imposent aujourd’hui par leurs œuvres, réalisations, et leur capacité à traduire de façon concrète la politique de leur chef, voire à assurer l’héritage au cas où le chef penserait à leur passer la main. À une date à fixer sur les calendes grecques.

Très révoltés contre la succession dynastique après la « catastrophe nationale » du 5 février, la plupart ont très vite tourné casaque. Certainement convaincus qu’en réalité, le fils n’est pas le père. Leur responsabilité dans le difficile enfantement de l’Union pour la République (UNIR) par l’ancêtre Rassemblement du peuple togolais (RPT) n’est pas neutre.

Ainsi, dans une démarche de mentoring, Faure Gnassingbé préfère les mettre en avant, en leur facilitant un accès frénétique aux médias, aux plateaux internationaux, etc. Dans nos sociétés africaines où la transmission du vivant pose quelquefois problème, il est important d’encourager une telle option, qui renforce même la continuité de l’Etat et la transmission de flambeau en termes de qualité. L’omniprésence de ceux-ci dans le champ politico-médiatique fait dire à certains que ce sont des jeunes « ambitieux ».

A cet effet, pourquoi ne pas les propulser encore plus fort à des postes où ils auront à faire leur preuve en détenant les pouvoirs constitutionnels ? Le choix de la jeunesse a été souvent un slogan sous Eyadéma, il a été promu sous Faure et renforcé avec le genre. Léguer son héritage politique de son vivant aux jeunes, que ça doit procurer étonnamment du plaisir !

Ambroise D.

Monsieur le président de la République, à vous la parole !

Plan National de Développement ou « PND » ! On nous en aura rebattu les oreilles, le temps d’un temps. Tant et si bien que le Togolais lambda ne pourra l’oublier …de sitôt, même si la communication présidentielle voire gouvernementale se structure de plus en plus autour d’une nouvelle vision quinquennale dite 2020-2025. Une vision en appelle une autre, dirait-on.

La feuille de route quinquennale, nouveau bréviaire, fait suite à une autre dont l’échéance s’annonce dans deux ans et dont les Togolais ne retiendront davantage que roadshows présidentiels, business forums, la très controversée caravane « pour le PND », forum économique Togo-UE et des audiences présidentielles avec des hommes d’affaires.

Décliné en trois axes qui traduisent la vision de développement du Togo sur la période 2018-2022, le PND, s’il n’a pas totalement disparu de la rhétorique gouvernementale, semble en effet relégué en arrière plan. Mais le hic, et c’est, semble-t-il, la preuve que les habitudes de la maison ont la vie dure, c’est qu’aucun point n’a été dressé de sa mise en œuvre.

Le saut d’une vision inachevée à une autre, sans une pause « Bilan », non seulement reste symptomatique d’une gouvernance qui ignore tout du principe de redevabilité, mais aussi la preuve par mille que le « Leader nouveau » qui nous avait été annoncé tel un messie, roule plutôt à l’ancienne. Etait-il besoin qu’il se lie par des objectifs chiffrés si à l’arrivée, il ne devrait rendre aucun compte à ses concitoyens ?

A l’heure où les autorités togolaises parlent de contrats d’objectifs pour les membres du gouvernement, des interrogations somme toute légitimes taraudent les esprits :

Qu’est-ce qui a été fait ? Quels sont aujourd’hui les acquis visibles du PND ? Des 500 000 emplois projetés à l’horizon 2022, combien de décents ont été créés?

Evidemment, personne hormis le ministre prestidigitateur « Christian Trimua » n’aura trouvé réponse à cette question. Il réussira le tour de magie de décompter deux cents mille emplois créés par le PND. Hallucinant ! Il n’énoncera pas en revanche – attitude prudentielle ou simple omission ? – les secteurs qui ont stimulé la création d’autant d’emplois.

Certes, le tableau n’est pas totalement noir. Mais le Togolais sait pertinemment quelle opinion se faire des déclarations de ce ministre, visiblement coutumier de ces déclarations. Aucun Togolais n’attend non plus un point du gouvernement pour se rendre à cette évidence, sinon à cette réalité qui crève les yeux, que l’inclusion sociale, l’objectif ultime du PND, est demeuré au stade de bonnes intentions.

Mais…les principes de bonne gouvernance mettent à la charge des dirigeants, l’obligation de rendre compte à leurs concitoyens, pour ne pas laisser l’impression d’évoluer dans une omerta totale et de faire du pilotage à vue, malgré l’existence de bons référentiels. Peut-être serions-nous allés trop vite en besogne. Dans ce cas, Monsieur le président de la République, à vous la parole !

Giovanni KOFFI 

Le mirage d’un apaisement politique

Si cette option semble se justifier par la carrure et le profil de la nouvelle cheffe du gouvernement, elle semble confortée par l’hégémonie et l’emprise totales du parti Union pour la République (UNIR) sur la gestion des affaires de la Cité dans un contexte de déconfiture totale de l’opposition.

C’est exact, Victoire Tomégah-Dogbé est un pur produit du Système des Nations Unies (SNU). A la base, ce n’est pas tant son militantisme au sein du parti UNIR qui a favorisé son ascension au sein du régime. Moulée dans la technocratie messianique onusienne, elle a pris le Togo pour champ de duplication de la gouvernance par les projets.

Nul besoin de revenir sur la liste, oui la bien longue liste de programmes, projets et institutions qu’elle a déroulée depuis son entrée au gouvernement, L’OCDE dira à ce propos que: « Le foisonnement de programmes et projets pilotés par des structures autonomes, et dont certaines actions s’entremêlent sans véritable coordination, constitue un goulot d’étranglement ».

Pour Victoire Tomegah-Dogbé, c’est le développement avec « D » qui va être amorcé, ce qu’elle-même appelle : « gouverner autrement ». Moins de politique sinon pas de politique du tout. D’ailleurs en ne faisant aucun clin d’œil à son allié l’UFC, UNIR a démontré clairement son intention de gouverner, bien seule.

C’est également exact que le contexte politique actuel est sans commune mesure avec celui qui prévalait il y a encore quelques mois.

Sous un autre angle de vue, aujourd’hui, le pouvoir bien aidé en cela par la crise sanitaire qui lui offre le prétexte de proroger ad vitam aeternam l’état d’urgence sanitaire, a réussi à annihiler toute velléité de contestation ou de mobilisation.

Le nouveau gouvernement peut encore se frotter les mains pour une raison bien simple : les frères ennemis de l’opposition n’ont pas encore fini de dégainer les uns sur les autres.

Par ailleurs, hormis les coups sporadiques de la Dynamique Monseigneur Kpdodzro qui ressemblent davantage à des pétards mouillés, aucune action structurée n’est en place du côté de l’opposition. De mùeme, les quelques rares sorties sur les réseaux sociaux de l’inspirateur du mouvement du 19 août depuis son exil, destinées davantage à chauffer à blanc des militants avides d’actions, semblent ne plus trop émouvoir du côté d’UNIR qui roule désormais, en roue libre.

Pour autant, prétendre qu’au Togo, la démocratie fonctionne à merveille et que toutes les questions politiques ont déjà été tranchées par les instruments de régulation existants qui souffrent pourtant de légitimité aux yeux de nombreux Togolais, est un pied du nez.

Victoire Tomégah Dogbé gagnerait à ne pas s’estimer en territoire totalement conquis au moment où l’ANC la dément et estime que compte tenu des conditions peu rassurantes dans lesquelles le scrutin présidentiel s’était déroulé, il est à reprendre. L’absence de guerre n’est pas toujours synonyme de paix. Ce n’est peut-être que le calme avant une nouvelle tempête dont les conséquences pourraient ne pas être prévisibles. Les « insoumis » rentrent souvent très difficilement dans le rang.

Giovanni KOFFI

 

Togo : Faut-il dire Madame la ou le Premier ministre ?

Cette ascension d’une femme à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République togolaise avait été vue comme une victoire en demi-teinte car la parité entre les sexes n’est pas encore effective dans l’hémicycle. Un an plus tard, la nomination coup sur coup de Victoire Tomegah-Dogbé et de Sandra Johnson au Secrétariat général de la Présidence de la République confirme la tendance à la féminisation du personnel politique et alimente l’espoir de voir se former un gouvernement paritaire avec autant de ministres femmes qu’hommes.

Cette nécessaire féminisation de la vie politique pose la question de la féminisation des titres de fonctions, grades et appellations face à un conservatisme sociolinguistique rétif aux changements morphosyntaxiques. On sait les monarchies tatillonnes avec l’étiquette et la particule, un mauvais usage pouvant être considéré comme un crime de lèse-majesté ; en République le maniement des titres est plus démocratique et flexible. Néanmoins, il vaut toujours mieux faire l’économie de la confusion des genres pour ne pas froisser des susceptibilités et éviter de reproduire des discriminations genrées.

 […] la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe.

En grammaire française, il existe une forte polarisation autour de la question de la neutralité ou non du genre « masculin » dont la domination était symboliquement incarnée par la règle du « masculin l’emporte sur le féminin ». Dans le sillon de ces considérations purement grammaticales, des motivations idéologiques tenaces et des disparités géographiques affleurent sur le terreau de la langue française. Certains puristes et conservateurs, certes de plus en plus rares, estiment qu’il n’y a en français ni genre « masculin » ni genre « féminin » et restent défensivement attachés à la préservation de la belle langue contre les évolutions sociétales. Ceux-ci soutiendront sans peine qu’il faille dire « Madame le Premier ministre », parce que seul le genre masculin traduit la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. L’Académie française campe la même posture, car pour elle, la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe. En suivant cette lecture, les termes députée, sénatrice, médiatrice, officière, etc., sont impropres.

[…] la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme de la langue.

Dans le camp d’en face, on considère que postuler la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme d’une langue qui reproduit une vision androcentrique, binaire et discriminante du monde. Contre le plafond de verre linguistique et pour l’égalité des sexes, beaucoup militent en faveur de l’adaptation de la langue aux évolutions de la société grâce notamment à la féminisation systématique des appellations professionnelles. De l’abolition de la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » à la promotion de l’écriture inclusive (ex : les étudiant.e.s, les acteur.trice.s), ils traquent l’androcentrisme dans ses derniers retranchements. En France, une instruction du bureau de l’Assemblée prise en 1998 fait obligation de féminiser les fonctions exercées par des femmes dans l’Assemblée. Ainsi, les signifiants « féminins » comme «Madame la députée» ou «Madame la présidente» (de commission, de séance, etc.) y sont de rigueur. Hors de l’hémicycle, on voit fleurir des avocate, médiatrice, bâtonnière, cheffe dans les courriers et conversation. En revanche, cette règle ne s’applique pas aux fonctions ministérielles en France où l’on peut encore dire « Madame le ministre » sans tomber sous le coup de la sanction.

[…] il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime [togolais] 

Dans les autres pays francophones du Nord, le paysage linguistique se féminise sans beaucoup d’obstacles. En Belgique, en Suisse, au Canada (et au Québec), on donne sans complexe du « Madame la Première ministre » et du « Madame la Présidente ». Pauline Marois, femme politique canadienne du Québec, est reconnue comme la première femme Première ministre de la province francophone. Première ministre du Royaume de Belgique depuis 2019, Sophie Wilmès ne souffre aucun affront de misogynie sur l’article défini qui doit précéder son titre. Et l’Afrique n’est pas du reste. En tout et pour tout, une dizaine de femmes ont occupé le fauteuil présidentiel. En francophonie africaine, Le Burundi, le Gabon et la Centrafrique ont dirigée par des femmes, certaines n’étant que des présidentes par intérim. Au Togo, pour accompagner cette vague féministe dont l’empreinte politique doit être prudemment évaluée à ses résultats, il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime à bout de souffle, il convient de féminiser les titres pour briser le plafond de verre. Pour que les prochaines générations de jeunes filles n’aient pas à briser de plafond de verre, il faut donner du « Madame la Présidente de l’Assemblée nationale » à Yawa Djigbodi Tsègan et du « Madame la Première ministre » Victoire Tomegah-Dogbé. La langue française ne connaissant pas le bonheur de contenir des formulations inclusives de tous les genres, la sexualisation des titres de fonctions, grades et appellations est la meilleure garantie contre la fausse neutralité du genre « masculin ».

Source: L’Échiquier 

Edem Kodjo, un génie qui n’a jamais réussi à se faire comprendre chez lui

Pour le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, “la disparition de ce diplomate remarquable qui a oeuvré sans relâche en faveur de la paix et de l’unité du continent est une perte pour l’Afrique”.

Roch Marc Christian Kaboré présente ses condoléances à la famille de l’illustre disparu, à son homologue Faure Gnassingbé et au peuple togolais.

Edem Kodjo était un intellectuel togolais hors-norme. Ministre sous Gnassingbé Eyadéma, il fut l’artisan du creuset national voulu par l’ancien président togolais à travers la création du Rassemblement du peuple togolais (RPT). Secrétaire général de l’OUA (1978-1982), il avait pris ses distances vis-à-vis du pouvoir de Lomé, et n’est revenu au pays qu’après la conférence nationale de 1991.

Son “grand pardon” restera de mémoire l’une de ses actions politiques les plus fortes dans un Togo alors déchiré par les divisions politiques et ethniques. Il crée l’Union togolaise pour la démocratie (UTD) devenue plus tard la Convergence patriotique panafricaine (CPP). Premier ministre entre 1994 et 1996 puis en 2006 après la mort de Gnassingbé Eyadéma, les relations entre Edem Kodjo et Lomé II, où il était à la fois respecté et craint, ont cessé de briller a partir de 2011. À en croire son entourage, l’ancien SG de l’OUA s’était farouchement à l’idée d’un troisième mandat de Faure Gnassingbé.

En République démocratique du Congo, on se souviendra de lui comme étant celui dont la médiation a permis l’alternance politique entre Joseph Kabila et Félix Tsisekedi.

Un génie trop distant du peuple

Edouard Edem Kodjovi Kodjo avait le verbe haut. Il avait son auditoire, et pour percer sa pensée, il fallait appartenir à la galaxie des élus de la rhétorique politique. Déjà, quand il prônait le “grand pardon”, il disait la même chose que son compère Léopold Messan Gnininvi plutôt favorable à “la démocratie d’abord, multipartisme après”. L’accord politique conclu entre le RPT et l’Union des forces de changement (UFC) de Gilchrist Olympio en 2010 n’était qu’une conséquence lointaine du discours prononcé par Kodjo bien des années plus tôt. Mouhamed Tchassona Traoré et son Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), en proposant de “briser les murailles, remblayer les fossés et construire des ponts” en 2020, ne font que marcher sur un chemin déjà tracé par l’homme de Noépé.

Malheureusement, à l’image d’autres hommes politiques nationaux, Edem Kodjo était plutôt bon, très bon sur des sujets très pointus, dans les studios de radio et sur les plateaux de télévision. Sa rhétorique n’était pas comprise par la masse. Il n’a jamais réussi à expliquer à cette masse le fond de sa pensée politique et le bien-fondé de son action politique dans un Togo marqué par le manichéisme et les discours populistes. Ami de la France, respecté dans les sphères internationales, très en avance sur son époque, Edem Kodjo n’a pas su adapter son action politique aux réalités de son pays.

Homme d’État de grande carrure, intellectuel accompli, Edem Kodjo avait des qualités et compétences incontestables mais aussi le goût du détail, ce qui le mettait parfois sinon assez souvent sur ces grands chevaux, selon ses contemporains.

Auteur du célèbre ouvrage “Et demain l’Afrique” dans lequel il pense le devenir du continent qui lui tenait tant à cœur, Edem Kodjo est passé de l’autre côté du rideau, à 82 ans, sans jamais avoir eu le temps nécessaire pour parachever son œuvre de réforme de l’Union africaine qu’il accomplissait dans l’ombre avec des présidents comme Paul Kagamé.

Ambroise Dagnon

Covid-19 au Togo: de la nécessité de revoir la stratégie de riposte

Fermeture des écoles, églises et mosquées, bars et autres lieux de grands attroupements, les autorités togolaises ont pris un certain nombre de mesures, dès les premiers cas positifs de la maladie, pour circonscrire le mal. Mieux, le chef de l’Etat a décrété l’état d’urgence pour une période de trois mois avec un couvre-feu entre 19h et 06h dans une allocution télévisée. Le lendemain, c’est le ministre de la Sécurité, Damehane Yark, intervenant sur la même chaîne, réajuste l’horaire du couvre-feu qui est passé de 19h à 20h pour prendre fin à 06h du matin, et des précisions sur la couverture géographique de la mesure.

Dans la foulée, la ministre en charge des transports publie un communiqué qui interdit aux engins à deux roues et tricycles de transporter des personnes, et limite le nombre de passagers pour les véhicules de transport commun. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un mouvement de protestation chez les conducteurs de taxis-motos dans la ville de Kara. Samedi, le ministre de la Sécurité et sa collègue en charge des Transports, pour faire baisser le thermomètre, sont revenus sur cette mesure pour en redéfinir les contours. Mais 24h après, Mme Zouréhatou a simplement suspendu sa décision qui devrait redevenir effective le 11 avril “en attendant que les mesures d’accompagnement prises en vue de soutenir les différentes couches vulnérables et socioprofessionnelles concernées soient effectives”.

Il est évident que cette pandémie a provoqué un vent de panique générale surtout dans un pays où le système santé est déplorable. La précipitation avec laquelle cette lutte est menée peut donc se comprendre. Mais pour plus d’efficacité dans ce combat, il est important que “ceux qui sont sont à la tête de l’Etat togolais respirent à fond pour prendre de bonnes décisions “, selon Koffi Telli du site d’informations Global Actu.

Il est important de ne pas céder à la panique au risque de prendre des décisions hâtives et contre-productives au final. Pascal Edoh Agbové, très actif dans la recherche de moyens pour venir à bout de cette maladie, propose que “les réflexions et propositions de mesures de lutte contre le Covid-19 soient confiées au comité de coordination de la riposte” mis en place par le gouvernement avec la possibilité de “l’élargir à la société civile, aux confessions religieuses, aux médias, aux chefferies traditionnelles, etc”.

Les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 doivent tenir compte des réalités de chaque pays. Ce qui se fait ailleurs n’est pas automatiquement reproductible ici. En même qu’il faut prendre des mesures pour endiguer ce mal qui frappe le monde depuis décembre dernier, il ne faut pas ignorer que la majorité des Togolais sont économiquement faibles, qu’ils vivent au jour le jour. En attendant de trouver la meilleure formule, les populations ont besoin de masques, désinfectants, de l’eau mais aussi d’informations justes pour se protéger contre la maladie.

Léonie Dégboé

Couvre-feu autour du Covid-19: violence d’État, paix de cimetière

La photo illustrant l’article n’est pas une photo récente

 

A-t-on besoin de dire que ce que des citoyens ont vécu dans les rues de Lomé, Tsevie et Sokodé est sans doute plus nuisible qu’une infection au Covid-19? Le Covid-19, on peut en guérir, il attaque le corps mais les violences gratuites des forces de sécurité atteignent les citoyens au plus profond de leur pathos, au plus intime de leur ontologique. Cette douleur est inoubliable. À ceux qui sont ainsi éprouvés, la promesse sus-evoquée n’est que du vent.

Violence d’État

L’un des échecs de Faure Gnassingbé depuis 2005, c’est bien la persistance de la violence d’État. En dépit de ses promesses renouvelées de modernisation de l’Etat togolais, c’est son incapacité à humaniser les pratiques des forces de défense et de sécurité.
Peut-on sensément comprendre en effet que des forces de sécurité se permettent de bastonner, de molester et de mutiler des citoyens pour le motif de les avoir surpris à une heure de couvre-feu ? “Au Togo, on violé les droits humains : les forces de l’ordre infligent des mauvais traitements aux citoyens. À chaque fois, les autorités promettent des enquêtes dont les résultats sont très rarement rendus publics. On assure l’opinion que “des sanctions sont prises” mais personne n’est jamais au courant de ces sanctions. Et le cycle de répète semaine après semaine, mois après mois, année après année. L’impunité continue. Ce n’est pas bon. Pas du tout”, a commenté, sur sa page Facebook, André Kangni Afanou, un défenseur des droits de l’homme.

“C’est de la violence gratuite, rien d’autre. Certains policiers et militaires togolais aiment trop montrer leurs muscles, même quand on n’en a pas besoin”, commente un autre défenseur des droits humains bien désabusé. “Ce qui est surprenant, c’est que cela ne change pas. On eût dit qu’il y a un module Terrorisme ou terreur dans la formation de ces forces de sécurité ” ajoute-t-il.

Justement, beaucoup ne comprennent pas pourquoi ces actes de violence gratuite sur les civils deviennent la norme au Togo. Sans que jamais aucun doigt, dans la hiérarchie, ne puisse se lever pour dire “Stop”. Cela suffit pour que certains analystes en tirent la conclusion que la violence est le soubassement du régime en place. “Je pende que Faure Gnassingbé doit travailler pour prouver le contraire “, conclut le défenseur des droits humains.

Pédagogie de la peur

Un contraste assez saisissant saute aux yeux dans ce pays. Dans les écoles et centres d’apprentissage, crise par l’argent des Scandinaves, l’État togolais a formellement interdit les châtiments corporels. L’instituteur, le prof ou le maître artisan qui ose frapper des apprenants tombe sous le coup de représailles justes. Dans le même temps, curieusement, les policiers, gendarmes et militaires se donnent à cœur joie aux violences physiques sur les citoyens.

Dans l’histoire du couvre-feu, des images et vidéos parlent déjà d’elles-mêmes. Sans doute que l’interdiction, maladroite, de la débrouillardise dénommée “zémidjan” révèlera-t-elle son lot de voies de fait. Cela ne surprendra personne dans le pays.
Mais alors, pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi des citoyens peuvent-ils être réduits à s’habituer au droit des forces de sécurité à les gifler, bastionner et pourchasser comme des souris?

C’est ce qu’on appelle la pédagogie de la peur. Imposer la terreur au peuple pour le contraindre à subir sans mot dire, voilà le mode d’emploi. De feu Gnassingbé Eyadema à Faure Gnassingbé, la logique ne change pas. La peur du gendarme qui n’a jamais été le commencement de la sagesse mais bien le développement de la clochardisation’ et de l’infantilisation, est toujours vivace dans la société togolaise. “Si tu fais ça, on va t’arreter”, ” Ce que tu dis là, tu peux reconnaître ta voix?”, “J’ai fait ça ainsi parce que je ne veux pas de problème”, voilà des déclarations dont la subsistance dans ce pays est une marque de déficit démocratique. Le contraire demeure un challenge.

Présidentielle 2020: Pourquoi tant de mystère autour du candidat d’UNIR?

Dans trois jours, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) va clôturer les dépôts de dossiers de candidature à l’élection présidentielle du 22 février. Si l’organe de gestion des élections au Togo affirme ne pas encore avoir reçu de dossier officiel malgré le retrait de 24 formulaires de candidature, le cas du candidat du parti au pouvoir continue de faire débat.

S’il a habitué les Togolais aux annonces de dernière minute, le silence de Faure Gnassingbé quant à sa probable candidature à la présidentielle de cette année est une curiosité. Pour certains, le président togolais, au pouvoir depuis quinze ans, sera bel et bien au rendez-vous du 22 février. Sa fameuse phrase – en vernaculaire – prononcée lors du lancement officiel du rapport pays Doing Business l’année dernière serait une déclaration de candidature. “Je pense déjà à l’année prochaine (2020, ndlr). Ne me couvrez pas de honte”, avait lâché Faure Gnassingbé.

D’autres, embêtés par un possible quatrième mandat du chef de l’État togolais, pensent qu’il serait sous pression et qu’il pourrait renoncer à se présenter à cette élection. Pour les défenseurs de cette thèse, la France d’Emmanuel Macron ne serait pas favorable à un quatrième mandat du fils de Gnassingbé Éyadéma. Ils estiment même que des chefs d’État des pays de la CEDEAO seraient contre cette idée. Ils ajoutent que, même dans le camp présidentiel, il y aurait des remous quant à celui qui doit porter l’étendard bleu pour le scrutin à venir. On évoque le nom d’Emmanuel Kodzo Adédzé, l’actuel ministre chargé du commerce, comme le choix de Faure Gnassingbé pour être son dauphin. Un choix que les caciques du pouvoir auraient rejeté. Et les supputations vont bon train.

C’est dans cette foulée que les réseaux sociaux annoncent un congrès du parti UNIR pour ce dimanche 5 janvier 2020 dans la ville de Kara (plus de 400 km au nord de Lomé) pour acter la candidature de Faure Gnassingbé. Mais aux dernières nouvelles, et toujours selon les médias sociaux, le congrès annoncé et qui aurait drainé une foule immense de cadres du parti, aurait été reporté voire annulé. La désignation devrait se faire en toute discrétion, croit savoir le confrère Atlanticinfos.com.

Dans cet embrouillamini, il est difficile de faire confiance à quelque information que ce soit. Une certitude cependant, l’annonce de la candidature de Faure Gnassingbé cette année ne se fera pas comme un couteau dans du beurre. L’idée même d’une quatrième candidature de “l’homme simple” courrouce l’opposition et une frange de la population qui y voient de la “provocation”. Par ailleurs, Faure Gnassingbé et Yahya Jammeh étaient les seules curiosités de l’espace CEDEAO où l’expérience de l’alternance a été faite par tous les pays. Mais depuis 2017, le Gambien a surpris le monde entier laissant seul, son ex-homologue togolais, sur ce chemin que même Pierre Nkurunziza ne veut plus emprunter.

Ambroise DAGNON