Covid-19 au Togo: Erreur d’appréciation ou dictature vaccinale?

“Nous devons commencer à faire peur.” Ce sont les mots du Premier ministre togolais qui était devant l’Assemblée nationale il y a quelques jours pour obtenir la prorogation de l’état d’urgence décrété dans le cadre de la lutte contre la pandémie du coronavirus. Au lendemain de ce passage de la cheffe du gouvernement qui a déchaîné une avalanche de réactions au sein de l’opinion, c’est le ministre de l’Enseignement supérieur qui est venu mettre les pieds dans le plat. Dans une méprise totale des règles élémentaires de la communication gouvernementale, Pr Majesté Ihou Watéba a achevé de convaincre l’opinion publique togolaise qu’il s’agissait bien d’un “jeu vaccinal” auquel tout le monde doit adhérer, de force.

 Sur une radio de la place la semaine dernière, le professeur d’université Ihou Watéba s’est fendu d’un raisonnement juridique qui frise le ridicule. “Il est inconcevable qu’au Togo, on continue de priver certains de leur totale liberté parce que certaines personnes ne veulent pas jouer le jeu de la vaccination; et par voie de conséquence, les gens qui se sont vaccinés (sic) ou qui adhèrent aux mesures, on ne peut pas les priver de leur liberté à cause de quelques personnes qui ne respectent pas les lois”, s’est-il défendu concernant la nouvelle fermeture des lieux de culte décidée par les autorités. Des arguments qui ne peuvent convaincre que l’auteur lui-même, et pour cause.

En évoquant le respect de la liberté de ceux qui se sont fait vacciner ou qui veulent le faire, le ministre Watéba a royalement oublié le respect de la liberté de choix des personnes. Il s’agit bien là du viol flagrant de cette liberté qu’ont les individus de choisir entre se faire vacciner et non. Donc d’une atteinte grave aux droits humains.

La déontologie de l’administration d’un produit dans le corps d’un être humain ne devrait pas échapper au médecin épidémiologiste. En principe!

Au nom de cette politique basée sur la terreur, le pass sanitaire est désormais exigé dans presque tous les services administratifs. Les nouveaux bacheliers et étudiants ne peuvent pas avoir accès aux universités de Lomé et Kara sans la fameuse carte vaccinale devenue le visa pour aller dans le monde de “Sa” Majesté Watéba et sa patronne. Le comble du ridicule, c’est la traque des personnes non-vaccinées sur les routes par les forces de défense et de sécurité avec un zèle sans pareil. C’est à croire que les quantités de doses de vaccins que le pays a déjà commandées et réceptionnées étaient suffisantes pour vacciner l’ensemble de la population.

Au début du mois, le pays a reçu un lot de 325 200 doses de vaccins Sinovac dans le cadre de l’initiative Covax. Il s’agit du troisième lot de vaccins Sinovac dont a bénéficié le Togo après les 400 000 doses déjà offertes en août et avril derniers par l’État chinois. Au-delà de l’initiative Covax, le gouvernement togolais, qui met l’accent sur la vaccination d’une grande majorité de la population pour atteindre l’immunité collective et sortir de la pandémie, a eu début août, un lot de 118 000 doses du vaccin Johnson and Johnson. Première livraison sur les 4 millions de doses commandées via la plateforme de l’Union africaine (UA). En clair, le Togo est encore loin d’atteindre les doses requises pour vacciner la population cible estimée à un peu plus de 4 millions d’habitants. Dans ces conditions, imposer le pass sanitaire paraît totalement surréaliste.

Par ailleurs, en rendant la vaccination obligatoire avec effet immédiat, le gouvernement semble oublier un détail important:  il faut attendre trois mois après un test PCR positif au virus pour se faire vacciner. Dans ce cas, ce qui est raisonnable serait l’obligation de présenter soit le pass sanitaire soit le résultat d’un test PCR négatif. Et cela dans une approche pédagogique de sorte à emporter l’adhésion d’une plus grande majorité autour de la campagne vaccinale. “C’est même criminel de rendre obligatoire un vaccin qui est dans sa phase expérimentale”, s’indigne un médecin sous le couvert de l’anonymat. “Sur plus de 20 000 personnes contaminées, le Togo a enregistré 216 décès. On ne fera pas une guerre des chiffres en comparant les morts selon les causes, mais je dois quand même rappeler que le nombre de décès par an dans un seul service réanimation comme au CHU Sylvanus Olympio dépasse largement le nombre de décès de Covid-19”, poursuit-il avant d’ajouter que “les priorités pour le secteur de la santé au Togo sont ailleurs, loin de la covid-19”. Et de conclure: “Que celui qui craint de se faire contaminer se fasse vacciner, si les vaccins sont aussi efficaces qu’on veut obliger les gens à les prendre.”

Cette attitude du gouvernement togolais, qui affirme avoir dépensé 20 milliards FCFA pour acheter des vaccins, est à la limite de l’acharnement sur une population réfractaire, qu’on devrait plutôt amener à comprendre les enjeux de la crise sanitaire et l’importance de la vaccination. Il est évident qu’à ce jour, il n’y a aucune garantie de l’innocuité de ces vaccins ni aucune garantie de leur efficacité. Dans ces conditions, comment expliquer l’imposition du pass sanitaire?

Encore que même s’agissant de Janssen (vaccin Johnson & Johnson) à dose unique, des études attestant qu’il serait loin de l’efficacité (66%) que la firme éponyme même revendique dans une annonce faite en début d’année. Voire une efficacité à 85% contre les formes graves du Covid-19, notamment le variant Delta.

Après de nouvelles investigations menées en France, l’Autorité nationale de sécurité des médicaments a établi qu’une seule dose du vaccin Janssen ne suffirait pas à protéger contre le variant Delta, en se basant sur les conclusions des centres régionaux de pharmacovigilance chargés de suivre les effets secondaires du vaccin produit par le laboratoire Johnson &Johnson. Les scientifiques ont mis à jour le rôle du vaccin dans l’apparition d’effets indésirables plus ou moins graves, des thromboses, des convulsions ou des accidents vasculaires cérébraux. Des personnes vaccinées auraient d’ailleurs développé des formes graves de Covid-19.

En définitive, “la Haute autorité de santé (HAS) en France avait recommandé que les personnes vaccinées avec Janssen reçoivent une dose de rappel avec un ARNm (Pfizer ou Moderna) à partir de quatre semaines après leur vaccination”, a rapporté récemment RFI.

La communauté scientifique mondiale est donc en pleins tâtonnements et rien, mais alors absolument rien n’établit à ce jour, l’efficacité absolue d’un vaccin, fût-ce la dose unique de Johnson & Johnson.

Étrangement, au Togo, aucune communication ne semble suggérer, encore moins recommander une dose de rappel Pfizer ou Moderna, voire autre en supplément, aux personnes ayant reçu la dose unique de Janssen.

Devant autant d’incertitudes de la communauté scientifique mondiale, au propre comme au figuré, où les vérités “absolues” d’hier ou d’aujourd’hui sont enclines dans une très forte probabilité à être remises en cause demain, rendre obligatoire le pass vaccinal comme le fait le gouverner autrement de Victoire Tomégah-Dogbé, apparaît comme une grossière erreur d’appréciation si ce n’est de la dictature vaccinale.

Ambroise DAGNON

 

 

 

 

 

Déclaration des biens et avoirs des gouvernants : On avance à pas de tortue

Et si le tout premier Conseil des ministres du gouvernement de Victoire Tomégah-Dogbé a examiné un avant-projet de loi organique qui habilite le Médiateur de la République à recevoir la déclaration des biens et avoirs de hautes personnalités, hauts fonctionnaires et agents publics, l’opinion pourra saluer un bon début et une dynamique vertueuse. Mais, la prudence semble de mise, préconisent plusieurs observateurs avertis qui pointent une surprenante lenteur du processus.

Déclaration de patrimoine : les Gnassingbé en porte-à-faux avec la Constitution

L’article 145 de la Constitution togolaise de 1992 impose aux hautes personnalités et hauts fonctionnaires notamment

Le mirage d’un apaisement politique

Si cette option semble se justifier par la carrure et le profil de la nouvelle cheffe du gouvernement, elle semble confortée par l’hégémonie et l’emprise totales du parti Union pour la République (UNIR) sur la gestion des affaires de la Cité dans un contexte de déconfiture totale de l’opposition.

C’est exact, Victoire Tomégah-Dogbé est un pur produit du Système des Nations Unies (SNU). A la base, ce n’est pas tant son militantisme au sein du parti UNIR qui a favorisé son ascension au sein du régime. Moulée dans la technocratie messianique onusienne, elle a pris le Togo pour champ de duplication de la gouvernance par les projets.

Nul besoin de revenir sur la liste, oui la bien longue liste de programmes, projets et institutions qu’elle a déroulée depuis son entrée au gouvernement, L’OCDE dira à ce propos que: « Le foisonnement de programmes et projets pilotés par des structures autonomes, et dont certaines actions s’entremêlent sans véritable coordination, constitue un goulot d’étranglement ».

Pour Victoire Tomegah-Dogbé, c’est le développement avec « D » qui va être amorcé, ce qu’elle-même appelle : « gouverner autrement ». Moins de politique sinon pas de politique du tout. D’ailleurs en ne faisant aucun clin d’œil à son allié l’UFC, UNIR a démontré clairement son intention de gouverner, bien seule.

C’est également exact que le contexte politique actuel est sans commune mesure avec celui qui prévalait il y a encore quelques mois.

Sous un autre angle de vue, aujourd’hui, le pouvoir bien aidé en cela par la crise sanitaire qui lui offre le prétexte de proroger ad vitam aeternam l’état d’urgence sanitaire, a réussi à annihiler toute velléité de contestation ou de mobilisation.

Le nouveau gouvernement peut encore se frotter les mains pour une raison bien simple : les frères ennemis de l’opposition n’ont pas encore fini de dégainer les uns sur les autres.

Par ailleurs, hormis les coups sporadiques de la Dynamique Monseigneur Kpdodzro qui ressemblent davantage à des pétards mouillés, aucune action structurée n’est en place du côté de l’opposition. De mùeme, les quelques rares sorties sur les réseaux sociaux de l’inspirateur du mouvement du 19 août depuis son exil, destinées davantage à chauffer à blanc des militants avides d’actions, semblent ne plus trop émouvoir du côté d’UNIR qui roule désormais, en roue libre.

Pour autant, prétendre qu’au Togo, la démocratie fonctionne à merveille et que toutes les questions politiques ont déjà été tranchées par les instruments de régulation existants qui souffrent pourtant de légitimité aux yeux de nombreux Togolais, est un pied du nez.

Victoire Tomégah Dogbé gagnerait à ne pas s’estimer en territoire totalement conquis au moment où l’ANC la dément et estime que compte tenu des conditions peu rassurantes dans lesquelles le scrutin présidentiel s’était déroulé, il est à reprendre. L’absence de guerre n’est pas toujours synonyme de paix. Ce n’est peut-être que le calme avant une nouvelle tempête dont les conséquences pourraient ne pas être prévisibles. Les « insoumis » rentrent souvent très difficilement dans le rang.

Giovanni KOFFI

 

La valse des indéboulonnables

Dans leur infatuation, les vuvuzelas, qui applaudissent des quatre membres la renaissance du matriarcat gouvernemental assaisonné à la juvénilité poisson électrique, n’ont pas jugé bon d’avoir la décence d’encourager au parachèvement de l’œuvre, à aller plus loin que la fioriture et la pluie de confetti.

Trois semaines après, le sifflement acariâtre de la couardise du chef de l’Etat incise sévèrement nos attentes envers le gouvernement qui, à chaque recommencement, n’a jamais été privé du bonbon du bénéfice du doute. La complicité des services du cadastre dans l’octroi d’un titre foncier sur le poste de directeur de cabinet de la présidence à Mme Dogbé remet au goût du jour la citation qui dit, qu’un bon conseil suivi d’un mauvais exemple est une incitation à mal faire. Qui pour mâchouiller aux tympans de nos gouvernants que l’efficacité ne se cache pas dans les banderoles, affichant fièrement l’écriteau de séminaire gouvernemental, mais plutôt dans la façon d’oxygéner les hommes et les postes, et non dans la malsaine capacité de les réfrigérer?

La désinvolture dans l’appréhension de l’immensité de la tâche d’un Premier ministre, et par la concernée et par le président de la République, fait froid dans le dos. La gloutonnerie peut pousser à vouloir accaparer tout. Mais, quand le moment arrive que Dame nature vous hisse à un niveau, on développe de nouvelles aptitudes parmi lesquelles le détachement et la concentration sur l’essentiel. Charles de Gaulle ne disait-il pas à juste titre que « l’autorité ne va pas sans le prestige, ni le prestige sans l’éloignement » ? Le parcours prestigieux et lumineux de Mme Dogbé, devenue tout un symbole de ce pays détonne avec cet égoïsme qui devrait normalement caractériser l’humain normal à vider son armoire de ce vieux fringue de Directrice de cabinet de la présidence.

Il est peut-être trop tôt pour s’inquiéter du non-pourvoi de ce poste. Faure Gnassingbé a la réputation de sortir de son chapeau magique des tours dont lui seul a le secret. Mais, comment comprendre que les longs mois passés à la recherche de la perle rare pour occuper la Primature et former l’équipe gouvernementale n’aient pas permis de trouver le remplaçant de Victoire Dogbé? Cette situation écarquille les yeux du peuple et gonfle le ballon des rumeurs sur l’incapacité du chef à pisser debout. A charge pour lui de nous démontrer que le «Lui c’est lui, et Moi c’est Moi», n’est pas une inclination à s’affirmer au rabais.

Le moment est propice. Avec la hardiesse dont il a fait preuve en exorcisant enfin le poste hanté de ministre de la Défense, il devrait continuer avec son encensoir bien dopé de désenvouter et débarrasser le pays des cumulards.
Avec Faure à la présidence, Dogbé à la Primature, assiste-t-on à la valse des indéboulonnables ?

Ambroise DAGNON

Nouveau gouvernement ou l’art de faire du neuf avec du vieux

Fin du suspense! Le président de la république et son nouveau Premier ministre ont dévoilé jeudi 1er octobre la composition du gouvernement. Une équipe de 34 membres dont 10 femmes, avec 14 nouvelles entrées, quelques indéboulonnables ayant conservé leurs postes.

Des jeunes et des femmes

Dans cette nouvelle équipe, même si beaucoup de places ne leur ont pas été accordées, les femmes occupent néanmoins quelques postes clés. Le ministère de la Défense a été ressuscité sous l’appellation ministère des Armées, avec une femme aux commandes, Marguerite Gnakadè, une belle-soeur du Chef de l’État que l’on dit très proche de ce dernier.

Les sports togolais, actuellement plongés dans un profond coma, auront probablement de l’oxygène sous le médecin-commandant Lidi Bessi Kama. Les locaux du Développement à la base, laissés vides par Victoire Tomégah-Dogbé, seront désormais occupés par une de ses proches amies, Myriam Dossou, jusque-là directrice générale de l’Institut national d’assurance maladie (INAM).

Mieux, à seulement 29 ans, Mme Mawougno Aziablé, ingénieure en exploitation gazière, sera chargée des Mines et de l’énergie, en tant que Ministre déléguée auprès du Chef de État, dans le sillage de Sandra Johnson et Mazamesso Assih, respectivement Secrétaire générale de la présidence et ministre déléguée chargée de l’inclusion financière et du secteur informel.

Universitaires et “technocrates”

En sus de la promotion de la femme, Faure Gnassingbé veut miser sur la jeunesse et la compétence. Ainsi, Komla Dodzi Kokoroko va devoir quitter son bureau de la présidence de l’université de Lomé pour s’introduire dans le bouillant monde des enseignements primaire et secondaire. Le Professeur titulaire sera très attendu sur le chantier de la réforme de l’éducation à la base qui végète dans un archaïsme déconcertant de même que sur la suite à donner aux conséquences financières du Protocole d’accord (PA) pour lesquelles les enseignants montrent déjà des signes de nervosité.

Professeur agrégé en droit public, Akoda Ayéwuadan, présenté comme un jeune compétent, ayant le sens de la mesure et de la tenue dans ses propos comme dans ses écrits, devient le patron des journalistes et des gens de la communication, un domaine où les nombreux défis à relever requièrent plus que la simple maîtrise du droit. Le professeur Majesté Ihou Watéba, fortement engagé dans la riposte anti-covid, prend les rênes de l’Enseignement supérieur.  Une consécration pour celui qui, il y a quelques années, avait traversé des moments de tourmente dans une affaire de notes à l’université de Lomé.

L’économie bleue a aussi un ministère à part entière. Il est confié au directeur général de Maersk Line Togo, Edem Kokou Tengue, un technocrate en matière de commerce international.

Des caciques pour marquer les ouvriers de la dernière heure  

S’il a voulu jouer la carte de l’ouverture, Faure Gnassingbé a pris le soin d’avancer freins en main et ainsi de garder “ses hommes” à des ministères stratégiques.

Le sécurocrate Yark Damehame reste le maître des lieux sur la rue de l’Ocam. Très attendu par la société civile sur le plan des droits de l’homme, le président de la République a préféré conserver Christian Trimua et Payadowa Boukpessi, promu ministre d’Etat, qui excelle bien dans la restriction des libertés individuelles et collectives. Le désormais N°2 du gouvernement aura un rôle à jouer dans l’hypothèse où l’éternel Simfétchéou Pré ne serait pas reconduit. Sans être dans son cabinet, Boukpessi constituera l’arrête dans la gorge de Mme Tomégah-Dogbé. Cina Lawson, fantomatique durant le précédent mandat, conserve aussi son portefeuille de l’Economie numérique. De même que Gilbert Bawara qui devra continuer le dialogue avec les syndicats. Le président n’a pas trouvé mieux pour remplacer le Professeur Robert Dussey à la tête de la diplomatie. Entre scandales et improductivité, Mustapha Mijiyawa est maintenu au ministère de la Santé.

Un partage de butin 

A l’analyse du casting fait par Victoire Tomégah Dogbé, il est clair que UNIR continue de harper de nouvelles figures qui ne sont pas forcément des militants zélés, mais des sympathisants et technocrates situés à la périphérie du parti présidentiel ou tout simplement des amis de Faure Gnassingbé qu’il courtise et récupère. Beaucoup d’universitaires et de technocrates, femmes et jeunes, on aurait dit un gouvernement issu d’une alternance. Certaines de ces nominations, en effet, tendent à faire croire que le pouvoir n’est pas la propriété exclusive d’un groupe géo-ethnique mais que le pays est géré par les Togolais de différents horizons. Mais en fait, il s’agit simplement d’une apparence et d’une arnaque politico-morale. À certaines sources, on s’est demandé par exemple si le statut de Ministre d’État conféré à M. Boukpessi est dénué de calculs ethnogéopolitiques ou si c’est fait pour contrebalancer voire embarrasser le nouveau Premier Ministre. D’autres sources font également remarquer que le vent du nouveau venu est resté curieusement bien loin de portefeuilles tels la sécurité, l’économie, l’administration territoriale et les armées. Peut-on gager que tout cela est gratuit? À tout le moins, on peut parler d’un partage de butin entre amis selon l’effort de chacun, pour des résultats facilement devinables déjà.

Ambroise DAGNON

 

Togo : Faut-il dire Madame la ou le Premier ministre ?

Cette ascension d’une femme à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République togolaise avait été vue comme une victoire en demi-teinte car la parité entre les sexes n’est pas encore effective dans l’hémicycle. Un an plus tard, la nomination coup sur coup de Victoire Tomegah-Dogbé et de Sandra Johnson au Secrétariat général de la Présidence de la République confirme la tendance à la féminisation du personnel politique et alimente l’espoir de voir se former un gouvernement paritaire avec autant de ministres femmes qu’hommes.

Cette nécessaire féminisation de la vie politique pose la question de la féminisation des titres de fonctions, grades et appellations face à un conservatisme sociolinguistique rétif aux changements morphosyntaxiques. On sait les monarchies tatillonnes avec l’étiquette et la particule, un mauvais usage pouvant être considéré comme un crime de lèse-majesté ; en République le maniement des titres est plus démocratique et flexible. Néanmoins, il vaut toujours mieux faire l’économie de la confusion des genres pour ne pas froisser des susceptibilités et éviter de reproduire des discriminations genrées.

 […] la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe.

En grammaire française, il existe une forte polarisation autour de la question de la neutralité ou non du genre « masculin » dont la domination était symboliquement incarnée par la règle du « masculin l’emporte sur le féminin ». Dans le sillon de ces considérations purement grammaticales, des motivations idéologiques tenaces et des disparités géographiques affleurent sur le terreau de la langue française. Certains puristes et conservateurs, certes de plus en plus rares, estiment qu’il n’y a en français ni genre « masculin » ni genre « féminin » et restent défensivement attachés à la préservation de la belle langue contre les évolutions sociétales. Ceux-ci soutiendront sans peine qu’il faille dire « Madame le Premier ministre », parce que seul le genre masculin traduit la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. L’Académie française campe la même posture, car pour elle, la fonction, en politique, ne peut être identifiée à la personne qui l’occupe. En suivant cette lecture, les termes députée, sénatrice, médiatrice, officière, etc., sont impropres.

[…] la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme de la langue.

Dans le camp d’en face, on considère que postuler la neutralité du genre masculin en grammaire française sert d’alibi pour nier le sexisme d’une langue qui reproduit une vision androcentrique, binaire et discriminante du monde. Contre le plafond de verre linguistique et pour l’égalité des sexes, beaucoup militent en faveur de l’adaptation de la langue aux évolutions de la société grâce notamment à la féminisation systématique des appellations professionnelles. De l’abolition de la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » à la promotion de l’écriture inclusive (ex : les étudiant.e.s, les acteur.trice.s), ils traquent l’androcentrisme dans ses derniers retranchements. En France, une instruction du bureau de l’Assemblée prise en 1998 fait obligation de féminiser les fonctions exercées par des femmes dans l’Assemblée. Ainsi, les signifiants « féminins » comme «Madame la députée» ou «Madame la présidente» (de commission, de séance, etc.) y sont de rigueur. Hors de l’hémicycle, on voit fleurir des avocate, médiatrice, bâtonnière, cheffe dans les courriers et conversation. En revanche, cette règle ne s’applique pas aux fonctions ministérielles en France où l’on peut encore dire « Madame le ministre » sans tomber sous le coup de la sanction.

[…] il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime [togolais] 

Dans les autres pays francophones du Nord, le paysage linguistique se féminise sans beaucoup d’obstacles. En Belgique, en Suisse, au Canada (et au Québec), on donne sans complexe du « Madame la Première ministre » et du « Madame la Présidente ». Pauline Marois, femme politique canadienne du Québec, est reconnue comme la première femme Première ministre de la province francophone. Première ministre du Royaume de Belgique depuis 2019, Sophie Wilmès ne souffre aucun affront de misogynie sur l’article défini qui doit précéder son titre. Et l’Afrique n’est pas du reste. En tout et pour tout, une dizaine de femmes ont occupé le fauteuil présidentiel. En francophonie africaine, Le Burundi, le Gabon et la Centrafrique ont dirigée par des femmes, certaines n’étant que des présidentes par intérim. Au Togo, pour accompagner cette vague féministe dont l’empreinte politique doit être prudemment évaluée à ses résultats, il ne faut pas être dupe de l’usage instrumental du genre par un régime à bout de souffle, il convient de féminiser les titres pour briser le plafond de verre. Pour que les prochaines générations de jeunes filles n’aient pas à briser de plafond de verre, il faut donner du « Madame la Présidente de l’Assemblée nationale » à Yawa Djigbodi Tsègan et du « Madame la Première ministre » Victoire Tomegah-Dogbé. La langue française ne connaissant pas le bonheur de contenir des formulations inclusives de tous les genres, la sexualisation des titres de fonctions, grades et appellations est la meilleure garantie contre la fausse neutralité du genre « masculin ».

Source: L’Échiquier 

Faure et les Dalila

Claude François avait ses Claudettes, Faure Gnassingbé a ses Faurettes. A l’instar de la vedette de la chanson adulée par la “génération yéyé”, Faure Gnassingbé a choisi d’incorporer ses danseuses à paillettes à son équipe pour continuer d’assurer le show. Ce casting n’a pas été fait sans que les candidates se soient donné des griffes auparavant. Reckya Madougou et son clan ont réussi à évincer tous leurs concurrents de la présidence. Désormais, elle devient la maîtresse incontestée des lieux. 

Fin de piste ou piste de fin ?

La nomination de Mme Victoire Tomégah Dogbé au poste de Premier ministre est un coup politique magistral, signé Faure Gnassingbé et ressemble fort aux deux visages de Janus. En effet, si le chef de l’Etat s’illustre ces derniers temps par la promotion de la femme aux vraies instances décisionnelles, il n’en demeure pas moins qu’en portant Mme Tomégah Dogbé au pinacle, cette consécration, comme la célébration des anniversaires dans la vie des humains, la rapproche plus d’une porte de sortie.

Quel caillou dans les chaussures de la nouvelle PM ?

L’accueil de la nomination de Mme Dogbé et les commentaires qui s’en sont suivis ont fourni les premiers indicateurs d’un bon casting en suivant les règles du politiquement correct. Pour ne surtout pas être soupçonnés de misogynie face à cette gynécocratie à tout-va, les hommes ont particulièrement fait bonne figure à travers leurs réactions. Si la saison semble bonne pour les opportunistes et les laudateurs de tout acabit, le vrai challenge qui attend Mme Dogbé n’est pas du fait de la prédation des hommes mais des femmes, des nombreuses femmes qui constituent la constellation autour du chef de l’Etat.  Il n’est un secret pour personne qu’une guerre des femmes a toujours couvé au palais de la Marina. Comme des coépouses, elles n’hésitent pas à redoubler d’ardeur pour capter l’attention du président de la République, quitte à se donner des coups, à jouer des coudes ou à se griffer le visage par personnes ou fan-clubs interposés.

A ce jeu, Mme Dogbé s’en est jusqu’ici bien sortie. Sauf qu’avec son déménagement à la primature, elle perdra sûrement la bataille spatio-temporelle qui veut que celui qui est à côté du chef de l’Etat, est susceptible de lui chuchoter vite à l’oreille et d’influencer les choses. Nul n’ignore que dans la configuration politique de nos “démocraties en construction”, un PM n’existe habituellement que de nom et ne vaut pas plus qu’une potiche. Un effacement qui ne sera pas du goût de Mme Dogbé qui a connu ce que c’est qu’influencer les décisions du plus puissant des Togolais, dans son rôle indéboulonnable de directrice de cabinet de la présidence, et photographe débonnaire du chef de l’Etat à ses heures perdues. La publication de la liste des futurs membres du gouvernement donnera une idée de ce que seront les pugilats multiformes entre femmes aux Conseils des ministres, dans les relations inter-institutionnelles et dans l’animation de la vie du parti présidentiel.

A quoi s’attendre au bout du rouleau ?

Soit Mme Dogbé portera son costume plein de PM et en profitera pour écraser la concurrence, soit elle ne durera pas à son poste, sous les tirs croisés et nourris de ces rivales. Au finish, l’opposition togolaise n’a aucun poids pour briser Faure Gnassingbé, mais la guerre des femmes, pourrait faire le boulot à sa place. La multitude de Dalila sonnera-t-elle le glas ?

Ambroise DAGNON

 

Gestion du 4e mandat : Faure Gnassingbé enterre le RPT, console UNIR et promeut le genre

Deux décrets ont été pris lundi par le président togolais. Le premier nomme Victoire Sidemeho Djidudu Tomegah Dogbe comme Premier ministre du Togo. Elle était jusqu’à cette nomination, directeur de cabinet du président de la République, poste qu’elle cumulait avec le ministère du Développement à la base où elle avait été nommée en 2009.

Le second décret nomme Sandra Ablamba Ahoéfavi Johnson au Secrétariat général de la présidence en remplacement de Patrick Daté Têvi-Benissan décédé. Elle était ministre déléguée, conseillère du chef de l’Etat en charge du climat des affaires. Elle était, pour faire simple, « l’ange gardien » des entreprises du Togo.

Dans le même temps, Kanka-Malick Natchaba quitte son poste de ministre délégué, conseiller du chef de l’Etat et Coordonnateur de la cellule présidentielle d’exécution et de suivi des projets prioritaires (CPES) pour poser ses valises au Secrétariat général du Gouvernement.

Inhumation du RPT, petite consolation pour UNIR

L’ancien parti présidentiel était enterré depuis le 14 avril 2012. Juridiquement du moins. Mais malgré sa dislocation, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) était toujours présent dans le jeu politique togolais. Les pratiques anciennes à travers des figures tutélaires de l’ex-parti unique avaient encore la vie dure. L’un des derniers symboles de l’ancien parti unique à occuper un poste aussi important dans l’appareil étatique reste Selom Klassou, un militant de la première heure qui a fait toutes ses armes et gravi les échelons au sein du parti créé par Gnassingbé Eyadema.

Les vieux caciques de l’ancêtre d’UNIR sont aujourd’hui soit fatigués par le poids de l’âge, soit tombés en disgrâce, soit contraints de déambuler dans les couloirs du palais de Lomé II sans vraiment avoir de l’influence sur le locataire des lieux qui a pris des galons au fil des années. Il a fallu la crise du coronavirus pour sortir l’ancien Secrétaire général du RPT Esso Solitoki du trou. Barry Moussa Barqué et Aboudou Assouma restent les dernières figures chargées de rappeler que le RPT est encore en embuscade.

La nomination du fils de Fambaré Natchaba est une petite consolation pour l’Union pour la République. Même s’ils appartiennent à la même famille politique, la plupart de ceux qui occupent aujourd’hui les principaux postes au sommet de l’Etat ne sont des militants de première heure. Victoire Tomegah est venue trouver le parti en tant que fonctionnaire du Programme des nations unies pour le développement (PNUD). Elue à la présidence de l’Assemblée nationale, Chantal Djigbodi Yawa Tsègan est une ouvrière de la cinquième heure. L’effacement de Mémounatou Ibrahima, qui n’a pas facilement digéré l’ascension de l’actuelle présidente de l’Assemblée nationale, est une autre illustration que le RPT appartient au passé.

Ces nominations cachent mal aussi une évidence : la rareté des compétences clefs à UNIR. En effet, en dehors de Selom Komi Klassou, le premier ministre démissionnaire, Dama Dramani, ancien président de l’Assemblée nationale togolaise, et Pascal Bodjona, ancien bras droit du président togolais, Faure Gnassingbé s’est très peu confié aux ténors du RPT, voire d’UNIR qui semblent n’être que des déserts de compétences. Ou bien, il manque de compétences clefs dans sa famille politique, ou bien il y a une crise de confiance entre lui et les ténors de sa formation politique. En tous les cas, dès son arrivée au pouvoir, Faure Gnassingbé n’a pas caché son intention de rompre avec l’héritage politique de son géniteur. La fameuse phrase « lui, c’est lui, moi, c’est moi » résonne encore dans les esprits. Même s’il y a des éléments irréfutables de la continuité, le président togolais a quand même réussi à ébranler les fondements de l’ancien système en se constituant un nouveau portefeuille d’amis et de fidèles qui occupent désormais les postes stratégiques de l’Etat. Gilbert Bawara et Christian Trimua sont les symboles de cette génération qui porte le pouvoir politique de Faure.

Le pouvoir aux femmes et à la jeunesse

En nommant Victoire Tomegah Dogbe à la Primature, Faure Gnassingbé a d’abord réglé un problème, celui des humeurs de deux amies devenues des rivales au palais présidentiel où toute cohabitation était devenue presque impossible. Reckya Madougou peut désormais respirer un grand coup, elle qui a été introduite dans le circuit par Dame Tomegah. Fini donc « les scènes de ménage » au sommet de l’Etat !

Mais, à vrai dire, la nomination du désormais ex-directeur de cabinet comme chef du gouvernement togolais est une consécration pour la gent féminine. On a désormais un pouvoir exécutif homme-femme et un législatif coiffé par une femme. C’est la fin de la phallocratie au sommet de l’Etat.

Cela se concrétise également par le poste qui vient d’être attribué à Ablamba Johnson. C’est une première. Une femme Secrétaire générale de la présidence de la République. Economiste de formation, Sandra Johnson, la quarantaine, s’est évertuée à dépoussiérer l’administration togolaise et à faciliter le business des entreprises privées. Femme et jeunesse sont donc deux atouts essentiels pour celle qui est devenue depuis ce lundi la cheville ouvrière de la présidence togolaise.

Kanka-Malick Natchaba fait partie de la jeune garde du parti présidentiel. Fils de l’ancien président de l’Assemblée nationale togolaise et pilier important du pouvoir de Gnassingbé Eyadema, le tout nouveau Secrétaire général du gouvernement est une petite victoire pour UNIR.

Quelle va être la physionomie de la nouvelle équipe gouvernementale ? Faure Gnassingbé va-t-il miser davantage sur le leadership féminin et la jeunesse ? L’évidence est que les militants ne savent que faire la politique politicienne, les ouvriers sont de purs technocrates qui n’ont pas la stratégie politique dans leur ADN. Et c’est précisément ces derniers qui semblent mieux remplir les critères d’embauche définis par le premier des Togolais, spécialiste des surprises.

Ambroise DAGNON

 

 

Guerre de leadership dans l’entourage de Faure Gnassingbé : Quand les suppôts de Mazamesso Assih s’en prennent à Victoire Tomégah-Dogbé

La semaine dernière, nous publiions un article intitulé « Togo/Enquêtes : Le FNFI ou la boutique privée de la Secrétaire d’Etat Mazamesso Assih ». Une publication qui a déchaîné une vague de tempête dans l’entourage de la Secrétaire d’Etat. Des plateformes WhatsApp aux réunions entre amis du ‘club’, « le journaliste qui a écrit cet article l’a fait pour son ventre». Se sentant visé par l’article, ce groupuscule d’arrivistes promet le « démantèlement de l’opposition confortablement installée dans les arcanes du pouvoir et qui a pour mission de saboter voire détruire les initiatives en faveur du développement et casser les hommes et les femmes qui incarnent véritablement la vision du chef de l’Etat ».

Mais de qui parlent-ils lorsqu’ils évoquent « l’opposition confortablement installée dans les arcanes du pouvoir » ? La réponse ne se trouve pas loin. Toujours dans leurs réactions, ces proches de Mazamesso Assih écrivent ceci : « Rien n’étonne quant aux références faites dans cette publication et le moment choisi: nul n’est indispensable! ». « Nous n’avons pas envie de revenir sur les crimes économiques de ces opposants tapis dans l’ombre du chef de l’Etat, mais ils seront tous débusqués et mis à nu ». Allusion faite à Victoire Sidémého Tomégah-Dogbé. En effet, dans l’article incriminé, Courrier d’Afrique écrivait que « même si elle n’est pas exempte de reproche, Victoire Tomégah-Dogbé traduit mieux l’aspect social de la gouvernance de Faure Gnassingbé », et qu’avec « un Fnfi devenu le temple par excellence  des règlements de compte et des pires transgressions sociales, et un projet PNPER aujourd’hui en souffrance sous Mazamesso Assih, la composition du très prochain gouvernement ne devrait pas se faire à tout hasard ». En clair, les suppôts de la Secrétaire d’Etat chargée de la Finance inclusive considèrent l’article en question comme une mission téléguidée par la directrice de cabinet de Faure Gnassingbé au moment où tous les regards sont tournés vers la composition d’un nouveau gouvernement qui se fait toujours attendre.

Quant au directeur général du Fonds national de la finance inclusive (Fnfi), qui s’est vu infliger une mise à pied, les partisans de la Secrétaire d’Etat trouvent normale la mesure prise par leur championne estimant que le sieur Yves Gnaba ne se plie pas aux ordres de sa supérieure hiérarchique préférant rendre compte à « son ancienne patronne (Victoire Tomégah-Dogbé, ndlr) à qui il doit toujours allégeance pour avoir été parachuté à ce poste pour services rendus ».

Laisser  la proie pour l’ombre

Mais en s’en prenant à Victoire Tomégah, ces activistes d’un autre temps semblent laisser l’ombre pour la proie. Pour mieux comprendre ce qui se passe, il convient de poser un certain nombre de questions.

D’abord, de quelles méthodes de gestion catastrophique au Fnfi parlent-t-ils avant la création en septembre 2017 du Secrétariat d’Etat chargé de la Finance inclusive et du secteur informel alors même qu’en quatre années d’exercice, le Fnfi avait accordé près 1,5 milliards de micro-crédits pour un montant de 73 milliards de F CFA ?

Ensuite, quant à l’ancien directeur général de la DOSI, M.  Bitoka, qu’ils accusent d’avoir fait « main basse sur 250 millions F CFA en un laps de temps » après le départ d’Ingrid Awadé pour la Caisse nationale de sécurité sociale, on se demande quelles sont les mesures disciplinaires prises par le Secrétariat d’Etat alors même que le budget annuel de la DOSI n’excède pas 500 millions de nos francs ? Curieux qu’un fonctionnaire de l’Etat puisse détourner la moitié du budget alloué à son département sans être inquiété par la hiérarchie, n’est-ce pas ?

Le précédent article remettait par ailleurs en cause les compétences de l’actuel directeur par intérim de la DOSI, Maséti Adiki, « un jeune du parti présidentiel dont le CV resterait toujours douteux ». Les défenseurs de l’actuel patron de la DOSI, arrivé il y a à peine trois mois et qui se la coule déjà douce là-bas, parlent d’un « jeune titulaire d’un Master en Management International, major de sa promotion avec Tableau d’Honneur, fonctionnaire au Ministère du Développement à la base, ayant occupé plusieurs postes de responsabilité pendant 15 ans ». Qu’à cela ne tienne ! Mais alors, quand et où le porte-sac du Secrétaire exécutif du parti présidentiel a-t-il décroché ce fameux diplôme ? Qui était son directeur de mémoire ? Et même si tout cela était vrai, quel est le lien entre un Master en Management et le secteur informel ?

Plus grave encore, en nous servant que le sieur Maséti Adiki a travaillé au ministère du Développement à la base pendant 15 ans, on tombe des nues ! Ce ministère n’a été créé qu’en 2008 avec l’arrivée de Gilbert Houngbo à la tête du gouvernement togolais. De plus, même Faure Gnassingbé, qui a créé ce ministère, n’a pas encore fait 15 ans au pouvoir. C’est donc un mensonge cousu de fil blanc.

Au regard de tout ce qui précède, il est clair que s’il y a des nominations pour services rendus, l’actuel DG par intérim de la DOSI, qui ne jure que par sa bienfaitrice Mazamesso Assih, elle-même sans carrière politique mais qui se voit parachuter dans le bureau de la jeunesse du parti UNIR en tant que Déléguée nationale adjointe, est le plus grand bénéficiaire, lui qui passe le plus clair de son temps dans son bureau officieux (politique) de la présidence de la République. Aklesso Atcholé, le patron du parti UNIR, doit recadrer son protégé.

Dans la suite de cette série d’enquêtes, nous reviendrons prochainement sur les relations conflictuelles qu’entretient la Secrétaire d’Etat Mazamesso Assih avec les directeurs des services affiliés à son département, les nominations fantaisistes, les menaces et intimidations à l’encontre des moins dociles. Le projet PNPER, où en est-on ? ‘School Assur’ ou la grosse arnaque institutionnelle…,  passeront également à la loupe de Courrier d’Afrique.